« Que sont-ils devenus ? » : Derrick Coleman, Mister Hyde

Derrick Coleman new jersey Nets

Derrick Coleman avait tout pour devenir l’un des meilleurs « 4 » de l’histoire. Mais son caractère exécrable, sa grande gueule et ses caprices de diva auront raison de son talent.

En choisissant Derrick Coleman en première position de la draft 1990, les Nets de New Jersey, qui viennent de signer une piètre performance lors de la saison précédente avec seulement 17 victoires, pensent avoir tiré le gros lot. « D.C » est en effet le seul joueur de l’histoire de la NCAA à compiler plus de 2000 points, plus de 1500 rebonds et plus de 300 contres. « J’ai rarement vu un basketteur ayant si peu de déchet dans son jeu. Malgré les apparences, il est très réfléchi. Il sait quand il faut passer, shooter ou calmer le jeu » déclare Jim Boeheim, son coach à Syracuse.

Sa première saison en NBA confirme les espoirs placés en lui. Il est élu rookie of the year avec 18,4 points et 10,3 rebonds de moyenne et redonne vie à une bien triste équipe des Nets. Avec ses 2,08m pour 104 Kg, D.C est un savant mélange de puissance, d’agilité et d’adresse. Il est tout autant capable de marquer près du cercle que derrière l’arc. Son coach, Bill Fitch déclare : « Derrick est le prototype de l’ailier des années 90. Plus rapide que Karl Malone, plus costaud que Barkley, plus grand que Pippen et meilleur shooteur que ces trois là. »

Mais Coleman dévoile également un coté beaucoup plus sombre de sa personnalité. Trop sûr de lui, trop fier, il attrape très vite « le melon ». A l’arrière de sa Jeep, on peut lire en lettre d’or : « Jeune, surdoué et noir ».

Fort d’un contrat de 15 millions de dollars sur cinq ans, du jamais vu pour un rookie, D.C ne doute de rien : « Je suis l’équipe à moi tout seul. Si vous avez besoin d’un joueur capable de tout faire sur un terrain, appelez-moi ! Je ne veux être le dauphin de personne. Je serai dans la même catégorie que des gars comme Jordan, Magic, Bird et Barkley. Personne ne peut me dire ce que je dois faire. J’accepte les conseils mais c’est moi qui prends les décisions. Bonnes ou mauvaises, ça, c’est mon problème. »

Les saisons suivantes se ressembleront toutes. Coleman s’impose comme l’homme fort des Nets. Il deviendra le meilleur marqueur de l’équipe après la mort tragique de Drazen Petrovic, mais ils sont constamment sortis prématurément en playoffs. En 1994, il dispute son premier All-Star Game à Minneapolis, ce sera le seul. Il participe également, la même année, au titre mondial avec la Dream Team II.

Ses caprices et son caractère commencent à lasser ses coéquipiers et son coach. Ils le disent fumiste, fainéant, tête à claques et ses frasques n’amusent plus personne. Durant un match contre les Jazz, il traite Karl Malone « d’oncle Tom », expression donnée à un noir qu’on accuse d’être assujetti au pouvoir blanc. En 1995, « Sport Illustrated » l’assassine : « Petulant prima donnas like New Jersey’s Derrick Coleman are bad news for the NBA. Les prima donna susceptibles comme Derrick Coleman à New Jersey sont une mauvaise nouvelle pour la NBA. »

Les dirigeants des Nets comprennent que c’est fini et expédient Coleman chez les sixers en novembre 95 contre Shawn Bradley. Il y brille surtout par son manque d’engagement, sa fainéantise et ses blessures à répétition. Il n’est guère mieux qu’un « role player ». Il prend du poids, abuse de l’alcool et alimente régulièrement la rubrique fait-divers : refus d’obtempérer, insultes envers agents, entrave à une enquête de police, tout y passe. En 1999, il va même jusqu’à pisser dans un resto italien devant le patron, le personnel et les clients !

Free Agent, il atterrit chez les Charlotte Hornets. Bilan : sans lui 34 victoires pour 14 défaites, avec lui 12 victoires pour 22 défaites…

En 2004, Larry Brown le veut chez les Pistons mais les champions en titre le coupe après seulement cinq matchs. Carrière terminée…

derrick coleman sport illustrated

Aujourd’hui à 44 ans, et après quelques lignes supplémentaires sur son casier judiciaire déjà bien fourni, Coleman mène une vie de businessman. Il réside à Beverly Hills et s’est associé avec Dave Bing, le maire de Détroit et ancien joueur NBA, dans plusieurs affaires, notamment dans l’immobilier. Il a également ouvert à « Motown » une enseigne Tim Hortons, chaîne canadienne de coffee shops.

Mais les temps sont durs pour tout le monde et son entreprise connaît, elle aussi, la crise. Sa dette est estimée à 4,7 millions de dollars ! Son avocat, Mark B.Berke explique les raisons des difficultés financières de D.C : « M.Coleman participe à l’investissement dans diverses collectivités de la ville de Détroit pour développer l’immobilier, la création d’emplois, etc… En raison de l’état de l’économie, notamment la baisse du marché de l’immobilier, les investissements de M.Coleman ne peuvent être soutenus. Il espère juste se débarrasser de cette dette et prendre un nouveau départ. »

Sa bentley décapotable, cinq manteaux de fourrure et 3000 dollars de bijoux ont été saisis. Il se bat pour conserver ses deux maisons à Beverly Hills et aussi celle qu’il a acheté à sa mère.

Derrick coleman

Derrick Coleman restera dans les mémoires un joueur talentueux mais totalement ingérable, suffisant, arrogant. « Mon passé, mon enfance à Détroit expliquent ma personnalité. Certains disent que j’ai une grande gueule ou que j’ai choppé le boulard. Ils n’ont rien compris. J’ai confiance en moi, c’est tout. »

Un excès de confiance qui le fit passer à coté d’une énorme carrière. C’est « Sport Illustrated » qui résume le mieux : « Coleman aurait pu devenir le meilleur power forward de tous les temps. Au lieu de ça, il fut juste assez bon pour être sur de toucher le chèque suivant. »

Mix highlights :


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