Le basket à Chicago de 1925 à 1999

Le basket à Chicago de 1925 à 1999

Dans le cadre de notre nouvelle initiative pour vous donner la parole (ça se passe ici si vous voulez soumettre votre article), voici un article consacré à Chicago.

Et bien non, le basket à Windy City n’est pas arrivé en 1984 avec Michael Jordan. Bien avant lui, on jouait au basket dans cette grande ville américaine !

L’avant Bulls

Au milieu des années 20 tout d’abord naissent les Chicago Bruins, exerçant dans la défunte ligue ABL, qui n’est, à l’époque, rien de plus que la première tentative de ligue professionnelle de basket aux USA. Cette dernière ne vivra que 6 saisons, ne résistant pas à la récession des années ’30 (bien que les Bruins y feront une nouvelle apparition en 1939 dans la seconde version de cette ligue).

Au cours de la même période, naît l’une des équipes les plus spectaculaires de l’histoire : les Harlem Globe Trotters en 1927.

En 1944, les Chicago American Gears voient le jour, comptant dans leurs rangs notamment George Mikan, futur hall of famer, alors que celui-ci n’est encore qu’au lycée. Après une tentative de ligue qui échoue, Mikan s’engage avec les Minneapolis Lakers, alors en NBL, qui rejoignent peu après la toute nouvelle NBA.

Après ce nouvel échec et l’éclosion de la BAA, une nouvelle équipe se crée : les Chicago Stags. Quatre années plus tard, la BAA absorbe les restes de la NBL, formant ainsi la NBA. Les Stags disparaissent ensuite en 1950.

Il faudra alors attendre 11 ans pour que les fans de Chicago puissent revoir une équipe professionnelle. Lors de la saison 1961-62, les Packers apparaissent. Leur premier choix de draft fut Walt Bellamy, intégrant lui aussi le Hall of Fame. Durant son année rookie, ce dernier finit même second meilleur marqueur de la ligue derrière l’intouchable Wilt Chamberlain qui, cette année-là, score la bagatelle de 50,4 points par match ! Malgré cet apport, les Packers ne gagnent pas et le public boude son équipe. A tel point que le propriétaire de l’époque, Dave Trager, déménage sa franchise vers Baltimore. Cette nouvelle équipe se nomme les Bullets.

 

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Bellamy aux Packers.

Les ex-Packers deviennent les Zephyrs, ce qui ne change guère les résultats de l’équipe. Les Zephyrs disparaissent en 1963.

 

L’apparition des Bulls : les années ‘60

Trois ans après la disparition des Zephyrs, en 1966, arrivent enfin les Bulls avec un groupe d’investisseurs à sa tête, emmené par Dick Klein. Les Bulls présentent alors un dossier solide financièrement, ce qui leur permet de respecter les mesures imposées par la ligue. Klein choisit Johnny « Red » Kerr comme premier coach de son équipe et celui-ci exige l’engagement de son ami Al Bianchi, qui devient ainsi le premier assistant coach à temps plein de la ligue.

Ensuite, il passe un accord avec Red Auerbach, le fameux coach de la grande dynastie de Boston, en promettant de ne pas sélectionner K.C. Jones lors de l’expansion draft contre une évaluation de chaque joueur de la ligue.

Ainsi, les premiers Bulls de Chicago sélectionnés lors de l’expansion draft sont Johnny Kerr, Jerry Sloan, Ron Bohnam, John Thompson, Nate Bowman, Tom Thacker, John Barnhill, Don Kojis, Bob Boozer, Jim King, Len Chappell, Barry Clemens, Al Bianchi, Gerry Ward, Jeff Mullins, Jim Washington, Keith Erikson, McCoy McLemore.

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Jerry Sloan a joué puis coaché les Bulls et a surtout été un défenseur hors pair, formant un duo d’arrières intraitable avec Norm Van Lier !

De ceux-ci, nous retiendrons principalement John Thompson qui devient l’un des plus célèbres coachs NCAA, principalement avec Georgetown et forme Patrick Ewing, Dikembe Mutombo, Zo Mourning ou plus récemment Allen Iverson. Jerry Sloan, lui, devient un farouche défenseur et même all-star en tant que Bull. La suite de sa carrière se fait sur le banc puisqu’il coache le Jazz d’Utah avec le record de longévité sur un banc d’une même équipe NBA.

Les Bulls jouent les playoffs dès leur première saison avec 33 victoires à leur actif. La suite est moins glorieuse. Blanchi démissionne dès la fin des playoffs et coache une équipe nouvellement créée : Les Seattle SuperSonics.

En 1968, les Bulls intègrent leur antre : le Chicago Stadium. Cette enceinte est, comme l’est à l’heure actuelle le United Center, partagée avec l’équipe de hockey pro, les Blackhawks. Ca se gâte pourtant sur le parquet, en débutant la saison par un bilan de 1-15, ce qui a pour effet immédiat de faire fuir les spectateurs malgré les 18 000 places offertes par ce nouveau building. La saison se termine avec un record de 29-53, permettant de jouer les playoffs. Au premier tour, les Bulls rencontrent les Lakers d’Elgin Baylor et Jerry West qui ne leur laissent que le loisir d’apprécier leur première victoire en post season avant de clôturer la série. Johnny Kerr choisit de démissionner après cette seconde saison à la tête des Bulls, puis il prend la route vers Phoenix et leur nouvelle franchise : les Suns de Jerry Colangelo.

A sa place est nommé Dick Motta. Entre Dick Klein et ce dernier, le torchon brûle petit à petit. Motta ne supporte pas les ingérences du proprio sur le jeu de son équipe. Leur clashs successifs atteignent leur paroxysme lorsque Klein vend Muller pour 75 000 dollars aux Sonics. Même si les Bulls ne jouent pas les playoffs pour la première fois de leur histoire avec un bilan de 33-49, il y a au sein de l’équipe des raisons d’espérer. Sloan est nommé all-star et intègre la meilleure équipe défensive de la ligue. Autre personne à ne pas supporter Dick Motta, Flynn Robinson, envoyé sur ordre du coach vers Milwaukee pour deux joueurs : Bob Weiss et l’ailier Bob Love dont personne ne veut. Le staff des Bulls essaie même plusieurs fois de le trader mais sans succès. Ce dernier devient finalement all-star et sera LA star des Bulls au début des années ’70. Son maillot est aujourd’hui retiré.

En 1969-70, Klein se fait virer par le groupe d’actionnaires et est remplacé par Pat Williams, en provenance des Sixers de Philadelphie. Ce dernier ne vient pas les mains vides. Avec un coup de génie de Motta et d’un scout des Bulls nommé… Jerry Krause, Chicago envoie Jim Washington, joueur honnête contre Chet Walker, meilleur scoreur de Philly, qui forme alors un duo avec Bob Love autour duquel Motta construira son équipe, créant au fil des années un système basé sur la défense grâce à Sloan, Van Lier ou encore Boerwinkle en plus de Love.

C’est également à cette période qu’apparaît la mascotte Benny The Bull.

A la fin de cette saison 1970, les Bulls présentent un bilan de 39-43 et obtiennent la troisième place de la Western Division avec trois joueurs dépassant les 20 points de moyenne. Néanmoins, Walker se blesse et les Bulls ne remportent qu’une rencontre sur la série face aux Hawks d’Atlanta.

Les années ’70 : l’ère de Dick Motta

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Dick Motta sur le banc des Bulls

Bien que déjà en place peu avant cette décennie, Dick Motta termine la construction de son équipe et met en place le jeu qu’il souhaite voir à cette période. Au moment où Boston remporte 11 des 13 derniers titres grâce un jeu rapide fait de contre attaque et mené de main de maître par Bob Cousy, Motta ralentit le jeu, posant ses attaques à l’extrême grâce à des joueurs comme Walker ou Love qui dépassent toujours les 20 points de moyenne (respectivement 22 et 25,2 en 1971), Boerwinkle menant son équipe aux rebonds avec près de 14 prises par match. Dans une division plutôt forte emmenée par les Bucks d’Oscar Robertson et Kareem Abdul Jabbar (66 – 16), qui terminent la saison champion, les Bulls dépassent pour la première fois la marque de 50 victoires (51-31). De ce fait, Dick Motta remporte le trophée de coach de l’année.

La saison suivante prouve que ces 50 victoires ne sont pas un hasard avec 7 supplémentaires mais toujours 6 matchs derrière Milwaukee (63-19) et surtout 12 derrière ce qui restera comme l’une des plus grandes équipes de l’histoire, les Lakers et leur marque de 69-13. Privés de leur pivot titulaire remplacé par un rookie, les dits Lakers se font une joie de sweeper les Bulls au premier tour.

Avec un 51-31, les Bulls participent une nouvelle fois aux playoffs en 1972-73. Et une nouvelle fois, les Lakers leur barrent la route du second tour. Les Bulls, malgré une présence constante en playoffs, n’ont toujours pas remporté la moindre série.

Pour la quatrième saison consécutive, ils dépassent la marque des 50 mais restent immuablement derrière Milwaukee. Pour une fois, les playoffs ne débutent pas à l’autre bout de l’Amérique mais juste de l’autre côté du Lac Michigan face aux Pistons de Detroit emmenés par Bob Lanier, Dave Bing et Jimmy Walker. Après une série âpre qui se termine sans Jerry Sloan blessé lors du match 6, les Bulls remportent au 7e match leur première série de playoffs. La suite est un gros morceau : les Bucks. La série est complètement à l’avantage de ces derniers, à l’exception d’un match qui verra la première expulsion… d’une mascotte.

Cette défaite donne à Motta l’idée de bâtir une ligne d’intérieurs plus solides afin de tenter de contenir Jabbar. Ainsi le top rebondeur de Chicago est envoyé avec des tours de draft à Golden State contre Nate Thurmond. Ce dernier rentre dans l’histoire dès sa première rencontre en tant que Bull puisqu’il réalise un quadruple double (22 points, 14 rebonds, 13 passes et 12 contres) face à Atlanta. Cependant les Bulls ont des soucis avec leur backcourt puisque VanLier et Love, tous deux all stars réclament à cors et à cris une extension de contrat accompagnée d’une hausse de salaire. Motta tarde à lâcher du lest et ne retrouve son meneur qu’au bout de 11 rencontres et son arrière au bout de 20 après un bilan de 10-10… Ce mauvais départ n’empêche pas l’équipe de remporter son premier titre de division malgré le plus mauvais bilan en 5 ans : 47-35. Le premier tour des playoffs se joue face à Kansas City, les Bulls sortent vainqueurs en 6 rencontres avant d’aller affronter les Warriors de Golden State, auteurs d’une saison où ils remportent le titre de la division Pacifique. Chicago a l’occasion de jouer ses premières finales NBA mais échoue de peu face aux futurs champions.

La saison 1975-76 est à oublier du côté de Windy City. Sloan se blesse en pré-saison et ne joue que 22 matchs tout en étant limité physiquement. Walter se retire et le bilan de la saison est le pire de toute la ligue : 24-58. Ainsi Motta part vers Washington (qu’il mènera jusqu’au titre en 1978 et en finale en 1979) et une période se termine pour ces jeunes Bulls.

Ed Badger prend la suite de Dick Motta sur le banc. Il profite également de l’explosion de l’ABA, ligue dissidente de la NBA où évoluent avec brio Julius Erving, George Gervin et bien d’autres. Leur dernière place de la saison précédente leur offre le premier choix de cette draft spéciale et les Bulls choisissent Artis Gilmore qui a emmené son équipe au titre ABA en 1975. Cette saison voit également le trade de Bob Love vers les New York Nets pour des tours de draft, l’héritage de Motta est ainsi presque définitivement clôturé. Les débuts sont laborieux (24-34) avant que le petit plus manquant n’arrive et ne permette à Chicago de remporter 20 des 24 derniers matchs affichant ainsi un bilan de 44-38, seconde place de la division Midwest. Ce petit plus est appelé « le miracle du Madison ». Ils jouent de ce fait les Trail Blazers de Bill Walton et Maurice Lucas, drafté par les Bulls mais signe en ABA. Portland remporte la série 2-1 ainsi que le titre 1977 après avoir battu Denver, Los Angeles et Philadelphie.

Artis Gilmore, venu de la défunte ABA, il changera le destin des Bulls.

Comme tout miracle, celui-ci ne dure pas. Perdant sur blessures deux intérieurs, en l’occurrence Boerwinkle, meilleur rebondeur de l’équipe depuis près de 10 ans, et May, les Bulls sont trop courts dans la peinture et ne peuvent faire mieux que 40-42, bilan qui ne leur permet pas de jouer les playoffs. Badger est remercié et part vers Cincinnati coacher l’université locale avec Jerry Sloan, assistant coach.

Larry Costello prend la place de head coach. En effet, l’ex de Milwaukee qui a emmené Jabbar à sa première bague est préféré à l’inexpérimenté Sloan pour prendre la tête de l’équipe. Les Bulls comptent également dans leurs rangs un rookie du nom de Reggie Theus… Ils entrent «officiellement » en transition en se débarrassant des deux derniers rescapés qui ont connus les saisons à 50 victoires, Van Lier et Boerwinkle. Costello ne fait pas l’unanimité et notamment, ne parvient pas à faire admettre son système par Gilmore, ainsi les Bulls se retrouvent à 20-36. Costello est remercié et remplacé par son assistant pour assurer l’intérim jusqu’au terme de la saison qui se termine sans playoffs avec un bilan de 31-51. Un nom est alors sur toutes les lèvres dans l’Illinois : Jerry Sloan.

Les années ‘80

Effectivement, celui-ci est nommé coach pour la saison 1979-80. Lors de la draft ’79, le gros lot se nomme Earvin Johnson, et le premier pick se joue à pile ou face entre Chicago, pire bilan à l’ouest et… Les Lakers, qui récupèrent le pick de New Orleans, pire bilan à l’est. Comme chacun le sait, Los Angeles remporte le pile ou face et profite de ce fabuleux meneur pour emmener les Worthy, Wilkes, Nixon et autres Jabbar ou Cooper vers 5 titres dans les années ’80. Les Bulls choisissent David Greenwood comme lot de consolation. Celui-ci aura une carrière honnête sans pour autant prétendre devenir un all star.

Le problème de Sloan est que son effectif ne ressemble guère à celui qu’il a connu en tant que joueur. Reggie Theus n’a jamais été et n’a jamais pu être le défenseur acharné qu’était Sloan et quand Gilmore se blesse dès la quatrième partie, la peau des Bulls est mise aux enchères. Malgré toute la rage de leur coach, les Bulls perdent 16 de leurs 21 premières rencontres, ils terminent avec un bilan de 30-52.

La seconde saison de Sloan sur le banc est plus reluisante. Malgré des altercations virulentes entre le coach et le nouvellement recruté Larry Kenon, le jeu des Bulls se met en place grâce au retour de Gilmore à son meilleur niveau (il débutera au All Star Game en compagnie de Theus). En bilan mitigé tout au long de la saison, Chicago finit en trombe, 13 victoires en 15 matchs, ce qui leur permet de terminer second de la division centrale et leur offre les Knicks au premier tour des playoffs qu’ils éliminent en remportant le premier match au Madison et le second au Stadium. Les Bulls s’inclinent ensuite face à Boston au tour suivant. Ce tour remporté permet à Sloan de poursuivre son aventure sur le banc des Bulls jusqu’en février 1982, après moins de 3 saisons. De plus, Sloan, après Kenon, a pris en grippe Orlando Wooldridge, choix de draft ’81, ce dernier n’ayant signé son contrat qu’une semaine avant le début de la saison et qui plus est, ne partageant pas les valeurs de travail de Sloan. Rod Thorn prend l’intérim depuis son fauteuil de GM et emmène les Bulls vers un record de 34-48.

En 1982-83, les Bulls draftent Quintin Dailey, un échec au vu des problèmes de drogue de ce dernier. Ils envoient également Gilmore à San Antonio pour Dave Corzine. Corzine, sans renier son éthique de travail, n’a pas le talent de Gilmore. L’équipe est donc composée de Corzine, Theus, Dailey et quelques journeymen le tout coaché par Paul Westhead, qui a emmené les Lakers au titre en 1980. Tentant de remodeler le jeu des Bulls, Westhead ne parvient pas à s’imposer. Surtout la défense pêche même si l’attaque tourne à plein régime. Chicago termine avec seulement 28 victoires et Westhead est remercié.

La saison 1983-84 voit arriver sur le banc Kevin Loughery. Son premier geste significatif est de priver Reggie Theus du cinq de départ lors du premier match de la saison. La situation empire entre le 9ème scoreur de la ligue la saison précédente, ne marquant plus que 9 points en 19 minutes et son nouvel entraîneur tant et si bien que Theus est sacrifié, envoyé à Kansas City pour un tour de draft et un pivot, malgré sa popularité certaine auprès des fans du Chicago Stadium qui scandent son nom alors que Loughery le colle au banc. Les Bulls finissent avec une fiche de 27-55…

Reggie Theus, gros scoreur, a été pris en grippe par Loughery et sera tradé.

Les Bulls obtiennent le troisième choix d’une draft qui s’annonce prometteuse derrière Houston et Portland. Les Blazers ont, l’année précédente, drafté Clyde Drexler de l’université de Houston alors que les Bulls pouvaient le choisir plus haut. L’inverse se produira sur cette draft. Houston choisit l’ex coéquipier de Drexler, Hakeem Olajuwon, un pivot nigérian qui devient par la suite l’un des plus grands pivots de l’histoire remportant 2 titres en 1994 et 95. Portland choisit Sam Bowie et Chicago… Michael Jordan.

Avec cette arrivée, Loughery décide de modifier son schéma offensif afin de s’adapter à sa nouvelle arme. Et quelle arme ! Pour sa saison rookie, il enfile 37 points à Milwaukee pour son… 3ème match, 45 face à San Antonio quelques rencontres plus tard, même punition pour Atlanta et Cleveland, 42 face à New York, 41 à Boston… Son meilleur match est sans doute celui de Denver où il compile 35 points, 15 passes et 14 rebonds.

Pourtant les Bulls restent une équipe en transition où, hormis Jordan, peu de joueurs sont assurés de rester. En coulisses aussi on s’affaire. Les Bulls sont vendus à Jerry Reinsdorf qui possède déjà les White Sox en MLB. La première décision de celui-ci est de vouloir couper avec le passé, il vire ainsi Rod Thorn pour y installer Jerry Krause, de retour pour son troisième passage à Chicago.

D’un point de vue sportif, si Jordan fait des merveilles, le bilan des Bulls est à peine équilibré et une mauvaise série les fait terminer en négatif (38-44). Ils jouent néanmoins les playoffs, se faisant martyriser par Milwaukee dès le premier tour. Les jours de Loughery, grand ami de Thorn, sont comptés et il est ainsi remplacé dès la fin de saison par Stan Albeck.

Jordan réalise des prouesses dès ses débuts en NBA

Et Krause commence un puzzle dont le but est d’entourer Jordan. Lors de la draft ’85, les Bulls ont le 11ème choix et veulent Charles Oakley mais Krause, pensant que les Suns (10ème pick) le veulent également, s’organise avec Cleveland pour récupérer l’intérieur. Il récupère également John Paxson depuis San Antonio pour des restes de cash traînant entre les deux franchises depuis le trade d’Artis Gilmore ! Toujours au Texas, ils récupèrent George Gervin, ex-star ABA trois fois meilleur marqueur de la ligue, mais en fin de carrière. L’équipe semble bien plus équilibrée et tous les espoirs sont permis après deux victoires en autant de rencontres. Mais Jordan se blesse, gravement au pied lors de la troisième rencontre. Il ratera 64 matchs, pendant cette période, Albeck essaie de donner le rôle de Jordan à Gervin mais les jambes de ce dernier ont du mal à suivre et les Bulls se retrouvent à 22-43 quand Jordan annonce qu’il peut rejouer contre l’avis des médecins qui craignent pour le futur du prodige. Le retour de leur arrière permet aux Bulls d’accrocher les playoffs avec un bilan de 30-52 mais ne leur laisse aucune chance face aux futurs champions : les Celtics. Ceux-ci les éliminent sans ménagement 3-0 lors du premier tour. Néanmoins, le match 2 de cette série reste dans toutes les mémoires ou au moins quelques images puisque Jordan marque 63 points dans cette partie à prolongation battant ainsi le record de points inscrits lors d’un match de playoffs tenu jusque-là par Elgin Baylor (61). Pour ne pas avoir respecté les consignes de protection de Jordan dictées par Krause et Reinsdorf, Albeck perd son job et est remplacé par Doug Collins, en provenance de CBS.

Dans son souci d’harmonisation de l’équipe, Jerry Krause place Orlando Wooldridge, Sidney Green et David Greenwood sur la liste des transferts à l’aube de la saison 1986-87. Jordan se retrouve seul scoreur avec Oakley alors que Wooldridge qui dépassait les 20 points par rencontre depuis son arrivée dans l’Illinois est annoncé partant. Mais cette saison là, Jordan pouvait scorer pour 2 : 37.1 points de moyenne, le premier joueur à atteindre 3 000 points dans la saison depuis Chamberlain en… 1962-63. Oakley quant à lui finit second rebondeur avec plus de 13 prises par rencontres. Les Bulls parviennent en playoffs avec un bilan toujours négatif mais bien meilleur que la saison précédente : 40-42. La suite est du même acabit : même adversaire, Boston, même sanction 3-0.

Pat Riley, coach des Lakers dit : « Quand Jordan marquera en moyenne 25-28 points, Chicago sera une bien meilleure équipe » ce qui s’avère être une excellente prédiction.

La draft ’87 amène deux pierres de plus dans le jardin de Krause et des Bulls. Grâce à un échange pré-décidé, les Bulls envoient leur pick 8 (Olden Polynice) à Seattle contre leur pick 5 (Scottie Pippen) et choisissent également en 10ème position Horace Grant de Clemson toujours dans l’idée de compléter l’effectif autour de Jordan. Les Bulls récupèrent aussi Artis Gilmore (mais à 38 ans, celui-ci n’a plus l’impact qu’il a pu avoir et est d’ailleurs remercié en cours de saison) et Brad Sellers, honnête ailier avec un shoot correct.

L’une des plus belles saisons individuelles de Jordan est en route. Non content de remporter son second titre consécutif de meilleur marqueur de la ligue (35 points par match), il est également le meilleur intercepteur (3,16) et remporte le titre de meilleur défenseur de la ligue, de MVP de la saison après avoir remporté à domicile le titre de MVP du All Star Game et le Slam Dunk Contest.

Terminant avec un bilan de 50-32, les Bulls sont à égalité avec les Hawks et 4 matchs derrière les Pistons qui ne pensent plus qu’à détrôner les Celtics dans la conférence Est. Synonyme d’avantage du terrain, Cleveland s’annonce pour le premier tour, à 2-2, la série revient au Chicago Stadium pour le match décisif. Collins choisit alors de titulariser Pippen en lieu et place de Sellers, le rookie se fend alors de 24 points pour permettre aux siens de remporter la série et de croiser la route des Pistons qui sortent Chicago 4-1.

A l’intersaison ’88, Krause poursuit sa recherche de joueurs et prend la décision d’envoyer Oakley qui est le meilleur rebondeur de Chicago vers New York en échange de Bill Cartwright qui a perdu de son utilité avec l’arrivée d’Ewing trois ans plus tôt. Cet échange est mal perçu par les joueurs qui soutiennent The Oak, mais le staff préfère avoir un pivot de 7 pieds et Horace Grant en PF qu’un duo Oakley-Corzine.

Le début de saison est mitigé, 16-14 avec un mois de janvier explosif et 6 victoires de rang. Idem en février, tant et si bien que le bilan final est de 47-35, 5ème place de la division Central. Au premier tour, les Bulls affrontent à nouveau les Cavaliers, la série est, comme la saison précédente, serrée, puisqu’il faut attendre les ultimes secondes de la dernière rencontre pour voir ce qui est devenu « The Shot » et permettre aux Bulls d’accéder au second tour. Ce shoot de Jordan, qui avait déjà planté 50 points lors du match 4, par-dessus Craig Ehlo à hauteur de la ligne de lancers francs permet à Chicago de remporter la partie 101-100 et la série 3-2. Après s’être débarrassé en 6 matchs des Knicks, les Bulls retrouvent les Pistons sur leur route pour une première finale, les Bulls mèneront 2-1 dans cette série avant de perdre les trois derniers matchs et de voir les Bad Boys battre les Lakers champions en titre pour remporter leur premier titre.

Horace Grant, bon défenseur et rebondeur, fut une pièce indispensable au puzzle de Krause/Getty Images

Collins, malgré deux présences consécutives en finale de conférence, se fait remercier suite à cette défaite, Krause choisit alors Phil Jackson dans le rôle de head coach et Tex Winter dans celui de l’assistant. Ce dernier a en charge l’attaque des Bulls. Jackson lui donne les pleins pouvoirs pour installer l’attaque en triangle qui donne un rôle à chaque joueur sur le terrain malgré les remontrances de la star locale. Jordan en effet déclare que l’attaque en triangle est un bon système durant 3 quart-temps mais pas au cours du quatrième où il préfère avoir la balle en main pour décider du vainqueur.

Cet accroc n’empêche pas les Bulls d’obtenir un bilan de 55-27, soit le second meilleur bilan depuis 1966 dont 27-8 après le All Star Break. Arrivé en playoffs, Chicago sort Milwaukee au premier tour (3-1) puis Philadelphie (4-1) avant d’affronter à nouveau les Pistons en finale de conférence. Chacune des équipes remporte ses matchs à domicile durant les 6 premiers matchs. Le septième a lieu au Palace d’Auburn Hills mais les Bulls ne sont pas au mieux, Paxson souffre d’une entorse à la cheville tandis que Pippen ne parvient pas à surmonter ses migraines. Les Bulls, jamais dans le rythme, se font sortir sans gloire avec près de 20 points dans leurs valises. Les Pistons gagnent la finale face aux Trail Blazers et remportent ainsi leur second titre consécutif.

 

Les années ‘90

Scottie Pippen, tenu pour responsable de la défaite, se voit confier un rôle plus important au sein de l’attaque des Bulls, c’est désormais à lui d’initier le triangle, recréant une position inventée par Don Nelson avec Pressey aux Bucks dans les années ’80 appelée Point Forward. Et l’ex-joueur de Central Arkansas répond présent terminant meilleur passeur, second scoreur, intercepteur et rebondeur de l’équipe au cours de cette saison 1990-91.

Ainsi avec cette nouvelle répartition des rôles, Jordan reste l’option n°1 de l’équipe et en profite pour remporter son second trophée de MVP tout en menant la ligue aux points. Mais surtout, collectivement, Chicago remporte 61 matchs, soit le meilleur bilan de l’histoire de la franchise et le premier de la conférence Est loin devant les Pistons relégués à 11 matchs dans la Division Central.

Les deux premiers tours des playoffs sont facilement passés : 4-0 pour New York, 4-1 pour Philly et revoilà les Pistons en finale de conférence. Mais les Bad Boys ne peuvent cette fois rien faire face aux Bulls : 94-83, 105-97, 113-107 et Jordan annonce un sweep avant qu’Isiah Thomas ne réponde par médias interposés. Une guerre des nerfs se met en place mais le match 4 donnera raison au meilleur joueur de la saison qui laissera Detroit à 21 longueurs au bout de 48 minutes (115-94). La fin du match sera par ailleurs marquée par la fuite des Pistons, ceux-ci rentrent aux vestiaires avant le coup de sifflet final sans serrer la main des vainqueurs.

La défense de Pippen sur Magic a été primordiale

Chicago rallie pour la première fois la finale NBA au cours de laquelle l’équipe affronte les Lakers de Los Angeles, emmenés par Magic Johnson, James Worthy et Byron Scott. Les Bulls ont l’avantage du terrain mais Sam Perkins permet aux Angelinos de récupérer cet avantage grâce à un tir à 3 points dans la dernière minute de jeu. Le match 2 est complètement différent puisque Jordan, dans un autre monde, inscrit 33 points à 15/18 aux tirs tandis que Paxson score les 8 shoots qu’il tentera. Chicago est à +21 au bout de 48 minutes. Arrivé au Forum d’Inglewood, Jordan envoie les deux équipes en prolongation. Au cours de cette dernière, les Bulls prendront un avantage déterminant grâce à un 8-0 infligé aux Lakers. La défense des Bulls prend le dessus lors du match 4, limitant les Lakers à leur plus petit total de points inscrits depuis 1955 avec seulement 82 unités. Menés 3-1, les Lakers n’ont plus droit à l’erreur malgré les blessures de James Worthy et de Byron Scott et plus personne ne croit en leurs chances de victoires. La seule question que les médias se posent encore est « quand ? ». Ils n’attendent pas longtemps puisque Pippen, conspué un an auparavant, inscrit 32 points dans ce match 5, Jordan (30 points 10 passes) et John Paxson (20 points) remportent leur première bague et offrent le premier titre NBA à la ville de Chicago, lors de la 25ème saison de la franchise.

L’objectif est désormais déterminé à l’avance : Back to Back. Mais il est toujours plus dur de rester au sommet que d’y parvenir, et les embûches ne manquent pas ! Sam Smith sort cette année là son fameux « Jordan Rules » et ce même Jordan décline poliment l’invitation de George Bush senior pour la traditionnelle célébration du titre à la maison blanche.

Néanmoins, les Bulls démarrent la saison en trombe : 15-2 puis 37-5 dans la lignée du record de victoires des Lakers ’72. Les Bulls connaissent toutefois une petite baisse de régime et atteignent le All Star Break avec une fiche de 39-9. Ils finissent finalement à 2 victoires du record absolu avec une saison à 67-15, nouveau record de la franchise. Jordan remporte un nouveau titre de MVP tandis que Pippen intègre la seconde équipe All-NBA et les deux se retrouvent dans la première équipe défensive. Jordan et les siens entament leurs playoffs face à Miami, 56 points de sa majesté plus tard, les Bulls mènent 1-0 et sweepent ensuite le Heat. Le second tour face aux Knicks de Pat Riley sera une autre histoire. Les new-yorkais prennent le match 1 au Chicago Stadium mais perdent le match 3 à domicile. Le septième match à Chicago voit les Knicks baisser pavillon devant un festival tant offensif que défensif : 110-81 et Chicago accède à nouveau à la finale de conférence Est face à Cleveland. Cette série se révèle plus simple que la précédente et est remportée en 6 manches par les Bulls. En finale, se profilent les Trail Blazers de Clyde Drexler, Buck Williams et Terry Porter. Jordan offre aux spectateurs du match 1 un show rare puisqu’il score 35 points lors de la seule première mi-temps avec notamment 6 tirs à 3 points inscrits et Chicago atomise Portland 122 à 89. Les joueurs de l’Oregon ne se laissent pas abattre pour autant et se reprennent pour le match 2. Celui-ci va en prolongation et Danny Ainge, déjà titré avec Boston aux côtés de Bird notamment, inscrit 9 points au cours des 5 minutes supplémentaires et renvoie les deux équipes dos à dos. Après deux matchs dans l’enceinte des Blazers, les deux équipes sont toujours à égalité, la dernière rencontre avant la suite au Chicago Stadium donne lieu à un duel épique entre Drexler et Jordan, ce dernier inscrit 46 points mais le joueur du match est Scottie Pippen, auteur d’une partie magnifique au cours de laquelle il a notamment tenu Drexler et provoquer sa sixième faute excluant ce dernier de la rencontre. La sixième rencontre de la série donne lieu à une chevauchée fantastique de Jerome Kersey et consorts jusqu’au quatrième quart temps. Largement mené, Phil Jackson tente un coup de poker en ne laissant que Pippen en tant que titulaire et autour de lui Scott Williams, Stacey King, Craig Hodges et Bobby Hansen… Pas de quoi casser 3 pattes à un canard mais de quoi remonter un déficit abyssal avant que sa majesté ne termine le travail et que Chicago fasse la fête toute la nuit. Les Bulls sont à nouveau champions, à domicile cette fois, et la ville s’enflamme dans tous les sens du terme, des voitures sont incendiées et des incidents entachent la fête.

L’intersaison 1992 est marquée par les J.O. de Barcelone et la Dream Team à laquelle participent Jordan et Pippen, qui remportent la médaille d’or olympique, ainsi que par le trade de Charles Barkley, qui passe de Philadelphie à Phoenix.

Seulement deux équipes ont jusqu’ici remporté trois titres consécutifs : les Minneapolis Lakers de Mikan dans les années ‘50 et les Boston Celtics de Russell dans les années ‘60, la tâche s’annonce donc ardue pour Jordan et les siens. La saison est longue avant de jouer les playoffs et il est impensable que les Bulls n’y participent pas, reste à motiver les troupes pour parvenir à gagner l’avantage du terrain. Terminant avec un bilan de 57-25, ils finissent second à l’est derrière New York (60-22) et troisième de la ligue derrière Phoenix (62-20). Les deux premiers tours sont des amuse-gueules pour Grant et consorts, deux sweeps face à Atlanta et Cleveland avant d’affronter encore une fois les Knicks. Au Madison Square Garden, les joueurs de Pat Riley sont intraitables notamment en défense et mènent 2-0 avec un Jordan à côté de la plaque lors de la seconde manche (12/32 aux tirs). Il se vengera au cours du match 3 : 54 points et une première victoire pour les Bulls à domicile, suivie d’une seconde et la série est à égalité. De retour au Madison, les Bulls profitent du triple double de MJ pour prendre l’avantage et terminent le travail au cours du sixième match, retournant pour la troisième fois consécutive en finale NBA. Leurs adversaires cette fois sont les Suns du MVP Charles Barkley. La série débute dans l’Arizona et voit les Bulls remporter les deux premiers matchs à l’extérieur. Dan Majerle, Kevin Johnson, Richard Dumas, Charles Barkley semblent plier sous la pression médiatique des finales, cela donne un avantage certain aux joueurs de Chicago et il est d’ores et déjà promis un sweep à Barkley. Celui-ci répond non sans son humour habituel que la série n’était pas terminée. Le match 3 voit le réveil de Kevin Johnson, le meneur des Suns, qui a trop forcé au cours des deux premières rencontres trouve enfin la clé de la défense et permet aux siens de remporter non sans mal le match 3 après une triple prolongation, la seconde de l’histoire des finales. KJ déclare aux journalistes à la conférence de presse d’après match qu’il ne voulait pas défendre sur Jordan lors du G4 alors qu’il a obligé Jordan a raté la 21 de ses 24 dernières tentatives (il termine à 17/43 pour 43 points ce qui amusa beaucoup Barkley qui se moqua de lui et d’un air ball commis durant la partie). Et effectivement, Jordan veut sa revanche, il inscrit 55 points lors du seul quatrième match dont le panier de la victoire avec faute de Barkley. A 3-1, l’échéance semble proche d’autant plus que le match 5 se joue au Chicago Stadium. La ville de Chicago et ses autorités publient même maintes publicités et autres appels au calme afin de ne pas réitérer les incidents de l’année précédente. Mais Paul Westhead et ses joueurs ont gâché la fête. Barkley va jusqu’à déclarer « avoir rendu service aux habitants de Chicago ». Le match 6 à l’America West Arena est dominé par Jordan et les siens. Ayant 8 longueurs d’avance à une minute trente de la fin et se voyant sans doute trop beaux trop tôt, les Bulls laissent les Suns revenir et même prendre l’avantage 98-96 avec 14 secondes à jouer. Le spectre d’un match 7 plane sur Phil Jackson. Le monde entier se doute du scenario à venir, balle à Jordan qui doit scorer avant la fin du temps réglementaire. Mais MJ est bien défendu et Pippen donne la balle à l’intérieur pour Grant qui a Barkley en défense. Celui-ci a l’intelligence de ressortir la balle pour Paxson seul derrière l’arc qui assassine les Suns. La dernière possession est menée par Kevin Johnson mais le contre de Grant offre un troisième titre consécutif aux Bulls.

Le shoot de Paxson à la fin du match 6, il offre le titre aux Bulls

Le 6 octobre 1993 reste une date noire pour les fans des Bulls. Michael Jordan annonce qu’il se retire du basket. Les causes sont multiples et privées mais la mort de son père assassiné sur une autoroute de Caroline du Sud n’y est pas étrangère. Deux mois plus tard, il annoncera avoir signé un contrat avec les Chicago White Sox, franchise de baseball dont le propriétaire n’est autre que Jerry Reinsdorf.

C’est Pete Myers qui prend la place de Jordan dans le cinq mais le leadership est donné à Scottie Pippen. D’autres changements s’opèrent : Krause fait signer Steve Kerr et Bill Wennington et échange un peu plus tard Stacey King pour Luc Longley. Surtout, Toni Kukoc traverse l’Atlantique au grand dam de Pippen qui a toujours considéré cette course effrénée menée par Krause pour le Croate comme ubuesque et en tout cas déplacée au vu du contrat proposé à la panthère rose par rapport au sien.

Les Bulls prennent lentement leurs habitudes sans Jordan à leurs côtés (4-7) mais parviennent finalement à se montrer efficace (18-8 puis 34-13 au All-Star Break). Menés aux points, interceptions et passes par Pippen, ils finiront avec 57 victoires au cours de la saison. Au premier tour des playoffs, ils sortent Cleveland sans sourciller 4-0 et affrontent ensuite un vieux rival : New York. Rapidement menés, les Bulls repartent de Big Apple avec un déficit de 2 matchs. Le match 3 se termine par une scène théâtrale digne de Racine ou de Corneille. Avec moins de deux secondes restantes, les Bulls sont menés 102 à 101 et Jackson durant le temps mort décide de donner le ballon à Kukoc pour le dernier shoot. Pippen, qui a toujours joué dans l’ombre de Jordan ne supporte pas ce manque d’égard et refuse de revenir en jeu. Jackson ne désarme pas et poursuit son idée. Kukoc hérite du ballon, et score un tir extérieur offrant la première victoire aux Bulls dans cette série. Le match 4 est également remporté par les joueurs de l’Illinois et la série repart à New York. Le scénario du match 3 se répète sauf que c’est New York qui doit revenir au score. Sur la remise en jeu, Hubert Davis hérite du ballon et allume la mèche mais rate son shoot alors qu’un des arbitres siffle une faute qui se révélera par la suite imaginaire. La sanction tombe aux lancers-francs et Davis fait gagner les siens. Le match 6 à Chicago est remporté par les locaux tandis que les Knicks clôturent la série au 7ème match au Madison Square Garden, mettant un terme à 3 ans de domination de Windy City.

Lors de la saison 1994-95, l’antre des Bulls change. Le United Center est construit juste en face du vieux Chicago Stadium, promis à une future démolition pour devenir… un parking. Et l’intersaison n’est pas particulièrement calme non plus : John Paxson prend sa retraite tout comme Bill Cartwright, qui revient sur sa décision et signe à Seattle. Horace Grant que tout un chacun pensait lié aux Bulls signe finalement à Orlando et Scott Williams à Philadelphie. Et surtout, il y a une rumeur persistante qui enverrait Scottie Pippen aux Sonics contre Shawn Kemp. Ron Harper est quant à lui arrivé ainsi que deux rookies : Dickey Simpkins et Corie Blount qui ont la lourde tache de remplacer Grant. L’équipe ne fait plus peur et le filiforme Kukoc en guise de power forward est loin d’inquiéter la ligue malgré ses talents innés de passeur et de shooteur. Les Bulls sont médiocres, flirtant avec les 50% de victoires. Ils arrivent au All-Star Break avec un bilan de 23-25. Une rumeur enfle à cette période de la saison, Jordan serait sur le point de revenir au basket. Lassé de ces piètres performances au baseball, il ne serait pas partant pour le prochain camp des Sox et songerait sérieusement à revenir aux Bulls. Finalement le 18 mars, David Falk, agent de Jordan et de pas mal de joueurs NBA, envoit un fax : « I’m back ». Le lendemain, Jordan entre sur le parquet d’Indiana revêtant le n° 45. Lors de son cinquième match, il enfile 55 points dont le shoot décisif à New York pour une victoire 113-111 face au rival de l’est. Avec ce retour les Bulls réalisent une série de 13-4 leur permettant de finir avec un bilan de 47-35. Après avoir éliminé les Hornets de Charlotte 3-1 au premier tour, les Bulls se révèlent trop court pour sortir le Magic d’Orlando de Shaquille O’Neal et Penny Hardaway. Jordan perdra 2 ballons primordiaux lors des derniers instants du match 1. Ce seront d’ailleurs ses dernières actions avec le numéro 45 puisqu’il reprendra son fameux numéro 23 pour le reste de la série et de sa carrière. Orlando remporte finalement la série 4-2 avant de rallier la finale et de se faire sweeper par Houston qui remporte là son second titre consécutif.

Ces mêmes Rockets qui ont sorti les Spurs en finale de conférence Ouest, des Spurs qui comptent dans leurs rangs Dennis Rodman, ex Bad Boy de Detroit sous l’ère Daily connu pour sa défense et ses rebonds. Les Spurs répriment son style de vie et cherchent à le caser ailleurs qu’au Texas… Ce sera Chicago contre Will Perdue après accord de Jackson, Jordan et Pippen.

L’apport de Rodman en défense et surtout au rebond apporte plus de sérénité aux Bulls et permet également de décaler Kukoc au poste 3 en tant que 6ème homme. Les Bulls commencent la saison en remportant leurs cinq premières rencontres avant de perdre face à Orlando puis de nouveau 5 victoires et une défaite face aux Sonics, une série de 13 victoires stoppées par les Pacers et 18 à la suite. Le mois de janvier offre aux Bulls un score parfait : 14 victoires 0 défaites. L’équipe affiche un bilan de 41-3 ! Le record des Lakers millésime ’72 est visiblement en danger. Peu après le All-Star Game, Jordan et Pippen deviennent le premier duo des Bulls à scorer 40 points chacun lors d’un match à Indiana. Ils sont également les neuvièmes à réaliser cet exploit dans l’histoire de la ligue. Après une victoire à Cleveland, les Bulls rattrapent les Lakers et acquièrent leur 70ème victoire à Milwaukee. Ils finissent la saison avec un bilan hallucinant de 72-10, record historique. Logiquement, les Bulls sont honorés en cette fin de saison : Jerry Krause est nommé GM de l’année, Kukoc meilleur 6ème homme, Phil Jackson coach de l’année, Pippen intègre la première équipe de la ligue et la première équipe défensive, Rodman l’y rejoint et remporte également son cinquième titre de meilleur rebondeur. Enfin Jordan remporte son huitième titre de meilleur scoreur et le trophée du MVP de la ligue, rejoignant également ses deux compères dans la première équipe défensive.

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Mosaïque célébrant le meilleur bilan de l’histoire de la ligue

Ainsi débutent les playoffs, le premier plat est le Heat de Miami emmené par ‘Zo Mourning et Tim Hardaway, le tout coaché par Pat Riley. Trop tendres les Floridiens prennent un 3-0 et font leurs valises. New York ensuite pour une punition similaire 4-1 et enfin Orlando qui avait sorti Chicago la saison précédente doit subir la loi du renouveau des Bulls en s’inclinant 4-0, laissant la voie à la finale NBA trois ans après leur dernier trophée. Les Sonics de Kemp, Payton, Schrempf et consorts se dressent sur leur chemin. Les deux premiers matchs connaissent un scénario similaire : petit écart en faveur des locaux puis Kukoc et Rodman permettent d’accélérer et offrent un avantage déterminant aux Bulls. Ceux-ci investissent la Key Arena, une des salles les plus chaudes de la ligue, pour les trois rencontres suivantes. Grâce à son public, Seattle espère revenir dans la série mais les Bulls ne l’entendent pas ainsi et dans un récital peu commun, lors du seul premier quart temps, ils infligent un 36-12 dont jamais les Sonics ne se relèveront. Le sweep est alors proche et le match 4 ne paraît être qu’une formalité pour les médias de Chicago. Nate McMillan quant à lui fait son retour pour George Karl, il permet aux siens de retrouver confiance en eux et Seattle remporte les deux matchs suivants malgré un Jordan de gala lors de la cinquième manche. Retour à Chicago pour le match 6, la fête est prête, tout le monde veut voir cette équipe accomplir son destin. Ce sera chose faite sur le score de 87-75 grâce notamment aux 19 rebonds (dont 11 offensifs, record de Elvin Hayes égalé par deux fois dans cette série) de Dennis Rodman. Jordan est nommé MVP de la série.

Superman, Batman et Rodman, le trio infernal des Bulls. Faire venir Rodman l’ancien Piston est un coup de génie de Krause !

Peu de changements pour la saison 1996-97, seul Robert Parish arrive dans sa 21ème saison NBA. Les Bulls entament cette saison comme la précédente : en trombe. 15-1 pour débuter la saison, 42-6 au All-Star Break, ils sont partis sur les bases de leur propre record ! Mais après avoir assuré l’avantage du terrain début avril, les Bulls lèvent le pied et perdent 3 des 4 derniers matchs terminant avec un bilan de 69-13 soit le second meilleur bilan de l’histoire à égalité avec les Lakers de 1971-72. Mais les blessures dans la peinture sont légion, Longley et Wennington sont out, the Chief est en fin de carrière, Brian Williams (futur Bison Dele) est signé pour les neuf derniers matchs de la saison et les playoffs. Le début des playoffs fait office de formalité : 3-0 face aux Bullets de Washington, 4-1 face aux Hawks d’Atlanta, 4-1 en finale de conférence face au Heat de Miami. Se profilent alors le Jazz d’Utah emmené par le MVP de la saison Karl Malone et le meilleur meneur de l’histoire John Stockton, c’est une ancienne gloire de la maison qui coache cette équipe : Jerry Sloan. À 82 partout dans la première manche, le Mailman a deux lancers-francs pour passer devant et donner un petit avantage à quelques secondes du buzzer aux siens mais Pippen glisse une phrase à M. Univers et Malone rate les deux lancers-francs. Jordan parachève son match avec un nouveau buzzer beater permettant aux siens de prendre l’avantage dans la série. Le match 2 est moins serré, et Chicago part pour les montagnes rocheuses avec un avantage de deux victoires. Utah prend les deux premiers matchs à Salt Lake City pour revenir à égalité avant de jouer à domicile le match 5. Peu avant ce dernier, Jordan tombe malade, mais il joue néanmoins et sort une des plus grosses performances de l’histoire avec 38 points dont un tir à 3 points décisif en fin de partie. De retour au United Center pour le match 6, Jordan finit le travail avec 39 points et 11 rebonds plus la passe à Steve Kerr qui sur ce shoot donne l’avantage aux Bulls. S’ensuit une interception de Pippen donnant la balle à Kukoc qui clôture le score à 0.6 seconde du buzzer. Le temps restant ne sera jamais joué. Jordan est pour la cinquième fois en cinq finales nommé MVP.

Pippen tient Jordan dans ses bras après la performance de ce dernier lors du match 5

Les Bulls commencent la campagne 1997-98 sans Scottie Pippen, blessé, et ont également perdu Brian Williams qui a signé un contrat avec les Pistons de Grant Hill en tant que free agent. Sans leur ailier à tout faire, les Bulls ont du mal à démarrer : 8-7 au terme du mois de novembre. Puis vient le réveil. Une série de 16-4 avant que Pip’ ne revienne et les Bulls sont premiers de la division Central lorsqu’il retrouve les parquets (24-11). Après le All-Star Break, les Bulls enchaînent 25 victoires en 29 matchs et terminent la saison avec 62 victoires, à égalité avec les Jazz en tête de la NBA. Les playoffs débutent à New Jersey avec un 3-0 puis les Hornets 4-1 et enfin les Pacers du coach rookie, Larry Bird se profilent en finale de conférence. Chacune des deux équipes remportent ses deux premiers matchs à domicile. Au United Center, les Bulls étouffent littéralement les Pacers auxquels ils accordent 24% de réussite en première mi-temps, remportant ainsi facilement la match 5 avant de repartir pour le Marquet Square Arena et tenter de terminer la série pour une sixième finale en huit ans. Mais Indiana ne l’entend pas de cette oreille et renvoie les deux équipes à égalité pour le premier match 7 des Bulls depuis 1994 et les Knicks… Avec une grosse performance notamment de Toni Kukoc, les Bulls accèdent une nouvelle fois en finale et pour la seconde fois consécutive face aux Jazz. Utah, grâce à deux victoires en autant de matchs face à Chicago en saison régulière, s’octroie l’avantage du terrain et la série commence donc au Delta Center. Une prolongation de folie de John Stockton permet à Utah de prendre le premier match mais ils s’inclinent lors de la seconde partie. Chicago qui a beaucoup shooté extérieur lors de la première manche change de jeu et attaque le cercle, provoquant des fautes (notamment de Ostertag) et récupère des lancers-francs grâce à leur agressivité tant offensive que défensive. Retour au United Center pour 3 rencontres consécutives. Le match 3 est un modèle d’efficacité défensive et un record… Utah ne marque que 54 points au cours des 48 minutes de jeu soit le plus petit total depuis l’apparition de l’horloge des 24 secondes tandis que Chicago termine avec 96. L’écart (42 points) est le plus grand de l’histoire, de surcroît en finale. Les Jazz ont complètement déjoué durant cette partie : seulement 30% de réussite à 2 points (21/70), 11 % derrière l’arc (1/9), et 26 ballons perdus ! La série est loin d’être terminée, l’expérience d’Utah leur permet de se remettre de cette catastrophique partie et de remporter le match 4 mais ils perdent la 5ème rencontre et Chicago n’est plus qu’à une victoire du titre même si les deux dernières rencontres se jouent à Salt Lake City.

Cette partie est intense avec 3 points d’écart à moins d’une minute de la fin et ce malgré la blessure de Pippen lors du premier quart temps. Il joue diminué, Jordan score alors un double pas puis intercepte la balle dans les mains de Malone, il prend alors le dernier tir de la partie sur Bryon Russell et permet ainsi aux siens de passer définitivement devant avec une victoire 87-86, leur offrant un sixième titre. Pippen qui jusqu’à cette partie était pressenti pour être le MVP de la série, devra laisser ce titre à Jordan suite à ces 45 points dans le match 6. Pip’ a néanmoins déclaré au cours de la série : « Un titre de MVP ferait très bien sur mon CV étant donné que je vais chercher un club à la fin de cette série ». Et Jordan d’ajouter « Je ne jouerai pas pour un autre coach que Phil Jackson ». Krause qui ne peut plus voir Jackson choisit de faire exploser l’équipe. Ainsi, Phil Jackson part se reposer dans le Colorado tandis que Pippen signe à Houston aux côtés de Barkley et Olajuwon. Jordan prend sa retraite, les « Un-touch-a-Bulls » sont désormais de l’histoire ancienne.

Le dernier tir de Jordan sous l’uniforme des Bulls à Salt Lake City qui clôturera la série

La saison 1999 débute par un lockout et ne durera que 50 matchs. De l’équipe championne, il ne reste que 5 survivants : Toni Kukoc, nouveau leader des Bulls, Ron Harper, Randy Brown, Dickey Simpkins et Bill Wenington. Rodman n’a pas été reconduit, Longley est à Phoenix, Buchler à Detroit, Steve Kerr à San Antonio (où il remportera une 4ème bague consécutive). Chicago s’écroule et ne remporte que 13 victoires pour 37 défaites, l’équipe ne joue pas les playoffs pour la première fois depuis plus de 15 ans.

Kukoc et Harper seront alors tradés à leur tour respectivement à Philadelphie et Los Angeles, c’est la fin de la dynastie Bulls.
Lors de la draft 1999, Krause choisit un ailier fort censé faire renaître les Bulls nommé Elton Brand en 1ère position.
Nous verrons par la suite que les Bulls ne renaîtront vraiment que 10 ans après, lors la draft de Derrick Rose, grâce à laquelle ils espéreront à nouveau. Mais les blessures du MVP 2011 ne feront que freiner l’équipe et elle finira par tenter une reconstruction globale après avoir tenté de revenir au premier plan.

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