LeBron James : To Live and Die in L.A.

LeBron James : To Live and Die in L.A.

« To live and die in L.A. » chantait Tupac à travers la voix de sa chanteuse chargée du refrain. Lui, le new yorkais passé par Baltimore et les banlieues de San Francisco, gonflé de rage et de pensées lourdes de sens par cette vie rocailleuse que le monde lui a fourré de force dans les mains, produisait cette ode à la Cité des Anges, douce et entêtante comme un coucher de soleil au-dessus de l’océan Pacifique.

A l’entendre ainsi dérouler son phrasé sur ces boucles californiennes avec un sourire détendu, on en viendrait à penser qu’il a trouvé un endroit où il pourrait enfin s’arrêter de « bouger constamment alors même qu’il se fait des millions », comme il le disait dans « Me against the world ». Ou du moins, s’il ne s’agit pas de s’arrêter complètement d’esquiver pièges et obstacles, de le faire dans une ville de fantasmes, de paillettes et de magie sous un ciel continuellement bleu.

A elle seule, cette chanson pourrait me faire ressentir l’envie de LeBron James de passer ses prochaines années chez les Lakers, malgré un projet sportif encore en pointillé et l’absence d’un défi à la hauteur de sa colossale légende.

Du fond de mon œil de spectateur, je ne veux pas voir James porter le célèbre Mauve et Or. Ce n’est pas intéressant. C’est surtout sur le plan narratif que je reste sur ma faim. Quelle gloire y a-t-il pour un surhomme qui a triomphé de tous les obstacles les plus absurdes que le sort a mis sur son chemin à rejoindre la franchise qui a peut-être le plus gros palmarès de l’histoire et celle qui a le plus de facilités dans ce championnat?

Dans une ligue qui a instauré un maximum de moyens pour s’assurer que toutes les franchises partaient à peu près avec les mêmes chances de remporter le titre (salary cap, contrats max, loterie de draft), les Lakers peuvent faire miroiter aux free agents bien plus que la plupart de ses homologues : la faculté de vivre dans la capitale planétaire du divertissement et entouré de vedettes tout domaine confondu ; de devenir une célébrité d’une plus haute dimension, de voir fleurir des dizaines d’opportunités extra-professionnelles (cinéma, musique, etc) et d’attirer larges flux de rémunération en dehors du terrain (contrat de sponsoring, etc) grâce à l’un des deux plus gros marchés économiques des Etats-Unis ; et enfin, tout cela dans un climat paradisiaque quasiment à longueur d’année.

Les Lakers peuvent même aguicher un premier free agent en lui faisant savoir que grâce à cette combinaison d’atouts unique, ils n’auraient pas de difficultés à en rafler d’autres gros poissons comme lui pour monter une équipe compétitive sur le terrain et ainsi allier le superbe cadre de vie de L.A. à un potentiel projet sportif ambitieux. Ce qu’elle a ou n’a pas dans son effectif au moment des pourparlers avec le free agent ciblé n’a de fait pas vraiment d’importance.

La franchise californienne bénéficie aussi directement d’être dans un marché médiatico-économique difficilement égalable et peut s’autoriser des folies de recrutement comme pratiquement personne. Qu’importe que les graves dépassements du salary cap obligent à payer une forte taxe, ses rentrées d’argent (ventes des droits de diffusion, des produits dérivés, etc) sont si massives que l’organisation peut largement se le permettre.

Au contraire, le Thunder d’Oklahoma City avait dû, en 2012, se séparer de James Harden pour éviter de payer cette taxe qui n’aurait fait qu’hausser les épaules du propriétaire des Mauve et Or. A revenus globaux sérieusement moindres, la taxe était jugée trop douloureuse pour les poches des Oklahomans. Ils avaient dû sacrifier le sportif sur l’autel de la bonne santé financière de l’organisation.

Voilà donc là une nouvelle incitation à signer chez les Hommes du lac pour un joueur prisé : la quasi assurance que cette équipe n’aurait pas à sacrifier du talent -et donc à raboter ses chances de victoire- pour éviter d’avoir des comptes financiers dans le rouge, si jamais elle venait à se bâtir une armada aussi forte qu’onéreuse.

Enfin, les Lakers bénéficient de cette aura particulière des franchises qui ont connu de grands succès et des immenses basketteurs à travers les époques. Si vous avez l’âge de n’importe quel free agent de ces vingt dernières années, il est fort probable qu’il y ait eu dans votre enfance une équipe des Lakers qui faisait rêver. Que ce soit l’ère de Magic Johnson, de Shaquille O’Neal ou de Kobe Bryant, vous avez grandi avec sous les yeux une équipe des Lakers qui se tenait en formidable épouvantail de la ligue. Et je ne parle même pas des vieilles légendes de l’organisation qu’on vous a conté au détour d’une conversation avec l’accent des récits mythologiques.

Il s’agit toutefois là d’un avantage que la franchise s’est plus ou moins créé elle-même, contrairement à ceux complètement liés à la ville de Los Angeles. L’inégalité vis-à-vis des autres franchises est pour ainsi dire sportivement méritée. Cela fait malgré tout encore une facilité supplémentaire.

Les Lakers sont un tout autre animal que les autres franchises NBA quand il s’agit de se présenter sur les différents marchés de recrutement. Pendant longtemps et jusqu’aux toutes dernières années où les maladresses du front office avaient rendues insuffisants ces avantages, la franchise californienne était chaque été et sans même un regard sur l’effectif, vu comme un fort candidat pour s’attacher les meilleurs free agents disponibles dès lors qu’ils avaient le cap space pour en recruter un.

Qui a pu mieux l’illustrer que Shaquille O’Neal, en 1996, lorsqu’il a rejoint la ville de paillettes et son effectif moyennement bon alors que son équipe d’origine, le Magic d’Orlando, avait un effectif taillé pour jouer le titre durant les dix prochaines années ? Peut-être peut-on aussi citer Kobe Bryant qui, la même année et avant que le Shaq ne fasse trembler la terre par son changement de club, s’était roulé par terre pour que les Nets ou autres ne le draftent pas afin qu’il puisse aller faire ses débuts professionnels du côté d’Inglewood.

Le fait que Chris Paul et Dwight Howard, alors au sommet de leur art et qui voulaient quitter leur franchise de toujours (avec pour chacun une forme de capacité à choisir leur destination en dépit du fait que leur contrat n’était pas encore terminé) ait failli ou ait atterri chez les Lakers n’est pas anodin non plus. Paul George et Kawhi Leonard ont également à un moment ou un autre laissé entendre qu’ils voulaient rejoindre Hollywood.

C’est peut-être une des fortes raisons pour laquelle les Lakers s’en sortent toujours. Ils ne sont jamais mauvais longtemps (60 expéditions en playoffs en 70 ans) et sont la plupart du temps une très bonne équipe (40 accessions à la finale de conférence/division, 31 finales NBA et 15 titres). Qu’importe le départ en retraite de ses légendes et les changements de cycles, ils parviennent toujours à revenir au sommet sans tarder.

Vous comprenez donc pourquoi voir le joueur le plus dominant de la ligue et de ces dix dernières années s’associer avec ces Lakers bénis des Dieux du basket ne m’amuse pas vraiment. Ce n’est pas drôle. Ou plutôt, ça manque de panache, de souffle épique pour un basketteur qui n’a cessé de repousser les frontières de l’impossible.

On l’a vu rompre l’antique et lourde gangue de « loose » qui enrobait la ville de Cleveland, tout sport confondu. Vaincre des Warriors venant d’abattre l’inatteignable record de victoires en saison régulière sur les ailes d’un Stephen Curry hors de cette planète et, punaise, alors que ceux-ci menaient la finale 3-1 dans une série en quatre matchs gagnants. On l’a aussi vu porter sur son seul dos une équipe de quasi bras cassés jusqu’à la dernière marche avant l’accession au trophée. Deux fois.

Je voulais voir James relever un défi encore plus grand que ceux dont il a déjà triomphé jusqu’à présent. Je voulais voir jusqu’à quel point absurde il allait pouvoir montrer combien il était fort. Tel un Houdini qui ne cesse de rajouter des chaînes autour de son corps et du béton autour de la boîte dans laquelle il s’enfermait à chaque prochain tour de magie, je voulais voir le gamin d’Akron se trouver des situations encore plus impossibles et le voir s’en sortir quand même.

Je voulais voir l’Elu explorer des terres sur lesquelles personne n’était encore allé.

Qui d’autre que lui en serait capable ? Personne, et cette réponse me cisaille le cœur parce qu’avec l’arrivée de James aux Lakers, j’ai le sentiment de voir l’occasion que cela arrive un jour me filer sous le nez.

Mais certainement que j’en demande trop à LeBron James. Non pas dans le sens où il n’en serait pas capable mais dans le sens où conquérir le stade de la légende, peut-être même de la légende ultime, est déjà bien assez pour le simple observateur que je suis et que nous sommes tous. De quel droit j’en demande plus à James ? Ce serait comme si je sollicitais un grand chef cuisinier à qui on aurait exceptionnellement attribué sept étoiles car lui en donner le nombre maximal de cinq n’aurait pas fait honneur à son talent, afin qu’il me fasse un plat valant huit ou neuf étoiles.

Peut-être que pour James, chercher un exploit toujours plus grand n’est plus une priorité. Peut-être qu’il a étanché sa soif de conquête de l’incroyable. Peut-être qu’il veut maintenant seulement vivre et mourir à L.A. comme le chantait Tupac. Qu’il veut passer les dernières années de sa carrière sous le soleil et dans ce cadre un peu surnaturel où la fiction et la réalité sont amoureusement entrelacées.

Pratiquement tout le monde rêve de vivre à Los Angeles. Une importante partie des plus grandes stars et riches personnes de la planète finissent souvent par s’y installer alors qu’elles pourraient vivre absolument n’importe où sur le globe.

Tupac n’a vécu que deux de ses vingt-cinq années dans cette ville -les dernières de sa vie- et ça lui a suffi pour lui déclarer sa flamme et graver ses mots sur un disque vendu à des millions d’exemplaires. Il était au sommet de sa carrière et de sa force médiatique, le monde lui appartenait et, lui, devenait transi d’amour pour cet amalgame de gens et de béton, posé quelque part dans un coin des États-Unis.

Comment se moquer de lui quand écouter « To live and die in LA » me donne envie de littéralement vivre cette chanson, casque sur les oreilles et les baskets foulant un trottoir brûlant sous une rangée de palmiers près de Santa Monica ?

Là-bas, la vie semble plus fun qu’ailleurs. Je ne suis pas arrivé à retrouver cette citation, peut-être propriété de l’illustre MC new yorkais du Wu-Tang Clan, Method Man, qui dans mon souvenir flou était née de la question « quelle était la différence entre un rappeur de New York et un rappeur de Los Angeles? ». Method Man, si c’était bien lui, répondait que les rappeurs de L.A. n’avaient, eux, jamais eu à se geler les c**illes en plein hiver pour vendre du crack.

Peut-être me trompe-je dans l’énoncé de la citation, peut-être même que je me suis mépris sur son sens. Mais si ce n’est pas le cas, elle raconte selon moi beaucoup de choses sur la mégalopole dorée. A mon sens, son auteur évoquait par là le degré plus élevé de dureté des rimeurs de Big Apple, née des conditions climatiques radicalement différentes de cet endroit des Etats-Unis.

Mais je pense qu’il avançait également l’idée qu’à New York, dealer n’était pas un jeu, pas une partie de plaisir. Qu’au contraire, les dealers dealaient par nécessité et parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Sinon pourquoi endurer toutes ces fichues heures, immobiles dans un froid corrosif ? On peut comprendre que des petits malins prennent plaisir à se balader dans l’illégalité, à jouer au chat et à la souris avec les flics ou à s’embarquer dans des affrontements entre gangs. Mais qui passe la nuit dans des températures glaciales s’il est possible de faire autrement ?

A Los Angeles, il ne fait jamais vraiment froid. Être dealer n’impose pas cette soumission forcée à un climat insupportable. Ça ressemble plutôt à lézarder au soleil en échangeant de temps à autre des choses contre de l’argent et de passer ses pauses à faire un tour sur la plage ou sur Hollywood boulevard. On dirait des dealers new yorkais en vacances.

J’ai l’impression que tout est un peu comme ça à Los Angeles. LeBron James veut continuer de faire son boulot de basketteur qui essaie de gagner des titres, mais ce serait quand même plus agréable de le faire sous un ciel constamment bleu et dans la capitale du divertissement. De pouvoir se promener sur du sable chaud ou sur Rodeo Drive après un entraînement, ou encore de rejoindre Leonardo Di Caprio et Rihanna à une fiesta quelque part dans Beverly Hills après un match.

James a 33 ans et des champs entiers d’exploits à son palmarès. Peut-être veut-il maintenant simplement arrêter de courir après l’Histoire et les défis pour plutôt profiter de ses dernières années de joueur. Lui qui vient de réussir la chose inimaginable d’ouvrir le débat sur qui était le plus fort de tous les temps entre Michael Jordan et lui, commence peut-être à se dire qu’il n’a plus rien à prouver et qu’il mérite bien d’être désormais une « légende en vacances ».

Cela expliquerait aussi le contrat de trois ans -potentiellement quatre- qu’il a signé, là où il avait l’habitude de ne conclure que des contrats d’une saison (plus une en option) pour conserver sa liberté et une forme de pression sur sa franchise. Avec ce long contrat, James semble vouloir cette fois se poser et s’installer confortablement à Los Angeles comme dans un bon fauteuil dans une véranda avec vue sur la ville. Il y a peut-être aussi l’espoir de réduire les frénétiques gesticulations autour de lui pendant un temps, tant au niveau médiatique que de ses dirigeants lorsqu’ils essaient à tout prix de construire une grosse équipe autour de lui en un claquement de doigt.

C’est peut-être parce que « To live and die in L.A. » tourne toujours dans ma tête bien que la piste se soit arrêtée depuis longtemps, mais je ne peux m’empêcher de rapprocher l’état d’esprit de Tupac dans ce morceau avec celui de James décidant d’emporter ses talents à Venice Beach.

« To live and die in L.A. » est issu de l’album, « The Don Killuminati: The 7 Day Theory » qui fait suite au monumental « All Eyez On Me », double opus plein de puissance et de finesse qui -comme les années passées à Miami et surtout Cleveland pour James- a définitivement placé le rappeur dans le panthéon de sa discipline.

Après « All Eyez On Me », Tupac n’avait plus rien à prouver et je trouve que « The 7 Day Theory », son album le plus abouti selon moi, l’illustre assez bien. Il s’en dégage le parfum d’un artiste serein sur sa carrière qui a fait ce qu’il avait envie de faire plutôt que chasser les tubes et les fans. « To live and die in LA » en particulier, dessine cette impression de celui qui prend le temps de profiter de ce qu’il a autour de lui après une vie passée à triompher de tout et n’importe quoi.

Je devine retrouver le même sentiment dans la décision de James d’aller à Los Angeles, et de le faire pour trois ans. Ou du moins, l’envie de trouver là-bas ce sentiment.

Tupac Shakur a réalisé « All Eyez On Me » à sa sortie de prison et en pleine guerre Est Coast-West Coast, les tempes fumantes de rage contre la vie, comme James est allé à Miami puis à Cleveland avec le furieux besoin de faire taire les critiques et démontrer qu’aucun obstacle ne pouvait réellement l’arrêter. Tupac a fait « The 7 Day Theory » avec cette fois autre chose en tête que simplement devenir le roi tyrannique du hip hop, entre autre parce puisqu’il l’était déjà. James va à Los Angeles profondément calé dans son trône, l’esprit relâché d’un quelconque impératif quant à sa légende.

« The 7 Day Theory » n’est pas apaisé pour autant, attention, et est même parfois assez violent. Il est juste plus personnel et intimiste. Il n’est pas fait pour plaire, il est fait pour être. En Californie, James ne va pas juste se la couler douce entre les matchs et les entraînements. Il va toujours essayer de gagner des titres et de rouler sur ses adversaires. Simplement, il le fera sans avoir rien à prouver au monde et sans s’empêcher de profiter de la vie en même temps.

Et cela peut-être jusqu’à la fin de sa carrière. A 33 ans et avec des millions de minutes de jeu et d’entraînement dans les jambes, LeBron James a signé un contrat de trois ans ferme, pouvant aller jusqu’à quatre. Il semble avoir choisi où il voulait arrêter sa carrière, comme un vieux chef indien qui choisit où il va mourir. Comme si lui aussi était envoûté par le refrain de la chanson de Tupac, jusqu’au plus lugubre de ses mots.

Il est cependant trompeur de se laisser bercer par le doux refrain de « To live and die in LA ». Derrière ces boucles en forme de caresses, Tupac dépeint aussi ce que la mégalopole californienne cache de macadam corrompu et de pièges camouflés, les vies qu’elle écrase et son parfum qui peut parfois être sordide sous les peintures aux couleurs clinquantes.

Non pas que le rappeur y est ironique quand il clame qu’il veut y vivre et mourir. Il aime cette face sombre de la grande cité, maintes fois croquée par le cinéma et la littérature, parce qu’elle fait partie d’elle. A l’entendre, on a même le sentiment que le danger particulier de L.A. est une des raisons de son attrait.

Peut-être est-ce plutôt cela qui motive LeBron James. Un danger qu’il n’a encore jamais rencontré jusque-là.

Peut-être veut-il se mesurer au phénoménal léviathan qu’est Los Angeles. Lui qui a connu les projecteurs depuis son adolescence et qui a dû supporter l’immensément lourd espoir de toute une ville -voire d’un État- sur ses épaules, n’a cependant pas encore eu l’occasion d’évoluer pour une ville aussi gigantesque, aussi effervescente, aussi mythique et autant scrutée par le monde que L.A.

Après tout, dans la capitale du divertissement et de la gloire, dans le plus grand bastion planétaire des arts, du sport et de la culture populaire, être une star n’est qu’une banalité. L’exploit est un jeudi et parfois un autre jour de la semaine. Faire lever un sourcil d’intérêt à une ville qui a déjà des Madonna et autres Steven Spielberg sous le nez à longueur de journée, est un défi plutôt inédit pour le gamin d’Akron. Devenir la star des stars, le roi du tout Los Angeles, serait-ce le prochain objectif de cet homme qui s’est un jour fait tatouer les mots « Chosen One » sur le dos ?

Ou bien est-ce plus carnassier que cela ? Peut-être qu’en réalité, les Lakers sont le dernier immense défi de Sa Majesté. Peut-être que James est venu sur la faille de San Andreas non pas pour se battre contre ses contemporains mais contre les fantômes du passé qui y ont élu domicile. Ceux que les souvenirs ont parfois rendu invincibles. Magic Johnson, Kareem Abdul-Jabbar, Wilt Chamberlain, Shaquille O’Neal, Jerry West et une liste interminable de titres de champion, de trophées individuels et d’exploits.

Peut-être qu’il veut chasser sur leurs terres, pourtant sanctifiées par les fans de la franchise. Obliger ces fans à lui faire une place dans leur cœur, voire même les forcer à lui en donner une plus grande qu’aux autres. Ne serait-ce pas savoureux d’y parvenir ?

J’avais lu quelque part un chroniqueur penser qu’avec « To live and die in LA », Tupac voulait surpasser Dr Dre, le génie et maître absolu du hip hop West Coast, à son propre jeu avec ce son aux sonorités californiennes et G-Funk destiné à devenir l’hymne de Los Angeles, le fief du Docteur et là où il a toujours vécu.

Que James pourrait-il désormais faire de plus grand que réussir à incliner la franchise la plus victorieuse, la plus luxueuse, la plus riche en histoire et la plus arrogante de tous les temps à pousser un peu ses autres légendes sur le côté pour l’ériger, lui, au sommet de son panthéon ? Le passé et les mythes anciens ne perdent jamais vraiment face au présent mais viser l’impossible et les dieux est peut-être tout ce qu’il reste à faire à l’Elu.

Ou peut-être, LeBron James est comme nous avant d’être ce héros qui soulève toutes les montagnes. Peut-être que le jeune garçon qu’il était avait les yeux qui brillaient quand il voyait le maillot jaune aux inscriptions violettes. Peut-être qu’il s’imaginait en train de le porter au centre d’une foule en délire avant de s’endormir le soir. Peut-être qu’il avait ouvert grand la bouche la première fois qu’il a vu jouer Magic Johnson.

Peut-être que même après avoir raflé tous ces honneurs au cours de sa carrière, il se sent encore comme ce petit garçon quand il pense à Magic, Kareem, Pat et au logo doré. Peut-être a-t-il des frissons venus de ce temps innocent quand il se dit que cette grande institution mille fois légendaire que sont les Los Angeles Lakers l’ont choisi lui pour être leur nouveau visage. Peut-être que quand Magic Johnson est venu lui dire qu’il le voulait à Inglewood, il a eu l’impression de recevoir l’une de ses plus belles passes décisives.

James a passé sa carrière à créer l’Histoire des franchises dans lesquelles il a joué. A être la légende de ces équipes. Il n’a jamais vraiment pu baigner dans l’aura des autres et l’aura d’une organisation mythique comme celle des Lakers. Peut-être a-t-il envie d’appartenir à une Histoire dépassant largement celle d’un seul homme, dépassant le cadre d’une ligue ou d’un sport. Qu’il a envie d’être une pierre de ce formidable édifice qui résonne forcément dans l’esprit de chacun. Qu’il a envie de participer lui aussi à tisser cette aura extraordinaire que presque seule cette franchise dégage et qui l’a certainement touché lui aussi quand il était jeune.

Peut-être qu’il a envie d’être mis côte à côte avec Chamberlain, Baylor, West, Shaq et les autres sur les murs des travées du Staple Center. Qu’il a envie de tenir le bâton de relais que ces idoles anciennes ont eu dans les mains avant lui. Qu’il a envie d’être leur héritier, peut-être même leur héritier le plus digne, et d’à son tour créer chez autrui ce sentiment indéfinissable de porter un fabuleux héritage en revêtant le maillot mauve et or.

Je voulais voir l’Elu continuer de creuser son propre sillon dans la croûte terrestre du monde à la seule force de son génie, et pas le voir marcher sur un sentier foulé par un paquet de légendes avant lui. Mais lui avait peut-être envie de parcourir ce chemin sacré.

Que fait un individu qui peut tout faire ? Il fait ce qu’il a envie. En l’occurrence, vivre et mourir à L.A.

StillBallin (@StillBallinUnba)

2 Comments

  1. Intéressante métaphore entre le titre de Tupac, Tupac lui-même, LBJ et son choix d'aller à L.A.

    Pour le coup, je trouve son choix couillu, et que c'était justement un des meilleurs défis à relever : aller botter le cul des champions en finale de conf', en jouant à l'ouest dans cette conférence relevée où de nombreux all-stars et MVP s'affrontent à longueur de saison et durant les PO… On l'a critiqué pour ses 9 finales (dont 8 consécutives) sur le motif qu'il était seul à l'est, et que le chemin lui était ouvert… Là, il va faire taire (une nouvelle fois) ses détracteurs… Et un peu moins maladroit que KD ou DMC, il ne va pas rejoindre GS… Il va aussi dans une équipe de loosers (actuellement) histoire de rendre le challenge plus dur.

    1. (Merci) Je n'ai effectivement pas parlé de ce défi de la Conférence Ouest. Je suis tout à fait d'accord, il a cette "nouvelle terre" à conquérir.

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