[Interview 2/2] George Eddy : « Sans hésitation, le meilleur match que j’ai commenté c’était la finale olympique de 2008 à Pékin »

[Interview 2/2] George Eddy : « Sans hésitation, le meilleur match que j’ai commenté c’était la finale olympique de 2008 à Pékin »

Deuxième partie (la 1ère est ici) de notre interview de George Eddy, qui après avoir évoqué l’équipe de France et les qualifications à la Coupe du monde 2019 en Chine (qu’il commente pour Canal+ Sport), discute cette fois avec nous davantage NBA, meilleur souvenir, plus grosse déception, la plus belle action qu’il a commentée ou encore son 5 majeur All-Time.

Vous êtes quasiment le plus ancien du service des sports de CANAL+, vous êtes presque le plus ancien du paysage audiovisuel français, j’ai noté Patrick Montel qui a commencé en 1983, vous vous y attendiez ?
1983 ? Il était stagiaire ? (Rires) Non, je ne m’y attendais pas du tout surtout qu’avant le premier match, Charles Biétry m’a dit que si je n’étais pas bon il prendrait un autre commentateur la semaine suivante. Je pensais que je ne ferais qu’un match. Heureusement je suis devenu titulaire et j’ai pu progresser au fil des années. Par contre, au fur et à mesure je faisais de plus en plus de choses. On va dire qu’à partir des JO de Barcelone en 1992, j’ai commencé à comprendre que j’allais pouvoir faire cette carrière en fonction des droits et de tous les aléas du métier. CANAL+ était bien installé, notre partenariat avec la NBA a duré 20 ans de plus. Plus ça avançait, plus je comprenais que j’étais parti pour la durée. Et comme je le dis souvent « L’essentiel c’est de durer ! »
Ian Mahinmi nous a dit au mois de janvier « Pour moi, la NBA, c’était George Eddy », qu’est-ce que ça vous fait d’entendre ça ?
Ca fait depuis longtemps que j’entends ça ! On en parlait sur Tony Parker, c’était la génération CANAL+, ils ont tous dit qu’ils ont été biberonnés aux matches NBA quand ils étaient jeunes, sur Canal+, avec mes commentaires. Quand ils ont vu les joueurs dans le poste, ça fait tilt dans leur tête, ils se sont dit pourquoi pas moi. Je vais essayer de devenir joueur NBA et le plus beau, c’est qu’ils ont réussi. C’est une belle histoire et pour toutes les générations, Abdul-Wahad, Parker, Boris, Batum que j’ai commenté en Euroligue à 17 ans et dont j’étais proche de sa famille. Je me sens plus père spirituel de la génération d’aujourd’hui que de la génération Parker. J’ai rencontré Albicy au Paris Basket Racing à 15 ans, j’ai presque une histoire avec chaque joueur ! Je pense qu’eux aussi sont reconnaissants même si BeIN a pris les droits il y a 5 ans. Cette génération-là était aussi nourrie par les matches Canal jusqu’en 2012.
Vous êtes un témoin privilégié de l’évolution de la NBA, quel regard portez-vous sur son évolution, notamment en France, depuis 1985 ?
J’avais fait une tournée européenne avec David Stern en 1987, pour essayer de comprendre le marché européen et j’étais un de ses guides et traducteurs pendant son voyage. On n’avait jamais imaginé la croissance de la NBA dans le marché français. Ca dépassait toutes les espérances même si ça a été bien aidé par la Dream Team, Tony Parker, les joueurs européens, etc. L’internationalisation a été un succès total pour David Stern et tous ses collègues. Nous y avons participé en tant que partenaire privilégié pendant 27 ans. Au début, je n’aurais jamais pu imaginer ça, mais finalement, c’est un peu la même histoire que ma carrière. Au fur et à mesure des étapes, je me suis rendu de plus en plus compte que tout devenait plus important. La NBA est un produit parfait dans la mondialisation, ils ont aussi été précurseur dans le numérique, au niveau des luttes social en donnant des bons postes aux joueurs noirs comme dirigeant, entraîneur. Le dernier contrat TV de la NBA, c’est le couronnement de tout. Je pense qu’ils n’auraient jamais imaginé avoir autant d’argent. Tout ça, c’est parce qu’ils ont bien mené leur affaire. Ils se sont rarement trompés dans leur stratégie. Stern c’était l’internationalisation, Silver c’est l’homme du numérique, tout cela a été vraiment bien organisé.
Avec le recul, c’est quoi le meilleur match que vous ayez commenté ?
Sans hésitation, c’était la finale olympique de 2008 à Pékin. Il y avait la Dream Team américaine face à la Dream Team espagnole, les deux équipes étaient au sommet de leur art et le niveau de jeu est incroyable. A la mi-temps, les deux équipes sont à 60 points, ils sont entre 60 et 70% de réussite au shoot, il n’y a pas de déchet alors que ça défend très dur. C’était le match de basket ultime entre deux équipes incroyablement fortes. En plus, tout se joue dans les dernières minutes avec le 3+1 Kobe Bryant. A la mi-temps, j’ai dit à David Cozette, que nous étions en train de voir le plus grand match de l’Histoire. J’ai vu beaucoup d’autres commentateurs penser la même chose. C’était un match, sur 33 ans de carrière mais on a aussi les 6 finales de Jordan, les premières finales Lakers contre Celtics, l’époque Tony Parker, l’équipe de France championne d’Europe en 2013. Il y a tellement de grands moments que c’est difficile d’en choisir un.
 A l’inverse votre plus grande déception ?
Le fait de perdre les droits en 2012, on avait fait du bon boulot avec la NBA, mais c’est comme ça. Je suis maintenant très content de promouvoir la NBA à travers l’Afrique pour Canal+Afrique. C’est un autre défi qui me plaît beaucoup. Sur un match, je dirais la demi-finale de 2015, l’Euro en France. On avait l’effectif pour le gagner chez nous, on était champion en titre, on est à la maison, on perd en prolongations. C’est terrible. On n’arrive pas à stopper Pau Gasol qui fait le meilleur match de sa carrière ce jour-là. Il a eu quelques coups de sifflets mais à la fin, on peut considérer que c’était une belle opportunité ratée ce jour-là
 La plus belle action que vous ayez commentée ?
Le dunk de Vince Carter en 2000. Je pense qu’à la fin de ma carrière, c’est l’action qui va ressortir dans la tête des gens. C’est la même chose, il y en a énormément et le contexte joue. C’est les Jeux Olympiques, c’est Team USA contre la France, ça multiplie la résonance de l’exploit. Je remercie d’ailleurs Fred Weis de ne pas s’être écarté ou de ne pas avoir fait faute car ça nous aurait privé de quelque chose d’historique. Des dunks comme ça, j’en ai vu des milliers, quand tu penses à l’époque Jordan, Pippen, Clyde Drexler et tous ces avions, j’ai été gâté ?
Votre plus grand coup de sang en direct  ?
Probablement quand on perd contre la Russie en 2007. On rate les lancers-francs décisifs, on a l’impression de revivre la Grèce en 2005. Rebelote, on va perdre de peu un match qui était à notre portée. Je me suis un peu laissé aller à dire des gros mots à l’antenne sur les lancers manqués au pire moment et je regrette de l’avoir fait. C’était une question de spontanéité et d’émotion : j’étais totalement investi dans l’équipe de France. On passe à côté de quelque chose parce que si on bat les Russes, on peut imaginer une finale contre l’Espagne derrière. Ce qui est le plus terrible, c’est qu’ensuite les joueurs se sont démobilisés, ont vendangé les matches de classement, ce qui nous a privé des JO 2008 et passer par les qualifications 2009. Un gâchis monumental. On peut le rajouter sur mes déceptions. Il ne faut pas oublier que Tony Parker était champion NBA, MVP des Finales, au sommet de son art. On ne va pas refaire l’histoire mais c’est une immense déception et j’ai ce coup de chaud un peu excessif, même s’il y en a eu d’autres (rires)
Le joueur qui a pris feu sur un match que vous avez commenté ?
Jordan en première mi-temps contre Portland en 92. Il n’était pas connu pour être très adroit à 3 points, c’était encore le Jordan qui volait au panier et shootait peu à mi-distance. Il bat un record avec six 3-points en une mi-temps, c’était inattendu, il planait au-dessus de la salle. C’était le vieux Chicago Stadium qui sentait la pisse et la bière pourrie. C’était extraordinaire l’ambiance dans cette salle. Quand Jordan pique sa crise pour gagner le match en une mi-temps, c’est le coup de chaud le plus phénoménal que j’ai vu je pense
J’avais également en tête les 10 points en 3 actions de Sarunas Jasikevicius en 2004 contre Team USA
C’était fort ça aussi ! Je m’en souviens bien, surtout qu’après le match, je me suis engueulé avec Larry Brown en conférence de presse parce que je lui ai dit que c’était la preuve que Jasikevicius pouvait jouer en NBA et lui me répond qu’il n’était pas assez athlétique, que ce n’était pas le même basket, bla bla bla. Il a toujours eu ce côté un peu supérieur aux autres. On s’est pas mal frités pendant les Jeux de 2004. Ce coup de chaud là m’a fait vraiment plaisir, surtout que Jasikevicus était une de mes idoles. Je le connaissais personnellement et il m’accueillait toujours avec des grands sourires. Tout ce qu’il a fait en Euoligue avec Barcelone, Tel-Aviv, le Panathinaïkos… Il aurait pu faire une bien meilleure carrière en NBA. Elle n’était pas encore prête pour ce type de joueur européen mais maintenant avec des joueurs comme Luka Doncic, on va voir qu’elle l’est.
Pour finir, si vous deviez faire votre 5 majeur de tous les temps ?
Magic, Jordan, LeBron, Bill Russell et Jabbar. J’ai hésité avec Chambelain que j’adorais mais Jabbar a gagné 6 titres, c’est le meilleur marqueur de tous les temps. LeBron a piqué la place de Larry Bird ces dernières années en étant stratosphérique. Comme coach ? Pendant longtemps j’aurais mis Phil Jackson mais il m’a tellement déçu comme dirigeant aux Knicks que j’ai peut-être envie de mettre Red Auerbach. Les gens ne le savent pas, mais c’est lui qui a introduit la place des joueurs noirs en NBA, il a donné la priorité à la défense, remporté 9 titres en 10 ans. C’est presque plus fort que Phil Jackson. Je mettrais Auerbach en 1, Jackson en 2 parce que c’est le meilleur gestionnaire d’égos de l’histoire du sport et en 3 Popovich, 20 ans de suite en playoffs, une constance jamais vue au plus haut niveau, voilà mon trio en attendant Steve Kerr ! »

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