Draft Scouting Report : Kris Dunn, meilleur meneur de la cuvée 2016

Draft Scouting Report : Kris Dunn, meilleur meneur de la cuvée 2016

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Vs Arizona : 19pts – 8ast – 1rb

Vs Michigan State : 21pts – 7ast – 5rbs

Vs Rhode Island : 15pts – 5ast – 5rbs

Il ne fait aucun doute que Kris Dunn s’affirme à l’heure actuelle comme le meilleur meneur de la prochaine cuvée de draft. Non content de noircir les feuilles de matchs soirs après soirs, Dunn impose surtout son leadership sur une équipe de Providence en bonne forme (14e du pays), tout en offrant aux scouts à peu près tout ce qu’ils recherchent pour le niveau supérieur, la NBA.

Son physique tout d’abord. Dunn présente en tout point le profil idéal d’un meneur de jeu NBA : très grand (6’4/1m93), avec une splendide envergure de bras (6’9/2m06), des épaules très larges, une charpente très solide et une belle explosivité. Un joueur mature physiquement, et qui n’aura pas besoin de temps d’adaptation à la grande ligue de ce point de vue-là.

Des qualités physiques et athlétiques mises directement au service d’une défense intraitable, sans doute son plus gros atout (ou un des plus gros) en vue de la NBA. Sa vitesse latérale est tout bonnement fabuleuse et, combinée à ses bras interminables, il est de ce fait quasiment impossible pour les meneurs adverse de le dépasser. Pour Dunn, toujours garder son vis-à-vis en face de lui passe également par une excellente technique et attention de tout instant pour bien négocier les écrans que lui imposent les attaques adverses, pour aisément les combattre et bien souvent annihiler les Pick & Rolls. Très bas sur ses appuis dans sa posture défensive, il parvient ainsi à maintenir un centre de gravité bas pour mieux coulisser latéralement et contenir les pénétrations. Une grande force de la défense de Providence.

Plus encore, Dunn est un véritable playmaker défensif, une machine à créer des turnovers adverses. Capable d’appliquer une forte pression sur le porteur de balle adverse, Dunn utilise dans le même temps ses très longs bras et ses mains très vives pour directement voler les ballons des mains de ses adversaires directs. Il faut également souligner sa capacité à contester de manière extrêmement efficace les jump-shots (voire même les contrer). De plus, Dunn demeure une véritable terreur sur lignes de passes, utilisant ses bras mais aussi et surtout son explosivité et ses superbes instincts d’anticipation pour se jeter sur la trajectoire de la balle. En 32 minutes de jeu, le bonhomme tourne en moyenne à 3.6 interceptions et 1 contre de moyenne (déjà trois sorties en neuf matchs cette saison avec 6, 7 et 8 interceptions). Dunn est également un superbe rebondeur, n’ayant pas peur de se frotter aux intérieurs dans la peinture et utilisant toute sa verticalité et sa longueur de bras pour aller chercher des rebonds dans le trafic (6.4 rebonds de moyenne).

Sa défense collective est également impressionnante. Toujours très attentif, il effectue les bonnes rotations quand il faut (et ce même lorsqu’il s’agit de protéger le cercle) et s’avère redoutable sur ses closeouts. Quelque chose également que Dunn adore faire est de feinter (suffisamment) l’aide sur une pénétration, un P&R, une sortie d’écran, avant de très vite revenir sur son propre attaquant ; offrant ainsi le temps à son coéquipier de retrouver une bonne position sans pour autant que lui-même se mette en danger en abandonnant complètement son vis-à-vis. A la manière d’un Kawhi Leonard aux Spurs par exemple.

Le seul petit bémol de sa défense serait sans doute son indiscipline par moment, et sa tendance à justement prendre un tantinet trop de libertés par rapport aux actions décrites à l’instant. Lorsqu’il effectue des prises à deux, ou dans d’autres situations de ce genre, il a tendance à vouloir parfois trop tenter l’interception pour la simple et bonne raison qu’il en est capable. Contre Michigan State particulièrement, ce désir de vouloir mettre les mains là où il ne faut pas lui a valu de se retrouver en problème de fautes dans un match d’une grande intensité (finale d’un mini-championnat) face à une excellente formation (1e du top 25) durant lequel son équipe avant grandement besoin de lui. De même, toujours dans ce même match serré, il a feinté la prise à deux au poste bas en s’aventurant un peu trop loin de son propre attaquant, un spécialiste à 3pts qui le lui a fait tout de suite payer. Cette indiscipline relative n’a absolument rien d’alarmant et devrait très vite se régler avec plus d’expérience et surtout un système défensif NBA où l’entraîneur ne lui permettra pas autant de libertés.

Offensivement, la qualité première de Dunn reste son playmaking (7.2 ast/m). Il possède une excellente vision de jeu de par sa taille, et maîtrise d’un point de vue technique toutes les manières de délivrer une passe (passe à terre, par-dessus la défense, entre deux défenseurs, les pocket passes, etc). Superbe joueur de Pick & Roll, il utilise également tout son explosivité et son impact en pénétration pour acculer la défense et délivrer de très jolis drop-offs dans les mains d’un intérieur sous le cercle, ou bien en ressortant le ballon sur un shooteur ouvert dans le périmètre. C’est également un excellent joueur de transition, explosif balle en main d’un bout à l’autre du terrain et gardant toujours la tête haute pour trouver l’ouverture.

Plus encore, Dunn est un véritable meneur de métier. Il contrôle le tempo d’un match et affiche un charisme et un leadership d’un niveau impressionnant pour un joueur universitaire. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que Providence est capable de développer un jeu aussi élaboré et développé, tout en mouvement, avec des écrans, des coupes vers l’intérieur comme vers l’extérieur, des sorties d’écrans, des démarquages au poste bas, etc. Dunn oriente l’attaque, replace ses coéquipiers et lance les systèmes. Il est altruiste, réalise la passe simple quand elle se présente et veille à ce que tout le monde soit impliqué. Il ne vampirise d’ailleurs pas du tout le jeu ni la gonfle, et laisse les systèmes se développer tout seuls, participant quand il le faut balle en main, mais sinon en posant de très bons écrans et en participant au bon mouvement de joueurs requis par le système de jeu.

Seule sa prise de décision reste encore perfectible. S’il se comporte la plupart du temps comme un excellent général de terrain, Dunn peut également se retrouver hors de contrôle par moment ou clairement manquer de lucidité (pas plus de cinq ou six fois sur les trois matchs observés cependant). C’est majoritairement sur transition d’ailleurs que ce manque de lucidité apparait. Contre Michigan State et Arizona, ce furent deux ou trois longs jump-shots pour deux points tentés en tout début de possession, ainsi que des contre-attaques mal gérées où à un contre trois il vient s’empaler sur la défense. Contre Rhode Island, ce sont trois passes vers l’avant beaucoup trop longues (depuis son propre camp jusqu’au panier adverse), précipités et forcées qui ont failli couter cher au final (victoire à +1 au buzzer). Également, il réalise par moment quelques passes trop fainéantes ou téléphonées, résultant sur des pertes de balles on ne peut plus évitables.





Il faut toutefois noter sa dynamique de progression très encourageante depuis l’an passé (sa première à jouer meneur). De 4.2 tov/m, le voilà à 3.0 seulement cette année, avec de moins en moins d’erreurs d’un point de vue quantitatif, le tout pour un bon ratio de 2.4. Tout à fait satisfaisant pour un joueur avec autant de responsabilités et aussi peu d’expérience du poste (déjà 21 ans mais une année blanche pour blessure dans son cursus).

Pour scorer, son arme favorite reste le drive. S’appuyant sur ses superbes capacités physiques et athlétiques, Dunn peut tout à fait mettre son défenseur dans le vent grâce à son premier pas explosif ou bien en jouant de toute sa taille et sa puissance pour le dégager de son chemin. Mais mieux encore, à son physique se rajoute une belle technique, comme de très bons changements de vitesses, de directions, des spins moves, crossovers et autres moyens de créer le décalage sur son vis-à-vis. Il adore attaquer le cercle à partir d’un Pick & Roll, naviguant entre les défenseurs, mais peut tout à fait y aller tout seul à partir d’une simple isolation.

Sa capacité à provoquer les fautes est également des plus intéressantes, n’ayant pas peur du contact sous le panier et y allant franchement lorsqu’un défenseur se met sur son chemin. Ses 6 lancers tentés de moyenne par match son un bon total, d’autant plus qu’il ne cherche pas tout le temps à scorer, préférant laisser le jeu venir à lui et veillant d’abord à servir ses coéquipiers. Son 71% de réussite sur cette même ligne de réparation est en revanche un peu moins impressionnant. Seule sa finition au cercle, assez moyenne, semble limiter son impact en pénétration. Son toucher de balle reste encore largement perfectible, même s’il semble meilleur que l’an dernier et qu’il peut tout de même conclure des deux mains. Ses longs bras et son explosivité/verticalité lui confèrent un excellent potentiel de finisseur au cercle, dès qu’il aura acquis un meilleur toucher de balle. A noter également que son dribble est encore perfectible, et qu’une partie de ses pertes de balles proviennent de situation où il perd le contrôle du ballon en voulant attaquer le cercle ou autre.

Redoutable joueur de transition, Dunn démontre également un très bon jeu au poste cette année, s’appuyant sur le large écart physique et athlétique qu’il peut y avoir entre lui et ses défenseurs pour aller scorer en puissance ou usant d’un bon footwork pour sortir un très vif spin move pour clouer au sol son vis-à-vis, comme ce fut le cas contre Michigan State. Reste à voir si cet aspect de son jeu peut se transposer en NBA (c’est rarement le cas) mais il a en tout cas les atouts physique pour le faire marcher si on lui en donne la chance, même chez les pros.

Son jump-shot est quant à lui encore perfectible, bien que largement amélioré. D’un côté, Dunn possède une bonne mécanique de tir, un très haut point de relâchement qui, combiné à sa taille et à la superbe élévation qu’il déclenche le jump-shot, le rend encore plus difficile à contester. De l’autre en revanche, sa prise d’appuis est encore aléatoire, diffère d’un tir à l’autre, et son équilibre assez moyen puisqu’il a cette vilaine tendance à retomber vers l’arrière durant son tir, causant souvent des shoots qui termine trop court et des trajectoires de balle parfois un peu plates.

Cela étant dit, Dunn demeure un shooteur très capable, que ce soit sur isolation ou sur P&R, usant notamment d’un stepback prometteur mais encore à travailler. Quand bien même il n’arrive jamais à devenir un superbe créateur d’espace au moyen de ses appuis et de son dribble, son seul très haut relâchement du tir et son explosivité lui confèrent un très bon potentiel pour shooter par-dessus la défense dès qu’il le souhaite (à la Russell Westbrook).

Il est d’ailleurs très important de noter que Dunn est obligé d’aller chercher la quasi-totalité de ses points lui-même. Tous les jump-shots qu’il prend (ou presque) sont effectués en sortie de dribble, dont une bonne partie également en étant obligé de créer quelque chose en toute fin de possession, expliquant un peu mieux sont 24% en 3.4 tentatives de moyenne à longue distance. C’est d’ailleurs dommage que Providence n’arrive pas à lui offrir de simples shoots en sortie d’écran ou en spot-up, de nature évidement plus simple que les tirs en sortie de dribble (des positions d’ailleurs à partir desquelles il pourrait aussi feinter le tir et attaquer le cercle). Ce que doivent retenir en tout cas les franchises NBA est que son jump-shot est, à défaut d’être très fiable, très loin d’être à jeter à la poubelle. Il tourne d’ailleurs à 52% à deux points avec un nombre non négligeable de tir à mi-distance.

De manière générale, Kris Dunn est parti sur les bases d’une superbe saison NCAA, dans un rôle de leader incontesté en attaque comme en défense. Déjà co-Player of the Year et co-Defensive Player of the year en 2015, son exercice 2016 pourrait être encore plus magistral : 1er en Win shares, Defensive Win shares, points produced, Player Efficiency Rating, interceptions par match, passes par match et assist percentage (47.1%), troisième aux points par match, 4e en effective FG percentage, et 6e aux rebonds défensifs (bluffant pour un meneur) au sein de sa conférence.

Plus important encore, il fait gagner les matchs à son équipe. Contre Arizona, c’est lui qui enchaîne les paniers dans le money time avec un superbe drive, un stepback jumper, un autre drive clutch et l’interception suivi du panier qui scelle la victoire des siens. Contre Michigan State également il maintient son équipe en vie sur un trois points, du drive et des passes brillantes avant que la trop forte formation des Spartans ne l’emporte. Contre Rhode Island, c’est lui qui se montre clutch défensivement (interception et panier dernière) avant ensuite de remonter le terrain en moins de quatre secondes pour un lay-up qui amènera le rebond offensif au buzzer. Meneur gestionnaire pendant la durée des matchs, il n’hésite pas sur la fin à prendre ses responsabilités offensives. Des petites fulgurances de franchise player en somme (au niveau NCAA, en tout cas).

Ses qualités au scoring peuvent sembler secondaires par rapport à sa défense et son playmaking de la manière dont j’ai présenté les choses, mais Dunn demeure le meilleur scoreur de son équipe à 18.2 pts/m à 46%. Avec encore une fois cette caractéristique de devoir aller chercher ses points tout seul en créant pour lui-même, et ce devoir de veiller en bon meneur de jeu à ce que tout le monde soit impliqué plutôt que de se soucier en premier lieu de son propre scoring. Cela reste à déterminer s’il pourra en NBA devenir une première option offensive au scoring, mais cela reste une possibilité loin d’être impensable. Un rôle de seconde/troisième option à côté d’une vraie franchise player star, où Dunn pourra se concentrer sur la gestion du jeu plutôt que de se soucier de porter l’équipe semble plus approprié à priori. A l’évocation de ces éléments c’est à un Mike Conley (gestionnaire, scoreur solide mais secondaire, défenseur de premier plan) que l’on peut penser par exemple comme seuil moyen de carrière (ni minimal, ni maximal).

Même s’il aura 22 ans au moment de la draft, Dunn possède encore une marge de progression non négligeable qui, combinée aux garanties qu’il apporte déjà et à son niveau de jeu actuel, légitime de plus en plus une place dans le top 5 de la prochaine draft. Voire même top 3 ou 1st pick s’il continue de s’affirmer et que la concurrence reste trop timide toute l’année ? Dans le pire des cas, Dunn sera un défenseur d’impact immédiat capable de faire tourner une attaque, dans le meilleur un excellent meneur scoreur/passeur/défenseur et franchise player très complet.

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2 Comments

  1. 22 ans…. Ca suffit pour décourager les franchises.. Demandez à Kaminsky.

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