[Interview] Mo Bamba : « New York m’a rendu plus dur, j’ai cette petite chose en plus que certains n’ont pas »

[Interview] Mo Bamba : « New York m’a rendu plus dur, j’ai cette petite chose en plus que certains n’ont pas »

Originaire de New York, l’intérieur pourrait être le prospect du coin le plus haut drafté depuis presque vingt ans. Nous l’avons rencontré à la veille de sa draft, pour parler contres, jump-shot, Joel Embiid, Kevin Garnett, Dirk Nowitzki, apprendre le français, la Côte d’Ivoire et la chanson à son nom. Ah, et ne vous fiez pas à son charisme, car apparemment, une fois sur le parquet, ce gentil géant veut vous bouffer le palpitant !

Mo, qu’est-ce que ça te fait d’être à New York pour la Draft, sachant que tu viens d’ici ?

C’est génial, j’ai plein de gens ici qui vont regarder ça, à la maison, pour savoir où je vais. C’est un feeling un peu différent d’ailleurs, de revenir, pour moi. C’est la même ville, tout semble pareil, et en même temps je ne ressens pas tout à fait les choses de la même manière… Mais j’ai vécu ça comme un retour à la maison oui. Dès l’avion, dès que j’ai vu les gratte-ciels. Je n’étais pas revenu depuis le mois d’août, l’an dernier.

Qu’est-ce que cela représente pour toi, la Draft ?

Mon premier souvenir c’est Kyrie Irving en fait. Il n’était pas tout à fait de New York, plutôt New Jersey, mais c’est dans le coin. Et du coup j’avais regardé, même sans tout comprendre. Je devais avoir 10 ou 11 ans à ce moment-là. Mais ensuite je n’en ai pas loupé une seule.

Tu sais que ça fait presque vingt ans qu’il n’y a pas eu de prospect new yorkais drafté dans le top 5 (1999, Lamar Odom) ?

Wow, ça fait aussi longtemps ? Wow ! Ce serait génial qu’un prospect new yorkais y arrive. Mais bon, pour moi, ce n’est pas tellement à quelle position je suis pris. Je suis plus concentré sur le fait de tomber au meilleur endroit possible. Mais ça veut dire beaucoup pour moi. J’ai entendu ça énormément : « les prospects new yorkais n’aboutissent pas en NBA », mais si je suis pris haut, cela pourrait commencer une nouvelle tendance, où l’on en verrait de plus en plus.

« New York m’a rendu plus dur »

Que t’a apporté New York ?

New York m’a rendu plus dur, j’ai cette petite chose en plus que certains n’ont pas. Mais le fait d’en partir aussi ! Cela m’a rendu plus indépendant, j’ai dû faire mes propres choix.

Tu étais fan des Knicks ?

Je n’étais pas exactement un gros fan des Knicks, mais disons que ça faisait un pincement au cœur quand ils perdaient. Ils étaient plutôt en mode reconstruction quand j’étais plus jeune, puis ils ont fait le trade avec Amar’e (Stoudemire), c’était lourd ! Et en fait, je ne suis allé que très tard à un match NBA. J’ai commencé par un match WNBA vers douze ou treize ans, puis plus tard un match NBA. C’était cool. Le Garden a une énergie incomparable. J’étais intéressé par tous les sons, les écrans, tout ça…

« Je n’ai rien à envier à personne au contre »

Comment vois-tu la suite des choses pour toi ?

Je pense que je vais avoir un impact dès le premier jour où je mettrais un pied dans une franchise. Chaque équipe aura des attentes différentes, mais je pense être le joueur le plus adaptable de toute la Draft. Donc je saurai m’ajuster, et j’aurai un impact immédiat. Au contre, déjà. Je n’ai rien à envier à personne là-dessus. Je pense que je peux commencer dans la ligue dès aujourd’hui, et je serais parmi les meilleurs contreurs de la ligue.

Et à trois points ?!

(Sourire gêné) Ah, je ne sais pas trop comment c’est sorti ça… Ça devait rester secret. Mais j’y ai travaillé oui.

Tu as changé ton shoot d’ailleurs. C’est quelque chose d’assez difficile, non ?

En fait, quand tu changes ton jump-shot, même si peu veulent le dire, cela implique une certaine vulnérabilité. Il faut avoir une certaine mentalité, garder l’esprit ouvert… Ce n’est pas évident.

Peux-tu nous parler un peu de tes work-outs ?

J’ai commencé par Chicago, puis Phoenix, et ensuite Dallas et Atlanta. C’était plutôt sympa. Tu rencontres de nouvelles personnes, tu fais tes work-outs, les équipes essaient de te pousser et toi tu dois juste tenir. J’ai bien aimé ! Même tout le boulot que j’ai fait avant, ça ne m’a pas tellement fatigué en fait, j’ai trouvé ça plutôt intéressant. En fait, j’ai l’impression d’avoir vraiment progressé. Depuis la dernière fois que j’ai joué à Texas, je me suis vraiment amélioré. Si la dernière fois que vous m’avez vu jouer c’était en NCAA, vous verrez la différence.

« Joel Embiid, Kevin Garnett et Dirk Nowitzki m’ont donné des conseils »

Tu es pas mal en contact avec Joel Embiid. Que représente-t-il pour toi ?

JoJo est un peu comme mon grand-frère. C’est marrant d’ailleurs, parce que juste avant de venir ici, quand j’étais encore à Los Angeles, quelqu’un est venu me taper sur l’épaule et me dire : « ton gars est dans la voiture ». J’étais là : « mon gars ?? », et en fait c’était Joel. On a discuté pendant genre 45 minutes avant que je ne prenne l’avion… J’ai failli louper mon vol à cause de lui !

Tu t’es entraîné avec lui, Kevin Garnett aussi…

Oui ! Kevin Garnett est vraiment intense, et direct. Il va te dire les choses direct quoi. Il m’a parlé de choses difficiles que je vais rencontrer dans ma carrière, et comment dépasser tout ça. Joel, il est super sympa, mais en même temps il est super concentré, il va te parler de tout vraiment en détail… C’était vraiment du lourd pour moi d’être avec ces gars-là.

Tu as rencontré Dirk Nowitzki également ?

Oui, c’est un gars qui a révolutionné le jeu. Aucun joueur de sept pieds ne shootaient comme ça avant. Et c’est marrant que tu me parles de lui, parce qu’en fait notre petit secret, c’est que si Dallas me prend, il m’a promis de rester trois ans de plus !

« J’apprendrai le français en deux semaines en Côte d’Ivoire »

J’ai vu que tu as regretté que ta mère ne t’ait pas appris le français ?

Oui ! Carrément. Je veux pouvoir aller en Côte d’Ivoire (il prononce le nom du pays en français) bientôt, et je pense que quand je serai sur place, je pourrai apprendre en genre deux semaines ! Parce que tout le monde parlera français. C’est vraiment important pour moi d’y aller un jour. Ce sont mes origines, il faut que je vois ça.

Tu parles déjà quatre langues en plus de l’anglais, non ?

Je parle différents dialectes. A la maison, ma mère me parle constamment en différents dialectes, même si je lui réponds plutôt en anglais.

Tu es hyper engageant en fait, mais tu parles aussi de dureté. Comment passes-tu de l’un à l’autre ?

C’est juste que tu dois changer complètement de mentalité quand tu mets un pied sur le 94×50 (la distance d’un terrain de basket US, en pieds, soit 28,7 par 15,2 mètres). Tu dois être en mode « compèt’ ». Les gars te le diront d’ailleurs. Quand tu es en-dehors du terrain avec moi, je suis super sympa. Mais si on joue, je veux t’arracher le cœur.

Bon, sinon, à 19 ans, tu as déjà une chanson à ton nom. C’est quoi cette histoire ?!

(Sourire) Les gens ne sont pas trop au courant, mais en fait Sheck Wes jouait au basket avant de devenir musicien. On jouait tout le temps. Et la chanson, en fait c’est moi qui lui ai dit ! Enfin, je lui avais dit de faire une petite dédicace quoi, et lui il a fait toute une chanson !

Tu vis un peu un rêve avec ce qu’il va t’arriver dans les prochaines 24 heures ?

Non. Parce que même si c’était un rêve à la base, je sais à quel point j’ai bossé pour y arriver. J’ai passé des journées et des nuits entières à me perfectionner. Mais c’était du plaisir aussi. J’aime bien ce côté pro : tu te focalises juste sur une chose, et tout le reste passe un peu à côté.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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