Marcus Morris : « Dans notre quartier le respect s’obtenait en tuant quelqu’un »

Marcus Morris : « Dans notre quartier le respect s’obtenait en tuant quelqu’un »

Dépression, anxiété et stress, de plus en plus de joueurs NBA osent évoquer leurs difficultés mentales depuis que Kevin Love puis DeMar DeRozan ont ouvert une brèche au cours de la saison passée. Parmi eux, les jumeaux Markieff et Marcus Morris. Seul Marcus a souhaité en parler directement à ESPN, mais les deux ont souffert de dépression.

« On a grandi dans un endroit où il n’y avait pas de personnes blanches. Aucune. On n’en voyait tout simplement pas dans notre quartier. À ce moment-là, je ne faisais confiance à aucune personne blanche, parce que je n’en connaissais aucune. Et puis sincèrement, je n’avais pas le sentiment de pouvoir faire confiance à qui que ce soit, même dans mon quartier. On était stressés tout le temps quand on marchait dans la rue. Une fois j’ai dit à mon frère : ‘Ce n’est pas une vie’. » Marcus Morris

Le quartier en question se trouve au nord de Philadelphie.

« Si vous regardez la mauvaise personne dans les yeux au mauvais moment, la seconde suivante les flingues sortent. J’ai vu des gars se faire tirer dessus juste pour s’être assis sur la mauvaise marche. On était entouré par la violence, les gangs. Chaque jour tu te lèves en te demandant comment tu vas te protéger. Personne ne devenait joueur NBA ou NFL dans notre quartier. » Marcus Morris

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Au lycée, ils sont forcés de dormir sur un matelas au sous-sol chez leurs grands-parents maternels suite à l’incendie de leur maison (dans lequel leur chat a péri). Pas de chauffage et un plafond très bas pour les jumeaux qui mesuraient déjà presque 2,08m. Une mère qui ne comptait pas ses heures pour mettre à manger sur la table. Mais au moins, un soutien familial.

« On essayait juste de survivre tous les jours. C’est marrant une minute quand vous êtes gamin. Une fois que vous devenez ado, vous n’êtes pas protégé, vous devenez une cible. Si vous portez des Jordans, ils vont venir vous chercher. J’ai dû me protéger plein de fois. Vous assistez à des fusillades, etc. Une mauvaise décision, un mot de travers, et ça se transforme en guerre. C’est comme ça à Philly. Vous êtes pris au piège dans une boîte. Dans notre quartier le respect s’obtenait en tuant quelqu’un. C’était le bordel à ce point. » Marcus Morris

Ce n’est qu’à leur arrivée à l’université de Kansas qu’ils ont commencé à découvrir un autre monde.

« C’était tellement différent, je ne réalisais pas. Les gens s’inquiétaient réellement de savoir comment se passait votre journée. Pour la première fois, je n’avais pas à surveiller derrière mon épaule toutes les 5 minutes. Je pouvais marcher des kilomètres et des kilomètres sans m’en faire. » Marcus Morris

Après trois ans d’études, les deux frères, très proches, se présentent à la draft 2011. Markieff est choisi en 13ème position et rejoint Phoenix, Marcus juste derrière en 14ème position par Houston. Mais tandis que Markieff joue presque 20 minutes par match pour 7.4 points de moyenne lors de son année rookie, Marcus ne dispute que 17 rencontres et est envoyé en D-League.

« J’avais le cœur brisé. Je me demandais si j’étais assez bon, si j’avais fait quelque chose de mal. Ensuite je me suis blessé. Je gardais en moi tout ce que j’avais sur le cœur. C’est ma première année NBA et tout s’écroule. Je n’avais aucun vétéran pour me dire que ça allait bien se passer. Je me sentais vraiment seul.

Ils se retrouveront en 2013 à Phoenix en signant un contrat commun, avant que Marcus ne soit transféré à Detroit. Blessés, les deux frères se sont sentis trahis par les Suns.

« Là c’était vraiment sombre pour moi. Après ça j’ai décidé que je n’aurais plus aucune relation avec les gens du front office. Que je ne serais plus proche de qui que ce soit dans mon équipe. C’était fini. Le sport que j’aimais tant gamin désormais me stressait. Ce n’était que du business, et j’avais du mal avec ça. L’argent c’est bien, mais est-ce que c’est bon pour moi en tant que simple humain ? Est-ce que ce n’est pas ça le plus important ? » Marcus Morris

Acquitté en octobre dans un procès qui le concernait lui et son frère, il a eu la bonne surprise de voir que les Celtics lui avaient gardé une place dans le roster. L’équipe l’a aussi mis en contact avec une psychologue, Stephanie Pinder-Amaker, femme de Tommy Amaker, coach de l’équipe de basket d’Harvard.

« Quand je suis arrivé à Boston, je passais trop de temps à me demander ce que les gens pensaient de moi. Je ne voulais me faire aucun ami, je voulais être coaché et rentrer chez moi. Elle m’a énormément aidé. Ça peut paraître idiot, mais le simple fait de fermer les yeux dans une pièce sombre et de respirer pendant 10 minutes chaque jour m’aide. Je sais que beaucoup de gars stressent et souffrent d’anxiété ou de dépression parce qu’ils ne savent pas s’ils auront un boulot la saison prochaine, s’ils seront tradés. Tout le monde veut de votre temps, de votre argent, de votre célébrité.

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Si vous souffrez de dépression, vous devriez essayer de vous en débarrasser au lieu de tout garder pour vous, parce que ça pèse. Parler avec Stephanie a libéré tellement de stress pour moi. » Marcus Morris

via ESPN

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