Lenny Bias : tout aurait changé en NBA

Lenny Bias : tout aurait changé en NBA

Len Bias lors de la draft; Crédit: AP Photo/Isaac Brekken
Len Bias lors de la draft; Crédit: AP Photo/Isaac Brekken

Personne n’aurait pu avoir autant d’impact que Lenny Bias sur l’histoire de la l’Association, des Celtics de Larry Bird à la carrière de Michael Jordan, voire même la Dream Team…

A quel point la mort de Lenny Bias, il y a exactement 30 ans aujourd’hui, deux jours après sa draft en 1986, a privé le monde d’un talent historique? Quand on en parle aujourd’hui (du côté ouest de l’Atlantique, que sa réputation n’a pas traversé jusqu’en Europe), les comparaisons qui viennent immédiatement sont Michael Jordan et Dominique Wilkins. Comme eux, il attaquait l’arceau avec la même férocité, selon tous les témoignages et highlights de l’époque.

En fait, on pourrait dire qu’il se situait entre les deux : presque aussi explosif que le monstre « Do » (lui aussi à 2m03), forcément un peu moins aérien que l’inatteignable « Air » (né 8 mois plus tôt), il combinait néanmoins les styles de ces deux dunkeurs légendaires, avec une petite sauvegarie en plus. Jugez plutôt :

Il se démenait aussi comme un diable au rebond et possédait peut-être un jump shot qui leur était supérieur, au moins à l’université. Malheureusement, on n’a jamais eu l’occasion de le voir en NBA. La cause ? Peut-être la plus grande tragédie de toute l’histoire de l’Association. Il décéda d’une overdose à la cocaïne 48h après que les Celtics l’aient sélectionné en 2ème position, derrière Brad Daugherty.

 

Un joueur légendaire parti avant même ses débuts

Sachant que le Cav fut cinq fois All Star en dix ans de carrière, amputée par des blessures au dos, on peut donc imaginer que Len Bias – dont beaucoup jugent que le talent était supérieur (mais Daugherty mesurait 2m13 et la taille compte énormément à la Draft…) – aurait pu avoir une carrière prestigieuse chez les pros.

Evidemment, on ne peut pas le garantir. En dehors même d’une blessure, qui peut arriver à n’importe quel athlète, on peut se demander s’il aurait eu la bonne approche pour devenir grandiose. Après tout, s’il est mort d’une overdose, cela ne semble-t-il pas indiquer qu’il aurait eu des problèmes avec la drogue ? Ou simplement à faire les bons choix de vie ?

C’est cependant omettre une donnée importante : la cocaïne était largement accessible et utilisée durant cette période. Enormément de ses contemporains sont tombés dedans. Sa draft, 1986, est d’ailleurs l’année noire de ce point de vue-là (voir Drogues et NBA, 20 histoires stupéfiantes). Beaucoup de gens, de son entourage aux observateurs, parle d’un garçon sérieux et très travailleur. Même si les hommages funèbres sont parfois à prendre avec des pincettes, on peut néanmoins plus blâmer les mœurs de l’époque que sa personnalité.

Au vu de sa capacité à mener une équipe et faire preuve d’une compétitivité monstrueuse au lycée et surtout en NCAA, on est en droit d’imaginer qu’il aurait ainsi continué en NBA. L’expert Michael Wilbon décrit d’ailleurs que seul lui et Jordan faisaient preuve d’une telle « rage contrôlée » sur le parquet. D’autres ajoutent qu’il était peut-être le premier à avoir un « swag », à être à la fois cool et démonstratif. Même Jordan, passé par l’école Dean Smith, restait assez réservé de ce point de vue. Bias, plus playground, l’était beaucoup moins, n’hésitant pas à crier comme il se doit après un bon « in your face ! ».

 

A L’école des légendaires Celtics de 1986 ?

Mais plus que tout, ce qui donne le tournis, c’est de savoir qu’il aurait atterri à Boston, en 1986. Pour situer, les Celtics de cette saison-là venaient de pourrir Houston en finales et sont toujours considérés dans le top 3 ou 5 des meilleures équipes de tous les temps ! Il suffit de regarder les classements, d’ESPN à Sports Illustrated, en passant par Bleacher Report. Dans The Book of Basketball, l’auteur – mais aussi bostonien pur et dur – Bill Simmons les place même en première position. Comment ont-ils alors pu avoir le choix numéro 2 ? En récupérant le pick que leur avaient laissé les Sonics via un trade deux ans plus tôt.





Sachant que les C’s ont retrouvé les Lakers lors des finales de 1987, on aurait donc eu un clash titanesque. Car, pour rappel, cette cuvée showtime faisait, elle aussi, partie du top 3 ou 5 des all-time teams, sur plus de 60 ans de la ligue ! Bias aurait forcément aidé les C’s et aurait en plus certainement allégée la charge des vétérans. Kevin McHale s’est en effet fusillé le pied juste avant les playoffs 87 et se força à jouer dessus, faute de substitut, ruinant sa fin de carrière. Larry Bird s’est aussi délabré le physique en continuant d’engranger les minutes. Il a commencé par exploser son dos puis ses tendons d’Achille, qui ont nécessité une opération en 1988-89, dont il ne s’est jamais remis. Le poste de Bias ? 3 ou 4. CQFD.

Len Bias et Michael Jordan; Crédit: Manny Millan, Sports Illustrated
Len Bias et Michael Jordan; Crédit: Manny Millan, Sports Illustrated

 

Le plus grand « et si ? » de toute l’histoire de la NBA…

Quitte à faire ce jeu du « et si ? », autant y aller jusqu’au bout.

Sur le plan individuel, il aurait donc appris la théorie parmi la meilleure front-line de tous les temps : les légendes Bird, McHale, Robert Parish et Bill Walton, puis passé toute sa carrière à la mettre en pratique pendant les deux âges d’or de la NBA. D’abord face à la compétition ultime Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar, James Worthy etc., suivis de Karl Malone, Charles Barkley, Scottie Pippen… I-ni-ma-gi-na-ble !

Aurait-il fini Hall of Famer ? Aurait-il atterri lui aussi dans la Dream Team ? Le vertige, qu’on vous dit.

Sur le plan collectif, les Celtics étaient donc déjà légendaires, mais ont explosé en fin de vol… L’une sinon la franchise la plus historique de la NBA (17 titres dont plusieurs dans chaque décennie… mais 0 dans les années 90,) a dû attendre jusque 2008 pour retrouver les sommets, passant par 22 années assez terribles… Sans cela, et avec un renfort idéal : grand, athlétique, explosif, aérien, polyvalent, il y aurait donc certainement eu une ou plusieurs bannières de plus au Boston Garden. Et les livres d’histoire auraient été carrément réécris. Les Lakers auraient-ils gagné en 87 et 88 ? Les Pistons seraient-ils passés en 89 et 90 ? Les Bulls auraient-ils été plus mis en difficulté ? Jordan serait-il allé faire du baseball ?

Que dire d’ailleurs d’un affrontement tout au long de la carrière de Jordan ? Trois possibilités :

  1. MJ aurait traumatisé le natif du Maryland comme il l’a fait pour nombre d’autres contemporains. Ça reste probable.
  2. Leurs oppositions auraient été gigantesques. Très vraisemblable.
  3. Bias aurait été proche voire équivalent et on aurait eu une nouvelle rivalité type Bird – Magic, mais juste à l’Est. Pas impossible.

On ne peut pas vraiment imaginer que Bias aurait pu dominer Jordan. Tout est possible, mais s’il aurait eu de meilleurs mentors et un meilleur collectif d’entrée, il aurait aussi eu moins de temps de jeu à ses début. Alors oui, évidemment, avec des si on mettrait Paris en bouteille. Mais on a surtout l’impression que celle-ci n’a jamais pu être débouchée dans le cas de Lenny Bias…

 

Une mort qui résonne encore

Au moins, sa mort a sûrement servie à quelque chose. L’Amérique s’est en effet réveillée sur le problème de la drogue, particulièrement la cocaïne, après cette tragédie et la médiatisation qui a suivie. Idem du côté de la NBA, déjà alertée dans cette décennie. Sur le plan sportif, il reste aussi la mémoire et les images de ce joueur unique. Notamment les affrontements entre l’UNC de Michael Jordan ou la Navy de « l’Amiral » David Robinson.

Une dernière image ? L’interception et le dunk renversé face à North Carolina…

Et si vous voulez en savoir plus sur le joueur et l’homme, on ne peut que recommander le documentary Without Bias, de la série 30 for 30.

Antoine Bancharel, à New York

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