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« Que sont-ils devenus ? » : Tim Hardaway, le roi du crossover

tim hardaway crossover Golden State Warriors

Tim Hardaway c’est l’histoire d’un move, d’un crossover génial qui mit dans le vent tous les défenseurs qui osaient s’y frotter. L’histoire aussi d’une carrière sans tache ou presque, jusqu’à un soir de saint Valentin.

Aujourd’hui, chaque fois que l’on assiste à un crossover sur un parquet, n’importe où dans le monde, c’est à Tim Hardaway qu’on le doit. Ce move, « Tim Bug » (insecte) le vit pour la première fois en 1986. Alors étudiant à l’UTEP (University of Texas El Paso), il tombe sur un match retransmis à la télé dans le lequel l’arrière de Syracuse Pearl Washington l’utilise. « Je n’étais pas sûr d’avoir bien vu ce qu’il avait réalisé mais j’ai su que si j’arrivais à perfectionner cette figure, elle deviendrait une arme redoutable dans mon jeu ».

Durant l’été, chez lui, Tim répète ce geste inlassablement. Ses qualités font le reste. Son centre de gravité très bas, sa puissance, sa vitesse et son explosivité lui permettaient de jaillir après avoir passé la gonfle entre ses jambes. « C’est bang, bang et vous êtes mort ! » commente Magic Johnson.

Tim Bug débarque en NBA en 1989, drafté en 14ème position par les Golden State Warriors. Dès le début, la recette est simple : Tim dynamite les défenses et sert les artilleurs Mitch Richmond et Chris Mullin qui plantent à foison. Hardaway est le premier rookie à mener le jeu de la meilleure attaque NBA depuis Ernie DiGregorio en 1974 ! Il termine deuxième pour le titre de rookie de l’année derrière David Robinson.

Individuellement, Hardaway affole les compteurs. Il ira même jusqu’à aligner des stats digne d’un MVP lors de sa deuxième saison. Mais collectivement, ça coince. Le problème est qu’au sein de la « Run TMC » (surnom donné à l’équipe faisant référence au groupe de hip-hop run DMC avec T pour Tim, M pour Mitch et C pour Chris) personne ne défend.  Malgré de nombreux remaniements d’effectif et l’éclosion de joueurs talentueux (Webber, Sprewell…), les warriors iront de désillusions en désillusions…

Après de nombreuses blessures aux genoux puis au poignet, Tim peine à revenir. Ses stats sont en baisses, son temps de jeu également. Le rendement de son équipe l’écœure et de nombreux conflits pourrissent l’ambiance au sein de l’effectif. Parallèlement aux problèmes de Tim, un autre Hardaway fait la une des journaux, Penny. L’ascension fulgurante de la jeune star du Magic d’Orlando, plonge Tim Bug dans l’oublie. Les warriors ne misent plus sur lui, il est temps de changer d’air, de tenter de rebondir ailleurs. En février 1996, après 7 ans de galères, collectivement parlant, Tim jette l’éponge et part pour Miami. Dave Twardzik, le GM des Warriors enfonce le clou : « Tim est le plus gros perturbateur avec lequel j’ai jamais été en relation… »

Mais Tim n’est pas homme à se laisser abattre. Piqué dans son orgueil, il travaille dur. Il perd du poids et retrouve ses jambes de vingt ans. De plus avec Pat Riley aux commandes, on ne plaisante plus en défense… Tim Bug s’éclate : « Je n’ai plus envie de parler de Golden State mais ils ont mentis. Je ne jouais plus. J’ai mis les bouchées doubles pour m’imposer au Heat. Ca m’a pris deux semaines… Pourtant, on disait que je ne m’adapterais jamais aux schémas de Pat. »

Durant l’exercice 1996-97, Hardaway est au top. Aux cotés d’Alonzo Mourning, Voshon Lenard, Dan Majerle, Jamal Mashburn, Isaac Austin et P.J. Brown, Tim s’invite dans le premier cinq NBA et s’affirme comme un candidat sérieux au titre de MVP de la saison.

« Qui le mérite plus que lui ? Michael Jordan ? Karl Malone ? Les bulls n’ont rien fait de plus que l’an dernier et le Jazz demeure le même. Tim est dans la course. » Pat Riley. Tim Bug fait à nouveau l’hunanimité : « C’est le Magic Johnson des joueurs de 1,80m. Il shoot, il passe, il organise et c’est un leader. » Pat Riley. « Il sent le jeu. Il est le meilleur meneur de petite taille en NBA. » Isiah Thomas.

Malgré cela, le Heat se cassera les dents deux années de suite face aux imbattables Bulls puis également deux années de suite face aux knicks de New York. Tim Bug vieillis et peine à terminer ses saisons. Les pépins physiques commencent à se multiplier. Après un titre Olympique à Sydney en 2000, le retour en Floride est difficile. Riley a changé de discours : « Nous avons manqué de clairvoyance au sujet de son état de santé. Les pépins arrivaient toujours tard. En mars ou en avril, subitement, il se mettait à ressentir des douleurs. On devait le dispenser d’entraînement. Pendant trois saisons, il n’a pas été bien. »

Suivront des années difficiles pour Hardaway. Envoyé d’abord à Dallas puis à Denver. En 2002, Tim se casse le pied. Un an plus tard, après un bref passage sur ESPN comme consultant, il tente un dernier baroude d’honneur à Indiana où il réalisera ses derniers faits d’armes.

Tim Hardaway Miami Heat

Hardaway devient ensuite conseiller pour une équipe de CBA, les Indiana Alley Cats. Il reste très actif, organise des camps d’été pour les jeunes à Chicago et à El Paso. Il crée une fondation pour aider les gamins en difficulté dans l’Illinois. Il est également porte-parole de la lutte anti-drogue et verse de l’argent dans différentes associations, notamment pour lutter contre le cancer.

Un parcours (quasi) parfait, jusqu’au 14 février 2007… Invité à s’exprimer à une radio de Miami au sujet du coming-out de John Amaechi, Tim lâche : « Et bien, je déteste les homosexuels. Je le dis clairement. Je n’aime pas les gays et je n’aime pas être avec eux. Je suis homophobe. Je n’aime pas ça. Ca ne devrait pas exister dans le monde ou aux Etats-Unis. Si j’avais eu un coéquipier homosexuel dans mon équipe, j’aurais tenté de le faire virer. »

Tim Bug comprend très vite (ou on lui fait comprendre très vite) l’erreur qu’il vient de commettre. Il présente, quelques heures plus tard, ses excuses et son agent publie également un communiqué dès le lendemain. Trop tard… Il est licencié par son employeur, David Stern communique son indignation. Son image est écornée, elle le reste encore aujourd’hui.

« C’est la plus grosse boulette de ma vie. Je n’ai pas idée du nombre de gens que j’ai blessés. Beaucoup de gens. Je vais faire tout ce que je peux pour corriger ça. C’est tout ce que je peux faire. »

Depuis ce jour, Hardaway n’a de cesse de s’impliquer auprès de divers associations luttant pour les droits des homosexuels. Il a récemment expliqué, lors d’une conférence de presse, qu’il désirait lutter pour les droits des couples gay. Autant de tentatives désespérées de redorer un blason bien terni. Sincérité ou stratégie de rédemption ? Toujours est-il que Tim Bug n’est plus le bien venu dans le milieu du Basket US, comme le prouve de récentes déclarations :

« c’est quelque chose que nous ne pouvons tolérer dans notre organisation. J’ai été choqué par ses propos. C’est un sujet délicat à évoquer, surtout quand on n’y réfléchi pas longuement au préalable. » Pat Riley.

« J’ai toujours su que j’avais des coéquipiers homosexuels et je m’en foutais. Ce n’est pas important. » Charles Barkley.

« J’espère juste qu’il s’agit d’une véritable rédemption et pas d’un stratagème visant à améliorer son image. Le plus important reste que ses actions semblent positives. » John Amaechi.

Tim Hardaway & Alonzo Mourning

Que reste t-il de Tim Hardaway aujourd’hui ? Le souvenir d’un « move » ? D’un joueur qui a révolutionné le jeu à son poste ? Sûrement. Mais également d’un joueur et d’un homme qui a gâché son « après basket » pour avoir dit tout haut ce que beaucoup, dans le milieu du basket US et du sport en général, pensent tout bas.

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