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[ITW] Benoit Dujardin, co-réalisateur d’ « Evan, le rêve américain »

Hier on vous parlait du film qui va sortir sur Evan Fournier. Basket Infos a décidé d’aller à la rencontre de Benoit Dujardin, co-réalisateur d’ « Evan, le rêve américain » avec Tommy Hombert.

C’est parti !!

Bonjour Benoit, peux-tu te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas ?

Je suis comme vous un passionné de basket… et j’aime beaucoup les métiers de la communication. J’ai la chance de pouvoir lier ces deux passions depuis l’année 2000, où j’ai créé avec d’autres férus de sport la société Sportprod. Nous avons lancé le site Basketzone, qui a connu un énorme succès. Puis nous avons développé des sites pour la LNB (All Star Game, Semaine des As…), pour des sportifs (Jérôme Fernandez) et pour des ligues sportives (Athlé et Hand). Après des années passionnantes dans ce domaine, j’ai rejoint le PB86 en 2007 pour en devenir responsable de la communication.

Nous avons vécu une aventure humaine et sportive incroyable depuis. Après l’internet, c’est la vidéo qui est devenue mon métier numéro 1. Avec Tommy Hombert notamment, nous avons créé la série Vis Mon Match qui raconte le quotidien du club de Poitiers. J’ai ensuite travaillé pour la FFBB, la LNB et la FIBA. L’été dernier nous avons réalisé la série « On The Road To London », dans les coulisses de l’équipe de France masculine. Et nous sortons ces jours-ci un documentaire sur les Braqueuses. Nous travaillons enfin sur un film consacré au dernier Français drafté en NBA : Evan Fournier.

Un pitch d’ « Evan, le rêve américain » ?

C’est un retour sur la jeune carrière d’Evan Fournier. De ses débuts en mini-poussin à Charenton jusqu’à la Draft NBA, en passant par deux titres de meilleur espoir LNB. Ce projet est né il y a deux ans quand Evan est arrivé dans notre club à Poitiers. Nous avons choisi de parier sur lui et de le suivre de près… nous avons des centaines d’heures d’images sur son passage à Poitiers. Nous avons ensuite fait des recherches d’archives, et rencontré ses anciens entraîneurs, pour pouvoir tout raconter depuis le début. Ce documentaire n’a pas pour ambition de décréter qu’Evan Fournier est une star. Cela reste à prouver, et c’est lui qui devra le prouver dans les années à venir. Mais même s’il n’en est qu’au début de sa carrière, nous avons trouvé intéressant de raconter son parcours jusqu’ici.

Et puis… notez bien qu’il a été drafté en 20ème position à 19 ans. Seuls 4 français ont fait mieux à ce niveau de leur carrière. En jeune, il a été 6 fois champion de France en deux ans entre 2005 et 2007. Il a des médailles européennes avec les équipes de France jeunes, il a été élu dans le 5 All Star des compétitions… Il a été élu deux fois de suite meilleur espoir et meilleure progression LNB… Bref, on peut dire ce qu’on veut sur lui et sur son jeu, son CV parle pour lui.

En quoi Evan est un joueur particulier ?

Il a la même approche du haut niveau que Tony Parker. Il se fixe des objectifs très élevés. Quand il les atteints, il en fixe de nouveaux. Il n’écoute pas les critiques, par contre il est extrèmement respectueux des coachs qui l’accompagnent dans sa progression. Au premier abord, c’est un peu déstabilisant de l’entendre annoncer qu’il veut faire ci, qu’il veut faire ça… mais quand on voit derrière que ce ne sont pas que des mots et qu’il produit le travail nécessaire pour atteindre ces objectifs…

Evan quand il avait 14 ans

Evan quand il avait 14 ans

 

Quand tu l’as vu débarquer à Poitiers, tu pensais que deux ans plus tard il jouerait en NBA ?

Je connais un peu le basket… et j’ai la chance de travailler au PB86 avec un coach qui connaît très bien le basket : Ruddy Nelhomme. Ruddy est un « expert » en développement des jeunes talents. Il a quand même vu passer Mike Gélabale, Nando De Colo, Rodrigue Beaubois, Kevin Seraphin… et j’en oublie sûrement. Quand Evan est arrivé à Poitiers, je connaissais sa réputation et son potentiel. Quand Ruddy m’a confirmé ce que j’avais entendu, j’ai su qu’il pouvait se passer quelque chose de spécial avec ce garçon. Nous avons donc décidé, avec Tommy Hombert, de mettre des images en boite. C’est à dire de le filmer et de garder les images pour plus tard. Nous sortions de magnifiques années avec les montées du PB86 jusqu’à la Pro A. Ca nous intéressait de suivre une nouvelle aventure.

Pour répondre plus directement à ta question : je ne savais pas quoi penser. La NBA me paraissait tellement inaccessible, que c’était difficile pour moi d’imaginer Evan y aller. C’est là que nous, observateurs amoureux de ce sport, ne fonctionnons pas comme eux, athlètes et coachs. Avec le temps, j’ai appris à écouter ce que dit Evan, et à ne pas juger avec mon approche d’observateur. Quand il nous a dit lors d’une interview vidéo, à 17 ans, qu’il allait jouer en NBA dans deux ans… nous avons été surpris… mais nous nous sommes dit « ok, et bien on espère que tu y arrivera gamin ». D’autres, en entendant ça ont dit « qu’est-ce que c’est que ce petit mec prétentieux qui n’a pas encore joué en Pro A et qui parle de NBA ! ». Evan, comme Tony Parker et d’autres avant lui, a un plan. Il se fixe des objectifs, de temps de passage, et il avance. Sans jamais écouter les critiques.

En deux ans, j’ai tout entendu sur lui. Les observateurs ont d’abord dit qu’il ne jouerait pas en Pro A. Ensuite qu’il jouait uniquement parce que Poitiers est un petit club. Ensuite qu’il était fini après avoir râté son match au Hoop Summit. Ensuite qu’il n’avait pas l’étoffe pour aider Poitiers à se maintenir. Ensuite qu’il serait drafté, au mieux, au second tour… Et aujourd’hui j’entends qu’il ne jouera pas, etc, etc… Avec le temps j’ai appris à ne plus écouter tout ça, et à faire confiance à Evan et sa capacité de travail.

« International Disaster », c’est comme ca qu’un journaliste du Denver Post a qualifié Evan avant la draft. Tu as pensé quoi en apprenant cette critique ?

Voilà. On en revient à ce que je viens de vous dire. Il faudrait d’abord se soucier de savoir si le journaliste qui a écrit ça a déjà vu Evan jouer. Ensuite… c’est une forme de racisme anti-Européen très classique dans les médias basket américains. Si les scouts et le GM de Denver ont choisi d’investir un choix de Draft sur Evan, c’est peut être que ces gens dont c’est le métier ont vu quelque chose d’intéressant… non ?

Enfin… de mon côté, cet article ne m’a fait ni chaud ni froid. Je le répète, en mai dernier j’ai entendu plusieurs grands spécialistes du basket annoncer qu’Evan ne serait pas Drafté. Ca me faisait un peu rire car j’avais vu défiler tous les scouts NBA à Poitiers pendant la saison, et que plusieurs clubs étaient allés jusqu’à m’appeler moi, après avoir eu les coachs, pour avoir des infos sur Evan. S’ils appellent le responsable Comm’… qui n’est pas spécialiste de recrutement… c’est peut-être parce qu’ils sont très intéressés par le joueur et qu’ils veulent entendre tout ce qu’il est possible d’entendre, non ?

De son côté, Ty Lawson lui a plutôt fait des compliments, cela pourrait pousser George Karl, douteux sur Evan le soir de la draft, à raviser son jugement ?

Ca… c’est l’avenir qui le dira. De mon côté, j’ai une conviction : étant donnés sa capacité de travail et son mental d’acier, Evan ne peut pas échouer en NBA. Il sera peut être un joueur de rotation qui marque 8 points par match, ou peut être un all star à 18 points par match… je ne sais pas. Mais je ne le vois pas échouer. Il travaille trop, et est trop fort dans sa tête pour échouer.

Comment appréhende-t-il la concurrence qu’il y a à son poste aux Nuggets selon toi ?

Je n’en ai pas parlé avec lui… je ne suis pas son confident. Mais je pense qu’il fait comme d’habitude : il se fixe des objectifs, et des temps de passages. Peut-être qu’il se dit « cette année je dois jouer X minutes », ‘ »l’an prochain je veux être titulaire », « dans 3 ans je veux être all star »… je ne sais pas quels sont ses repères, mais je sais qu’il a un plan et qu’il sait où il veut aller.

Où avez vous tourné le film?

Nous avons suivi Evan dans tous les matchs du PB86 pendant 2 ans. Nous sommes allés au Hoop Summit avec lui à Portland en 2011. Nous l’avons suivi à Bilbao (Espagne) pour le championnat d’Europe U20. Nous étions à Trévise pour le camp pré-draft, puis à New York pour la Draft. Nous avons quadrillé toutes les étapes importantes de ces deux dernières années.
Pour ce qui est de son passé… nous sommes allés à l’INSEP, à Charenton, St Maur, Nanterre, etc… Nous avons refait le parcours de sa jeunesse.

Qui pourra-t-on voir en plus d’Evan?

Nous verrons sa famille, ses potes, ses anciens entraîneurs… Nous avons mis la main sur des images incroyables de sélections nationales jeunes. On y voit Léo Westerman, Rudy Gobert… Au Hoop Summit il était confronté à Austin Rivers et Anthony Davis. A Bilbao c’était Gentile. Je pense que ce film aura une deuxième vie, dans 5 ou 6 ans, quand on reprendra les images et qu’on verra en face d’Evan des joueurs qui sont devenus des stars Européennes ou NBA.

Où et quand pourra-t-on voir « Evan, le rêve américain » ?

Une avant première, sur invitation, est organisée à Charenton. Une séance grand public, comme dans un cinéma classique, aura lieu le 18 octobre 2012 en début de soirée au Théâtre T2R de Charenton. Arrêt de métro Charenton Ecole. C’est une magnifique opportunité pour nous de toucher un public parisien. Ensuite nous aurons de nombreuses diffusions à Poitiers. Un DVD sortira enfin à la période de Noël.

J’avais adoré « Le Jour J » sur son expérience au Hoop Summit, j’ai hâte de voir « Evan, le rêve américain ». Un mot à rajouter ?

Merci pour le Jour J. C’était déjà une belle aventure. Le rêve américain sera de la même trempe. Avec une partie plus riche sur le passé d’Evan, et surtout avec une fin joyeuse !

Le mot de la fin ? Je veux juste redire que l’objectif de notre film est de montrer le parcours d’un joueur dans ses jeunes années. Personne ne sait si Evan fera une grande carrière ou pas… mais on sait déjà qu’il a passé des étapes. Et ces étapes ne sont pas les plus faciles. Je pense que ce film montrera aussi, par ricochet, les parcours qu’on pu avoir Tony Parker et Boris Diaw avant d’aller en NBA. Ils sont eux aussi passés par les mêmes étapes de la « formation à la française ».

Un grand Merci à Benoit Dujardin pour avoir répondu à nos questions.















Un commentaire

  1. Perso moi j'étais énervé quand les américains disaient qu'evan était nul, j'espère qu'il leur prouvera le contraire!

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