Road to the Draft : Frank Ntilikina, la pépite Française qui pourrait devenir le meilleur d’entre tous

Road to the Draft : Frank Ntilikina, la pépite Française qui pourrait devenir le meilleur d’entre tous

Son nom est difficile à retenir et à prononcer, mais son talent est certain. Frank Ntilikina (18 ans, meneur) est la dernière pépite du basket français, qui s’apprête à embarquer pour les Amériques tenter sa chance dans la grande ligue. Plus encore, il pourrait selon toute vraisemblance devenir le Français drafté le plus haut de l’histoire du basket tricolore, pourtant pas en manque de grands joueurs, puisqu’il est attendu entre la 5e et la 10e place (Noah 9e en 2007). Le tout dans une des drafts les plus dense et fournies de ces vingt dernières années, ça vous pose le niveau de talent du joueur.

Jetons un coup d’œil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Voir aussi : Road to the Draft – Markelle Fultz

Voir aussi : Road to the Draft – Dennis Smith Jr

Attendu dans le top 5 il y a un an tout pile, et même encore à l’aube de la saison universitaire, Ntilikina est descendu de quelques places dans les mocks drafts pour aujourd’hui se retrouver aux alentours de la 10e position. Néanmoins, cela n’est en aucun cas du à un manque de performance ou un niveau de jeu pas au niveau des attentes, bien au contraire. Ntilikina s’est fait une place dans l’effectif pro de Strasbourg, qui dispute la Pro A et la Champions League (pas donné à tout gamin de 18 ans) dans un rôle parfait de 3&D à qui on confie même la balle de temps à autres pour créer quelque chose. Avec la France, Ntilikina s’est mué en go-to-guy pour mener les Bleus à la victoire finale au championnat d’Europe U18, le tout en raflant le titre de MVP du tournoi après notamment deux matchs de mammouth en demi et en finale faire gagner les siens.

Autant dire que la saison de Ntilikina est on ne peut plus satisfaisante. La principale raison pour laquelle Ntilikina est un peu descendu dans les mocks, c’est le hasard, ou la coïncidence d’être tombé dans la plus grosse classe de meneur de jeu de ces dernières années. Une classe où l’on retrouve Markelle Fultz, talent d’un immense dimension (meilleur prospect meneur depuis Kyrie Irving en 2011), Lonzo Ball, qui a fait gagner son équipe en affichant les qualités recherchées par les scouts NBA, Dennis Smith Jr, explosif meneur très complet de NC State et De’Aaron Fox, l’étincelle qui a dynamité l’escouade de Kentucky. Ntilikina est tombé dans une année où les quatre gros prospects à son poste ont confirmé en NCAA les promesses vues au lycée (c’est assez rare qu’autant le fassent). Et bien qu’il soit perçu pour l’instant comme la 5e roue du carrosse par certains, Ntilikina apporte un lot de qualités très intéressantes, et il suffirait qu’un GM tombe sous le charme de ces qualités pour qu’il se retrouve 4e ou 3e meneur sélectionné sur ce petit groupe de 5. Si Fultz et Ball semblent un cran au-dessus, ce n’est pas absurde que certains décideurs préfèrent son profil à celui d’un Fox ou Smith Jr.

Ses qualités justement, elles commencent d’abord et avant tout avec son physique. Ce n’est même pas que Ntilikina a été fabriqué dans le moule du meneur idéal, non. Il déborde carrément du moule là, et présente des mensurations dignes d’un arrière NBA : il est très grand (6’5/1m96, au dessus de la moyenne des meneurs), avec des bras interminables (6’11/2m11, très très au-dessus de la moyenne) dans une charpente déjà solide et puissante, et qui en plus semble assez large pour continuer d’être renforcée avec les années.

Aucun meneur de ces dix dernières années (au moins, peut-être plus) ne possédait des bras longs de 6 pieds 11 pouces (2m11). Les plus proches se rapprochant de ça sont John Wall (6’9), Markelle Fultz (6’9) Marcus Smart (6’9), D’Angelo Russell (presque 6’10) et Kris Dunn (6’9.5). Les deux seuls meneurs de jeu de l’acabit de Ntilikina proviennent de la draft 2009 : James Harden (6’10.5) et Tyreke Evans (6’11), qui sont meneurs dans l’âme mais néanmoins considérés comme des arrières au moment de leur draft.

Le seul défaut majeur de son profil physisico-athlétique, c’est son manque d’explosivité. C’est même à n’en pas douter le petit truc qui fait qu’il n’est pas plus haut dans les mocks, au niveau d’un Lonzo Ball même. Il manque de vitesse de propulsion, de vitesse d’appuis, de détente, et du petit coup de rein, de la brusque accélération qui fait la différence dans le monde professionnel.

Sa première et principale arme offensive reste le jump-shot. L’essentiel de ses tirs sont même pris dans cet exercice, et c’est avec cette arme qu’il s’est fait son trou avec Strasbourg (un défenseur qui rentre 40% de 3pts, ça devient tout de suite très intéressant), ou qu’il a fait gagner l’Euro U18 à la France.

D’un point de vue technique, pourtant, Ntilikina n’a pas la gestuelle la plus parfaite qui existe. Son principal défaut est qu’il relâche le ballon à des moments assez aléatoires du sauts, et par moment, son jump-shot semble coincé entre un vrai jump-shot et un set shot. En effet, Ntilikina commence quasiment toujours à déclencher sa mécanique des bras et à relâcher le ballon alors même qu’il n’a pas terminé son saut et qu’il est encore en trajectoire ascendante, plutôt que d’attendre d’avoir atteint le sommet du saut pour le faire. Une des raisons qui pourrait aussi expliquer cela c’est le fait que son élévation n’est pas si bonne que cela, elle est même assez petite, et il est donc d’autant plus dur de trouver le sommet de ce saut pour déclencher le tir au moment opportun.

Néanmoins, dans les faits Ntilikina fait marcher cette dite mécanique, au point même que l’on devrait carrément ignorer ce genre de « défauts » (ou particularités) techniques tant que l’efficacité est là. Avec la France, Ntilikina affiche un fantastique et inimaginable 58% de réussite à 3-pts sur 5 tentatives par match (oui, 58%). Ce tout petit échantillon (6 matchs seulement) n’est sans doute pas si représentatif que cela, et il ne faut pas s’attendre à le voir tourner à 50% de réussite à longue distance chez les pros, évidement, mais sa saison avec Strasbourg où il convertit un excellent 40% sur 2 tentatives par match est en revanche un signe très prometteur.

Ntilika semble posséder une grande portée de tir, suffisamment grande pour les distances NBA, et en plus de cela il possède également une mécanique de bras extrêmement rapide qui lui permet d’envoyer la gonfle vers l’arceau en un clin d’œil, avant que le défenseur n’ait pu se retrouver en position pour contester le tir.

C’est principalement à longue distance qu’il opère, bien qu’on l’ait vu tout à fait capable à mi-distance également. Sur isolation, il a fait preuve de bonnes fulgurances pour se dégager son propre tir, souvent au moyen d’un crossover très intéressant. Mais son exercice favori reste le Pick & Roll, un art qu’il maîtrise et utilise à foison pour se procurer des tirs ouverts. Notamment, il sait très bien utiliser l’écran une, deux, ou trois fois pour mettre le défenseur à mal et le perdre, ou se cacher derrière afin d’avoir un tir ouvert.

Plus encore, Ntilikina n’est pas qu’un simple catch & shooter, et a prouvé pourvoir scorer en quantité sur des tirs en sortie de dribble, même à 3pts. Cette capacité à enchaîner les pull-up 3’s est d’ailleurs un élément crucial de son jeu. Arriver à transposer cela en NBA, c’est souvent synonyme de pouvoir acquérir un très gros volume de jeu offensif, et c’est aujourd’hui devenu l’arme des superstars, ou en tout cas une arme indispensable à tout bon joueur dominant.

Les promesses aperçues sont très encourageantes : sur son 58 % de réussite au championnat d’Europe, une très grande partie de ces tirs à 3pts sont venus en sortie de dribble, et il les enchaînait avec une vraie aisance. Cependant, cela ne constitue que six petits matchs (même trois, si l’on compte vraiment ceux sur lesquels il a été très efficace et qui ont fait gonfler ses statistiques). Avec Strasbourg, c’est dans un rôle plus sobre de catch & shooteur qu’il était utilisé. Autant dire que l’on n’a aucun élément concret sur la durée pour juger de l’efficacité et de la fiabilité de ce pull-up 3’s. Peut -être que Ntilikina maîtrise effectivement cette arme et l’utilisera sans problème en NBA, mais peut-être aussi n’était ce seulement qu’une bonne passe, de la réussite passagère qu’il ne retrouvera jamais. C’est peu probable, mais pas impossible (Derrick Williams tournait à 54 % à 3pts sur 74 tirs totaux en 2011, Ntilikina 58% sur 29 tirs et 40 % sur 81 tirs).

Pour Ntilikina, devenir un joueur majeur en NBA passera sans aucun doute par là. Pour lui plus que pour d’autres, la clé se situe dans sa capacité à rentrer avec quantité et qualité ces pull-up 3’s pour la simple et bonne raison qu’il n’aura jamais l’explosivité pour compenser sur des pénétrations ou autres. C’est d’ailleurs actuellement le cas à l’heure actuelle : l’essentiel de son jeu c’est du jump-shot, a fortiori du 3pts, et on ne l’a jamais vu à un niveau aussi important que sur le championnat d’Europe où il enchaînait les pull-up 3’s pour démanteler les défenses adverses.

Un autre petit détail (qui ne l’est peut-être pas) par rapport à son jump-shot, qui pousse à la patience et demande confirmation, c’est sa capacité à prendre de bons tirs en sortie de dribble, techniquement parlant. Dans les faits, Ntilikina a prouvé pouvoir produire (même si c’est sur un petit échantillon). Mais son tir en sortie de dribble n’est pas encore d’une pureté imparable. Ses appuis manquant de vivacité, il a du mal à tout simplement exploser en l’air après un dribble pour déclencher son tir. Au contraire, il est plus lent à « charger » son tir (bien placer ses appuis, pousser dessus pour s’élever et générer la force nécessaire au tir), et manque de fluidité de geste à l’heure actuelle.

Ntilikina a également beaucoup de progrès à réaliser dans la capacité à se créer son propre tir. Au delà des défauts purement techniques de son tir en sortie de dribble (cette relative lenteur et ce manque de fluidité), c’est aussi dans la création pure que le Français est encore imparfait. Il manque de créativité pure, de capacité à fabriquer tout seul des décalages et des différences à exploiter ensuite avec un tir. Que ce soit au niveau de son dribble où il pourrait bénéficier d’une palette de moves plus variés et plus incisifs, ou au niveau de son footwork, Ntilikina n’a pas les atouts pour toujours créer une séparation avec le défenseur, générer de l’espace avant de dégainer. À l’heure actuelle, il se contente même parfois de ne rien créer et de tout simplement dégainer le tir même si le défenseur et en plein sur lui (en misant sur la rapidité de son geste), plutôt que de placer un simple step-back ou side-step qui suffirait déjà à éloigner un peu plus le vis-à-vis.

Il est vrai que Ntilikina est d’ores et déjà capable de créer son tir, comme on a pu le voir sur le championnat d’Europe, où dans un rôle de go-to-guy il a réussit à scorer sur isolation plus d’une fois. Il ne part pas de zéro en somme, et à même prouver savoir le faire de manière plus qu’anecdotique. Cependant, dans sa globalité il lui faudra impérativement améliorer sa création pure pour maintenir et même développer cette capacité à se créer son tir. Une faculté qui est souvent synonyme d’un gros volume de jeu en NBA et d’un fort statut.

À l’heure actuelle, Ntilikina a encore beaucoup de déchets et n’a pas une réussite suffisante pour qu’on le considère accompli dans l’exercice. S’il a réussit parfois à scorer sur situations de un contre un durant le championnat d’Europe, il a aussi été souvent incapable d’arriver à ses fins. Notamment, même lorsqu’un intérieur (plus lent, donc plus facile à perdre) switchait sur lui, Ntilikina a eu beaucoup de mal par moments à le lui faire payer. Plus encore, si l’on prend ce niveau de compétition et de dimension athlétique comme étalon à l’évaluation de Ntilikina a scorer sur isolation, on peut légitimement penser qu’en NBA, face à des défenseurs plus grands, plus longs (et donc qui sont plus difficiles à mettre hors de position) et tout simplement meilleurs, Ntilikina a encore des progrès à faire. Le tout n’est pas de savoir le faire sur trois, quatre ou cinq fois, mais de le faire très régulièrement. Quantité et qualité. Or si un ailier fort slovène de 17 ans très méconnu arrivait à le couvrir, un Mike Conley ou un George Hill (pas manchots défensivement) sauront en faire autant.

Par ailleurs, il convient également de noter que rien n’est perdu pour Ntilikina. Devenir un joueur soudainement capable de se créer son propre tir n’est pas chose aisée, et très rare sont les joueurs parvenant à développer cette capacité en cours de carrière voire même dès leur entrée en NBA tout court. Oui mais il y a un mais. La différence ici c’est que Ntilikina ne vient pas du moule américain, et contrairement aux jeunes basketteurs outre-atlantiques (qui se font connaître sur le circuit AAU et au moyen de mixtapes et autres highlights), Ntilikina a sans doute passé ses jeunes années à bosser en priorité d’autres aspects du basket comme la défense ou la compréhension du jeu, sans mettre l’accent ni forcer sur son scoring pour se faire un nom. Très peu de prospects de cette année là auraient pu se faire une place dans l’équipe de Strasbourg, bien qu’ils soient à l’heure actuelle des scoreurs plus accomplis en isolation.

Au delà de sa formation différente, il y a aussi un écart non négligeable entre la saison vécue par le Français et les autres : Ntilikina a évolué dans un environnement professionnel, dans des ligues (Pro A et Champions League) d’un niveau élevé, face à des hommes plutôt que des jeunes joueurs de 20 ans, et dans un rôle déterminé. Au contraire de la NCAA qui permet un peu plus des conditions de « laboratoire » où les prospects peuvent un peu plus se tester et forcer leur jeu pour montrer le plus possibles aux scouts. Ntilikina, lui, ne devait pas impressionner ni ne cherchait à le faire. Il devait réaliser son job (défense, catch & shoot) pour gagner difficilement des minutes et voir le parquet. Tout cela pour dire que Ntilikina n’a sans doute jamais autant travaillé cet aspect là du jeu que ses camarades américains. En somme on ne peut pas dire, comme dans d’autres cas plus classiques que Ntilikina a essayé de développer sa palette mais n’y est pas arrivé. Il a sans doute moins essayé, donc quand il essayera vraiment peut être y arrivera-t-il. Quand on rajoute à cela des aptitudes déjà assez correcte plutôt qu’une base de travail nulle, il existe des raisons d’être confiant.

D’un autre coté, rares sont les joueurs qui arrivent à bien se créer leur shoot en NBA. Certes, Ntilikina a sans doute moins travaillé cet aspect là qu’un Markelle Fultz, mais peut être qu’en le travaillant il n’y arrivera toujours pas au niveau de Fultz. Cette capacité à se créer son tir est à ce point désirée et se retrouve à ce point souvent chez les très gros prospects de draft chaque année pour une raison : c’est une qualité d’une grande valeur, et rare. D’autant plus que Ntilikina n’a pas l’explosivité d’appuis qui faciliterait la création (comme Dennis Smith Jr par exemple). Cela dit, un des meilleurs si ce n’est le meilleur joueur de NBA actuellement pour se créer son tir, DeMar DeRozan, n’a pas non plus une grande vivacité d’appuis, et compense avec une maîtrise total du timing, un footwork impeccable, un sens du détail et de la lecture du jeu sans faille. Donc c’est possible, mais très difficile.

D’autant que, enfin, Ntilikina relâche le tir très bas pour sa taille, à une hauteur où les défenseurs peuvent encore contester assez efficacement ses tentatives. Même les défenseurs du championnat d’Europe ou de Pro A/Champion’s League, en moyenne en dessous des standards physiques de la NBA. Son manque d’élévation évoqué plus haut est une première explication. La deuxième, tout aussi importance, c’est sa mécanique des bras en elle même, puisqu’il place le ballon bien trop bas, son coude formant un angle très petit plutôt qu’au 90° recommandés où le ballon se situerait bien au dessus de la tête.

C’est d’autant plus dommage que Ntilikina possède une taille au dessus de la moyenne et une envergure deux mondes au dessus de la moyenne des meneurs de jeu NBA, et pourrait (devrait ?) utiliser ces atouts pour bien relâcher le ballon au dessus de la mêlée et par dessus son défenseur, là où ce dernier n’est tout simplement pas assez grand pour le contester. Si on peut légitimement imaginer qu’avec du travail et de l’expérience il parviendra à fluidifier son geste et sa mécanique en sortie de dribble, il est plus difficile de croire qu’il pourra changer sa gestuelle à ce stade de son évolution.

Et pourtant, la question se pose et n’est pas si illégitime que cela. D’une part, il relâche le ballon bas de manière générale (sans mettre en perspective ses mensurations et ce qu’il pourrait faire). Si les défenseurs du championnat d’Europe ou de Champions League ont pu contester ses tirs assez efficacement, cela pose un problème dans une NBA où l’on retrouve des défenseurs hautement mieux armés et plus apte à le gêner. Les longs bras d’un John Wall ou Marcus Smart ne se priveront pas de le contrer là où il était « seulement » gêné par des joueurs hors NBA.

D’autre part, en prenant cette fois en considération ses atouts dans l’équation, il est facile de comprendre en quoi un changement pourrait être bénéfique. Déjà capable de scorer en sortie de dribble, bonifier cela avec une mécanique telle qu’il placerait la balle bien haut du fait de sa grande taille ajouté à ses énormes bras, ce serait tout simplement injouable pour le défenseur. Mieux encore, cela annihilerait presque le défenseur, en caricaturant un peu. C’est un peu le cas de Russell Westbrook (un peu moins long et grand mais avec une énorme élévation), qui relâche son tir si haut que la présence du défenseur est négligeable, et la réussite de Westbrook se résume en fait à son adresse pure et simple (en caricaturant, encore une fois). Imaginez un Ntilikina, déjà pas maladroit, à qui on offre un atout supplémentaire de taille (sans mauvais jeu de mot) qui lui permettrait de faire quasiment tout le temps la différence, c’est évidement alléchant sur le papier. Mais la réalité est beaucoup plus compliquée.

Dans les faits, très rares sont les joueurs à avoir réussi à changer leur mécanique de tir en cours de carrière NBA avec des résultats conséquents. Pour tous les Evan Turner ou Michael Kidd Gildchrist, il y a extrêmement peu de Kawhi Leonard, qui est une exception à tant de niveaux qu’il semble compliqué de l’utiliser en tant que référence.

La situation est d’ailleurs bien différente pour Ntilikina qu’elle ne pouvait être pour Leonard. En ce sens que Leonard avait tout intérêt à modifier sa mécanique là où Ntilikina aurait beaucoup à perdre. À son arrivée en NBA, Leonard possédait un tir techniquement mauvais, qui limitait grandement son efficacité. La refonte de son tir n’avait donc pas d’énormes risques. Si ce n’est une perte de temps où un échec d’amélioration, qui de toute façon n’auraient pas été grave car ce n’est pas là dessus qu’il était attendu (plutôt pour sa défense, son jeu collectif, son jeu sans ballon, etc). Certes, remodeler son tir comportait aussi un risque d’échec et rien n’assurait des progrès conséquents ni même suffisants, mais cette possibilité offrait aussi une option où sa réussite pouvait connaître une grande progression là où son ancienne mécanique le plafonnait irrémédiablement. Sachant que Leonard était drafté et utilisé dans un premier temps pour tout autre chose, le pari se tentait, et a même été brillamment gagné.

Le cas de Ntilikina est bien différent. Ntilikina est à l’heure actuelle un bon shooteur, voire même un peu plus. 40% à trois-points plus une période de domination à 58% sur 6 matchs et avec de la création correct en sortie de dribble, c’est clairement très bon, même excellent. Premièrement, une modification de sa mécanique de tir, même infime (dans son cas, ne pas autant ramener la balle vers lui et la garder plus haut) va de paire avec le risque de perdre cette efficacité déjà existante. L’art du shoot est une question de routine, de répétition et d’habitude sur des millions de shoots pris à l’entraînement. Et une différence, même pas énorme, obligerait à repartir de zéro en terme de mémoire du geste, pour le cerveau. Deuxièmement, et de surcroît, cette opération peut lui faire perdre du temps, mais en plus rien ne dit qu’elle va aboutir. Même en relâchant le ballon plus haut, rien ne garantit que ce même ballon va rentrer à une plus grande fréquence dans le panier. Westbrook, évoqué tout à l’heure, qui est parmi les meneurs de jeu celui qui relâche son ballon le plus haut n’est pas pour autant le meilleur shooteur. L’assertion « relâcher son ballon plus haut va bonifier son tir » part de l’hypothèse qu’une réussite minimum est conservée entre le premier et le second état, et qu’elle ne peut qu’être améliorée. Or, ce n’est pas le cas.

Troisièmement, et c’est sans doute là le plus important, Ntilikina ne doit pas perdre de temps. Or cette refonte de son shoot, même dans le meilleur des cas où il y aurait progression à terme, va prendre du temps et faire baisser sa réussite au jump-shot. Sauf que, contrairement à Leonard, une des forces de Ntilikina et une des raisons pour lesquelles il va se faire drafter c’est son jump-shot, et si celui ci ne marche plus aussi bien, Ntilikina perdra en valeur, offensive surtout, et générale du coup. Ce n’est pas que sans son tir il n’apporterait rien (distribution du jeu, et surtout la défense) mais c’est une partie cruciale de son jeu et il en a besoin dès ses premiers pas dans la ligue. Si vous achetez une télévision mais qu’il n’y a que six chaînes plutôt que 30 comme annoncé, certes, elle va quand même marcher, mais vous regretterez de l’avoir payé aussi cher. Ou même, pour cette somme là vous en auriez pris un autre.

Si dans les deux, trois ou quatre premières saisons de sa carrière il n’arrive pas à s’appuyer sur un solide jump-shot comme on attend de lui, qu’il n’arrive donc pas à s’imposer, voire même à être un solide titulaire, il risque d’être relégué à un rang moindre. Il risque de perdre son statut et de se voir cantonné à un rôle de joker défensif, et peut-être de ne plus jamais avoir l’opportunité de se montrer dans un vrai rôle, tout ça parce qu’il a pris le temps de tenter de développer une arme qui, ironiquement, l’aurait fait passer d’un statut de solide titulaire à potentielle star. Le cas de Dante Exum, différent sur bien des points mais tout de même pertinent, illustre assez bien cela. Une équipe NBA a besoin de résultats, c’est un business où la concurrence est reine. Étiqueté (à raison) potentielle star avec un profil de go-to-guy à sa draft, Exum est aujourd’hui dans un rôle de remplaçant défensif et rien ne dit que Utah va lui redonner sa chance (un grande chance, avec le temps de se développer). Il y a urgence, en NBA, et Ntilikina ne peut pas prendre le risque de perdre du temps.

Le jeu en pénétration est en revanche bien moins la tasse de thé de Ntilikina, alors qu’on pourrait penser l’inverse au vu de ses qualités physiques et athlétiques.

Ntilikina n’est tout simplement pas assez agressif pour attaquer le cercle, et cela va au-delà de son rôle de meneur de jeu où il doit en priorité servir ses coéquipiers. Très souvent, il refuse de s’engouffrer dans une brèche qui s’ouvre ou sur un chemin tout tracé vers le cercle et où aucun défenseur ne se trouve. Il semble fuir le contact au panier par moments, bien que d’autres fois il y aille s’y frotter. Le tout est question d’être plus agressif sur l’ensemble d’un matchs et sur une grande quantité de possessions, pas seulement sur deux ou trois de temps en temps. Ses statistiques aux lancers francs illustrent d’ailleurs parfaitement ce manque d’agressivité : 2.2 lancers tentés par match seulement avec l’équipe de France (6 matchs) et 2.2/40min avec Strasbourg. Même si on est en droit de nuancer son total avec Strasbourg (un rôle limité, peu souvent la balle dans les mains), on peut dans le même temps insister sur ce même total avec la France qui, sur un très gros total de possessions cette fois et avec très souvent la gonfle, est extrêmement bas. A fortiori pour un joueur de sa carrure.

L’impression visuelle qu’il laisse en attaquant le panier est qu’il est encore trop rigide. Il manque de fluidité de geste, voire d’un meilleur contrôle du corps pour manœuvrer ses grandes mensurations en mouvement et de manière rapide.

Néanmoins, son principal défaut demeure son manque d’explosivité, qui le pénalise énormément. Son premier pas, d’abord, est tout ce qu’il y a de plus banal, et il ne parvient pas à faire la différence dessus, même face à des défenseurs plus lents (des intérieurs qui se retrouvent sur lui, par exemple). Il n’a pas le coup de rein au démarrage, ni n’a la vitesse de propulsion pendant le drive pour complètement dépasser le défenseur et se retrouver devant lui.

Ainsi, pour faire la différence, Ntilikina se repose très souvent sur des dribbles au démarrage, c’est à dire un crossover, un crossover à travers les jambes, une feinte de spin, ou autre mouvement balle en main pour déstabiliser le défenseur. Si cela fonctionne, il attaque l’espace et même s’il n’a pas la propulsion la plus rapide qui soit, ses très grandes enjambées compensent et l’amènent au cercle, le plus souvent sur ligne droite.





Ces dribbles sur lesquels ils commencent les actions s’avèrent très intéressants, mais ils ne sont pas encore suffisamment bon pour faire la différence régulièrement. Si le défenseur suit bien, ou s’il est bien placé, la tentative de drive est alors annihilée puisque Ntilikina est incapable sur de la vitesse pure de le battre. Plus encore, face aux défenseurs NBA plus rapides et moins faciles à contourner, ce genre de moves marcheront peut être encore moins bien et/ou il n’aura pas le coup de rein pour exploiter le petit décalage créé.

Rien n’est perdu cela dit. Des joueurs peu explosifs qui finissent par être d’excellent slasher, ça existe. Le tout est d’arriver à compenser le déficit physique par de l’intelligence de jeu et des variations. Si ses petits dribbles au démarrage apparaissent comme un bon début, Ntilikina n’a pas encore assez de variations de manière globale dans ses pénétrations pour perdre son défenseur, le déstabiliser sur des changement de vitesse/directions plutôt que sur une seule première accélération. Ses appuis sont pour l’instant patauds, et son dribble largement perfectible, puisqu’il perd encore le ballons sur certaines situations de jeu ou n’arrive tout simplement pas à faire ce qu’il veut balle en main. Mais on l’avait vu assez inspiré, plus qu’en match même, sur les entraînements du camp Basketball Without Borders en début d’année, effectuant de vrais changement de vitesses incisifs, des hésitations et des dribbles très intéressants.

Le problème pour Ntilikina, c’est que s’il ne parvient pas à développer des variations efficaces, son jeu en pénétration, et par extension son jeu en général, pourrait être très grandement limité, trop pénalisé par son manque d’explosivité et d’agressivité.

Une fois au panier, les rares fois où il va jusqu’au bout du drive, Ntilikina est un mauvais finisseur, bien qu’il conserve un superbe potentiel, encore évidement largement exploitable à terme. À l’heure actuelle cependant, il prend beaucoup de mauvais tirs, et n’a pas la finition pour les rentrer.

Son toucher de balle au cercle est très moyen, pour ne pas dire carrément mauvais, et lui arrive encore trop fréquemment de louper complètement des layups faciles en ne sachant pas bien doser son ballon. En termes de qualité des layups en question, là encore il est franchement mauvais pour le moment. Il se retrouve dans des positions déséquilibrées, il utilise à l’excès sa main droite même en partant sur la gauche, et n’est pas capable de finir de la gauche, ou prend tout simplement appuis depuis beaucoup trop loin du cercle. Son manque de détente le pénalise également dans sa capacité à finir les actions.

Au demeurant, Ntilikina conserve un très grand potentiel de finisseur, et pourrait tout au moins devenir solide à terme (et tout au plus vraiment excellent). La clé de sa réussite probable se situe dans ses énormes mensurations physiques, encore et toujours. Au moment de s’élever pour le lay-up, il peut s’allonger de toute sa taille et toute sa longueur de bras pour carrément déposer le ballon à hauteur du cercle, et ce malgré son manque de détente et d’élévation. Il doit encore apprendre à toujours s’allonger de la sorte, et avoir une très belle extension à chaque fois. Une fois cela fait, son toucher de balle poli, et une agressivité acquise, Ntilikina sera très bon. Il n’y a qu’à voir Tyreke Evans, qui possède son même profil physique (même taille, envergure, et même manque d’explosivité) et qui est (était) un des meilleurs finisseurs de NBA sur son toucher et sa créativité. De même, son floater n’est pas fiable du tout à l’heure actuelle mais il a démontré pouvoir relâcher ce floater très haut par dessus toute la mêlée, et ainsi scorer par dessus et malgré les protecteur de cercle. Certainement pas quelque chose dont sont capables tous les meneurs de jeu.

En terme de distribution du jeu et de playmaking, Ntilikina est également on ne peut plus capable.

D’abord et avant tout, les deux premières qualités qui sautent aux yeux en le regardant jouer sont son altruisme et son intelligence. Ntilikina est un véritable meneur de jeu de métier, très équilibré scoring/distribution tout en veillant à servir bien et souvent ses coéquipiers. En fait, plus que ça, Ntilikina cherche tout simplement à réaliser la bonne action basketballistique, que l’issue de la possession soit un tir pour lui ou pour un autre.

L’un de ses domaines favoris pour créer du jeu reste le le Pick & Roll, un bon signe en vu de la NBA où cet exercice est pratiqué à foison. Ntilikina est d’ores et déjà un joueur accompli là dedans, d’autant plus pour son âge, qui arrive à distiller des passes dans des angles très divers et dans de manières très différentes. Très grand, il est capable de passer par dessus les défenseurs, mais il peut aussi glisser une pocket pass à terre entre les deux défenseurs, ou ressortir pour le Pick & Pop selon ce que propose la défense.

Ntilikina a également démontré la capacité de créer régulièrement sur pénétration. Que ce soit sur drive & kick (pénétrer et ressortir sur un shooteur), mais surtout du drive & dish (pénétrer et glisser un ballon sous le cercle à un coéquipier), où il a montré une belle maîtrise et une bonne précision de passe dans les petits espaces. Le bon point, c’est que son manque d’explosivité pour créer le décalage sur son propre défenseur ne l’a pas empêché de distribuer sur pénétration comme ça l’a empêché de scorer sur pénétrations. Une des raisons à cela étant que sur ses drives, même s’il ne dépasse pas son défenseur, il attire à lui un second défenseur venant en aide, et possède la vision et la rapidité de décision pour exploiter ce décalage là. Reste à voir cependant à quel point cela peut être le cas en NBA. Inutile de répéter que les défenseurs sont plus imposants et meilleurs, et que les équipes NBA pourraient choisir de ne pas aider sur lui et de le laisser en un contre un. À ce moment là, son incapacité à mettre le coup de rein pour dépasser son propre défenseur posera un peu plus de problèmes et pourrait le limiter. À surveiller, mais pour le moment il a montré que ce n’était pas un problème du tout.

Son altruisme et son intelligence de jeu ressortent aussi et surtout dans sa capacité à fluidifier le jeu. Il réalise bien la passe simple lorsqu’elle se présente, fait la passe supplémentaire qui s’impose, accélère le jeu en transition et trouve le joueur ouvert, etc. Plus encore, il possède une bonne vision de jeu, du fait de sa bonne taille qui lui permet de voir par dessus les défenseurs, et de son attention de tout instant pour servir ses coéquipiers. En somme, un profil de créateur très complet.

Sa gestion du jeu est en revanche un peu plus critiquable. Bien qu’il soit un véritable meneur de jeu de métier, il lui arrive encore de faire de mauvais choix ou de mal lire le jeu. Vraiment rien d’inquiétant pour un joueur aussi jeune cependant (18 ans à peine), et un défaut de jeunesse qui s retrouve chez d’autres gros prospects de cette année comme Lonzo Ball ou De’Aaron Fox (et même Dennis Smith Jr et Markelle Fultz à un degré moindre).

Par exemple, sur des passes très simples, basiques, il se montre parfois nonchalant et n’anticipe pas un défenseur prêt à jaillir. Sur certaines lectures du jeu, il ne voit pas le défenseur côté faible prêt à aider. Sur pénétration et création en mouvement, il lui arrive encore d’être un tantinet « hors de contrôle » (c’est un terme sans doute trop fort) et de perdre un peu en précision de passe. Également, Ntilikina a beaucoup de mal face à de fortes pressions défensives et des joueurs qui viennent le harceler. Il doit encore apprendre à gérer cette pression et limiter ses pertes de balles dans ces situations.

Son ratio ast/tov avec Strasbourg dans un rôle d’arrière (qui mène très occasionnellement) est de ce fait peu pertinent, mais celui sur le championnat d’Europe en tant que meneur et leader de l’équipe l’est plus, même si c’est sur 6 petits matchs. Avec 4.5 passes pour 3.3 tov par match, Ntilikia affiche un ratio de 1.3, assez faible et illustrant bien cette marge de progression restante dans ses choix.

Il convient toutefois de noter que son total de passes décisives aurait pu être bien meilleur que ce chiffre peu impressionnant de 4.5 ast/m. Un chiffre qui est en plus d’autant moins impressionnant quand on rappelle qu’avec la France Ntilikina avait les clés du camion et la majorité des ballons passant par lui. Il faut donc relever le fait que beaucoup de ses belles offrandes n’ont pas été converties par ses coéquipiers, que ce soit des tirs dans le périmètre qui ne sont tout simplement par rentrés dans l’arceau ou des opportunités sous le cercle que les intérieurs n’ont pas pu conclure. Pas mal de bonnes passes ne se sont pas retrouvées validées dans les statistiques, en somme.

Au delà de ça, Ntilikina est un véritable meneur de jeu au profil très équilibré entre la recherche de son propre scoring et la passe pour d’autres. À certains moments, on sent même très clairement qu’il penche un peu plus pour l’altruisme et moins pour sa propre attaque, mais certainement pas dans des proportions qui en ferait un meneur pass-first de type Rondo ou Rubio, entièrement dévoué à la distribution. D’une part, il n’a pas le génie basketballistique de ces deux joueurs, ni la science et le QI basket extrêmement élevé et dévoué aux autres. D’autres part ce serait une sous-utilisation de ses capacités au scoring, ou tout du moins de son potentiel au scoring. La comparaison avec Tony Parker s’impose, et pas seulement pour la même origine tricolore. TP a toujours été un meneur très équilibré scoring/passe, et souvent critiqué à tort pour son faible total de passes qui ne reflétait pas vraiment ses qualités de passeur.

Ntilikina peut jouer très sobrement (même en tant que role player, comme à Strasbourg), il a a l’intelligence (de savoir s’adapter), l’altruisme et les capacités à faire tourner l’équipe si on lui demande de le faire. Mais Ntilikina est aussi très intéressant quand il prend ses responsabilités, enchaîne les jump-shots et (potentiellement) attaque bien le cercle avec ses atouts physiques. La seule fois fois où on l’a vu de cette manière, sur la fin du tournoi FIBA (la demi et la finale particulièrement), on a pu voir un joueur très complet et qui a littéralement porté son équipe à la victoire. Certes, à son niveau, face à un niveau de compétition plus faible que la NBA, mais cela reste un indice intéressant quant à son profil de jeu.

Et c’est pourtant une critique qui lui est faite depuis pas mal de temps maintenant, son manque d’agressivité de manière générale, son côté un peu en retrait, et les doutes qui en découlent sur sa capacité, ou non, à pouvoir devenir un joueur dominant en NBA. Une autre lecture à faire à cela est peut être la qualité de Ntilikina a s’adapter, rester dans le rôle qu’on lui confie, et à tout simplement jouer le jeu qu’il sait pratiquer.

Certes, à terme, il peut exceller à la fois sur le shoot et le drive, ce qu’on ne peut dire pour l’instant que de lui et deux autres meneurs sur les cinq de cette cuvée (Fultz et Smith Jr). Mais de deux choses l’une : attend-il tout simplement d’avoir les qualités (et pas seulement le potentiel) pour les user en quantité, ou est-ce une réelle composante de son jeu et sa personnalité, et qu’il lui manquera toujours un peu cette attitude de mort de faim ? Aucun moyen de le savoir. Le fait qu’il utilise aussi peu son drive parce qu’il sait qu’il n’est pas encore très performant dessus laisse penser qu’on est peut-être sur la première option.

Mais l’agressivité d’un joueur dominant n’est pas quelque chose qui s’acquiert si facilement que ça, même chez des joueurs qui possèdent de très belles palette offensives (Andrew Wiggins par exemple). Un joueur comme Dennis Smith Jr, explosif et capable au shoot, a beaucoup plus forcé les choses cette saison à la fois dans ses tirs extérieurs mais aussi sur ses drives où il se reposait beaucoup sur son explosivité et rien d’autre. Lui aussi a beaucoup de progrès à faire, et un grand potentiel de scoreur, mais on a moins de doutes quant à sa mentalité. De même pour Markelle Fultz, qui possède les instincts naturels du scoreur et la mentalité du scoreur. Même un Lonzo Ball, dont le jump-shot conserve de gros doutes pour le niveau supérieur (en sortie de dribble) et dont le drive est également fragile avec moins de marge de progression, lui a démontré à l’inverse aussi une mentalité de go-to-guy dans les moments chauds en fin de matchs, et a même fait gagné les siens sur bon nombre de possessions clutchs.

Sans aller évidement jusqu’à un rôle de go-to-guy (bien que ce ne soit pas du tout exclu) Ntilikina devra montrer plus d’agressivité même pour devenir une deuxième ou troisième option d’équipe fiable dans une franchise NBA. Quelques doutes de ce côté là donc, même si on peut légitimement expliquer ce manque d’agressivité actuel par une volonté de bien faire dans le rôle qu’on lui donne et avec ses capacités (une vraie qualité, donc).

Défensivement en revanche, Ntilikina est d’ores et déjà un défenseur tout à fait accompli, et un des tous meilleurs de cette classe de draft, si ce n’est le tout meilleur. Parmi le petit contingent des cinq meneurs en tête d’affiche, c’est en tout cas largement le meilleur. Sur ces dernières années à la draft, Ntilikina est clairement au grand minimum du calibre d’un Marcus Smart (2014) ou Victor Oladipo (2013).

Sur l’homme, Ntilikina est un splendide défenseur. Il met à profit ses énormes mensurations et représente avec sa très grande taille et ses longs bras un obstacle on ne peut plus difficile à contourner, et il arrive de ce fait sans problème à contenir les pénétrations adverses, annihiler les drives et garder son défenseur en face de lui. Mais ses atouts physiques, ou même athlétiques (superbe vitesse latérale, des appuis très légers et très vifs en défense) ne sont pas les seuls ingrédients avec lesquels le Français cuisine ses vis-à-vis. Il fait également preuve d’une très belle intelligence de jeu pour optimiser ses performances : orientation d’appuis adéquat selon la main dominante de l’attaquant, ou selon la position sur terrain, rester sous contrôle, adapter sa distance de marquage selon le profil de l’attaquant (shooteur, ou slasher), etc.

Sans surprise, ce sens du jeu et ses atouts physique en font aussi un excellent défenseur sur Pick & Roll, là encore une qualité d’une valeur on ne peut plus grande dans une NBA jamais rassasiée par cet exercice. D’une part, il traverse très bien les écrans, que ce soit grâce à son bon footwork, sa bonne technique, son attention et tout un tas de petits détails cruciaux. D’autres part, il connaît toutes les couvertures différentes du Pick & Roll et les applique à merveille : le hedge, le ICE, le switch, traverser l’écran ou au contraire le contourner pour inciter au shoot, etc. Son envergure de bras est d’ailleurs un atout important pour déranger le porteur de balle, pour qui il est compliqué de passer la balle proprement et sans la perdre par dessus toute la longueur de Ntilikina.

Plus encore, Ntilikina fait preuve d’un niveau d’effort et d’une intensité de très haute volée. Il peut se montrer très agressif, harceler l’attaquant et lui mettre la pression dans sa zone de confort sans risquer de se faire prendre à revers (il est suffisamment rapide pour se rattraper en cas de débordement). Son énorme envergure lui permet de plus de jouer plus grand qu’il n’est réellement. À l’image de Marcus Smart en NCAA qui défendait même des pivots avec son coffre et ses bras, et qui n’a pas de problèmes en NBA pour défendre des ailiers et certains ailiers forts small-ball. Ntilikina est dans ce même moule. Il n’a pas le torse aussi épais que Smart mais possède la charpente suffisamment solide et l’agressivité pour ne pas se laisser enfoncer au poste par des intérieurs après un switch, et c’est sans aucun problème qu’on l’imagine en NBA pouvoir tenir son rang face à des meneurs, des arrières et des ailiers. Voire même plus, une fois quelques kilos de muscles supplémentaires acquis, vu l’immensité de ses bras.

Il lui arrive encore de faire quelques erreurs de jeunesse tout ce qu’il y a de plus logique, et dans des proportions bien moindres que certains autres meneurs de cette draft, dont le niveau est globalement plus aléatoire. Ntilikina a encore quelques sautes de concentrations, et une ou deux fois par match n’aborde pas de bonne posture défensive et se fait de ce fait mettre dans le vent. Vraiment rien d’inquiétant cela dit. C’est à noter également que ces débordements qu’il n’a pas pu empêcher sont arrivés dans des ligues professionnelles comme la Champions League ou la Pro A. Donc face à des attaquants bien meilleurs et accomplis que ses compères n’ont pu affronter en NCAA. Même le championnat d’Europe est par définition la réunion des meilleurs (jeunes) joueurs des meilleurs pays de basket du vieux continent, à l’inverse de la NCAA où le talent est beaucoup plus fluctuant et aléatoire d’une équipe à l’autre. De quoi nuancer les petites erreurs de Ntilikina face aux aux petites erreurs de Fultz, Smith, Fox ou Ball.

Loin du ballon, Ntilikina est sans doute encore plus impressionnant que dans sa défense sur l’homme, ce qui n’est pas peu dire.

La chose sans doute la plus impressionnante justement, c’est la suivante : non seulement il maîtrise les concepts de défense collective et a un vrai impact loin du ballon, chose déjà rare pour un meneur, mais en plus il fait tout cela à 18 ans à peine. Certains vétérans NBA bien plus vieux n’acquièrent jamais la compréhension du jeu que lui possède du haut de ses 18 printemps.

Ntilikina est toujours très attentif et ne se fait jamais prendre à revers. Son QI défensif est très élevé, et ce qui frappe le plus chez lui, au-delà de sa capacité à comprendre le jeu, c’est sa prise de décision, savoir quand et comment aider, et quand ne pas le faire. Certains jeunes joueurs connaissent les principes défensifs mais tergiversent au moment d’apporter l’aide, ou ne l’apportent pas correctement. Ntilikina lui n’a pas ce problème, il est sûr de lui et prend rapidement ses décisions (une confiance en lui sans doute due et confortée par une expérience de la défense que tous les jeunes n’ont pas). Ntilikina arrive notamment très bien à apporter des aides sous le cercle pour le protéger, comme peut le suggérer son envergure de bras digne d’un ailier fort (il a des bras aussi longs que ceux de Griffin ou Love).

Plus particulièrement, c’est sa défense en tant que défenseur coté faible qui est véritablement superbe. Il sait exactement quoi faire, il sait où se placer très précisément, à quel point il peut aider et surcharger une zone, à quel point il peut abandonner son shooteur dans le corner, et impressionne là encore par la rapidité de sa prise de décision. Il ne se pose pas de question, il attend le moment opportun pour s’engager sur l’un ou l’autre (le shooteur ou l’intérieur qui fonce vers le cercle) et réalise quasi tout le temps le bon choix et la bonne action défensive.

C’est important de noter que Ntilikina possède un niveau défensif, sur l’homme et loin du ballon, plus élevé que ses comparses américains, et ce, de manière conséquente. Pour se faire remarquer dans ses jeunes années AAU, un jeune joueur américain doit d’abord et avant tout avoir un arsenal offensif, sans quoi il n’aura pas sa chance dans une fac réputée et ne pourra pas prétendre à la NBA. La défense vient bien souvent loin derrière, en ce sens qu’on veut d’abord savoir s’il est capable d’apporter en attaque et que la défense s’apprendra toujours avec un peu d’efforts et de travail en cours de route. Le système est ainsi, et c’est pour cela que des joueurs comme Anthony Bennett, Jabari Parker, Jahlil Okafor (pour ne citer que les exemples les plus criants) arrivent dans la grandes ligue sans jamais avoir jamais eu à travailler la défense pour impressionner les scouts et être drafté très haut (les trois cités ont été draftés dans le top 3). Même sans aller jusqu’à des cas à ce point extrêmes, combien de jeunes joueurs (Andrew Wiggins ?) se retrouvent perdus dans une défense collective NBA, et vieillissent parfois (DeMarcus Cousins ?) sans jamais atteindre un très grand niveau ? Un bon paquet.

Pour Ntilikina c’est tout l’inverse. Ses minutes il a dû aller les chercher d’abord et avant tout en défense. Sans ça, il ne voyait pas le parquet dans une équipe aussi dense que Strasbourg, qui avait déjà ses meneurs/arrières offensifs bien meilleurs que lui en attaque à ce stade de son développement (A.J. Slaughter, Erving Walker). Ntilikina a dû transpirer et performer en défense pour avoir des minutes et il l’a fait. Dans un rôle d’arrière défensif qui avait un véritable impact, et a qui on a ensuite confié de plus en plus de possessions offensives à gérer en tant que meneur par séquences. Il en va de même avec l’équipe de France, dans une équipe qui s’est construit un succès à travers sa défense de fer.

Ntilikina n’est pas parmi les plus techniques offensivement des 5 gros meneurs de cette draft, mais il est sans doute celui qui a le plus travaillé la défense, qui a le plus performé en défense et celui sur qui il existe le plus de certitudes de ce côté là du terrain. En ce sens, son seuil minimum est bien plus élevé que celui d’autres meneurs. Dans le meilleur des cas Ntilikina se développe en un joueur dominant, mais dans le pire, même s’il n’arrive pas à avoir un arsenal technique suffisamment bon, il pourra toujours faire office d’excellentissime role player défensif.

Là encore, la comparaison avec Marcus Smart s’impose d’elle-même. Pour Smart, son shoot était suspect (pas le cas de Ntilikina), ses pénétrations pas assez explosives et sa gestion du jeu prometteuse mais pas parfaite. Voilà ce que nous avions écrit à son sujet au moment de la draft : «Dans le pire des cas, c’est un attaquant limité mais qui n’en restera pas moins un des tout meilleurs défenseurs de NBA en termes de polyvalence, volume de jeu et intensité. Une sorte de Joakim Noah sur le poste d’arrière, pas mal pour un « worst case scenario ». Le Joakim Noah de 2014 (quand nous écrivions ces lignes) est défenseur de l’année, scoreur occasionnel et premier playmaker de son équipe. Smart semble atteindre un certain plafond offensif comme redouté (pour l’instant), et s’avère pourtant comme prévu un superbe role player ô combien important pour des Celtics à plus de 50 victoires (une vraie bonne équipe, en somme). Il en va de même pour Ntilikina, qui pourra toujours survivre (et même plus) en NBA de par sa défense.

Au final, Frank Ntilikina apporte un ensemble de qualités tout à fait alléchantes pour le jeu NBA, qui légitimerait très largement une place dans le top 10 (voire plus) de la prochaine Draft. Si Markelle Fultz semble réellement au dessus de la mêlée, Ntilikina n’est certainement pas si distancé que cela par les autres. Selon comment une équipe NBA évalue les joueurs et quelle valeur plus ou moins grande elle attribue à tel ou tel aspect du jeu, il ne serait pas étonnant de le voir se faire drafté bien plus haut que la 10e ou 11e place.

En effet, tout peut dépendre du contexte. Si les décideurs considèrent l’explosivité comme élément primordial d’un joueur dominant, il pourrait être la 5e roue du carrosse. Au contraire, une équipe peut très bien être effrayée par les défauts conséquents d’un Lonzo Ball, le côté aléatoire du jeu très prometteur de Dennis Smith ou les grandes limitations au shoot de De’Aaron Fox, et préférer la défense de fer de Ntilikina pour commencer à construire le noyau dur d’une jeune équipe.

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Au final, difficile de dire quelle carrière aura Ntilikina. Le problème de son jeu demeure son manque d’explosivité, qui risque de limiter sa capacité de créer pour lui même et pour les autres, et donc qui limiterait son jeu offensif de manière générale. Face à de superbes athlètes aux mensurations physiques énormes, si Ntilikina n’a pas cette étincelle, ce coup de rein, cette vivacité, cette brusque accélération, les décalages vont être beaucoup plus difficiles à faire et il se peut qu’il ne parvienne pas à surmonter cela. La clé sera pour lui de développer une palette technique toujours plus variée en dribble, en hésitation, en feinte en lecture du jeu et en action/réaction. Son impact est directement lié à ce pendant du jeu, mais impossible de prévoir à quelle vitesse et jusqu’où un joueur sera capable de développer un arsenal technique de haut niveau.

Reste que son shoot s’est montré fiable, et que dans le pire de cas, s’il s’avère incapable de créer en sortie de dribble, sa gâchette viendra bonifier son profil jeu et en faire plus qu’un simple défenseur. Ajoutez à cela sa capacité de distribution et son intelligence de jeu, on retrouve en fait comme « worst case scenario » un Marcus Smart qui tourne à 40 % au tir, et ça, c’est quand même un peu plus qu’un simple rôle player.

Dans le meilleur des scénarios, ou même dans un scenario médian, on peut tout à fait faire la réflexion que d’arriver à développer une technique et des variations d’un bon niveau lui suffirait. Sans avoir besoin d’aller jusqu’à la science d’un Kyrie Irving, comprenez. En effet, cette bonne technique alliée à des mensurations d’élite pour le poste de meneur suffiraient très largement à faire régulièrement la différence. A la manière d’Antetokoumpo, dont le bagage technique (dribble, sens du placement, shoot, etc) est loin d’être excellent mais se voit immensément sublimé par une taille et des bras tellement hors norme que ça suffit à faire perdre toute référence et tout repère aux défenseurs qui lui font face.

Dans tous les cas, Ntilikina rassemble suffisamment de qualités en l’état pour pouvoir prétendre dès sa draft à une place de titulaire NBA, et le droit d’avoir sa chance d’être développé comme une priorité par sa franchise. Se défense à elle seule devrait lui assurer un temps minimum sur le parquet, et si en plus il rentre ses tirs extérieurs à un bon taux (40% comme actuellement, même entre 35-40 serait suffisant) et qu’il crée de bonnes opportunités pour ses coéquipiers, il y a moyen d’avoir un impact immédiat dans la grande ligue.

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