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Vintaganalyse : Rookie Wonders

La normalité voudrait qu’un tout jeune joueur soit avant tout présent dans un effectif pour apprendre des plus anciens, découvrir le milieu et progresser à son rythme avec le temps, que ce soit en NBA ou dans n’importe quel sport. Pourtant, la notion de normalité ne fait pas partie et ne fera jamais partie du quotidien des plus grandes légendes du sport, et la NBA n’échappe pas à la règle. Et quand le talent est là, un gigantesque talent, il prime sur un statut de rookie qu’on oublierait presque.

                Kobe Bryant, Kevin Garnett, Tim Duncan, Ray Allen, Steve Nash, Jason Kidd, Grant Hill … Ils sont nombreux à être toujours présent dans la ligue alors que leur carrière ont commencé il y a maintenant plus de 15 années. Un signe de longévité qui, qu’on aime ou non le personnage, force le respect de chacun d’eux, et étonne même parfois de voir des athlètes d’un tel âge rester à un tel niveau. Et les fins de carrières  crève-cœur de certaines stars d’autrefois (Tracy McGrady, Baron Davis, Jerry Stackhouse et les autres) sont là pour nous rappeler à quel point cette longévité est exceptionnelle. Mais si il est difficile de briller sur une fin de carrière, il l’est au moins autant si ce n’est plus de briller dès le début de cette carrière, et cela, très peu on sur le faire.

               Si on s’intéresse aux plus grandes stars des années 2000’s qui viennent de s’achever, Kobe Bryant et Kevin Garnett ont eu un temps d’adaptation logique n’ayant pas joué en université, De même pour un Steve Nash, un Ray Allen ou même un Dirk Nowitzki, pour ne citer qu’eux. Car être une star, un phénomène dès son année rookie, c’est une performance que seuls quelques élus ont réussi à réaliser. Heureusement, à une échelle plus large, celle de la longue et passionnante histoire de la grande ligue, les phénomènes dès leurs premiers pas chez les pros sont plus nombreux, et tous furent tous aussi agréable à voir jouer.

Précocité, plus admirable que longévité ?

Mirookielus, les pivots

            Comme je vous le décrivais il y a quelques temps, ce sont les pivots qui ont eu la main mise sur la NBA pendant plus d’un demi-siècle. Aussi, il n’est pas étonnant de voir certains parmi les plus beaux phénomènes rookie sur ce poste.

           A commencer par le champion parmi les champions, Monsieur Bill Russell, le légendaire pivot des Boston Celtics. C’était pourtant loin, très loin d’être joué pour Russell, qui a sa sortie de High School ne reçoit qu’une et une seule offre d’université, celle de San Francisco. Le problème ? Bill n’était pas des plus adroits en attaque, et ses énormes qualités défensives (déjà à son âge) n’étaient pas reconnues comme telles à une époque où la défense était facultative ou presque. Qu’importe, un homme croit en lui, un certain Red Auerbach, légendaire coach des C’s. Il veut faire de lui le pilier de l’équipe et valoriser la défense, et le moins qu’on puisse dire, c’est que Auerbach a eu du flair. Le rookie Bill Russell rapporte plus de 14 points par matc, mais surtout mène la ligue déjà avec 19.6 rebonds par match, conduisant même Boston vers son premier titre NBA en 1957, tout en tournant à quelques 24.4 rebonds de moyenne en playoffs. Statistiquement, Russell n’est pas le rookie le plus spectaculaire, mais comme souvent avec le bonhomme, son impact va bien au-delà des chiffres.

Auerbach – Russell, une alchimie qui allait fonctionner dès la première saison. 

           Et puisqu’on parle de l’un, il faut aussi parler de l’autre. Nul ne peut évoquer Bill Russell sans penser à Wilt Chamberlain. En effet, si Wilt ne fut pas champion de suite, sa saison rookie est tout bonnement monstrueuse : non content de bouleverser le paysage NBA par son physique titanesque, il va également s’emparer du titre de meilleur marqueur de la ligue, ainsi que de celui de meilleur rebondeur, lors de la saison 1959-1960. 37.6 points et 27 rebonds par rencontre disputée, pour réaliser celle qui est considérée comme une des meilleures si ce n’est la meilleure saison rookie de l’histoire. Il fait main basse sur le trophée du Rookie of the Year, et chose inédite, sur celui de MVP également. Une performance qui montre toute la dimension du personnage, et qui ne sera rééditée qu’une seule fois, en 1969. Son nom, c’est Wes Unseld. Moins spectaculaire que Chamberlain, Unseld est tout de même un rookie d’exception (presque 14 points et 19 rebonds), fantastique défenseur et transforme les Baltimore Bullets en une des meilleures équipes de la ligue.

           Cette même année, un autre débutant aurait pourtant pu remporter le ROY, Elvin Hayes. Le Big E est plus productif qu’Unseld sur un plan purement statistique, mais encore une fois les stats ne font pas tout. Quoi qu’il en soit, le rookie des San Diego Rockets est auteur d’une fantastique première saison, finissant meilleur marqueur de la ligue avec 28.4 points, tout en rajoutant 17.1 rebonds de moyenne. Ses 45 minutes par match passées sur le parquet montrent à quel point il s’est tout de suite montré indisponible, et aura eu pour seul défaut d’entrer dans la ligue au même moment qu’ Unseld. Ils se retrouveront ensemble chez les Bullets, pour offrir à Washington son premier titre NBA en 1978.

Unseld et Hayes, futurs coéquipiers champions, furent les sensations de 1969

            L’année suivante à peine, l’award du ROY 1970 tombe entre les mains d’un certain Lew Alcindor. Celui qui sous le nom de Kareem Abdul Jabbar remportera 5 titres NBA chez les Lakers, est un véritable phénomène à UCLA, considéré même comme le plus grand joueur universitaire de l’histoire. Et les Bucks tirent le gros lot en le sélectionnant 1e choix de la draft pour l’associer à Oscar Robertson. Et Alcindor se montrera  à la hauteur de son statut, restant une véritable machine à scorer (28.8pts, plus 14.5rbs), et son skyhook incomparable embarrasse pas mal de défenseurs dès sa première année. Le Milwaukee du Big O et d’Alcindor ne tomberont qu’en Finales de Conférence face aux futurs champions, les New York Knicks de Willis Reed et Clyde Fraizer. Le rookie Alcindor fut véritablement un phénomène au sein de la ligue, alors que dire du sophomore Alcindor qui offrira le titre NBA 1971 au Buck …

           Dans un style très spectaculaire, Walt Bellamy doit être pris en considération. A l’aube des années 1960’s, Bellamy est le pivot star de l’Université d’Indiana, et n’aura pas à déménager trop loin lors du saut en NBA, puisque ce sont les Packers de Chicago qui le sélectionnent en tant que top pick de la draft 1961. Il n’arrivera pas à faire décoller les Packers qui restent une équipe médiocre en NBA, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé : sa saison rookie est considérée par beaucoup comme une des toutes meilleures de l’histoire, du même calibre qu’un Wilt Chamberlain. Un an à peine après les débuts de Wilt, Walt offre aux fans une autre saison rookie titanesque : 31.6 points et 19 rebonds (deuxième et troisième meilleurs totaux pour un rookie). Bellamy fut de la même trempe que Chamberlain, un Chamberlain du pauvre pourrait-t-on dire, mais un joueur de ce calibre tout de même. On peut également citer quelques pivots parmi les nombreux talentueux des années 60’s et 70’s, qui eurent un impact considérable dès leur année rookie. Willis Reed, double champion NBA avec New York, a eu une saison rookie des plus honorables (19.5pts et 14.7rbs), tout comme Dave Cowens chez les Celtics (17pts, 15rbs), Mel Daniels chez les Minnesota Muskies (22.2pts et 15.6rbs pour mener la ligue), ou Jerry Lucas (17.7pts, 17.4rbs)

           Plus tard, Houston tirera le gros lot, deux fois. D’abord avec Ralph Sampson, top pick en 1983, qui a beau rapporter 21 points et 11 rebonds au Rockets, il ne les fait pas avancer. Ou plutôt, Houston s’arrange pour ne pas avancer et plombant sa fin de saison pour obtenir le top pick de l’année suivante, et ils y arriveront (le système de lottery ne sera instauré que l’année suivante, en 1985 pour éviter que d’autres franchises en fasse de même pour obtenir le gros lot, un certain Pat Ewing). Et si Sampson a beau avoir été un incroyable débutant, Hakeem Olajuwon (ou plutôt Akeem à l’époque) que les Rockets sélectionnent, l’est encore plus. Grand de 7 pieds de haut, son passé de footballeur lui a offert un jeu de jambe, une explosivité et une versatilité fantastique pour un Big Men. Non content de peser en attaque (presque 21 points), il est excellent en défense (12 rebonds, 2.7blk, 1.2stl), et les tours jumelles de Houston poussent le Jazz à un 5e match (à l’époque le premier tour des playoffs se joue encore au meilleur des 5 matchs). Pas mal pour la pire équipe de la ligue l’année passée, qui allait même atteindre les Finales l’année d’après. Une année après l’arrivée d’Olajuwon au Texas, Patrick Ewing débarque à New York pour changer la face des Knicks. On a toujours connu Pat pour sa défense, mais offensivement on ne lui pensait pas autant de qualités. Bernard King, véritable machine à scorer et star de Big Apple de ces dernières années est souvent blessé, et Pat prend le leadership, des deux cotés du terrain (20pts, 9rbs, 2blk), faisant des Knicks la meilleure défense de la ligue, pour parfaire une très belle année rookie.

First pick en 1985, Ewing remet de suite les Knicks sur le bon rail.

           Parcours similaire pour David Robinson chez les Spurs quelques années plus tard : premier choix de draft 1987 en sortant de l’US Navy, il attend pourtant d’accomplir ses devoirs pour l’armée avant de gouter à la NBA. Et les fans de San Antonio ne regretteront pas d’avoir attendu : Robinson est un athlète comme on en fait peu, grand, explosif, musclé, même bodybuildé pourrait-on dire, le rookie de San Antonio a de la carrure. The Admiral pèse pour 24 points, 12 rebonds et 3.9 contres de moyenne, et San Antonio peut se vanter d’être devenu une des meilleures défenses du pays.

           En 1992 les fans voient encore un pivot émerger : Alonzo Mourning. Avant de devenir un pilier de la franchise du Heat, Zo’ arrive chez les Charlotte Hornets à peine un an après Larry Johnson, explosif ailier fort, premier choix de draft l’année précédente. Fantastique défenseur (10.3rbs, 3.5blk), il est également la seconde option offensive derrière LJ (21.1pts), et les Hornets se hisseront jusqu’en demi-finales de Conférence. Mais la vraie star de cette classe de draft 1992 est un autre pivot, celui sélectionné juste avant Zo’ durant la draft. Shaquille O’Neal bouleverse le paysage NBA, autant par sa personnalité extravagante que pour ses performances sportives. Dans une franchise vieille de 3 ans à peine, Shaq équilibre le bilan d’Orlando (41-41, pire bilan en carrière pour lui), et même si Penny Hardaway ne débarquera que l’année d’après pour former un fantastique duo, Shaq n’attend pas pour briller : presque 24 points, 14 rebonds et 3.5 contres par rencontre, comme les nombreux Big Men cités plus haut, l’ancienne star de LSU n’a pas eu de temps d’adaptation.

Shaq domine dès ses débuts, honorant la lignée des Big Men passés avant lui.

 

Mirookielus, les Forwards.

           On descend un peu au niveau des postes, la taille se réduit, mais certainement pas le talent. Les Forwards sont actuellement ceux qui dominent la ligue, et même si par le passé ils furent moins nombreux en proportion à être aussi talentueux en même temps, les légendes sur ce poste ne sont pas rares.

           A commencer par la première star parmi les Forwards, Bob Pettit. Pettit, qui fera la gloire des St Louis Hawks, reçoit le trophée du Rookie of the Year 1955 chez les Hawks déjà, mais basés à Milwaukee pour leur dernière année. 20.4 points par match, mais c’est surtout pour ses qualités au rebond, exceptionnelles pour un forward, que Bob Pettit se fera connaître et même si il est encore loin de ses 20 rebonds par match ( !) quelques années plus tard, ses 13.8 reprises par rencontre sont des plus respectables. Mais il se fera voler bien vite la vedette quelques années plus tard, par un certain ailier afro américain, explosif, scoreur né et rebondeur d’exception. Un ailier qui est le premier à s’envoler dans les airs, semble donner l’impression de flotter, et démocratise un geste aujourd’hui si anodin, le dunk. C’est évidement Elgin Baylor. Celui qui sera un malheureux Finaliste NBA à sept reprises, prenant sa retraite l’année où son équipe de toujours allait enfin atteindre le Graal, reste comme un fantastique ailier dans la grande histoire de la ligue. Inventeur du Hang Time, qui allait démocratiser le dunk, Baylor est le top pick des Minneapolis Lakers en 1958, déjà cinq fois champions NBA en 11 ans d’existence. Il devient de suite le franchise player de cette franchise en quête d’un nouveau titre, scorant 24 points de moyenne et pesant 15 rebonds en tant que rookie. Le tout en menant les Lakers vers une nouvelle Finale NBA, perdu face aux incomparables Celtics de Bill Russell. A l’image de son ahurissante carrière, Elgin Baylor fut dès sa première saison un phénomène au sein de la ligue.

Le Hang time Master, Baylor, n’attend pas pour briller sous les couleurs des Lakers

           Une petite dizaine d’année plus tard, un autre scoreur de folie fera son apparition dans la ligue, et fera l’âge d’or des Warriors au milieu des années 1970’s. En effet, en 1975, Rick Barry est le franchise player des Golden State Warriors, qu’il mènera jusqu’au titre en 1975, notamment par ses lancers francs diablement efficaces et dont la mécanique reste une des plus insolites qu’on ait vue. Toujours est-il qu’en tant que rookie, Barry rapporte pas moins de 25 points et surtout 10 rebonds de moyenne (record en carrière). Il atteindra même les 35 points par match pour son année sophomore, mais du haut de ses 21 ans il ne parvient pas à redresser les Warriors (encore à San Francisco) dès sa première année. Début année 1980’s, Terry Cummings ne pourra faire mieux. Malgré ses bonnes performance, le rookie des San Diego Clippers n’arrive pas à équilibrer le bilan de la franchise Californienne, qui plafonne à seulement 25 victoires pour 57 défaite, malgré l’apport excellent de son rookie vedette, élu Rookie of the Year 1983, qui se démène pour leur offrir 23.7 points et 10.6 rebonds de moyenne.

           Mais les vrai phénomènes du début des 80’s, ce sont bien entendu Larry Bird et Magic Johnson. Alors certes, Magic n’est pas un Forward, mais à l’image de Russell et Chamberlain, lorsque l’on cite l’un on se doit de citer l’autre immédiatement après également, tant leur destins sont liés. Après leur affrontement en Finale NCAA 1979, remportée par le Michigan State de Magic devant l’Indiana de Bird, les deux rejoignent la cour des grands. Larry Bird, accusé d’être un simple blanc, physiquement médiocre, va faire taire toutes les critiques dès ses premiers pas. Fantastique All Around Player, showman spectaculaire et playmaker de talent, Bird semble être au premier regard l’opposé du prototype parfait du joueur NBA, mais il n’en est rien. Comme le montre ses 10.4 rebonds, pas mal pour un joueur qu’on dit incapable de sauter ou de courir. Auxquels il faut rajouter 21.3 points et 4.5 passes. A 23 ans, Bird a changé la face des Boston Celtics, qui finissent 1e de la saison régulière avec 61 victoires. Philadelphie les stoppera en playoffs, mais les occasions de se venger ne manqueront pas, et Larry Bird est élu Rookie of the Year 1980 devant … Magic Johnson.

           Pourtant, le meneur angelinos avait des arguments à faire valoir. A commencer par une superbe ligne de stats : 18pts, 7.7rbs, 7.7 passes, Magic est lui aussi un excellent All Around Player. Mais plus que cela, il revitalise les Lakers, tant par son sourire si communicatif que par son talent : aux cotés de Kareem Abdul-Jabbar et Jamal Wilkes (près de 63 points par match à eux trois), il mène Los Angeles en Finales NBA contre les Sixers, bourreaux des Celtics de Bird. Et avec Kareem blessé, Magic prendra plus que jamais ses responsabilités, avec notamment ce fameux match où il démarre pivot, joue sur tous les postes, et offre le titre aux Lakers. Trustant même le trophée de MVP des Finales (21.5/11.2/8.7 sur les Finales, et même 18.3/10.5/9.4 sur l’ensemble des playoffs), la belle cerise sur un gâteau, sa première saison pro, au moins aussi magnifique.

Privé du ROY par Bird, Magic devra « se conter » du MVP des Finales 1980 …

           Il faudra attendre le milieu des années 90’s pour revoir un forward rookie digne de ce nom : Grant Hill. Co-rookie de l’année 1995, 3e choix de draft par les Pistons, Grant Hill est un ailier capable de tout faire, très similaire à ce que deviendra un Lebron James une décennie plus tard : 6.4 rebonds, 5 assists et … 19.9 points par match. A peine 0.1 point par match, qui le prive d’être dans le club très fermé des rookie à avoir compilé 20/5/5 (Robertson, Jordan, Lebron, et Tyreke Evans). 0.1 points qui le prive symboliquement de cette prestigieuse reconnaissance, mais officieusement, Grant Hill était de ce calibre. D’autant que défensivement, l’ailier de Detroit n’était pas non plus en reste (presque 2 steals et 1 contre). Autant dire que si sa santé lui avait permis de réitérer  sur de nombreuses années ses performances rookie, sans doute Hill serait aujourd’hui considéré comme un parmi les plus grands. Malheureusement, il n’en fut rien, mais on ne refait pas l’histoire, et le souvenir de ce débutant d’exception reste lui impérissable.

           Quelques années plus tard, c’est Tim Duncan qui s’érigera comme chef de file des forwards, mais lui sur le poste 4. A n’en pas douter, Duncan fait partie de ces joueurs qui ont totalement transformé la face de leur franchise dès leur arrivée. Lorsqu’il est sélectionné comme premier choix lors de l’édition 1997 de la draft, les Spurs sont l’équipe de David Robinson, et la cohabitation entre les deux sera cauchemardesque. Pour les adversaires. Près de 21 points et 12 rebonds aux côtés du Admiral, plus 2.5 contres, et surtout la joie de goûter au playoffs. Karl Malone et le Jazz domineront ce jeunot de 21 ans en demi-finale de Conférence Ouest, mais Duncan n’aura besoin que d’une année de plus pour soulever le trophée, lors de la saison écourtée par le lock out. Toujours est-il que cette superbe saison rookie ne sera en fait, et pour notre plus grand plaisir, que le lancement d’une carrière titanesque qui se révèlera plus magnifique encore.

           Plus récemment encore, le phénomène se nomme Lebron James. Sans même passer par l’université, le King s’adapte déjà en NBA dès sa première saison, et pas qu’un peu. Il rejoint Oscar Robertson et Michael Jordan, dans le club des 20/5/5, et même si son physique n’est pas encore celui d’aujourd’hui, on peut voir déjà toute l’explosivité et la puissance du Kid d’Akron, qui remporte le ROY mais manque les playoffs. Tout l’inverse de Carmelo Anthony, son rival depuis le lycée. Juste le temps de gagne le titre NCAA avec Syracuse, Melo atterrit à Denver en 2003 et éclabousse de sa classe toute la ligue. Pas moins de 21 points et 6 rebonds, pour souffler au nez de Lebron le titre de meilleur marqueur parmi les débutants. Et si c’est James qui est élu rookie de l’année, Melo lui mène Denver en playoffs, où les Wolves de Kevin Garnett en mode MVP seront trop forts. Quelques temps plus tard, une autre machine à scorer entre en NBA, Kevin Durant.  Avant de faire du Thunder un candidat au titre, Durant a fait ses premiers pas avec les Sonics, dans la ville où il pleut tout le temps. Encore plus skinny qu’aujourd’hui, il n’a pas encore la même panoplie offensive mais enfile déjà les paniers, sur le modèle de Melo. Déjà plus de 20 points par match, prémices d’années bien plus prolifiques à venir. Enfin, tout dernièrement, c’est la tornade Blake Griffin qui s’est abattue sur la NBA, pour la saison 2010-2011. Il n’a pas de shoot fiable, est très hésitant au poste bas, et revient d’une saison blanche, mais se révèle comme un véritable phénomène, accumulant dunks de folie et alley-oops spectaculaires, pour au final compter plus de 22 points et 12 rebonds de moyenne, et plus encore, redorer le blason d’une franchise en manque d’amour depuis quelques années déjà.

Melo & Lebron, les deux sensations de la cuvée 2003 

Mirookielus, les Guards.

            Enfin, les guards. Difficile de dominer le jeu dans un sport de grand, et les joueurs qui ont brillé dès leurs début sont rares, mais le peu qui le font brillent de mille feux.

           Le premier, et pas des moindre, est nul autre qu’Oscar Robertson. Le Big O, connu pour être le seul avoir tourné sur une saison à un triple double de moyenne, a même failli le faire dès son entrée dans la ligue. A 0.3 passes par match, c’était fait : 30.5 points, 10.1 rebonds et 9.7 passes. Au point de faire passer les autres du club des rookie 20/5/5 pour des juniors. Athlétique, explosif, excellent rebondeur et excellent shooteur, Robertson a parfaitement assumé un statut de 1e choix de draft, sélectionné par les Cincinaty Royals. Le futur Buck est tout simplement auteur d’une des plus belles saisons rookie de l’histoire. Quelques temps plus tard, du côté de Philadelphie, un autre guard éblouit la ligue dès ses débuts : Earl Monroe. Surnommé Earl The Pearl (la perle), le kid de Phily file à Baltimore, sélectionné en deuxième position durant la draft 1967. Incroyable scoreur et si agréable à voir jouer, Earl rapporte 24.3 points, 5.7 rebonds et 4.3 passes dès sa première année.

           En 1984, un nouvel arrière vient chambouler la NBA. Il fait 6’6 pieds de haut, sort de North Carolina et tire la langue au moment d’achever ses adversaires. Michael Jordan, le compétiteur par excellence, s’affiche dès ses premiers pas dans la grande ligue comme un scoreur d’abord et avant tout (28.8pts), mais pas que, et montre déjà de belles qualités d’All Around player qu’on oublie de lui attribuer bien trop souvent (6.5 rebonds et 5.9 passes). Mieux encore, il porte les Bulls vers les playoffs, et contre Milwaukee réussit son premier Game Winner en playoffs. Ce ne sera pas suffisant, mais 6 titres NBA plus tard, cet échec sera vite digéré. Enfin, Tyreke Evans en 2010 avait rejoint Oscar, Michael et Lebron, en affichant 20.1pts, 5.3rbs, 5.8ast, épatant la ligue entière par des moves somptueux et portant les Kings à bout de bras. Et si Tyreke a du mal à confirmer, nul doute que sa saison rookie elle est d’ores et déjà une performance historique.

It’s all about greatness, since the first day.

           Chez les meneurs, il est plus dur de trouver de véritables phénomènes, du fait qu’on balance rarement un rookie aux commandes d’une équipe. Mais certaines exceptions ont réussi. Mis à part Robertson et Magic, Isiah Thomas peut être compris dans ce lot. A 20 ans, il est propulsé titulaire des Pistons, et même si il n’arrive pas à leur donner un bilan positif, ni a les emmener en playoffs, il compile tout de même près de 17 points et 8 passes. Mark Jackson aura lui aussi la lourde tâche de mener le jeu des Knicks en 1987, et un titre de ROY et 10.6 passes de moyenne plus tard, on peut considérer que le futur 3e meilleur passeur de l’histoire a réussi sa saison rookie. Damon Stoudamire obtiendra lui aussi le trophée de meilleur débutant, avec Toronto en 1996, menant l’attaque des Raptors avec une aisance épatante (19pts, 9.3ast).

           Tim Hardaway, en 1989 avec Golden State, est un membre à part entière du Run TMC, et se plait à alimenter les scoreurs que sont Chris Mullin et Mitch Richmond (8.7ast), tout en faisant parler la poudre lui-même grâce à un bon shoot et son incomparable killer crossover (14.7pts). Un autre Hardaway, Anfernee cette fois (ou plutôt Penny), se fait remarquer à l’autre bout du pays quelques années plus tard. A la mène du Magic, Penny Hardaway est un combo guard capable de tout faire (16pts, 5.4rbs, 6.6ast, 2.3stl), et très spectaculaire. Il sera boudé pour l’élection du ROY (offert à Chris Webber), mais venait d’ouvrir la voie pour tous les combos guard qui allait suivre jusqu’à aujourd’hui. Enfin, un autre maître du crossover, Allen Iverson, allait impressionner tous les spécialistes dès son arrivée dans la ligue. A 21 ans, l’ancien pensionnaire de Georgetown justifie de la plus belle des manières son rang de numéro 1 de draft. Dribbleur fou, A.I n’a pas froid aux yeux et prend les rênes du scoring devant Jerry Stackhouse et Derrick Coleman dès sa première année (23.5pts, 7.5ast). Iverson allait être le chef de file d’une classe de draft 1996 qui se révèlera une des meilleures de l’histoire.

A coup de crossover, Iverson deviendra « The Answer » dès son année rookie. 

Draft Payback

           Un constat évident apparaît : on trouve bien plus de rookies phénomènes dans les premières années de la ligue que maintenant. Voilà qui vérifie la théorie plus générale qu’avant, « on faisait plus facilement des meilleures stats », vulgairement.

           C’est évidement vrai, et une des raisons principales est que la NBA n’est pas devenue du jour au lendemain une ligue dense et avec une belle poignée de talents dans chaque équipe comme aujourd’hui. Il a fallu des années, des décennies pour voir la NBA se professionnaliser pourrait-on dire, du temps pour une harmonisation des talents mais aussi et surtout des physiques. Si aujourd’hui, soulever de la fonte et faire pousser ses biceps est devenu le quotidien d’un joueur de NBA, c’était loin d’être le cas auparavant. Ainsi, à y regarder de plus près, tous les joueurs qui ont dominé le jeu d’une façon extraordinaire furent tous ou presque des montres physiques, qui sortent de l’ordinaire : Wilt Chamberlain, non seulement d’être un titan, dominant d’une tête ou deux son opposant, était un véritable athlète. Tout comme Oscar Robertson, sans doute le premier guard avec un tel physique. Tout comme Elgin Baylor, Robinson, Shaq, et bien d’autres exemples encore. C’est aussi une des principales raisons de voir autant de rookie exploser tout sur leur passage dès leurs premiers pas dans la ligue.

Lorsqu’il fait ses premiers pas avec le Magic, Shaq est déjà un monstre physique.

           Avec les années, on a donc pu constater une importance accordée à la dimension physique grandir de plus en plus. De nos jours, il n’est plus rare de trouver un beau bébé, plein de muscles et à la carrure impressionnante, mais sans véritable talent entre les mains. Depuis quelques années déjà même, les futurs rookies se voient forcer de passer une batterie de tests physiques, dont scouts et médias se délectent pour faire monter ou descendre la cote d’un jeune joueur. On est attentif à qui saute le plus haut, qui court le plus vite ou qui porte le plus de poids, et c’est bien, c’est important et rentre en compte dans le processus d’augmentation des détails qu’on peut trouver sur un joueur, pour affiner ses informations et choisir au mieux son futur pick. Mais cela empiète sans doute un peu trop sur d’autres points au moins autant essentiels que peuvent être l’intelligence de jeu ou le QI basket. De nos jours, la cote pré-draft d’un Larry Bird ou Reggie Miller en aurait certainement pris un coup, et à tort.

           Mais le physique ne fait pas tout, et c’est aussi une évolution des mentalités qui explique la rareté des rookies phénomènes. En effet, autrefois un pick parmi les 10 premiers ou plus était un jeune joueur que la franchise sélectionnait pour espérer le voir devenir le plus rapidement possible un membre majeur voir le franchise player de l’équipe. Et aujourd’hui, cette confiance semble perdue, sans doute à cause de la densité de la ligue qui s’accroît. Alors bien sûr, il y eut des erreurs, des mauvais choix et des paris perdants, mais pour combien de belles histoires ? Parmi les légendaires Celtics à la base du lancement de la dynastie de Boston dans les années 60’s, on retrouve Bill Russell, Bob Cousy, Sam Jones, KC Jones, Tom Heinson, John Havlicek, Dave Cowens ou Jo Jo White un peu plus tard, tous furent draftés par la maison verte. De même pour leurs homologues angelinos, Jerry West et Elgin Baylor. Willis Reed et Walt Fraizer, qui rapporteront deux titres aux Knicks, Robertson et Jabbar aux Bucks. Plus récemment, Bird, Maxwell et Havlicek de nouveau à Boston, Magic, Worthy ou Scott aux Lakers, Thomas, Rodman, Dumars et Laimbeer à Detroit. Mais aussi pour les Bulls, un certain Michael Jordan et un Scottie Pippen, Payton et Kemp à Seattle ou encore Stockton et Malone chez les mormons. Liste non exhaustive, les exemples sont encore nombreux. Toujours est-il qu’aujourd’hui, seul Oklahoma City (ou presque) semble suivre cet exemple, et cela semble payer puisque depuis 2010, impossible de freiner la folle ascension du jeune Thunder de Durant, Westbrook, Harden et Ibaka.

Oklahoma City, ou la culture de la draft.

           Aujourd’hui, un lottery pick est là pour compléter l’effectif dans la plus part des cas, pour apporter un nouveau souffle mais on ne s’attend plus à ce qu’il explose et soit une vraie star, en général. Si il le devient, tant mieux, mais très peu de rookies se voient crédités d’une grande confiance dès leurs premiers pas, même dans les équipes médiocres, et on leur préfère même parfois un joueur expérimenté moyen mais qui a du métier dans la ligue. Rien que sur les dernières années, très peu (trop peu même) de lottery pick se sont révélés des titulaires indiscutables. Carence de vraie talent ou manque de confiance ? Sans doute un peu des deux, mais le débat est légitime.

           Enfin, si aujourd’hui un joueur a besoin de quelques années pour s’adapter et connaître ses meilleures années NBA, il n’en fut rien autrefois, et beaucoup de joueurs d’autrefois ont connu leur prime des leurs premières années, avant de ralentir sur la suite. Une tendance inversée en somme, et encore un facteur lié sans doute à l’importance d’un physique hors norme pour dominer le jeu auparavant. Chamberlain a connu ses meilleures années et réalisé ses plus belles performance dans ses premières années, Robertson a tourné sur un presque triple double sur ses premières années avant de nettement baisser d’un ton. Même Tiny Archibald, connu pour avoir été le seul à terminer meilleur scoreur et passeur de la ligue la même année, a été le plus compétitif dans la première moitié de sa carrière. La draft 2009 est d’ailleurs là pour illustrer cette nécessité d’adaptation : alors que cette cuvée avait sorti de nombreux talents (Evans, Curry, Jennings et plein d’autres), trois ans plus tard le joueur le plus solide semble être James Harden, après avoir assumé difficilement un statut de 3e pick depuis le banc, et désormais un des meilleurs arrières de la ligue. Aujourd’hui, un Kyrie Irving pourrait en faire de même, et s’imposer comme un des tout meilleurs meneurs de la ligue dans les années à venir, après une saison rookie pleine de promesses.  

Le ROY 2012, Kyrie Irving, future super star ?

           Quoi qu’il en soit, avoir été fantastique dans sa saison rookie n’est ni gage de carrière réussie, ni une nécessité pour devenir une star au sein de la NBA. Un steal de draft, est souvent très apprécié par les fans également. Et les exemples de Kobe Bryant, Kevin Garnett, ou plus récemment Rajon Rondo sont là pour nous rappeler que les quelques années loin du devant de la scène ne sont parfois qu’une étape pour atteindre un jour les plus hautes strates de la NBA.

           Quand le talent est là, il faut simplement laisser le temps au temps.

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Épisodes précédents :

Vintaganalyse : la place de Lebron James dans l’Histoire

Vintaganalyse : Rondo, the only one.

Vintaganalyse : la fin des Titans















7 commentaires

  1. Très bon article bravo,
    Kyrie Irving future super star? Oh que oui!!!

  2. Je crois que c'est forwards* et non fowards* :)

    Superbe article au passage!

  3. Super travail, continuez de nous faires des articles comme ça !!!!

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