[Ma NBA vol. 2] Nicolas Batum : « Si j’avais été drafté en 2007, ç’aurait été un désastre ! »

[Ma NBA vol. 2] Nicolas Batum : « Si j’avais été drafté en 2007, ç’aurait été un désastre ! »

Le rendez-vous avez été pris plus tôt dans le mois. On le sait, Nicolas Batum se prête facilement aux interviews, surtout un peu concept, et l’ailier avait déjà pris du plaisir l’an dernier pour la première version du format « Ma NBA ». Pas de problème pour faire le volume 2 donc, mais les disponibilités téléphoniques se font de plus en plus rares, vie de famille oblige, sans parler du rythme des matchs, ou de ses projets professionnels autour de l’ASVEL, avec son coéquipier Tony Parker. On s’était donc donnés rendez-vous à Brooklyn : « Je me débrouillerai pour avoir le temps avant le match », avait-il promis. Promesse tenue, alors qu’il nous attend sur le banc des visiteurs du Barclays Center pendant l’échauffement.

Nicolas, quel serait le tout premier moment basket qui t’a marqué, qui a un peu lancé ton parcours jusqu’en NBA ?

Ce n’est peut-être pas moi-même qui me le suit définit ce moment-là. On m’a mis dedans ! Directement. J’ai grandi avec ça. Mon père était professionnel, je suis né dedans. Je vois mon fils (qui aura 3 ans en février), maintenant, il ne s’en rappellera pas, mais tous les jours il est avec son ballon et il joue tout le temps. Il me voit jouer aussi… Donc voilà, tu nais dedans et c’est naturel en fait après. Moi, je suis né dedans. Tu ne te vois pas faire autre chose. Même si tu ne te le dis pas vraiment au début. Vers 7 ou 10 ans, tu es encore dans le rêve et tout. C’est juste du plaisir. Mais vers 14, 15 ou 16 ans, c’est là où tu te dis que tu as peut-être une chance d’être pro. Et là tout change. Moi j’ai commencé à m’entraîner avec les pros au Mans à 15 ans. Donc c’est très tôt ! C’est pour ça que je dis que j’ai eu de la chance d’avoir eu Vincent Collet. Il m’a pris très tôt. On était tous très jeunes, ils nous prenaient tous très tôt. Donc j’ai eu la chance de tomber au bon moment au Mans ! Et c’est au bout de la deuxième ou troisième année, vers 15 ou 16 ans, que là je commençais un peu à vraiment intégrer les pros. À jouer à l’entraînement, à rentrer deux ou trois fois sur le terrain pendant les matchs. Puis j’ai signé mon contrat pro à 17 ans en fait. J’ai signé très tôt ! Très tôt ! J’ai joué le tournoi de Mannheim en Allemagne (en 2006, avec les bleuets). On avait gagné, j’avais été MVP, et ça, ça a beaucoup accéléré les choses. J’ai signé mon contrat juste après. A ce moment-là, tous les clubs d’Europe ont commencé à appeler (dont le Real Madrid). J’avais 17 ans. Heureusement, j’ai eu Bouna (N’Diaye, son agent) et ma mère qui m’ont dit que ce serait peut-être mieux de rester au Mans.

Si tu devais donner la meilleure décision que tu aies prise justement, ce serait celle-là ?

De ne pas aller à la Draft 2007 surtout. Ç’aurait été trop tôt. J’aurais pu hein ! On m’y a poussé ! Mais il y a eu plusieurs personnes, dont Bouna, qui m’ont dit d’attendre. C’était plusieurs personnes, mais je pense que si je ne l’avais pas eu comme agent, j’aurais pu y aller. Et ç’aurait été un désastre ! J’ai bien fait d’attendre un an. J’étais trop jeune. J’étais beaucoup trop jeune. L’année que j’ai faîte en Pro A et en Euroleague derrière, où j’ai vraiment joué, où j’ai vraiment fait des trucs, où j’ai été responsabilisé… c’est là où j’étais prêt à partir. Parce que sinon, l’année d’avant, j’avais juste fait un gros match au Hoop Summit et c’est tout. Mais sinon je n’étais pas prêt. J’ai bien fait d’attendre un an. J’étais juste pas prêt du tout ! J’avais à peine 18 ans. « Baskettement » parlant et surtout humainement parlant, je n’étais pas prêt. C’était un tout. Et puis bon, la Draft, c’est rien ! (Gros sourire, air blasé) Les camps pré-Draft, être drafté… Ça c’est le plus simple ! C’est (il insiste sur ce mot) après que ça commence. Après ça commence. C’est rien la Draft, c’est rien du tout. Beaucoup de monde est drafté maintenant ! Mais c’est de jouer qui est dur. Et c’est justement à faire mon trou, cravacher au Mans pour m’imposer, qui m’a aidé une fois arrivé à Portland. Contrairement à d’autres rookies, qui ne savaient pas ce que c’était que de faire sa place dans un monde professionnel, moi je l’avais déjà fait. A un degré moindre, attention ! Mais je savais très bien ce qu’il fallait faire et ne pas faire. Et c’est pour cela que j’ai joué vite, je pense. Parce que j’avais eu cette expérience. J’ai eu 67 matches comme titulaire pendant mon année rookie, j’avais 19 ans, et on était top 4 à l’Ouest !

Je me rappelle d’une interview de George Eddy dans BAM – BasketNews America, qui t’avait vu sur place, et s’était dit étonné de ta maturité dans ce milieu justement…

C’est ça. Et c’était vraiment d’avoir fait cette année en plus au Mans. Ils m’avaient vraiment préparé à partir en fait. Après, les rookies que l’on voit arriver ici, je ne dis pas qu’ils ne sont pas préparés. Ils voient bien que c’est un autre monde, donc ils s’y préparent. Mais c’est plus petit à petit. Moi j’étais déjà mieux préparé je pense.

Et la pire décision ?

(Il hésite très longuement) Je n’en ai pas faite. Après, des mauvais tirs, une mauvaise décision sur un match, une passe à ne pas faire… oui, plein !

Mais pas de JR Smith au match 1 des finales quoi…

Non (rires) ! Et un mauvais choix de carrière, je n’en ai pas fait.

« Première seconde en NBA, Kobe demande iso sur moi »

 

Depuis, tu as eu beaucoup d’expériences –et il t’en reste encore pas mal devant toi–, mais si tu devais déjà prendre un moment que tu raconteras à tes petits-enfants au coin du feu, ce serait lequel ?

Le premier match ! Mon tout premier ! C’était aux Staples Center… On joue les Lakers, je rentre, dernier quart temps, en défense. Et ma première action officielle, je dois défendre sur Kobe ! Kobe me regarde, il se tourne vers Phil Jackson et il fait son truc avec les mains là (le losange où il met les index et les pouces de chaque main ensemble avant de les écarter répétitivement)… Son truc là… « Iso »… (il se remémore encore la scène et secoue la tête avant de faire un grand sourire, encore marqué par le moment manifestement) Donc je suis là : « c’est ma première seconde en NBA et je dois défendre en iso sur Kobe ?!!! ». J’étais tout froid en plus, je n’avais pas joué de tout le match. Il me fait son truc donc, il me back-up un peu, tac tac, fade… et il loupe (il pointe son index pour mieux insister) ! Il loupe… J’étais content hein ! Bon, et après il sort. Dans ma tête, j’étais le « Kobe stopper » pendant une minute (rires) ! Derrière j’ai eu une interception là, vers les trois-points (il pointe la ligne à quelques mètres de nous), quelqu’un au poste haut qui renverse, moi je coupe la passe, je pars en contre-attaque et là je vois le panier tout seul devant moi, je fais un-deux (il tient une balle imaginaire entre ses mains) et hop, dunk ! Qu’est-ce que j’étais content ! Je me suis même dit en montant au panier : « Oh ! Le premier ! ». (Il prend une voix hyper satisfaite, ironique) Je n’ai pas trop mal commencé hein ! Stop sur Kobe, puis dunk !

Si tu devais nommer le meilleur backcourt en NBA, c’est forcément les Warriors ?

Oui, oui, c’est forcément Steph et Klay. Même si on met l’ailier avec. Bien sûr. Tu peux avoir des arguments sur Wall-Beal, CJ-Lillard, Chris Paul-James Harden. Mais sur ce qu’ils ont prouvé sur les deux dernières années, c’est forcément eux.

« Il y a quand même débat si Steph et Klay sont le meilleur duo d’arrière de l’histoire »

 

Et historiquement, ce serait eux aussi ?

(Il souffle et recule la tête, les yeux vers le plafond) Isiah Thomas et Joe Dumars, c’est costaud quand même (NBA TV a justement organisé une interview à quatre cette semaine) ! Ça reste le truc du « c’est pas les mêmes époques », tout ça. Mais je pense que l’on peut avoir de vraies discussions sur ces deux paires-là. Et puis bon, est-ce que tu mets Jordan et Pippen en back-court ? Parce que du coup pour moi c’est eux ! Mais bon, pour moi il vaut vraiment mieux regarder le côté 1-2. Donc la seule discussion possible c’est soit Curry-Thompson, soit Thomas-Dumars. Tu peux discuter. Tu peux avoir des arguments. Là, c’est un débat. Il y a peut-être un peu plus de défense côté Pistons. Klay Thompson est un bon défenseur. Mais Joe Dumars, c’était clairement le « Jordan stopper », le premier mec responsabilisé à devoir défendre sur Jordan. Et pendant trois ans il fait du bon boulot.

Avec le renfort des « Jordan Rules » en plus…

(Hyper ironique) Ah mais apparemment ce n’était pas vrai ! D’après les Bad Boys là… Ils disent que non, ça n’existait pas. Bref. Mais bon… pour revenir au débat, après Dumars et Thompson tu compares donc Steph et Isiah. Deux meneurs qui n’étaient pas les plus gros physiquement, mais qui sont dans le top 5 de l’histoire. Les deux y sont ! Ça fait un débat intéressant. Et toujours ce problème que ce n’était pas les mêmes époques. Mais c’est un débat à faire !

Tu disais « si on met l’ailier avec ». En fait tu as soit un duo d’intérieur, soit un duo d’extérieur, mais l’ailier se retrouve souvent seul dans ces classements…

Oui, tout seul ! Et c’est pour ça que les poste 3, il y en a beaucoup qui sont dénommés comme « glue guy ». Et c’est vraiment ça en fait. On est vraiment les relais entre le backcourt et le frontcourt quoi. On est vraiment ça. C’est un poste un peu à part. Chaque poste l’est. Mais peut-être que celui-là s’associe moins à un autre en particulier. C’est un peu bizarre… Mais si tu veux mettre le meilleur trio de l’histoire, il ne peut y avoir que celui de Boston. (Larry) Bird, (Robert) Parish et (Kevin) McHale. (Il prend un peu de temps pour réfléchir). Oui, oui, oui… c’est sûr.

« Le cinq le plus athlétique all-time, ce serait… »

 

Quel serait le joueur le plus physique aujourd’hui ?

Aujourd’hui ? (Il réfléchit)… Steven Adams. Steven Adams c’est pas mal. Costaud ! (Il réfléchit encore) Un Boban (Marjanovic) c’est pas mal aussi, ou (Andre) Drummond. Dwight (Howard). Et LeBron hein ! Quand même… Ce serait ces mecs-là. Mais le premier qui me vient c’est Steven Adams.

Et historiquement ?

Shaq. Bah oui ! Il n’y a même pas débat ! Même Wilt (Chamberlain), il était long, il était tracé, mais tu vois, je ne pense pas qu’il y avait vraiment une différence de corps entre Wilt et David Robinson. Même si David Robinson c’est quelque chose hein ! Mais bon, Robinson ne risquait pas d’arrêter Shaq une fois qu’il était en mode Shaq quoi. Shaq ! Shaq ! Il n’y a même pas débat. Shaq, point.

Et le plus athlétique ?

Historiquement, « MJ ». Il y a Dominique Wilkins aussi (retrouvez notre interview Ma NBA avec lui justement…). Et là tu peux mettre Wilt ! Athlétiquement, là oui. Wilt… (Russell) Westbrook, pour sa taille et son poste, il faut le mettre. C’est le meneur le plus athlétique de l’histoire pour moi. Il faut peut-être voir avec le D-Rose MVP, mais vu la longévité, je dirais Westbrook. Si tu fais un cinq, c’est : Westbrook, MJ, Dominique, Wilt. Et en 4… Karl Malone. Ou un jeune Charles Barkley. Ah, non ! Un jeune Kevin Garnett ! Je vais mettre Kevin Garnett tiens !

Qui est le joueur le plus athlétique actuellement ?

Zach Lavine. Qui est athlétique sinon ? Aaron Gordon aussi, forcément. LeBron encore… Et Westbrook. Pour moi, athlétique c’est l’explosivité, le hang time, la vitesse… Zach ou Westbrook du coup, j’ai envie de les mettre en premier. Il y en a d’autres hein ! Mais je vais mettre ces deux-là. Après on peut prendre d’autres critères en considération. Par exemple, James Harden n’est pas vraiment athlétique-athlétique selon cette définition –enfin, il met des gros dunks aussi, attention !–, mais il a quand même des trucs qui font qu’il est athlétique. Le gars est MVP en titre hein ! Et j’aime bien justement la comparaison avec lui pour (Luka) Doncic en fait. Mais sur la définition plus classique, ça reste ces mecs-là.

« Pour moi, le dunk a plus d’impact que le trois points »

 

Qui est le plus grand trash-talker de l’histoire ?

C’est entre Bird et Jordan je pense. Les deux ont back-up surtout derrière… Ce n’est pas juste le fait de parler, c’est ce que tu fais sur le terrain tout en parlant. Et moi, les deux sont dans mon top 5 tu sais (son Ma NBA vol. 1 est à lire ici). Il y en a eu d’autres hein ! Mais c’est deux-là sont au top.

C’est un art perdu ?

Ce n’est pas vraiment perdu, mais c’est vrai qu’on n’a plus vraiment le droit. Larry Bird ou Michael Jordan ne pourraient pas faire maintenant ce qu’ils faisaient à l’époque. Ça a changé. Les règles font que ce truc-là va cesser, ou ne dure pas. Tu es sanctionné par rapport à ça, durement même ! Donc c’est surtout ça. Mais il y a beaucoup de trash-talkers ! Dans le bon sens du terme. Tu regardes quelqu’un comme Draymond Green, il parle tout le temps. Mais ce sont des gens qui ont besoin de ça. Et c’est bien pour le jeu ! C’est bien, c’est bien. Voilà, c’est un mec qui a besoin de ça. Et je ne pense pas qu’il soit dans l’irrespect, non plus. KG aussi ! Je peux te dire que Kevin Garnett, au début de ma carrière, c’était incroyable (il ouvre grand les yeux et secoue la tête). Ah mais c’était du début a la fin du match quoi ! Le volume aussi ! Après, c’est sûr qu’il y a des mots, parfois… Mais tu es dans le jeu. Il n’y a rien de personnel en fait. Cependant, je pense que ça ne peut plus être aussi fort, costaud même, que ça l’était il y a vingt ou trente ans. Tu n’auras plus cette violence.

Toi-même, tu ne l’es pas vraiment…

Moi jamais. Je n’ai jamais été comme ça. Et je ne cherche jamais à rentrer dans ce jeu-là d’ailleurs. Si tu l’es, tu l’es. Si tu ne l’es pas, tu dois rester comme tu es d’habitude. Même face à un trash-talker. Parce que si tu changes, même pour le chambrer après une bonne action de ta part, quelque part il va s’en servir. C’est lui qui a besoin de ça. Alors que si tu le laisses face à un mur, il ne peut pas s’en servir. Surtout si ces mecs-là savent qu’un mec comme moi ne va pas parler. Donc si je rentre dans leur jeu, c’est qu’ils ont gagné. Après, ça ne veut pas dire non plus qu’en te taisant ça va le faire déjouer.

Allez, pour finir, qu’est-ce qui a le plus d’impact : tomar ou trois points ?

Pour moi c’est le tomar. Tu marques ton territoire quoi. Parce que le trois points, finalement c’est assez facile de prendre le tir quoi… Mais le dunk, il y a tout le chemin à faire pour traverser toute une défense et aller s’accrocher au panier, le truc que tu dois protéger avant tout ! Donc pour moi, ça a plus d’impact qu’un trois points. Ça va dépendre du moment du match, mais on ne va pas rentrer dans les détails… En général, je pense que c’est le dunk. Même si un trois points vaut plus de points ! Il y a un impact mental. Sur l’adversaire, sur ton équipe, sur le public. Après, c’est vrai que maintenant on met plus d’emphase sur le trois points, donc ça peut peut-être commencer à virer…

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Brooklyn

Retrouvez toutes nos interviews « Ma NBA » ici (12 au total série en cours !)

1 Comment

Leave a Reply