Analyse Vidéo : Les Knicks doivent-ils échanger Carmelo Anthony ?

Analyse Vidéo : Les Knicks doivent-ils échanger Carmelo Anthony ?

Avec seulement 4 victoires pour 21 défaites, les New York Knicks réalisent actuellement le pire début de saison de leur riche et longue histoire. Au point que les rumeurs commencent déjà à naître autour du joueur central de la franchise de Big Apple : Carmelo Anthony. Au-delà des envies propres au joueurs, qui avait (et a toujours ?) de belles options sur le marché l’été dernier, les Knicks doivent-ils échanger Carmelo Anthony pour tout reconstruire ?

Jetons un coup d’œil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Les Knicks sont dans une année de transition. La qualité de l’effectif en lui-même est clairement mauvaise si ce n’est pour quelques rares éléments, Derek Fisher effectue sa toute première saison dans le costume de head coach et l’instauration tentée du jeu en triangle n’en est que d’autant plus compliquée et inefficace justement du fait de ces deux précédents éléments.

Cependant, si la question du grand chamboulement semble en conséquence bien trop précoce, celle sur Carmelo Anthony et sa capacité (ou non) à être un franchise player qui porte son équipe loin en playoffs est en revanche on ne peut plus légitime. L’ancien Orange de Syracuse n’a en effet passé le premier tour des playoffs que deux fois dans sa carrière (en 10 apparitions), et apparait beaucoup plus comme une machine à scorer de grand talent plutôt qu’un vrai go-to-guy victorieux. Faire des stats dans le vide, parfois au détriment du collectif ou de la défense, c’est un peu le reproche majeur de sa carrière.

Plus concrètement néanmoins, il est intéressant de noter que Carmelo Anthony présente un profil on ne peut plus adapté au jeu en triangle, plus que n’importe quelle autre star de NBA (ou presque). En effet, sa combinaison de scoring intérieur/mi-distance/extérieur lui permet de briller dans absolument toute les facettes du triangle, à n’importe quel spot où on souhaite le faire jouer.

Placé au poste bas dans le triangle formé par les joueurs sur le quart de terrain, Melo peut faire la différence de bien des manières, que ce soit en utilisant toute sa puissance sur du jeu au panier, sur son turnaround jumper létal par-dessus n’importe quelle épaule, ou bien en faisant face à son adversaire et en se jouant de lui grâce à son footwork et sa créativité. Sur l’aile ou dans le corner (toujours dans le triangle géométriquement créé), il s’avère on ne peut plus capable d’alimenter le poste bas correctement, mais peut aussi représenter un excellent second couteau pour couper vers le cercle ou surtout dégainer à trois points si une prise à deux vient rapidement sur le joueur poste bas. D’où l’intérêt pour les Knicks d’aller chercher une deuxième star pouvant évoluer au poste, et ainsi exploiter au mieux le danger que représente Melo. Enfin, dans certaines options du jeu en triangle, il peut depuis cette position du corner/sur l’aile jouer le Pick & Roll, en qualité de porteur de ballon (pour dégainer ou passer, le P&R étant l’exercice de création/passe dans lequel il est le plus à l’aise), tout comme en qualité de poseur d’écran qui joue ensuite très agilement le Pick & Pop obtenir de très bon jump-shot ouverts.

En dehors du triangle géométrique, sur le côté faible où seulement deux joueurs se trouvent donc, il peut là encore exceller dans les deux positions. Celle de l’intérieur poste haut en tête de raquette, son domaine de prédilection par référence, depuis lequel il fait admirer de magnifiques jab-step et autres feintes pour se créer de l’espace pour son tir, ou en faisant parler son très rapide premier pas et se rendre au cercle. Ou bien dans le rôle du joueur dans le périmètre, qui va porter le ballon, jouer le Pinch Post, le Pick & Roll ou tout simplement partir sur de l’isolation.

C’est encore une fois la grande force de ce système de jeu du triangle, la capacité de pouvoir utiliser sa star dans n’importe laquelle des positions, la force de Carmelo Anthony étant de posséder à la fois le jump-shot et le jeu intérieur pour jouer partout. Et tout cela en ayant simplement mentionné les situations de jeu primaires de chaque poste, qui ne prennent pas en compte des tirs en sortie d’écran, des positions rapidement établies proche du cercle, ou tout simplement des potentiel tirs en réception de passe à trois points créés par le spacing et mouvements de balle sur lesquels Melo est si redoutable.

Du point de vue tactique, les Knicks n’ont vraiment aucune raison de se séparer de Carmelo Anthony, bien au contraire. Phil Jackson n’aurait sans doute pas craché sur un LeBron James ou un Kevin Durant s’ils avaient été à portée de main évidement, mais en l’état du marché et des opportunités possibles pour NY, Melo représente réellement un fit on ne peut plus compatible avec ce jeu en triangle qui se met en place.

Le problème n’est donc pas tant Anthony lui-même, mais bien ce qui se trouve autour. A leur crédit, les Knicks font un réel effort pour sans cesse exécuter les options diverses et variées du triangle, plaçant justement Melo dans différents endroits et rôles de cette attaque comme expliqué ci-dessus. Le problème est qu’ils n’ont tout simplement pas l’expérience nécessaire pour exécuter de manière automatique et millimétrée toutes ces options, et n’ont surtout pas le talent qu’il faut pour conclure ces systèmes de jeu même lorsqu’ils sont bien exécutés. Que ce soit à l’intérieur comme sur les lignes extérieures, cela manque tout simplement de bons joueurs, particulièrement des joueurs capables de créer leur propre tir ou qui représentent une menace suffisamment dangereuse pour permettre que la défense adverse ne se resserre pas complètement sur Anthony sans craindre qu’un autre Knick le leur fasse payer.

Pour New York, les 21 ast/m (10e de NBA) attestent de cette tentative d’exécuter le triangle et du ballon qui tourne assez bien, mais le 47% sur les tirs à 2pts (23e) et les 15.2 tov/m (25e) sont dans le même temps les témoins de cette maladresse dans ce système qu’ils découvrent et de leur manque de talent pur pour conclure ces systèmes de jeu. Tout cela sans même parler de leur cohésion défensive pour l’instant inexistante (27e défense de la ligue), manquant cruellement de défenseur de qualité dans le périmètre mis à part Iman Shumpert ou tout simplement d’un bon protecteur de cercle. La défense qui, d’ailleurs, n’a rien à voir avec le jeu en triangle tout juste mis en place mais est directement liée aux manques béants de l’effectif.

Parmi les autres défauts du jeu d’Anthony, on peut citer une tendance à avoir la gâchette facile et à prendre un peu trop souvent de mauvais tirs. Il faut néanmoins souligner encore une fois le manque de talent autour de lui (un tir en ISO de Melo est-il réellement un plus mauvais tir que si le ballon revenait à JR Smith pour faire la même chose, ou pire qu’un tir de Quincy Acy ou Cole Adrich ?), et également le fait que malgré tout, il conserve une très bonne efficacité sur jump-shot (41% FG/41% 3pts/49eFG% l’an passé, les mêmes bases cette année). Ce manque de talent justifie aussi (en partie) son manque d’altruisme par moment, mais il reste là encore un bon passeur sans doute sous-estimé, possédant une bonne vision de jeu et de bons instincts naturels. Quant à sa défense, elle est de même moins pire qu’on ne l’imagine, se faisant souvent prendre de vitesse ou manquant parfois d’attention mais démontrant cependant la capacité à faire les bonnes rotations défensives quand il le faut et à créer des turnovers adverses à l’occasion.

Ses trois défauts majeurs (sélection de tir, prise de décision, effort défensif) sont, à défaut d’être totalement justifiables ou défendables, à relativiser du fait de l’environnement dans lequel il évolue. Celui-ci ayant été clairement mauvais ces derniers temps, ces défauts-là se sont vu surexposés et sans doute pas assez contrôlés du fait qu’Anthony fut et est toujours bien souvent obligé de forcer les choses par lui-même. Pas certain du tout qu’un Melo jouant plus « juste », forçant beaucoup moins le scoring, dépensant bien plus d’énergie en défense et prenant 10 tirs de moins qu’actuellement pour que ceux-ci reviennent à ses coéquipiers actuels fasse gagner New York. Dans une bonne équipe, ce serait le cas, mais certainement pas au sein de cette formation des Knicks.

Cette année est de toute façon une saison de transition pour les Knicks, du fait que leur salary cap est encore bouché pour le moment. C’est évidement dommage de perdre une belle année de carrière de Carmelo Anthony, d’autant plus vu son âge, mais c’est malheureusement la réalité des choses et ce pour quoi il a prolongé l’été dernier. Dès l’été prochain où NY aura un très grand champ d’action (et de Marc Gasol, Rajon Rondo dans le viseur) nul doute que cette équipe peut redevenir très rapidement compétitive, mais cela ne se fera pas avant un an.

Il est vrai que Carmelo Anthony n’a pas un passé qui parle en sa faveur en post-season (bien que jusqu’à l’an dernier il avait réussi à qualifier son équipe en PO chaque saison de sa carrière) mais à sa décharge, il n’a jamais non plus vraiment joué avec d’autres excellents joueurs à ses cotés à l’inverse de beaucoup d’autres stars en NBA. Une fois établi que Melo n’est pas de la trempe de l’élite de l’élite, peu nombreux sont les joueurs par génération qui parviennent à transcender le manque de talent autour d’eux pour gagner, il faut tout de même se rendre compte qu’il appartient à la catégorie juste au-dessous, celle des joueurs ultra talentueux qui une fois mis dans de bonnes conditions peuvent mener jusqu’à la victoire.

Quant à savoir si New York doit échanger Anthony, cela paraît aussi peu lucide que probable.  Parce qu’il vient tout juste de signer son très gros contrat, parce qu’il souhaite rester et réussir à New York (il aurait pu partir cet été pour certes moins d’argent mais de meilleures destinations sportivement parlant). Et parce que dans un tel échange impliquant une superstar, l’équipe qui s’en sépare ne récupère jamais une compensation suffisamment grande. De plus, avoir Carmelo Anthony comme meilleur de l’effectif aide mieux à attirer les free agents que si c’était José Calderon ou Tim Hardaway. Repartir complètement de zéro pourrait coûter aux Knicks un gros coup sur le marché l’été prochain.

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