Bubble Offense: Comparer les meilleurs meneurs NBA

Bubble Offense: Comparer les meilleurs meneurs NBA

Après avoir expliqué hier le principe de visualisation de la bubble offense, passons à la vitesse supérieure et comparons la palette offensive de cinq des meilleurs meneurs de la ligue: les MVP Russell Westbrook et Stephen Curry, le double vice-MVP James Harden, Chris Paul et John Wall.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par Russell Westbrook:

 

Première remarque, qui vaudra pour les quatre autres joueurs concernés: en tant que meneur, Westbrook a forcément une bulle bleue claire (lorsqu’il est porteur de balle sur pick & roll) de taille importante. En l’occurrence, Westbrook est plutôt efficace dans ces situations, comme le montre la position assez haute de la bulle dans le graphique, sans être dans l’élite absolue de la ligue (un quart des joueurs est plus efficace que lui). Le jeu de Westbrook est clairement organisé autour de trois pôles: le pick & roll, donc, l’isolation et la transition. En isolation, Westbrook est tout sauf catastrophique, contrairement à ce que peut être à sa réputation. En revanche, et c’est plus surprenant, ses stats sont très mauvaises en transition, où il est clairement dans le bas du graphique. Son accélération ravageuse et son jump ne font donc pas tout.

Autres surprises: pour un joueur considéré mauvais shooteur, Westbrook est en fait dans l’élite de la ligue en spot up, même s’il prend peu de shoot. Son jeu au poste, lui, est franchement moyen, et mériterait sans doute d’être moins utilisé. On voit aussi qu’il prend très peu de tirs après des coupes, ce qui n’est pas étonnant vu qu’il a toujours le ballon en main. Au total, le graphique n’est pas si flatteur pour le MVP 2017, loin de celui de Kevin Durant en tout cas.

Comparons maintenant à celui de son rival de l’année, James Harden:

 

Visuellement, la différence est frappante. Les bulles d’Harden sont situées plus haut et plus à droite dans le graphique, ce qui indique une attaque plus efficace. On retrouve les trois mêmes pôles que Westbrook, avec une isolation sensiblement du même niveau, une transition – surprise – encore plus faible, mais une attaque sur pick & roll absolument remarquable. C’est évidemment par là que Harden pose sa patte offensive, a fortiori dans le jeu de D’Antoni, mais son jeu est aussi moins pollué par des petits défauts comme l’est celui de Westbrook: aussi peu productif que ce dernier au poste, il prend beaucoup moins de tirs de cette manière, et est capable, même à petites doses, de scorer à un excellent niveau sur des actions sans ballon. Son score sur les coupes est admirable, celui en spot up très bon. Des qualités déjà vues lorsqu’il jouait avec… Westbrook, et qui lui seront sans aucun doute fort utiles cette année aux côtés de Chris Paul.

Chris Paul, justement. Regardons (et admirons) son graphique:

 

Voilà une palette offensive superbe. Contrairement à Westbrook ou Harden, Paul n’a aucune bulle en dessous de 50% (à part les quelques actions sur hand off, légèrement en dessous). Son jeu offensif est remarquable d’équilibre: excellent, ce qui n’est pas une surprise, sur pick & roll, il est meilleur que ses deux compères en transition et en isolation, et joue davantage sans ballon. Son score sur spot up est ainsi excellent, celui sur les coupes est tout simplement un des meilleurs de la ligue, ce qui laisse à penser qu’il devrait réaliser plus souvent ces actions! Même son jeu au poste est à classer dans l’élite de la ligue; non pas qu’il soit capable de poster n’importe qui et qu’il ait des moves à la Olajuwon, mais bien parce qu’il est capable de reconnaître les actions où il pourra marquer ainsi, une conscience qui manque visiblement encore à Westbrook. Avec un peu plus d’efficacité en transition, la bubble offense de Paul serait visuellement aussi impressionnante que celle de Durant.

Malgré les différences d’efficacité, les jeux de Westbrook, Harden et Paul se ressemblent: il s’agit là de trois meneurs dominants sur pick & roll, marquant également beaucoup en transition en isolation. Le quatrième graphique va montrer un type de meneur un peu différent, Stephen Curry:

 

Curry marque beaucoup – et bien – en sortie de pick & roll. Il est aussi prolixe en transition, et bien plus efficace que nos trois premiers efficaces. Mais il a une arme supplémentaire, due évidemment à son shoot: le jeu sans ballon. Regardez les bulles grises (spot up) et vertes (off screen): elles indiquent les chiffres d’un shooteur exceptionnel, capable de punir les défenses lorsqu’il n’a pas le ballon. Le jeu en sortie d’écran est notamment une arme presque absente des palettes précédentes, qui fait de Curry un meneur capable de jouer comme un arrière. Ce graphique montre clairement la variété incroyable des armes de Curry, qui sait marquer à très haut niveau dans trois styles de jeu différent, avec le ballon sur pick & roll, en transition et sans ballon. On remarquer aussi la conscience de son incapacité à jouer au poste, qui fait qu’il ne prend presque aucun tir dans cette position. Seul point noir du graphique, le score très moyen sur les coupes, qui est assez surprenant. Pour le reste, on a là une bubble offense qui a une sacrée allure.

Dernier exemple, celui de John Wall, meneur qui n’a pas encore reçu les mêmes honneurs que ses quatre confrères:

 

Moins de bulles en haut et à droite: la différence est claire. On retrouve le même combo pick & roll – transition – isolation que seul Curry ne partage pas, mais avec de vrais décalages dans l’efficacité. Wall utilise énormément le pick & roll, mais il y est légèrement moins efficace que Westbrook, et beaucoup moins que Paul et Harden. S’il est bien meilleur que l’ancien duo d’OKC en transition, il est en revanche clairement moins efficace en isolation. A sa décharge, il l’utilise également moins, ce qui est plutôt une marque d’intelligence. Le « problème » de Wall (relatif, bien sûr, on parle tout de même d’un des meilleurs meneurs de la ligue) est qu’il n’a guère d’armes hors de ces trois catégories d’action. Son jeu au poste est d’une faiblesse abyssale, il n’est absolument pas efficace en sortie d’écran ou sur les coupes. Reste les tirs en spot up, où son score est honorable. Le jeu offensif de Wall manque en fait un peu de variété pour le mettre au niveau des quatre autres et faire de lui un candidat au titre de MVP, par exemple; mais il faut aussi lui reconnaître que, contrairement à Westbrook, il connaît parfaitement les forces de son jeu et ne cherche pas à réaliser des action où il est moins bon.

Quel bilan tirer de cette comparaison? La bubble offense nous permet de visualiser les forces et les faiblesses de chacun, mais aussi la connaissance qu’ils ont de leur jeu. De ce point de vue, on voit que Westbrook et, à un degré moindre, Harden, n’ont pas la parfaite maîtrise de leur boîte à outils que Chris Paul, lui, possède. Tous les deux compensent par des aptitudes physiques supérieures. Les cinq graphiques nous montrent aussi la profonde originalité du jeu de Stephen Curry, qui ont fait de lui un double MVP: non seulement Curry joue avec et sans ballon, mais il concilie dans les deux cas le volume et l’efficacité, ce qui est le plus dur à réaliser.

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1 Comment

  1. Ca confirme le fait que Westbrook serait encore plus fort si il n'avait pas tous les ballons

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