The Tale Of LeBron James : Happy Ending

The Tale Of LeBron James : Happy Ending

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Nous sommes le 22 juin 2016 et vous avez encore sur votre rétine la réminiscence des images éclaboussées de larmes et de champagne du plus grand sacre de LeBron James. Vous avez certainement aussi encore la saillante conscience collée à la pointe de vos pensées, d’avoir assisté à l’écriture de la plus grande page d’une histoire qui a immédiatement pris le ton et les inflexions sonores d’une légende contée à travers les âges.

Comme une marque de chaussures vous le dit depuis plus d’une décennie, vous êtes les témoins de l’épopée d’un héros mythique. Peut-être même du plus mythique des héros de la NBA.

Cette pensée m’a ramené à ce jour de juillet 2014, quand James a une nouvelle fois décidé de secouer la planète orange en retournant sur les terres de sa naissance après avoir obtenu gloire et richesses à plusieurs centaines de kilomètres de là. Le moment était bien choisi pour y passer quelques instants.

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The Tale Of LeBron James.

Un petit sourire a étiré un coin de mon visage quand j’ai vu LeBron James expliquer dans sa lettre annonçant son retour à Cleveland, qu’il avait quitté cette ville en 2010 comme un adolescent quitte son foyer pour l’université. A l’époque, j‘avais moi aussi fait ce parallèle pour expliquer les envies de départ de l’ailier et son désir de poursuivre avec une bande de potes cette aventure qu’est une carrière NBA. Ces vœux étaient bien légitimes même si j’avais préféré le voir revêtir les couleurs des Knicks, des futurs Nets de Brooklyn ou encore garder le maillot alors sang et or des Cavaliers.

Comment toutefois lui en vouloir d’avoir quitter Cleveland ce jour-là? La franchise avait échoué année après année à construire autour de lui une équipe capable de le soutenir et de le relayer de temps à autre pour atteindre ce fichu titre qui obsède tant ces joueurs d’élite et sans qui ils ne peuvent pas accéder au cercle des plus grands de tous les temps. A lui tout seul, James avait fait de cette formation un sérieux candidat au titre mais son seul talent n’avait pas suffi à lui faire franchir les dernières marches. James s’en est bien évidemment rendu compte. Mûrir, c’est aussi reconnaître qu’on n’est pas invincible et qu’on a parfois besoin d’aide.

Mais malgré les turpitudes des Cavaliers, je voulais voir ce numéro 23-là rester dans leur camp. Quand bien même la franchise de l’Ohio avait épuisé sans succès toutes ses possibilités de se renforcer sérieusement, quand bien même je doutais de sa capacité à monter enfin une vraie équipe autour de lui, avec ou sans ces possibilités. Alors pourquoi donc?

Parce que l’histoire était belle. LeBron James, un phénomène comme il en apparaît qu’un tous les dix ans, avait par une chance inouïe été drafté par la franchise de l’Etat qui l’avait vu naître et grandir. L’Ohio, cette terre lentement mais sûrement détruite par les soucis de la vie et qui aux yeux d’Akhénaton est devenu l’Angola, allait pouvoir chérir le prodige qu’il avait enfanté et élevé en le voyant revêtir les couleurs de sa franchise de basket-ball, elle-même rarement heureuse dans son histoire.

James semblait être né pour mettre fin à l’absence de titre de Cleveland depuis un demi-siècle tout sport confondu et redonner le sourire à un peuple profondément lacéré par la dévastatrice crise économique. Tel était le destin de l’Elu: faire pour une fois triompher les laissés-pour-compte et les malchanceux, emmener sur le toit du monde -même quelques instants- son peuple qui n’avait encore jamais pu se tenir droit, le souffle empli de fierté. Vaincre enfin ce malheur général qui pèse depuis trop longtemps sur cet Etat et que nous avons, entre autres exemples, pu voir s’insinuer dans les atroces choix des dirigeants de la franchise quand lui, leur seul espoir existant, était encore là.

Porter l’étendard de son peuple noyé de misère, vaincre le monde en son nom et écraser la malédiction collée à sa patrie, telle était la légende qui aurait dû s’écrire sous nos yeux pendant toutes les saisons qu’auraient durées la carrière de LeBron James.

Qu’il serait resté à Cleveland toute sa vie de basketteur sans jamais parvenir à relever le défi que le sort lui avait soumis -offrir le titre à Cleveland- n’aurait pas rendu l’histoire moins belle. Je préfère les belles histoires aux victoires et une belle histoire est une belle histoire qu’elle se termine par une fin heureuse ou non. L’histoire d’Allen Iverson est à mes yeux immensément plus forte parce que ce héros qui avait tout contre lui et qui a pourtant fait trembler le monde, a finalement échoué. Nous ne parlons que de basket, la douleur et la tristesse ne sont pas ici des émotions moins réjouissantes que la joie.

A la fin de cette hypothétique carrière de LeBron James, j’aurais apprécié raconter cette légende du héros de Cleveland qui essaie sans relâche et sans jamais faire de compromis, de porter les siens jusqu’au sommet et de briser leur malédiction. J’aurais autant apprécié la raconter s’il y était parvenu que s’il aurait dû raccrocher définitivement ses baskets avec uniquement le goût de la défaite dans la bouche. Les deux scénarios auraient été du bois des mythiques sagas antiques qui ont traversé les âges et que nous relisons encore aujourd’hui, sous la lumière pâle d’une lampe de chevet.

LeBron James avait cependant refusé de porter plus longtemps cette prophétie et de livrer encore cette dure bataille contre le triste destin de l’Ohio. Il avait décidé de vivre et de se faire plaisir plutôt que de porter encore les lourds attributs du héros de cette saga. Hollywood et les librairies nous ont habitués à voir ce genre de figures rejeter rageusement l’idée d’abdiquer et de penser à eux avant de penser aux autres. Mais ceux-là n’ont de vie que sur pellicule ou encre bon marché. Ils sont aidés par un câble leur permettant de faire les cabrioles les plus insensées pour esquiver une attaque ou profitent d’un peu crédible concours de circonstances tel qu’un ami surgissant au dernier moment pour le défendre ou un rocher étrangement bien placé qui fait trébucher l’ennemi. LeBron James n’avait que lui-même. Et encore une fois, il ne s’agit que de basket. Aucun être humain de chair et d’os ne devrait sacrifier son plaisir personnel pour la seule beauté d’une histoire.

La belle histoire s’est donc évaporée quand James a rejoint Miami. Mais aujourd’hui, l’Elu est de retour sur ses terres et cette histoire renaît de ses cendres. Plus belle encore.

En 2010, alors que Cleveland s’est une nouvelle fois fait éliminer prématurément des Playoffs, je me souviens de LeBron James, debout au centre du terrain, les mains sur les hanches et peint sur le visage ce sentiment que cette franchise des Cavs ne lui permettrait jamais de décrocher la bague. Cette bague qui balafre l’image des meilleurs basketteurs et tout ce qu’ils ont accompli lorsqu’elle est absente de leur palmarès. Ce sentiment? Cette peur plutôt. L’Elu avait beau être élu -et accessoirement le meilleur joueur de la planète- ce n’était pas suffisant pour faire triompher son Etat de cœur envers et contre le mauvais sort qui colle à la peau de cette terre. Gagner un titre est dur mais manifestement, gagner un titre avec Cleveland était trop dur. Même pour lui, même pour l’Elu.

La peur de finir sans bague comme une vulgaire starlette au talent aveuglant mais qui n’est en définitive pas un gagnant, était trop forte. La peur du ridicule d’être si doué et pourtant vierge de titre a trop tourné dans sa tête au fur et à mesure que les années passaient et que Cleveland enchainait les éliminations. Alors il a tourné le dos à sa terre natale. Il a fui ce défi si lourd que la destinée lui avait attribué, fui ce pot de poisse ambulant que semble être l’Ohio et fuit la légende qu’on lui demandait d’écrire. Cette légende à graver dans les livres d’histoires de la NBA ressemblait de plus en plus à une quête impossible et en courant après, il risquait aussi d’atrophier sa légende personnelle. Il a tenté de sortir la franchise de son éternel marécage poisseux et collant mais en sentant que les sables mouvants étaient plus forts que lui, il a eu peur d’y rester englué avec son équipe. Alors il a lâché la main désespérée de Cleveland d’un brusque recul effrayé.

Il a été traité de lâche et de traître pour ça. De l’espoir de tout un peuple malmené par la vie, il est devenu un paria. Un prince déchu qui a fui ses responsabilités et son royaume pour remplir ses objectifs personnels et égoïstes. Les gens ont brûlé leur maillot du Chosen One, le riche businessman propriétaire de la franchise a abandonné intelligence et dignité pour écrire une lettre d’injures et bêtement crier à la face du monde que son équipe remporterait un titre avant lui, comme un gamin de maternelle en pleurs qu’on aurait fait tomber au sol. A-t-on vu ce genre de choses quand un autre phénomène lui aussi voué à dominer la ligue et engranger les titres -Shaquille O’Neal- a quitté Orlando? Les milliers de yeux d’internet n’étaient pas encore là alors je ne saurais donner une réponse définitive mais il ne me semble pas.

Pour eux, LeBron James a foutu le camp comme un héros de pacotille. Ils sont comme cette famille sans le sous qui voit l’un de ses enfants devenir une personne importante de la société et refuser de les sortir de leur misère. Ne se rendaient-ils pas compte qu’ils en demandaient trop à un seul homme qui, cela ne leur avait vraisemblablement pas été assez rappelé, n’est qu’un homme? A mes yeux, les plus grands coupables de ce douloureux épilogues sont les dirigeants de la franchise qui n’ont pas su, et de loin, mettre le basketteur le plus fort du monde en capacité de remporter le titre. Mais non, pour les ohioites, leur sauveur leur avait tourné le dos. Tout simplement.

Et pour aller où? Les apparences disent qu’il est allé rejoindre l’antithèse de Cleveland: Miami, son soleil, ses plages, ses stars du showbiz, ses mentions dans les clips, films et bouquins, ses paillettes et autres petites choses qui rendent cette ville si désirable et Cleveland si misérable. Les apparences disent aussi et de façon plus venimeuse que l’un des meilleurs joueurs de tous les temps s’en était allé rejoindre d’autres colossaux talents pour mettre de son côté le plus de chances possibles de gagner enfin ce fichu trophée. Chose assez pathétique quand on y pense.

Mais comme je le dis aujourd’hui et l’ai dit à l’époque, je ne pense pas que cette dernière idée-là était la plus déterminante dans le choix de l’ailier, même si elle a quand dû compter. Je reste convaincu que la raison majeure de sa venue dans le sud de la Floride était d’abord la perspective de pouvoir batailler pour la conquête du titre en compagnie de ses potes. J’appuie mille fois cette volonté. Mais clairement, un titre dans ces conditions dégage une saveur assez fade pour le joueur qu’il est.

Et ainsi, le trophée ultime a fini par être sien. La première année a été celles de toutes les inquiétudes mais la saison suivante, LeBron James a irrévocablement fait taire le murmure diabolique qui lui rappelait qu’aussi fort était-il il n’avait toujours pas remporté de titre, et vaporisé l’ombre gris-noire et un peu honteuse de l’inachèvement qui planait lourdement sur sa carrière. L’embarras de cette ombre était plus forte pour James que pour quiconque, et de loin. Voir un joueur si fort qu’on le met dans le même panier que Michael Jordan, Larry Bird et Magic Johnson, et pourtant incapable de décrocher ce pourquoi tous les basketteurs de la ligue jouent, aurait été risible. Mais ça y est, il a protégé sa légende et fait disparaître ce poids de ses épaules.

Il serait faux de penser que James est allé prendre son titre à Miami sans gloire comme s’il avait simplement fait la queue à un guichet. Il a eu beau rejoindre deux des dix meilleurs basketteurs du moment, la route a été longue, ardue et pleines d’obstacles. Le Roi paria et exilé loin de ses terres a dû triomphé d’une féroce adversité à plusieurs visages tant sur le terrain qu’en dehors. Surveillé dans ses moindres gestes, attendu aux détours de la moindre erreur, il a également dû trouvé un moyen de gagner sans un pivot et un meneur digne de ce nom, sans profondeur d’effectif et malgré son incompatibilité de jeu intrinsèque avec le deuxième homme du Heat -et taulier de la franchise-, Dwyane Wade.





Après un an à prendre toutes ces difficultés dans la poire, il a réussi. Plus que Wade, c’est lui qui a développé un jeu sans ballon pour que les deux meilleurs éléments de la formation puissent combiner leurs forces sur une seule et même action, et donc possession après possession. C’est lui qui a joué les meneurs mais aussi les pivots en faisant une bonne partie du travail de protection du cercle et en se découvrant un excellent jeu poste bas pour offrir à son équipe un point de fixation intérieur en attaque.

LeBron James a participé à quatre finales en quatre ans, il en a remporté deux et a emporté deux fois le trophée de MVP de la saison. Pour cette dernière récompense, il aurait pu rafler les quatre sans faire lever le moindre sourcil de surprise ou de réprobation. James a quitté les Cavaliers pour s’assurer d’obtenir les honneurs que revendiquaient toujours plus bruyamment son impensable talent et il a réussi. Il a tué cette faim personnelle qui menaçait de le ronger jusqu’à la raison. Il est désormais apaisé. Plus concentré, plus expérimenté, plus chevronné. Plus fort.

Mieux préparé pour relever le défi impossible que lui avait lancé le destin quand il avait à peine 18 ans: donner un titre à Cleveland.

Ayant vaincu ses craintes et démons personnels, LeBron James revient sur ses terres, un baluchon rapiécé sur l’épaule, la démarche plus assurée, la peau marquée par de nouvelles cicatrices et dans l’œil, un effrayant mélange de sagesse et de détermination. A l’évidence et fort de ses années d’exil, il est prêt à en découdre avec ce malheur qui s’abat sans cesse sur son Etat natal. Le héros revient aider les siens, avec cette fois une nouvelle confiance en lui et nulle trace de peur de l’échec. Il compte bien essayer à nouveau de tirer Cleveland de son marécage collant et nauséabond jusqu’au bout, quitte à y sacrifier sa carrière cette fois.

Le retour de LeBron James dans l’Ohio. Hollywood aurait dessiné ce moment épique en montrant un jeune garçon au visage sale jouant aux abords d’une ville en état de délabrement avancé, qui soudainement lève les yeux et aperçoit au loin la silhouette plus musculeuse que dans son souvenir mais toujours aisément reconnaissable du héros qui les avait abandonné jadis.

Il n’aurait pas dû revenir. Pas après la façon dont il a été traité quand il a décidé de quitter ce navire qu’il semblait être le seul à tenir à flots. Pas après avoir dû subir l’hostilité de tout un monde pour s’être échappé de ce rafiot percé et idiot. Pas après avoir été témoin de l’incapacité clownesque des dirigeants de la franchise à construire une équipe compétitive pendant qu’il était là et même, après son départ jusqu’à aujourd’hui. Pas alors qu’il avait trouvé un chaleureux foyer d’adoption à Miami où succès, climat tropical et 400 coups avec des potes s’étaient joyeusement entremêlés. Pourtant il l’a fait.

Manifestement, même auréolé de gloire à Miami, James avait encore l’Ohio et ce défi dans un coin de la tête. Un goût d’inachevé dans la bouche aussi, et sûrement ce sentiment d’avoir abandonné sa plus grande quête. Effectivement, quel défi lui reste-t-il à part celui-ci? Son rendez-vous avec sa légende était suspendu depuis son départ en Floride, attendant qu’il veuille bien la retrouver mais sans assurance qu’il le ferait vraiment. Il l’a fait. Et à la première occasion. Il revient prendre le relai du jeune LeBron James à fleur de peau de 2010 pour finir l’immense mission que celui-ci avait commencé et avait finalement dû fuir de peur de s’y brûler les ailes.

Il revient sans la moindre once d’amertume, de vengeance ni même, si vous relisez sa lettre, de condescendance. Pour ce retour, nous aurions très bien pu ressentir chez lui le triomphalisme venimeux de celui a démontré que les Cavaliers n’était rien sans lui ou encore l’arrogance de celui qui attend d’être supplié pour revenir. A la place, James s’est présenté avec l’humilité des sages -ne promettant pas de gagner un titre- et la simple joie de revenir à la maison. Cette force tranquille pourrait laisser penser qu’enfin rassasié de trophées, sa légende préservée et son esprit apaisé par sa réconciliation avec sa patrie et les livres d’histoires du basket, James n’est plus le conquérant de jadis. Mais cela n’est qu’une illusion évidemment. James sera sur le terrain plus libéré, serein et motivé que jamais.

En cela, l’histoire est plus belle que celle que le destin avait initialement écrit. Parce que dans celle-ci, il y a l’échec, la peur et la fuite d’un héros qui, ayant depuis réglé ses comptes avec ses doutes et acquis une force supérieure, a eu le courage et surtout la détermination de revenir sur ses terres pour relever à nouveau le défi qui l’avait rendu si impuissant auparavant. Parce qu’il a dû connaître la haine des siens, l’endurer stoïquement et finalement l’accepter pour ensuite la balayer d’un simple revers de main dès que des retrouvailles lui sont apparues possibles. Parce que ces épreuves, sa découverte d’un autre environnement, les obstacles inédits qu’il a rencontré, l’apprentissage d’une vie différente l’ont certainement rendu plus fort que s’il était resté à Cleveland.

L’Elu est peut-être bien l’élu après tout. Les oracles se sont contentés de lui apposer ce sobriquet alors qu’il n’était encore qu’un lycéen, sans dire par quel chemin il allait passer pour réaliser ce pour quoi il avait été désigné. Devenir un paria, endosser les atours du méchant, refuser toutefois de se laisser prendre dans le côté obscur et finalement vaincre la planète loin de sa patrie étaient peut-être des préparatifs nécessaires à l’accomplissement ô combien difficile de sa folle quête.

LeBron James est parti de Cleveland, s’est endurci, s’est forgé et a triomphé. Qu’à fait Cleveland durant tout ce temps? Des conneries. Évidemment. Mais pas que. Dans le peu surprenant désastre permanent qu’ont été les Cavaliers depuis le départ de leur enfant prodige, ils ont malgré tout réussi une ou deux choses qui sont vraisemblablement aussi devenues des acteurs de ce fabuleux récit. La chance même un brin moqueuse les a un peu aidé -les multiples premiers choix de draft- mais la plupart des belles histoires ont aussi leurs ficelles un peu grosses, n’est-ce pas?

Kyrie Irving est peut-être, avec Anthony Davis, le joueur de moins de 25 ans que je prendrais en premier pour bâtir une équipe. Et même si l’année passée n’est pas tout-à-fait à son honneur (cela reste à relativiser toutefois), il est le lieutenant aux accents de franchise player parfait à mettre aux côtés de James. Véritable meneur qui n’a pas besoin (et qui ne cherche pas à) avoir souvent le ballon dans les mains, très bon shooteur, meilleur défenseur que ce qu’on croit, intelligent, plein de sang-froid et qui ne fuit jamais ses responsabilités ; il complète, soutient et peut même relayer James à tout moment sans craintes ni sans failles. Il est également -et étonnamment- dévoué à Cleveland comme il l’a prouvé en prolongeant son contrat avec la franchise moribonde malgré tous les coups fourrées que celle-ci lui a fait, et avant de savoir que James viendrait.

Andrew Wiggins est déjà et au minimum un superbe role player à la mentalité d’équipe capable de défendre le meilleur extérieur adverse (et donc de soulager James de ce côté du terrain), bon shooteur et excellent en contre-attaque. LeBron s’en contenterait sûrement mais le canadien ainsi à l’abri des spotlights et de la pression malgré son statut de n°1 d’une des plus belles drafts de ces dernières années grâce à la présence de l’Elu, est susceptible de devenir un monstre aussi fort que presque n’importe qui dans la ligue.

Si Nerlens Noel aurait été une tour défensive de premier plan et parfaite aux côtés du Roi et donc une pièce bien plus intéressante sur l’échiquier, Anthony Bennett a le talent offensif pour être une menace n’importe où sur le terrain (comme de loin par exemple) suffisamment forte pour que James se régale à en jouer et à rendre dingue les défenses adverses. Anderson Varejao, le soldat de toujours et ancien très proche frère d’armes de James est toujours là. Il me déplaît pas de voir Tristan Thompson et Dion Waiters en forces venues du banc mais je n’hésiterais pas une seconde à les transférer pour obtenir un solide protecteur de cercle et sinon des snipers les plus mortels possibles. Enfin, David Blatt, le nouveau coach, est certes un novice en NBA et sa réussite n’a rien d’une certitude. Mais bon sang, c’est un des meilleurs entraineurs du monde.

Cette équipe est encore à l’état de glaise et pourra être modelée dans une forme différente dans les mois qui viennent. Mais elle est déjà assez excitante et épouse le profil de James mieux qu’aucune de ses précédentes équipes ne l’a jamais fait. Dans cette formation, mis à part lui, personne n’a encore décroché le graal. Tout le monde a encore faim et son histoire à écrire, contrairement à Dwyane Wade et, à un degré moindre, Bosh qui ont semblé quelque peu embourgeoisé par leurs conquêtes de ces dernières années. James débarque sur ses terres avec à la fois un nouveau et ancien défi à la hauteur de sa légende et pour cela il sera flanqué d’une escouade de jeunes loups affamées qu’il pourra diriger en toute liberté.

Cependant, LeBron James échouera peut-être. Il se peut qu’il se lance dans ce duel contre la malédiction pulsant dans les veines de l’Ohio et qu’il soit encore en train d’essayer de l’abattre quand ses os et ses muscles le trahiront. Il se peut qu’à la fin, l’Elu perde ce combat. Mais ce n’est pas grave. Comme je l’ai dit, une histoire n’a pas à se terminer avec la victoire du héros pour qu’elle soit belle. James va vouer le reste de sa carrière dans cette unique et impossible quête, et se battre pour et avec les siens contre cet ennemi incroyable jusqu’à la fin. L’Ohio et lui ne forment à nouveau qu’un. Un peuple et son plus fort défenseur.

Et ce dont je suis sûr, c’est que même si LeBron James ne remporte plus jamais de trophées à partir d’aujourd’hui, il n’en concevra aucun regret.

Moi non plus.

[Lien d’origine de l’article: The Tale Of LeBron James]

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Nous sommes désormais le 22 juin 2016. Deux ans se sont écoulés depuis que cet article a été écrit et publié.

Nous sommes le 22 juin 2016 et LeBron James l’a fait. Il a triomphé du sale destin poisseux qui semblait collé jusqu’à l’éternité à l’Ohio. Il a réussi le défi impossible que la vie lui avait donné en ricanant.

Et punaise, il l’a fait face à ce qui est peut-être l’une des meilleures équipes de tous les temps, fraîchement titulaire du record ultime de victoires en saison régulière détenu jusque-là par les fantasmagoriques Bulls de Michael Jordan. Il l’a fait face à cette équipe monstrueuse alors même que ses coéquipiers et lui perdaient trois victoires à une dans une série à quatre manches gagnantes. Durant trois matchs, James était à une défaite de l’échec. Il n’a plus jamais perdu.

Pendant trois longs matchs, ses talons tutoyaient le bord du précipice avec au dessus de lui le visage carnassier du destin qui se moquait à gorge déployée de son rêve insensé.

Je ne sais pas à quel moment, cela ne pouvait pas se voir sur le terrain, mais il a pris le destin à la gorge de sa puissante main et l’a tordu pour que celui-ci se plie à sa volonté. Le destin a eu beau résisté, il n’était finalement qu’une poupée de chiffon dans le poing de l’Elu.

Et pourtant, peut-être effrayé par la crainte de voir James triompher de la quête chimérique qu’il lui avait imposée, le destin avait mis sur son chemin l’une des plus fortes équipes que le basket ait connu, menée par un leader qui pendant toute la saison, a semblé d’avantage marcher avec les nuages que parmi les hommes.

Il avait même glissé les graines du malheur dans le propre camp de James, flinguant le physique du colosse Mozgov, trompant l’esprit des joueurs sur la force de leur chef de meute, David Blatt, insinuant le doute et le mal être dans la tête de son second lieutenant et créant même une dernière ligne droite bien trop facile pour leurrer les cavaliers sur leur propre force et les efforts à faire.

Tout cela fut vain. LeBron a vaincu ce destin aliéné et écrit avec sa carrière, ce qui est peut-être le plus puissant conte de la NBA. Je ne sais pas si James est le plus grand basketteur de tous les temps mais je sais que je raconterai son histoire aussi longtemps que les jours se succèderont.

StillBallin (@StillBallinUnba)

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1 Comment

  1. Quel denouement pour cette saison quand meme

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