[Interview] Nicolas Batum : « Boris Diaw est peut-être le mec le plus intelligent qu’on ait vu sur un terrain de basket en Equipe de France »

[Interview] Nicolas Batum : « Boris Diaw est peut-être le mec le plus intelligent qu’on ait vu sur un terrain de basket en Equipe de France »

A quelques jours de la première fenêtre du second tour des qualifications pour la coupe du monde, l’équipe de France masculine a rendez-vous pour le tournoi de Paris à Coubertin, tout comme l’équipe de France masculine. Nicolas Batum, qui sera le capitaine en l’absence de Boris Diaw, s’est confié à la presse.

Bonjour Nicolas, te voici ici pour un événement particulier avec les deux équipes de France réunies, qu’est-ce que ça te fait ?

Je m’en rappelle, j’avais déjà fait cet événement en 2004. J’étais venu le voir parce qu’on avait été champion d’Europe en cadets et on avait été honoré à la mi-temps, c’était à Bercy d’ailleurs. Refaire ça 14 ans plus tard, c’est assez cool. C’est vrai qu’avec le basket féminin, j’ai des attaches : l’ASVEL Féminin ou Marine Johannès. C’est bien pour le public français de pouvoir voir leurs deux équipes sur tout un week-end et non pas seulement un match. C’est bien pour nous et pour le public.

C’était important pour toi d’être là malgré la saison NBA qui se arrive ?

C’est un timing assez bizarre avec les défections des joueurs NBA. C’est assez compréhensible parce que j’ai passé tout le mois d’août aux Etats-Unis, je suis revenu juste pour ça. Ca fait voyager la famille, j’ai du repousser la rentrée de mon fils à cause de ça. Il y a certains sacrifices, à un certain degré bien sûr, parce que c’est un moment avant la reprise qu’on ne passe pas avec sa famille. Mais c’est l’Equipe de France, on a une mission à faire et on va la faire.

As-tu envie de te rattraper après avoir manqué l’Euro ?

J’ai juste raté un an en quatorze. Je n’ai rien à rattraper. J’ai déjà disputé 2 Coupes du Monde, 4 Euros et 2 JO. J’ai toujours dit, même si je comprends les choix de chacun, que si tu veux aller à la Coupe du Monde, tu dois jouer les matches que tu peux jouer. Je suis là pour ça.

Tu vas peut-être hériter du brassard de capitaine

(Il coupe) En intérim peut-être oui, on m’a dit ça ce matin. Être capitaine de l’Equipe de France, c’est quelque chose qui marque dans une carrière. Je suis cette équipe depuis que je suis gamin, j’ai toujours rêvé d’y être, j’y suis depuis maintenant 10 ans. Hériter d’un brassard même pour un match, je prends. C’est quelque chose que je pourrai dire à mon fils. « Ton père était capitaine de l’Equipe de France ».

Qu’est-ce que ça représente pour toi qui a vu Boris Diaw comme capitaine ?

C’est vrai que je n’ai eu que Boris. C’est un rôle qu’on donne à des joueurs qui comptent vraiment et qui ont un certain bagage en Equipe de France. Ce sont des grands noms qui ont porté ce titre là. Même si c’est pour un ou deux matches, j’aurais eu ce rôle et c’est un honneur. Mon fils pourra dire ça de son père et c’est plutôt cool.

Quelle trace laissera Boris Diaw sur le basket français ? (L’interview a été réalisée avant l’annonce de sa retraite)

C’est quelqu’un qui a eu plusieurs états, plusieurs styles dans sa carrière et qui a toujours été important quoiqu’il arrive. On a connu le Bobo frêle et athlétique au début, on a connu le Bobo pivot à la fin. Il était toujours aussi important. Je vais pas m’avancer trop en disant ça mais c’est peut-être le mec le plus intelligent qu’on ait vu sur un terrain de basket en Equipe de France. C’est une intelligence de jeu, un QI Basket, une polyvalence hors-norme. C’est un joueur qui m’a inspiré quand il était à Pau puis après en NBA et en Equipe de France. S’il arrête, c’est encore du conditionnel, c’est un énorme manque et l’un des plus grands de ce sport en France.

Quand tu disais inspirer, c’est aussi dans son rôle de capitaine ?

Oui, on ne pourra jamais remplacer Babac en tant que capitaine, il avait une certaine poigne sur le groupe, que des mecs comme Tony (Parker) ou Flo (Pietrus) n’ont pas eue non plus. Il a cette capacité à mener un groupe, surtout en dehors du terrain, à faire décompresser et créer une cohésion qui est innée. C’est le mec le plus intéressant que l’on peut connaître. C’est une grosse perte comme le basket.

Est-ce que tu peux développer ce qu’il t’inspirait dans le jeu, sa polyvalence ?

C’est quelqu’un qui pouvait tout faire sur un terrain : scorer quand il décidait de shooter, faire des passes, prendre des rebonds, défendre, impacter un match en prenant deux tirs. Il pouvait être le meilleur joueur d’un match en prenant deux tirs. C’est quelque chose dont j’essaye de m’inspirer.

Boris jouait poste 4, tu commence à jouer poste 4

(Il coupe) Ah je suis le nouveau Boris Diaw ? Je ne suis pas encore 4 à 100%, j’alterne, je remplace parce qu’il manque certains joueurs à ce poste là. Boris est un modèle, un exemple, un siège difficile à remplacer.

On t’a souvent présenté et tu t’es souvent présenté comme « un lieutenant », ça change quoi d’avoir ce brassard, est-ce que ça peut te permettre de te sublimer ?

On verra. Je sais que c’est un groupe où je vais avoir un rôle différent mais l’équipe est différente. On avait un groupe interne assez fort depuis 10 ans mais là on a une densité de joueurs que l’on n’a jamais vu en Equipe de France. Là on peut être compétitif avec aucun joueur NBA ou Euroligue, c’était impensable il y a 10 ans. Les joueurs sont différents, mon rôle ça va être de mettre en place, comme en 2014, ce sera dans le même registre.

Un mot sur le nouveau maillot de l’Equipe de France ?

C’est une belle marque (Jordan Brand), un beau logo. Être sponsorisé par le plus grand c’est toujours gratifiant et le fait qu’il apporte son image et qu’il fasse confiance au basket français, c’est très très bien pour nous.

Est-ce que ce sont des discussions que tu as eues avec lui quand tu étais à Charlotte ?

Peut-être, peut-être. Il y a eu du travail fait par la fédération, mais bien sûr qu’on en a parlé une ou deux fois.

En parlant de Charlotte, comment s’est passée l’arrivée de Tony Parker ?

On en a parlé un petit peu auparavant, quelques semaines avant.

Ca t’a surpris qu’il quitte San Antonio ?

Oui et non parce qu’on sentait que San Antonio était à la fin d’un certain cycle, la retraite de Manu montre clairement les choses, le trade de Kawhi aussi. Tony voulait peut-être voir quelque chose de différent. On en a parlé début juin, c’était juste une hypothèse. C’était priorité aux Spurs et il m’a dit « si on tombe d’accord je reste aux Spurs ». C’était évident mais si ça coinçait avec eux, je sais que sa tête tournait à Charlotte parce que voilà, nous sommes très proches et on n’a jamais joué ensemble en NBA. C’était une chose dont on parle depuis des années. J’ai toujours pensé que ça se ferait à San Antonio, finalement c’est à Charlotte. Ca va être vraiment cool de jouer avec lui.

T’as fait un lobbying pour le faire venir ?

(malicieux) Un petit peu oui !

Propos recueillis par Hugo Givernaud

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