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Shoot the tanking !

Le système de draft est plein de bonnes intentions. En offrant aux franchises en grandes difficultés la possibilité de choisir en premier les meilleurs prospects désireux de faire le grand saut en NBA, il leur offre une chance de se refaire la cerise. Mais ce système dans sa forme actuelle présente quelques effets pervers, à commencer par le « tanking » évidemment.

Cette pratique visant pour les équipes prématurément écartées des playoffs à réfréner ses efforts et à se laisser couler dans le fond du classement afin d’obtenir les plus grandes chances d’être bien placé lors de la draft, est un couteau planté dans le dos de ce moment de la saison où les autres franchises ont les chevilles chauffées à blanc par la lutte d’accession à la post-season ou aiguisent leurs armes en vue de la bataille pour le titre. La loterie mise en place à partir de 1985 avait pour objectif d’enrayer ce phénomène, sans grand succès. Le tanking courre toujours les rues de la ligue car après tout, les plus faibles bilans ont toujours le plus de chances d’accrocher les premiers picks. La seule différence est qu’ils ne les obtiennent plus forcément systématiquement.

A côté du problème « tanking », il y en a un autre plus insidieux et peut-être plus important. Ce système respirant l’humanité qu’est la draft finit en effet par récompenser les cancres du championnat et plus particulièrement les franchises mal gérées, puant l’incompétence et largement responsables de leur médiocrité. Vis-à-vis de celles-ci, la draft dans sa forme actuelle va à l’encontre du mérite sportif et, plus gênant, risque de pénaliser un bon nombre d’excellents prospects/rookies et sans doute de potentiels franchise palyers. En effet, en favorisant ces mauvaises équipes elle envoie les futurs NBAers les plus talentueux dans des environnements pas forcément des plus propices à leur développement et au sein desquels ils sont généralement inondés de responsabilités et de pression. Cela est d’autant plus vrai que ces jeunes prétendants débarquent avec des dents de lait plein la bouche (quatre des cinq derniers n°1 de draft n’affichaient qu’une seule année universitaire à leur compteur). L’exemple de John Wall en ce sens est plutôt parlant.

Mon dernier souci se situe au niveau des équipes qui ont vu les portes du tournoi post-saison se refermer sur leur gencives. Celles-ci ne possèdent généralement pas un effectif suffisamment talentueux pour espérer plus qu’accrocher le dernier wagon des playoffs et parallèlement, elles sont trop fortes pour pouvoir bénéficier autrement que marginalement de la draft (picks 10 à 14), système complètement dévoué à la cause des plus faibles. Dès lors elles sont coincées dans cet entre-deux sans intérêt et n’ont que peu de possibilités de s’améliorer sérieusement. Alors que finalement, ces équipes-là sont sans doute les plus méritantes parmi celles pour qui la saison aura été un échec. Il y a quelque chose d’injuste à les voir condamnées à trouver des trésors d’ingéniosité pour passer les étapes supplémentaires tandis que les cancres n’ont qu’à patiemment compter les défaites pour découvrir un gros talent dans leur boîte à lettre au mois de juin.

Face à toutes ces critiques, pourquoi ne pas instaurer une loterie « totale » où toutes les équipes n’ayant pas pu se qualifier pour les playoffs auraient exactement le même nombre de chances de tirer les meilleures places de la draft? Cette idée a déjà été avancé par Bill Simmons (ESPN, Grantland), toutefois j’irais un peu plus loin. Dans le système actuel comme dans la proposition de Simmons, la loterie et le hasard ne désignent que les trois premiers picks, de sorte que la franchise présentant le plus faible bilan de la ligue est dans le pire des scénarios assurer d’empocher le quatrième choix, la suivante d’accrocher le cinquième choix et ainsi de suite. Ce qui comme vous pouvez l’imaginer donne toujours une bonne raison de tanker.

Dès lors, je pencherais plutôt pour que le hasard de la loterie ne soit pas confiné aux trois premiers picks mais étendu à l’ensemble des choix de draft dévolus à ces équipes qui n’ont pas fait les playoffs (picks 1 à 14). C’est un petit peu radical mais à mon avis, rudement efficace. Le tanking n’aurait alors plus aucune raison d’être, les franchises qui auront été les plus honorables dans l’échec ne seraient plus désavantagées au profit d’équipes moins méritantes et les plus beaux prospects courraient un peu moins de risques de tomber dans un chausse-trappe.

Il est vrai que ce système ne possède pas un esprit de rééquilibrage des forces aussi prononcé que l’actuel mais ce n’est pas un mal à mes yeux, au contraire. Les équipes qui auront été les plus faibles sans tanker auront toujours une chance -autant que les autres équipes exclues des palyoffs- de tirer les meilleurs lots. Et n’ayant plus à s’inquiéter de perdre leurs chances d’avoir un haut choix de draft en gagnant trop de match, elles ainsi que celles en reconstruction pourraient se mettre à effectivement construire une équipe sur le terrain (fond de jeu, automatismes, développement des jeunes) pendant cette fin de saison où elles n’auraient plus rien à espérer.

Aucune franchise n’aurait intérêt à simplement attendre les bons picks pendant trois ou quatre ans en raison du caractère complètement incertain de l’ordre de draft. Elles seraient même plutôt poussées à se renforcer du mieux qu’elles le peuvent par elles-mêmes car avant que le tirage au sort de l’ordre de sélection ne rende son verdict et avec chaque équipes possédant un même nombre de chances de décrocher les meilleures places, se serait l’équipe la mieux fichue qui serait dans la position la plus convoitée. Après, le reste ne serait qu’une question de hasard, un cadeau aléatoirement remis à ces franchises de second rang.

Toutefois, les dernières modifications de la draft lottery opérées par la NBA ces dernières années allaient dans un sens contraire, favorisant toujours plus les plus mauvais bilans de la ligue. Donc on est pas prêt de voir mon système voir le jour. Est-ce que la NBA pourrait au moins répartir les chances de tirer les meilleurs picks par tranche de cinq équipes? Au lieu que chacune d’elle ait chacune son propre nombre de petites boules à son nom pour le first pick (250 pour la dernière du classement, 199 pour l’avant dernière, 156 la suivante, etc), les cinq plus mauvaises en auraient un nombre identique (150 par exemple), les cinq suivantes un nombre inférieur (75) et les quatre restantes le moins de chances (25). Tout en gardant l’esprit actuel de rééquilibrage des forces, ça limiterait un petit peu le tanking. Un petit peu.

StillBallin (http://unlimitednba.blogspot.com)/















7 commentaires

  1. Totalement d'accord avec toi, sur tous les points. Ca me fait mal de voir de gros gros talent gâchés par la mauvaise gestion de franchise.
    Imaginons Anthony Davis se retrouve à Charlotte, il apportera 20 victoires de plus peut-être ( et non pas 50 comme le disait un certain Mr.Jenesaispasqui) et Davis aura du mal à percer, et la motivation sera absente. Disons le clairement t'as plus envie de te donner à fond quand tu joues à Chicago ou Oklahoma city (pour ne citer qu'eux) que quand tu joues à Charlotte.

    Sinon sympa la photo de Charlotte vs Toronto pour parler des équipes les plus faibles mdr :)

  2. Je suis assez d'accord avec toi mais est ce que tu ne trouves pas que, "le hasard faisant bien les choses", les equipes qui pratiquent trop le tanking se retrouvent souvent sanctionnes au moment du tirage? Chicago qui chope le 1er choix l'année ou Rose, qui vient du pays est pressenti first pick, plus cleveland l'année après le départ de james, on m'enlevera pas l'idee que la draft est de toute façon un rééquilibrage bien organisé mais aussi planifié.

    • Le hasard fait peut-être bien les choses (non, je ne me lancerai pas dans le débat) mais le fait que certaines franchises se contentent d'attendre les bons picks sans faire de véritables efforts pour se bâtir une équipe rend le championnat un peu moins intéressant. Et le hasard qui n'en est pas un (moi, j'ai rien dit David, je le jure. Non mais je rigolais pour mon article précédent) ne change rien de ce côté-là.

      Et accessoirement, j'aimerais bien que la NBA ressemble un peu moins à la Russie de Poutine.

  3. Je crois avoir entendu quelque part que depuis 1990 seules 3 équipes ayant eu le pire bilan ont eu le first pick (1990, 2003[LBJ] et la draft de D12).

    • Ouais mais les 2nd, 3ème et 4ème picks restent bien intéressants et on retrouvera à coup sûr la plus mauvaise équipe de la saison à une des ces places.

      Par ailleurs, ce n'est pas exceptionnellement étonnant de voir que le plus mauvais bilan décroche le first pick si rarement. Après tout, cette franchise n'a que 25% de chances de l'avoir. C'est plus que tout le monde mais toujours est-il que ça veut dire qu'il y a 75% de chances qu'elle ne l'ait pas. Ça serait donc au contraire très étonnant de voir ces plus mauvais bilans de la saison atterrir régulièrement à la première place de la draft.

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