Draft Scouting Report : Brandon Ingram

Draft Scouting Report : Brandon Ingram

Brandon Ingram

L’article suivant a été rédigé très tôt dans la saison après un peu plus de deux mois de compétition. Il reste néanmoins pertinent du fait de l’analyse détaillée qui avait été recherchée à l’époque. Ingram n’a cessé de confirmer ce premier beau tableau que nous avions dépeint de lui en Janvier, mais il convient toutefois de compléter cette lecture par celle du profil dressé par la référence DraftExpress et écouter le podcast ultra complet de l’Echo des Parquets sur la draft.

Brandon Ingram a définitivement lancé sa saison. Après des débuts timides, irréguliers et assez décevants (10.8 points de moyenne sur ses sept premières rencontres) Ingram reste sur une excellente dynamique, autant sur le plan statistique (21.8 pts/m, 8.2 rbs/m, 54% FG depuis 7 matchs) que dans le contenu : plus complet, plus solide, plus constant d’un match à l’autre. Le Blue Devil semble avoir trouvé son rythme, et démontre en attaque comme en défense pourquoi une place dans le top 5 de la prochaine draft lui tend les bras dans quelques mois. Voire même le prestigieux statut de 1st pick s’il vient à confirmer son démentiel potentiel.

Ce sont ses qualités physiques en premier lieu qui laissent rêveur. Ingram présente des mensurations hors du commun et on ne peut plus idéales pour le poste 3, avec sa superbe taille (6’9.5/2m08) et sa fabuleuse envergure de bras (7’3/2m21) qui lui confèrent une « standing reach » (longueur du bout des bras tendus au bout des orteils) de 2m79, tout simplement extraordinaire. Pour mettre en parallèle cela, peu d’intérieurs en NBA possèdent une envergure de bras aussi impressionnante, et en termes de comparaison Ingram fait aussi bien que Giannis Antetokumpo et Kawhi Leonard et un peu moins que Kevin Durant ou Dwight Howard.

C’est en revanche une toute autre histoire pour ses qualités athlétiques. Celles-ci sont en effet bien plus banales et en adéquation à ce que l’on pourrait attendre de n’importe quel autre gamin de 18 ans. Ingram est tout simplement un poids plume (88 kg) et en souffre énormément en attaque comme en défense, même au niveau NCAA. Sa charpente est superbe, mais il n’a pas encore commencé à la remplir, lui donnant cette allure si atypique de fil de fer sur le parquet. Sa partie basse du corps comme sa partie haute sont extrêmement fines, mais son très jeune âge (un an de moins que Labissiere ou Simmons) et le fait qu’il possède de larges épaules rassurent dans le fait qu’il parviendra à acquérir une meilleure masse musculaire une fois qu’il y travaillera., quelque chose qui devrait se faire dès l’instant où il se fera drafter et intègrera un environnement professionnel. Ingram n’est pas non plus un athlète extrêmement explosif mais possède tout de même une solide détente qui, combinée à ses fantastiques mensurations, lui permettent de jouer régulièrement au-dessus du cercle.

Ses qualités physiques sont justement à la base de son superbe potentiel en pénétration. Et on ne peut parler que de potentiel plutôt que de véritable arme de son répertoire à ce stade de son développement. Ingram possède une excellente qualité de dribble pour un joueur de sa taille, un très bon premier pas, il n’hésite pas à driver autant sur sa gauche que sur sa droite, et il n’a aucun problème pour changer de vitesse et/ou de direction durant ses pénétrations. Il aime particulièrement attaquer à partir d’un Pick & Roll, où il peut temporiser, varier de rythme balle en main et naviguer à travers les défenseurs pour aller dans la peinture. Egalement, il utilise ses très longues enjambées pour distancer son défenseur (à la Kevin Durant), et a démontré un très prometteur spin move pour l’effacer, à la manière d’Andrew Wiggins mais avec d’encore plus grands et longs compas.

Néanmoins, tout cela constitue un potentiel et seulement un potentiel, qui autant alléchant et impressionnant qu’il soit ne pourra être exploité qu’une fois qu’Ingram aura gommé certains défauts non négligeables de son jeu. Le premier étant son manque criant de force, qui le pénalise de manière extraordinaire. Ingram n’arrive tout simplement pas à bouger son défenseur direct qui lui fait barrage, et bien souvent n’essaye même pas de le faire. Il n’arrive tout simplement pas à se rendre jusqu’au panier pour conclure sur lay-up ou à proximité de l’arceau, et se retrouve forcé à déclencher son tir à deux ou trois mètre du cercle tout au mieux. Il essaye toujours de contourner son défenseur plutôt que de lui rentrer dans le lard, et se fait régulièrement dévier de sa trajectoire. Il a d’ailleurs déjà été assez souvent sanctionné sur ce début de saison pour des fautes offensives durant ses drives, utilisant ses bras plutôt que son torse pour créer une séparation avec son défenseur (dont deux dans le même match contre l’escouade bodybuildé de Kentucky). Même au niveau NCAA il n’arrive pas à battre ses vis-à-vis, même les moins athlétiques et impressionnants physiquement qui constituent les équipes universitaires de seconde zone. Les adversaires peuvent même se permettre de le faire défendre par un arrière ou meneur sans qu’Ingram puisse leur faire payer.

Lorsqu’il réussit à dépasser son défenseur direct, c’est alors du protecteur de cercle posté en second rideau qu’il est effrayé. De manière générale, Ingram est on ne peut plus réticent à provoquer les contacts, il les fuit même clairement en permanence. C’est d’ailleurs sans surprise qu’il n’arrive tout simplement pas à terminer malgré eux, même si ce n’est qu’un arrière ou meneur adverse qui vient le secouer en faisant faute.

Plus encore, la question de son explosivité se pose. Pour un joueur de ses mensurations et de sa qualité de détente, il ne joue finalement que très peu au-dessus du cercle sur attaque posée, et son manque d’agressivité n’y est pas étranger. Ingram est un peu trop passif et clairement pas assez mort de faim pour tirer profit au maximum des superbes atouts qui sont les siens. Il devrait pouvoir aisément attraper le ballon dans le périmètre et exploser jusqu’au cercle en deux ou trois énormes enjambées. Toutefois, c’est à noter que depuis quelques matchs il démontre une bien meilleure agressivité et parvient à aller au dunk ; appuyant le fait que le problème réside dans son attitude plutôt que dans ses capacités athlétiques. Contre Buffalo, il refuse l’écran d’un Pick & Roll, effectue un superbe crossover, pose un excellent premier pas et explose jusqu’au panier. Contre Georgia South, il attaque magnifiquement un closeout et monte au dunk par-dessus un petit défenseur (faute offensive signalée cependant). Contre Boston College, il utilise de nouveau son premier pas puis explose à deux mains au dunk. De toutes petites fulgurances à confirmer tout à long de la saison.

Ingram n’est pas non plus encore un bon finisseur au cercle. Il a du mal à terminer ses actions malgré les contacts comme précisé précédemment, mais également dans le trafic (lorsque la raquette est remplie de défenseurs et que le lay-up n’est pas totalement ouvert) et/ou par-dessus des grands et longs intérieurs. Son touché de balle est encore très moyen (au mieux), et il n’a pas encore développé un floater correct pour au moins scorer de manière régulière malgré le défenseur qui lui fait systématiquement barrage aux alentours de la mi-distance. Il est également assez peu enclin à terminer de sa main gauche, bien qu’il n’ait aucun problème pour pénétrer sur cette même main gauche (cf son lay-up totalement ouvert manqué dans ces circonstances contre Kentucky). Toutefois, il possède la taille, les bras interminables et la détente pour devenir un finisseur d’élite à terme, une fois son touché de balle et son agressivité améliorés.

De manière plus générale, ce qui rassure énormément est le fait que ses défauts ne sont absolument pas rédhibitoires et peuvent être aisément corrigé, tandis que ses qualités (son excellent dribble, ses très bons changements de vitesse/direction, son contrôle du corps, ses atouts pour devenir un superbe finisseur) sont au contraire les plus difficiles pour un jeune joueur à acquérir, si tant est qu’il le fasse un jour. Un Brandon Ingram d’une dizaine de kilos de muscles plus lourd pourra aisément se créer son chemin au cercle, attaquer les contacts, finir dans le trafic, et se montrera sans doute bien plus agressif pour jouer au-dessus du cercle. En terme de potentiel maximum (et pas si inatteignable que cela), c’est peut être le prochain Kevin Durant slasher que l’on voit évoluer actuellement sous les couleurs de Duke : un très grand poste 3 très à l’aise balle en main, aux énormes enjambées, qui peut opérer patiemment et savamment sur Pick & Roll ou placer un très bon premier pas sur isolation, avant de conclure remarquablement et très efficacement au cercle.

Duke n’est pas une équipe qui joue souvent en contre-attaque ni ne se repose beaucoup sur sa production de points en transition, mais les quelques fois où Ingram fut à l’œuvre dans l’exercice il y a montré de très belles promesses. Très rapide avec ses pas de géant, le gros avantage qu’apporte le blue devil est sa capacité à pouvoir mener la contre-attaque lui-même balle en main. Là encore, il y gagnerait à être plus agressif dans sa finition et à apprendre à mieux se servir totalement de toute sa taille, mais il demeure déjà performant du fait de son bon contrôle du corps.

Ingram ne possède pour l’instant aucun jeu au poste. Toutefois, il présente toutes les caractéristiques nécessaires pour devenir à terme, redoutable depuis cette position. Ses grands compas, ses longs bras, son agilité, son footwork, sa capacité à pouvoir shooter par-dessus un défenseur, les ingrédients sont là, maintenant y’a plus qu’à. Et cela peut se faire de manière très rapide. Durant sa seule année à Kansas, Wiggins ne jouait jamais au poste non plus, mais il a rapidement fait de gros progrès et a développé un jeu suffisamment intéressant pour que Minnesota l’utilise régulièrement de cette manière. Les joueurs avec des tels atouts physiques n’ont pas besoin d’acquérir un arsenal de moves extrêmement diversifiés et élaborés pour commencer à être rentable. L’apprentissage de fondamentaux et d’un peu de technique, que les coachs high school ne leur ont jamais inculqués et que les coachs universitaires n’ont pas le temps d’aborder non plus, suffisent en soit à les préparer correctement pour les lancer dans le grand bain.

Cela dit, Ingram devra d’abord et avant tout acquérir une meilleure base musculaire (puissance dans la partie basse du corps) pour tout simplement être capable d’établir sa position au poste. A l’heure actuelle il ne parvient pas à le faire, même lorsqu’il est défendu par un meneur ou arrière. Il ne peut donc pas réclamer et obtenir le ballon dans cette zone du terrain, et il a même été sanctionné de fautes offensives sur ce début de saison pour avoir essayé de la mauvaise manière (utilisant là encore ses bras et ses mains plutôt que son torse et ses jambes pour gagner du territoire).

Ingram présente également un jump-shoot prometteur. Loin d’être parfait, ou même très fiable à l’heure actuelle, il possède néanmoins des fondations intéressantes. D’un point de vue technique, sa mécanique de tir est rapide et constante, même s’il ramène un peu trop le ballon vers lui avant de le relâcher (l’angle du coude est inférieur à 45 degrés, plutôt que d’être aux 90 recommandés académiquement, résultant sur des trajectoires de balles un peu plates et une marge d’erreur plus petite). En revanche sa prise d’appuis est, elle, extrêmement aléatoire. Elle diffère d’un tir à l’autre : parfois les pieds sont collés, parfois ils sont très espacés, parfois c’est entre les deux. D’autres fois encore (beaucoup trop fréquemment) ses appuis ne sont même pas orientés vers le panier ni même les deux dans le même sens. Egalement, il prend peu d’élévation pour son jump shot. L’un dans l’autre, il n’est du coup pas toujours dans les meilleures conditions pour terminer le shoot une fois en l’air, et son irrégularité en est une conséquence directe, un problème à la fois sur du tir en sortie de dribble comme sur du tir en réception de passe (spot-up ou en sortie d’écran).

Cela étant dit, son potentiel dans l’exercice demeure excellent lui aussi, une fois qu’il aura réglé ses problèmes de prise d’appuis (qui d’ailleurs ne furent pas un problème du tout pour le McDonald’s All American et Nike Hoop Summit du printemps dernier, et qui semblent s’améliorer ces quelques deux ou trois derniers matchs). Ingram a démontré être capable de scorer dans toutes situations : du tir en spot-up, du tir en sortie de dribble en partant à gauche comme à droite, en sortant d’un pick & roll ou sur isolation. A la manière d’un Durant encore une fois, sa taille et ses longs bras lui permettent de pouvoir tout simplement shooter par-dessus la défense à volonté, sans avoir besoin de trop jouer de son dribble ou de son footwork pour créer de l’espace et générer un bon tir. Une caractéristique qui transforme directement son potentiel maximum de jump-shooteur de « très bon » à « injouable ».

Dans ses années lycée, c’est sa portée de tir un peu limitée qui posait question. Cette saison, Ingram semble répondre favorablement à ces interrogations-là, avec un correct-mais-peut-mieux-faire-surtout-en-régularité 37% de réussite en 4 tentatives pas rencontre. C’est principalement et surtout en réception de passe qu’Ingram opère à cette distance, démontrant notamment un bon flair sans le ballon pour contourner une défense de zone ou s’écarter à bon escient pour un tir ouvert sans que l’on ait besoin d’appeler un système pour lui. Le nombre important de tirs qu’il prend à cette distance pour son efficacité moyenne peut apparaître comme une mauvaise sélection de tir à première vue, mais ce n’est en fait pas du tout le cas. La totalité de ces tirs sont tous ouverts et il se doit de les tenter. Cela inquiète un peu plus vis-à-vis de son efficacité du coup (qu’en sera-t-elle lorsqu’en plus ces tirs deviendront contestés ?) mais il semble commencer à régler la mire dernièrement, maintenant que son niveau de confiance en attaque est plus haut que jamais. Cela reste à voir s’il peut tenir ainsi toute la saison, et plus encore, s’il peut faire la même chose avec les plus grandes distances à trois points de NBA.

Ingram possède de manière générale de très bons instincts naturels en attaque. C’est un joueur intelligent, actif sans le ballon pour chercher des tirs ouverts (bien que Duke joue sans aucun véritable meneur de jeu) mais c’est aussi un très bon passeur, bien que ses stats l’indiquent assez peu (1.5 ast/m). Il est altruiste et réaliste tout le temps la passe simple, et ne refuse jamais de servir un coéquipier si celui-ci est ouvert.

Plus encore, Ingram a même démontré la capacité de créer balle en main en mouvement, quelque chose que tous les ailiers NBA ne sont pas capables de faire, a fortiori les prospects de cet âge-là (Wiggins au moment de sa draft, par exemple, si l’on poursuit le jeu des comparaisons). En transition, il vient fixer la défense balle en main avant de passer à un coéquipier lancé vers le cercle. Sur jeu posé, il attaque les closeouts depuis le périmètre, opère très souvent sur Pick & Roll (bien qu’il doive encore apprendre toute la science de la passe dans cette exercice), pénètre en dribblant puis ressort vers un coéquipier ouvert à l’extérieur ou en trouve un autre tout seul sous le panier. De plus, sa grande taille lui procure une bonne vision de jeu, ce dont il a fait preuve contre certaines défenses de zone cette année déjà.

Il est important de garder en tête qu’il n’évolue pas très souvent avec la gonfle entre les mains (d’où ses assez faibles statistiques à la passe). Et ce n’est d’ailleurs pas un mal pour l’instant. Ingram manque parfois de lucidité dans ses passes, ou de temps à autre effectue une passe téléphonée bien trop molle et trop prévisible pour arriver à destination. En définitive, vraiment rien de différent de n’importe quel autre jeune joueur de 18 ans, et certainement rien d’inquiétant.

Le seuil maximal de ses capacités offensives est clairement extrêmement impressionnant. Intelligent et capable d’exceller à terme sur son jump-shot comme sur du drive, c’est le total package d’un scoreur d’élite NBA pouvant faire mal depuis n’importe où sur le terrain et de n’importe quelle manière. Tout cela à tout juste 18 printemps avec de longues et belles années devant lui pour se développer, et avec un physique on ne peut moins mature pour la grande ligue actuellement mais qui pourrait être on ne peut plus extraordinaire à terme. Plus encore, sa dynamique de progression sur cette première partie de saison est tout bonnement excellente, et tend à confirmer qu’il peut (et qu’il est déjà en train de) exploiter ce magnifique potentiel.

Quelques bémols, et pas des moindres, sont néanmoins à apporter à ce superbe portrait de celui qui semble au fil des lignes pouvoir devenir « the next big thing ». En premier lieu, bien que son potentiel offensif soit extrêmement impressionnant, cela demeure seulement un potentiel. Ingram n’est pas encore un attaquant accompli, et même si beaucoup de feux semblent être au vert, la possibilité qu’il ne puisse jamais complètement développer ses supposées brillantes capacités n’est pas nulle.

C’est là toute la différence avec le Kevin Durant pré-draft de 2007 par exemple, qui était, lui, déjà un formidable attaquant, avec une palette de moves très variés et efficaces, et une technique bien au-dessus de la moyenne. En cela, Ingram reste un pari. Miser sur le fait qu’un jeune joueur développe son potentiel est une pièce jetée en l’air. Ou bien, selon si certains cas sont plus encourageants que d’autres, un dé à six faces plutôt qu’une pièce à deux, avec 5 faces « faces » pour seulement une « pile », mais la possibilité de tomber sur cette dernière est de toute façon présente.

Et qu’en est-il si la pièce retombe sur la tranche ? Ingram ne deviendra peut-être pas un bust complet, mais n’exploitera peut être pas non plus complètement son potentiel, se contentant de stagner à un niveau plus ou moins haut. Un joueur comme Derrick Favors (3e choix en 2010), lui aussi drafté très jeune sur son énorme potentiel et ses fantastiques qualités physiques et athlétiques n’est certainement pas un bust, mais ce n’est pas non plus l’intérieur ultra dominant franchise player qui fait gagner son équipe, comme il était stipulé dans la case « seuil maximum » de son profil pré-draft. Ou pour reprendre un exemple parmi les ailiers : Rudy Gay. Le Gay d’avant sa draft est même un joueur déjà bien plus accompli, d’un niveau technique plus avancé, avec les mêmes mensurations physiques, une bien meilleure maturité athlétique et déjà plus de responsabilités en NCAA.  Lui non plus n’aura pourtant jamais réussi à accomplir son potentiel de franchise player. Tout cela non pas pour dire qu’Ingram ne mérite pas une très haute place de draft, au contraire, mais seulement pour rappeler qu’un « tu l’auras » ne devient pas toujours le « tiens » que l’on souhaite.

Egalement, il est également important de noter qu’Ingram n’est en aucun cas le franchise player de Duke. Son regain de confiances et ses très belles performances depuis quelques temps lui valent que coach K lui offre de plus en plus de responsabilités, mais celles-ci restent limités et il n’est en aucun cas le go-to-guy des Blue Devils. Dans la hiérarchie de l’équipe, c’est l’hyper athlétique combo guard fou Grayson Allen (20.6 pts/m) qui rentre plutôt dans ce moule, et même le shooteur Matt Jones semble plus important et touche plus la balle qu’Ingram (jusqu’à récemment en tout cas). Coach K a même sorti Ingram du cinq majeur en début d’année lorsqu’il était dans le dur. Contrairement à Jahlil Okafor l’an passé ou Jabari Parker l’année d’avant, Ingram n’est pas le meilleur joueur de l’équipe ni sa première option offensive. Alors que son potentiel le désigne comme apte à jouer ce rôle-là  à terme en NBA.

Il n’a jamais eu à porter l’équipe sur son dos, ni même n’a jamais vraiment été forcé à créer son propre tir. Le rôle de première option offensive est extrêmement difficile à maîtriser, et cela va au-delà des capacités techniques au jump-shoot, en passe, ou en drive. Il s’agit de savoir rester performant avec toute une défense concentrée sur soi, de savoir prendre ses responsabilités, de porter l’équipe. Plus encore, il ne s’agit pas seulement d’arriver à rester productif malgré une meilleure défense, il faut rester productif de manière efficace, et bien au-delà de ça, rester productif de manière efficace tout en faisant gagner. Arriver à faire de belles stats face à une défense resserrée est une chose. Le faire sans arroser, croquer, ou en perdant trop de ballon en est une autre. Le faire tout en portant l’équipe à la victoire en est encore une autre. Quelque chose que seule une petite poignée de joueur parviennent à faire en NBA d’ailleurs : LeBron James, Kevin Durant, Stephen Curry, James Harden l’an passé, dans une moindre mesure selon les contextes Kawhi Leonard et Jimmy Butler cette saison, et… ? Même de superbes joueurs comme Paul George, John Wall, Blake Griffin (des signes déjà entre-aperçus sur des courtes périodes cependant), Anthony Davis, DeMarcus Cousins ou Russell Westbrook n’ont pas encore réussi à franchir cet ultime palier.

De quoi mettre en perspective le niveau de jeu d’exception qu’il faut atteindre pour assumer avec succès la difficulté de ce rôle. Ingram n’a jamais connu ce genre de responsabilités. C’est placer la barre très haut que de parler de franchise player ultime qui fait gagner comme on vient de le faire, mais n’est-ce pas cela au fond les vraies attentes autour d’un premier choix de draft ? Plus encore, faire gagner son équipe en qualité de première option est par définition l’accomplissement du potentiel de franchise player. Etre un All Star qui fait du chiffre mais ne porte pas son équipe vers l’excellence et les espoirs de titre n’en est que l’exploitation partielle et incomplète. Ingram semble avoir ce potentiel, mais les chances de le voir se réaliser en NBA ne s’amenuisent-elles pas en sachant que même en NCAA il n’a jamais été testé (pour l’instant, mais cela ne devrait pas changer) dans cette position ? Tous les go-to-guy universitaires trainent ce doute de savoir s’il arriveront à reproduire la même chose au niveau supérieur, alors pour quelqu’un qui ne l’a même jamais été au niveau inférieur ces doutes sont bien évidement encore plus grands.

D’autant que, et c’est le dernier bémol à apporter, Ingram n’a pas démontré la mentalité d’un go-to-guy. Ses qualités techniques (drive, shoot, passe) sont prometteuses au point de pouvoir devenir celles d’une attaquant d’élite, mais sa mentalité l’est elle aussi ? Difficile de l’affirmer pour l’instant. C’est un très jeune joueur, réservé, très lisse et très passif par moments. Son énergie et son implication sont parfois branchées sur courant alternatif. On ne lui sent pas du tout l’agressivité ou l’attitude d’un mort de faim, le désir de prendre ses responsabilités ni les rênes de l’équipe, un moteur infatigable et insatiable, et encore moins un quelconque killer instinct. Une passivité qui apporte son lot de doutes quant à son futur rôle. A l’image d’Andrew Wiggins au moment de sa draft (qui depuis montre de très bons signes), Ingram possède le potentiel physique et le potentiel technique pour devenir un grand attaquant, mais sa mentalité pas assez affirmée laisse quelques doutes non négligeables quant à l’exploitation de ces dits potentiels.

La défense demeure à n’en pas douter chez Brandon Ingram un de aspects les plus alléchants et impressionnants de son profil. Néanmoins, ici encore il est beaucoup plus question de potentiel défensif pour le moment que de réel niveau de jeu défensif.

Ingram est un athlète très fluide, très agile, et il possède une excellente vitesse latérale. Lorsqu’on rajoute à cela ses fantastiques mensurations physiques telles que sa superbe taille et son époustouflante envergure de bras, Ingram est alors capable de couvrir un volume de jeu tout simplement ahurissant pour un ailier. Difficile de lui passer par-dessus, de le contourner, et encore moins de lui shooter sur la tête. Plus encore, ses bras Kawhiesque s’avèrent un outil on ne peut plus redoutable pour contester de manière très efficace les jumps-shots ou les tirs au panier, ainsi que pour perturber les porteurs de balle dans leur habituelle zone de confort et dérober de précieux ballons. De plus, sa capacité à couvrir très rapidement une grande surface de terrain est synonyme d’excellente défense loin du ballon, pouvant apporter des aides rapides et efficaces, protéger le cercle même, effectuer des rotations et de superbes closeouts, être une terreur sur ligne de passe, etc. Le défenseur idéal sur l’aile, en somme. Excepté qu’Ingram est encore très loin d’avoir manufacturé ce magnifique potentiel en de telles performances concrètes.

Sa défense individuelle est pour le moment très mauvaise. De la même manière qu’il ne peut pas se créer un chemin jusqu’au cercle du fait de son manque de force, il ne peut pas non plus contenir les pénétrations adverses pour les mêmes raisons. Ingram n’est tout simplement pas assez puissant pour offrir une quelconque résistance à ses vis-à-vis, qui peuvent lui rentrer dans le lard et le dégager aisément du chemin pour passer. Egalement, Ingram est souvent en très mauvaise posture défensive, bien trop haut sur ses appuis (« sur les talons », le dos penché vers l’avant et les jambes droites, plutôt que le torse bien droit et les jambes pliées pour maintenir un centre de gravité assez bas). De ce fait, il se fait mettre dans le vent avec une facilité déconcertante, ne pouvant pas réagir ni coulisser latéralement suffisamment vite. Particulièrement, contre les meneurs slashers de Kentucky calibrés NBA, Jamal Murray et Isaiah Briscoe (respectivement projetés top 10 et 1er tour) Ingram a particulièrement mangé la poussière, se faisant dépasser fréquemment du fait de ses très mauvaises postures défensives dans le périmètre.

Il faut néanmoins noter que depuis quelques matchs, il semble produire plus d’efforts de ce point de vue-là. Il reste encore très haut sur ses appuis et pourra encore s’améliorer là-dessus mais, comme précisé précédemment, sa vitesse latérale est réellement excellente, et ses très grandes jambes lui permettent par ailleurs de couvrir une énorme surface de terrain en très peu de temps (beaucoup plus que pour un plus petit joueur, à vitesse latérale égale). Lorsqu’en plus il maintient ses bras tendus et non le long de son corps, prêt à contester un tir ou pour perturber le porteur de balle adverse, il devient réellement impressionnant dans le périmètre pour quiconque devrait lui faire face. En revanche, son manque de force est pour le moment rédhibitoire malgré ses meilleurs efforts, et même les athlètes des facs de seconde zone l’envoient facilement balader d’un coup d’épaule s’ils le veulent.

C’est d’ailleurs un problème à court terme, voire même à moyen terme une fois chez les pros s’il ne gagne pas très rapidement beaucoup de masse musculaire. Il ne peut pas défendre individuellement à l’intérieur malgré ses mensurations, se faisant trop facilement enfoncer. Ses bras, sa taille et sa mobilité en feraient pourtant un très bon défenseur au poste, ou plus généralement lui permettrait de tenir des ailiers forts en jouant stretch 4, mais pour l’instant c’est hors de question de l’envisager en NBA avec cette carrure-là.

Ingram n’est pas non plus un bon défenseur sur Pick & Roll actuellement, bien que son potentiel dans l’exercice soit là encore assez incroyable (les mensurations d’un intérieur et l’agilité d’un extérieur). Il est très affecté par les écrans et n’a pas la force de se battre à travers eux. Sa technique pour ce faire n’est d’ailleurs pas très bonne non plus, ses appuis n’étant pas toujours orientés à bon escient pour forcer le drive dans un sens ou dans l’autre selon comment la défense souhaite jouer la possession ou le P&R. Ingram pourra néanmoins apporter une superbe polyvalence à cet exercice, avec cette caractéristique de pouvoir défendre le porteur du ballon, de pouvoir switcher sur n’importe qui, et de pouvoir défendre l’intérieur qui pose l’écran. Il manque néanmoins de connaissances et de science du jeu pour défendre le P&R en qualité d’intérieur (souvent hors de position, de mauvais angles, se fait avoir par un écran glissé ou un Pick & Pop, etc.), mais il possède tous les atouts pour exceller.

Son plus gros défaut lorsqu’il défend loin du ballon est son manque d’attention. Ingram semble trop souvent avoir un temps de retard sur ce que fait la défense adverse, ne maintenant pas toujours de contact visuel avec à la fois son défenseur et le ballon. Il se fait prendre à revers, démarre presque toujours avec un petit retard, commence à suivre un shooteur à travers les écrans un peu trop tard et lui laisse ainsi le temps nécessaire pour dégainer, concède des backdoor cuts, etc. Il doit également mieux assimiler les concepts de défenses collectives (bien qu’il ait montré de meilleures choses les derniers matchs). Fréquemment, il manque de réaliser la rotation qui s’impose ou il l’effectue trop tard. Ingram n’est pas non plus le défenseur le plus discipliné qu’il soit. Il ne tente pas l’interception à l’excès comme certain, mais commet son lot de fautes stupides et évitables. Il doit apprendre à mieux reconnaître les situations de jeu et à ne pas mordre à chaque feinte.

Egalement incluse dans sa défense loin du ballon, son anticipation sur ligne de passe est franchement moyenne. Il obtient des interception ou dévie certains ballons à l’occasion du fait de ses bras interminables, mais cette même fantastique envergure de bras devrait carrément lui permettre de s’interposer sur toutes les passes téléphonées ou mal ajustées avec un tout petit peu plus d’anticipation (à la Kawhi Leonard). Rien d’inquiétant cependant, c’est une fois de plus un des aspects du jeu à assimiler avec du temps de l’expérience, pour mieux reconnaître sur quelles trajectoires de balle il peut surgir et quels ballons sont à sa portée.

Il n’est d’ailleurs pas très performant sur closeout non plus. Sa discipline dans l’exercice est mauvaise : il se jette toujours à corps perdu et hors de contrôle, ouvrant alors une brèche béante à l’attaquant qui peut feinter le tir et ensuite partir en dribble. De même l’orientation de ses appuis est complètement aléatoire, et pas en adéquation avec les positions sur le terrain et ce que la défense souhaite faire (on ne ferme pas les même cotés/de la même manière selon le corner gauche, le corner droit, le centre du terrain, selon si l’adversaire est un piètre shooteur à longue distance que l’on veut voire dégainer ou un spécialiste à trois points que l’on doit empêcher de tirer, etc.). En revanche, sa très longue envergure de bras lui permet de contester les tirs très efficacement voire même de les contrer (sur closeouts mais aussi en défense sur l’homme).

La protection du cercle demeure un autre domaine où Ingram pourra aider de manière très efficace à l’avenir grâce à ses atours, mais c’est également un domaine où il n’est pas encore prêt. Il doit encore améliorer son QI défensif et sa reconnaissance des situations comme évoqué précédemment, d’autant plus que ce n’est pas naturel pour lui (il n’est pas intérieur de formation). Plus encore, il semble réellement affecté par son manque de force et son peu d’explosivité/agressivité lorsqu’il saute pour contrer le tir. En effet, il se fait très régulièrement bouger en l’air par l’attaquant qui va au lay-up, ou ne semble pas sauter suffisamment haut ni dans le bon timing pour tirer profit de ses mensurations physiques sous l’arceau. De même, il n’est pas rare de voir son vis-à-vis le bloquer complètement voire même le bouger de sous le cercle pour qu’un arrière adverse puisse avoir un lay-up ouvert. C’est toutefois à noter qu’Ingram semble progresser de match en match, se montrant d’une part plus alerte pour apporter les aides défensives et plus performant d’autre part pour renvoyer les ballons qui s’approchent trop près de l’arceau.

Ingram est enfin un rebondeur très moyen, ou en tout cas irrégulier pour le moment. Du coté des points positifs, sa capacité à aller chercher des ballons extrêmement haut dans les airs du fait de sa taille et ses bras, avant que quiconque n’ait pu avoir la chance de se battre pour l’avoir. Du coté des points négatifs, son incapacité à poser de bons boxouts (voire même des boxouts tout court), là encore du fait de son manque crucial de puissance. Même lorsqu’il n’est pas à l’intérieur mais défend au contraire dans le périmètre, il a le regard fixé sur le panier lorsque le tir est déclenché et oublie totalement de bloquer son propre vis-à-vis, concédant ainsi fréquemment des rebonds offensifs à des arrières/extérieurs qui s’infiltrent sans aucune résistance jusque dans la peinture. Ses prouesses impressionnantes dans le trafic ne sont que des fulgurances, l’arbre qui cache la forêt. Au vue des qualités qui sont les siennes, Ingram doit apprendre à être plus performant et plus productif (6.1 rbs/m, seulement deux matchs sur 14 à plus de 10 prises), d’autant plus étant donné son potentiel de stretch 4.

Par ailleurs, le risque qu’il n’atteigne pas son niveau défensif maximum est plus faible que pour son niveau offensif, rien chez lui n’est différent de n’importe quel autre gamin de 18 ans sans science du jeu défensive et n’ayant jamais eu à performer défensivement. Ce risque demeure cependant beaucoup plus intimement lié au gain de puissance qu’il doit obtenir très rapidement. S’il peut compenser en attaque avec son intelligence de jeu et son shoot, c’est en revanche impossible en défense en NBA, où il ne devrait pas souvent être sur le parquet sans quelques kilos supplémentaires.

Brandon Ingram demeure donc un prospect on ne peut plus intéressant. Néanmoins, si les qualités sont nombreuses sur sa fiche de draft, les doutes quant à son développement n’en demeurent pas moins nombreux eux aussi. C’est la raison pour laquelle il n’est d’ailleurs pas considéré comme le prochain first pick assuré, bien que son seuil maximum soit trois mondes au-dessus de celui de Ben Simmons.

La marge possible de joueur qu’Ingram peut devenir est très grande, comme un intervalle ou une échelle de valeurs entre 0 et 100 où l’on ne sait tout simplement pas où il va atterrir. Les plus inquiets affirmeront qu’il ne dépassera pas les 30 et demeurera un faible joueur de rotation qui n’aura jamais exploité ses qualités techniques et ne s’adaptera pas à la dimension physique de la grande ligue. Les plus pragmatiques, amateurs de probabilités, affirmeront que parmi tous les scenarii, le plus probable soit qu’il développe son potentiel mais pas jusqu’au stade de franchise player superstar ; et qu’il stagne entre 40 et 80, entre le role player intéressant et la solide deuxième/troisième option d’équipe. Les plus optimistes affirmeront qu’il va taper dans les 90 et plus, deviendra une force offensive ultra complète et redoutable, en plus d’un monstre défensif, qui porte son équipe vers la victoire. Pour savoir ce qu’affirmeront les livres d’histoires à son sujet, il faudra attendre quelques années.

Pour l’instant placé derrière Ben Simmons dans la hiérarchie des prospects, Ingram pourrait cependant arriver à renverser la tendance au cours des prochains mois. En effet, sa dynamique de progression est impressionnante, et il confirme match après match ses bonnes performances. S’il maintient ce niveau de jeu tout le reste de la saison il n’y a pas de raison qu’il ne rééquilibre pas la balance entre lui et un Ben Simmons qui galère à faire gagner son équipe et possède un bon nombre de défauts majeurs dans son jeu. Rendez-vous en Juin.

 Deux de ses bonnes dernières performances

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3 Comments

  1. Voilà les profils que tu dresses dis donc, apres simmons, celui là aussi est ultra complet, tu veux devenir scout ou quoi ?

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