« Que sont-ils devenus ? » Gary Payton, une main de fer dans un gant de velours

gary Payton et Michael jordan

Considéré comme l’un des meilleurs meneurs de sa génération, Gary Payton a pourtant laissé un sentiment mitigé. Défenseur hors-pair mais également roi du « trash talking », « The Glove » (le gant) fut tout autant craint par ses adversaires que détesté par ses coéquipiers.

« On a parfois envie de lui rentrer dedans mais il emmerde quand même plus nos adversaires que nous. » Georges Karl.

« Quand le match se termine et que vous en avez fini avec Gary, vous n’avez envie que d’une seule chose : trouver un endroit calme pour reposer vos oreilles… » Michael Cage, son coéquipier à Seattle de 1990 à 94.

Ces déclarations reflètent bien le sentiment que provoquait Payton au sein de sa propre équipe. Pour autant, il n’a jamais renié son penchant pour la provocation extrême. Mieux, il l’a toujours revendiquée. Natif d’Oakland, Gary se forge un caractère sur les playground les plus chauds de la ville, pour exister, ne pas se faire bouffer. Son père prend également une part une responsabilité : « J’ai un caractère difficile. C’est vrai, j’ai appris à Gary comment dévisager quelqu’un, comment prendre l’ascendant… Je lui ai appris à être méchant. »

Gary lui, comme tous les grands spécialistes du trash talking, Larry Johnson, Michael Jordan, Vince Carter ou encore Kevin Garnett, revendique un tempérament de gagneur, une haine profonde de la défaite, la nécessité de s’affirmer sur le parquet comme dans la vie est un atout supplémentaire afin de prendre le dessus sur l’adversaire. « Je ne peux pas me taire. C’est ce qui maintien le feu allumé en moi. C’est mon jeu, c’est moi. Mon père me disait toujours : parle à ton adversaire, essaie de le sortir du match. J’essaie juste de sortir mon adversaire du match psychologiquement, de la déconcentrer. Certains joueurs deviennent dingues et en font une affaire personnelle. »

A l’école le cas Payton inquiète. Tout le monde est unanime sur ses qualités de basketteur mais également sur son caractère exécrable. Son coach se voit contraint de le sanctionner en lui interdisant de jouer pendant plusieurs mois. « Je me battais souvent, j’étais irrespectueux envers mes profs et envers mes coachs, j’avais des embrouilles avec tout le monde. »  Aucun coach NCAA ne veut miser sur lui. « Gary avait un sale air. La gueule d’un mec à problèmes » explique Jim Harrick, ancien coach le UCLA .

Finalement, Ralph Miller coach d’Oregon State University, connu pour avoir mater bon nombre de joueurs difficiles, décide de faire confiance à Payton. Ce fut une réussite. Au terme de sa dernière année, il est élu joueur universitaire de l’année par « Sport Illustrated ». Il plante 58 points lors d’un match face à South Carolina à trois longueurs du record d’un certain Lew Alcindor (futur Kareem Abdul-Jabbar). Son coach déclara ce soir là : « c’est la plus belle démonstration de basket que j’ai vue dans toute ma carrière. »

Naturellement, The Glove rejoint la NBA en 1990, drafté en deuxième position, derrière Derrick Coleman, par les Supersonics de Seattle. Tous les spécialistes considèrent alors que c’est une erreur de l’avoir drafté si haut. Et la première saison de Gary va leur donner raison. Il ne parvient pas à s’adapter à la NBA et au jeu des Supersonics. « Je suis incapable de jouer à un rythme aussi lent. Le coach n’a pas confiance en moi. » De plus son attitude devant la presse commence à agacer : « ne vous inquiétez pas, dans quelques années, on dira que Magic Johnson jouait comme un certain Gary Payton… »

Durant ses cinq premières années en NBA, Gary travaille dur et ça paye. Il progresse dans tous les compartiments du jeu, surtout en défense. De plus le roster de Seattle s’étoffe année après année. Son caractère s’affirme également, il commence à « se frotter » à des « gros poissons ». Un soir, il s’attaque à sa majesté Jordan ! Devant la presse, Payton promet de s’occuper de son cas. Le jour J, Mike lui plant quarante points…

Lors de la saison 95-96, The Glove est au sommet de son art et apparaît désormais comme l’un des meilleurs meneurs de la ligue. Il s’adjuge le titre de défenseur de l’année, une première pour un meneur et le premier arrière depuis Michael Jordan en 88. Le duo Payton-Kemp tourne à plein régime. Ils terminent numéro un à l’Ouest avec 64 victoires. Le « sonic boom » se confirme en playoffs jusqu’aux finales NBA. L’enfer est promis aux sonics face à la meilleure équipe de tous les temps, les Bulls de Chicago de Jordan, Pippen et Rodman. Comme le résume « Sport Illustrated » avec un grand « mission impossible » en une. « Votre mission, M.Payton, si vous l’acceptez, est d’arrêter les Bulls. Bonne chance Gary. »

Chicago se présente à ces finales avec seulement dix défaites en saison régulière et une seule en playoffs. Le début de cette série confirme la tendance et laisse à penser que ce ne sera qu’une formalité pour les Bulls. Ils remportent les trois premiers matchs. Seattle est au bord du K.O. A partir du match 4, Georges Karl demande à Payton de s’occuper personnellement de Jordan. Seattle remporte ces deux matchs et Jordan est limité à 23 points dans le game 4, 26 dans le game 5 mais seulement 2 points en quatrième quart-temps et 22 points dans la sixième manche, son plus petit total en finale NBA. Mais le collectif des Bulls est trop fort et ils remportent leur quatrième titre ce soir là. « The Glove » termine la série avec 18 points, 6,3 rebonds, 7 passes et 1,5 interceptions en moyenne par match. Jordan signe quant à lui sa plus mauvaise finale au scoring. George Karl regretta ouvertement de ne pas avoir mis Payton sur le dos de Mike dès le début de la série…

Quelques semaines plus tard, Gary remporte le titre olympique à Atlanta avec la Dream Team III aux côté de Shaq, Olajuwon, Barkley, Pippen, Malone, Stockton, Robinson, Penny Hardaway…

Malheureusement l’avenir s’assombrit pour les sonics. Le torchon brûle entre Kemp et les dirigeants. Il est transféré en septembre 97 à Cleveland. Payton devient alors le leader de l’équipe et s’impose comme l’un des meilleurs joueurs de la ligue. Il est retenu deux années consécutives dans le meilleur cinq NBA, mais l’équipe est moins performante.

L’été 2000, Gary est co-capitaine de la sélection américaine aux jeux de Sydney avec son ami d’enfance Jason Kidd et Alonzo Mourning. Il remporte une deuxième médaille d’or en battant la France en finale. Mais accompagné d’autres spécialistes du Trash talking, Vine Carter et Kevin Garnett, ils donnèrent une bien triste image du basket US. Malgré qu’ils furent au-dessus du lot, ils passèrent leur temps à chambrer leurs adversaires qui, la plus part du temps, ne comprenaient pas un mot…

Les saisons suivantes se ressemblent pour les sonics. Payton est de plus en plus en froid avec ses dirigeants. Le divorce est consommé en février 2003, Gary quitte Seattle.

Après une saison passée à Milwaukee, il s’engage avec les Lakers. Les « 4 fantastiques » Payton, Bryant, Malone et O’Neal sont nés. Seulement la jeune équipe des Pistons de Detroit leur donne une leçon de solidarité collective en finale NBA. « The Glove » n’est plus le défenseur hors-pair qu’il fut et ne peut rien face à Chauncey Billups. A 35 ans, sa carrière semble terminée.

Mais Payton n’a pas l’intention de s’arrêter de si tôt. Après une saison passée à Boston et à 36 ans, Gary est engagé par le Heat de Miami pour apporter son expérience. Bingo ! Au coté notamment de Shaq et Wade, il remporte enfin le titre suprême. Même si ses stats restent modestes, il inscrit le shoot de la victoire dans le game 3 des finales NBA et le dernier panier du Heat dans le match 5.

La saison suivante, il rempile pour tenter le « back to back ». Mais cette saison sera une humiliation pour le Heat qui deviendra le premier champion en titre balayé au premier tour des playoffs depuis 1957. A 38 ans et après 17 saisons en NBA, Payton se retire.

payton sport illustrated

Depuis, « The Glove » est un retraité actif. Il fit quelques apparitions comme consultant sur NBATV et animait une émission sur une radio de Seattle.

Il est également impliqué dans de nombreuses opérations caritatives. La « Gary Payton Fondation » donne la possibilité aux enfants d’Oakland en difficultés d’être scolarisés. Il participe également activement à la lutte contre le SIDA.

Il s’est récemment exprimé sur le choix de LeBron James de rejoindre Miami. Il est l’une des rares anciennes gloires à approuver la décision de king James.

Gary est également désormais un personnage important de la ville de Seattle. Le maire a créé le « Gary Payton Day ». « The Glove » ne souhaite d’ailleurs pas que son maillot soit retiré à Oklahoma City, où la franchise demeure désormais, car il occupe actuellement son temps à la reconstruction d’une équipe NBA à Seattle et pourquoi pas d’en être le coach. Il a également participé au documentaire « sonicgate : Requiem for a Team » retraçant l’histoire de la franchise et récompensé par le Webby Award du meilleur documentaire sportif en 2010. Ce soir là Payton monte sur scène et démarre son speech par : « ramenez-nous nos Seattle Supersonics !! ». Son discours fut impressionnant et il fut acclamé par la foule pourtant majoritairement composée de New Yorkais.

payton kemp sonics

En évoquant la carrière de Gary Payton, il serait trop facile de ne retenir que le coté trash talking. Mais on ne peut occulter son dévouement, son professionnalisme et son implication : En 17 ans de carrière, il ne loupa que 27 matchs ! 1 335 matchs joués sur 1 362 auxquels il faut ajouter 9 all-star game, 154 matchs de playoffs et deux Olympiades !

Son palmarès témoigne également de son indéniable talent : Champion NBA 2006, Défenseur de l’année 1996, 9 fois All-Star, 2 fois All-NBA First Team, 5 fois All-NBA Second Team, 2 fois All-NBA Third Team, 9 fois All-Défensive First Team (co-recordman avec Jordan), All-Rookie Second Team 1991 et 2 médailles d’or Olympique. 24ème meilleur scoreur de l’histoire (21 813), 7ème passeur (8 966), 3ème pour les interceptions (2 445) et 8ème pour le nombre de matchs joués (1 335). Il est le seul joueur de l’histoire de la NBA à compiler plus de 20 000 points, 5 000 rebonds, 8 000 passes et 2 000 interceptions en carrière.

ESPN l’a placé parmi les dix meilleurs meneurs de l’histoire. Selon les spécialistes, Payton à 87,4% de chance de devenir Hall of Famer. Il sera éligible en 2012.

Mix Highlights Payton-Kemp 1996 NBA Finals :


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