[Ma NBA] Bill Wennington : « Je raconte toujours la même anecdote, parce que pour moi c’est Michael Jordan à l’état pur »

[Ma NBA] Bill Wennington : « Je raconte toujours la même anecdote, parce que pour moi c’est Michael Jordan à l’état pur »

Recruté juste après la première retraite de Michael Jordan, via un contrat d’un mois, Bill Wennington n’a jamais vraiment quitté les Bulls, puisqu’il est désormais leur commentateur TV. Après six saisons sous l’uniforme rouge et des moments magiques, dont la mythique saison 1996 à 72 victoires et le titre à la clé. Sans oublier le second three-peat derrière. Basket-Infos est allé à la rencontre de l’ex-coéquipier de Chris Mullin à St John’s, passé par les Mavs, les Kings et Bologne, pour revenir sur ses souvenirs hauts en couleur. De Montréal à New York et ses playgrounds, des joueurs oubliés au meilleur de tous les temps, des équipes pourries aux teams légendaires. Un tour d’horizon NBA complet, forcément riche en détails made in Chicago. 

Bill, quel est le joueur qui vous a le plus inspiré lorsque vous étiez jeune ?

J’ai grandi à Montréal, donc en fait j’étais plutôt hockey : Ken Dryden des Canadiens et Bobby Orr des Boston Bruins (rires) ! J’ai joué au hockey jusqu’à 12 ans, puis ensuite j’ai commencé le basket. Au début, c’était vraiment à cause de ma taille : je faisais 1m88 en sixième… Donc non seulement il y avait des coaches qui essayaient de me convaincre, mais en plus je ne pouvais plus trouver une paire de skates qui m’allait. Je chaussais du 49 (il sourit) ! La première année où j’ai essayé le basket, je n’étais pas très bon, mais ça m’a vraiment plu. J’aimais jouer quoi ! Alors j’ai bossé très dur. C’est là que j’ai su que j’aimais ça, que j’aimais le jeu. Et du coup, le joueur NBA qui m’impressionnait le plus, c’était Dr J, mais je n’étais vraiment pas assez bon athlète pour espérer jouer comme lui. Kareem Abdul-Jabbar par contre, c’était un pivot lui aussi, et j’aimais beaucoup sa façon de jouer, donc je pouvais m’en inspirer un peu plus. Ces deux-là, c’était vraiment les deux gars que je ne voulais pas louper à la télé, à l’époque.

Quand avez-vous réalisé que vous alliez jouer en NBA pour sûr, que ce n’était pas qu’un rêve de gosse ?

Je dirai ma troisième année en NCAA (il a évolué à St John’s de 1981 à 1985). Je jouais contre Patrick Ewing trois ou quatre fois par an, entre la Big East, le tournoi de la Big East et même au Final Four ma dernière année (Georgetown les avait alors éliminé en demi-finale). Du coup, tous les ans, Patrick me servait de baromètre, puisqu’on savait tous qu’il allait y aller (la NBA a inventé la loterie en 1985 en grande partie parce que toute la ligue voulait s’arracher le futur Knick, ce qui créa l’une des plus grandes théories du complot de l’ère David Stern). Il m’a poussé en fait, à devenir meilleur chaque année. Le fait d’être tous les jours avec Chris Mullin (qui était avec lui à St John’s exactement les mêmes années avant d’être drafté 7e en 1987), de voir le nombre d’heures incalculables qu’il y passait, cela m’a beaucoup poussé aussi. Du coup, mon année Junior, je voyais que c’était atteignable si je continuais de travailler (il fut pris en 16e position par les Dallas Mavericks).

Quelle était votre relation avec Chris Mullin justement ?

Avant St John’s, j’étais déjà venu faire deux ans de high school à New York (à Long Island Lutherian), donc on s’était déjà croisés sur le circuit lycée (Mullin est un natif de Brooklyn, qui a joué pour Power Memorial Academy à Manhattan avant de prendre les couleurs de Xaverian à BK), on était tous les deux All-American aussi (en même temps que Jordan, déjà)… Du coup on se connaissait bien. Et dès notre première année à St John’s, on s’est retrouvés à vivre ensemble dans la même chambre. Le premier soir, ç’a été une soirée très spéciale dans ma vie. On a juste parlé de basketball toute la nuit. Nos objectifs, ce que l’on voulait faire, à St John’s et par la suite. Pour Chris, c’était la NBA direct : « je veux aller en NBA ». Pour moi c’était plutôt : « ce serait bien, j’essaie de faire ça moi aussi, mais je ne sais pas si je suis déjà prêt à y arriver ». Mais ça a bien fonctionné au final !

Chris est connu pour être allé jouer sur les meilleurs playgrounds new yorkais très tôt, particulièrement dans des quartiers noirs. Y êtes-vous allé vous aussi ?

Mon coach en high school nous y amenait pendant les summer leagues. Du coup on a joué un peu sur les playgrounds ici (l’interview a été réalisée à New York) et c’est clair que c’était dur quoi ! A Long Island, je jouais aussi tout l’été sur les playgrounds, mais bon ce n’était pas tout à fait pareil… Mais les deux m’ont appris que tu dois te battre, savoir te faire respecter. J’ai appris à jouer physique comme ça. Ça m’a bien préparé pour la NBA. Et même pour St John’s et la Big East ! Il y avait Patrick à Georgetown donc, Andre Hawkins et Ronny Seikaly à Syracuse (le second, né au Liban et formé en Grèce, est considéré comme l’un des premiers internationaux à avoir eu un impact en NCAA et NBA), Eddy Pinckney à Villanova (champion NCAA et MOP en 1985, 12 ans de carrière NBA et toujours assistant aux Wolves)… Que des joueurs costauds qui jouaient dur.

 

« Dick Motta n’arrêtait pas de me répéter : ne laisse pas Kareem prendre position ! »

 

Une fois arrivé en NBA, quel est le joueur offensif qui vous a causé le plus de problème ?

En fait, dès la première action de mon premier match, j’ai pris la pleine mesure du niveau NBA. On joue contre les Lakers… et contre Kareem Abdul-Jabbar, donc ! Mon coach, Dick Motta, m’appelle du banc et me donne une seule consigne : « Ne le laisse pas entrer dans la raquette ! ». Il n’arrête pas de me répéter ça : « Ne le laisse pas entrer dans la raquette ! ». Alors je rentre sur le parquet, ils remontent la balle et je « bump » Kareem au niveau de la ligne à 3 points. Du coup je me sentais bien quoi ! J’avais réussi à le garder à distance. Et là, Magic Johnson lui envoie le ballon. Kareem me fait juste feinte d’épaule à droite, repart sur sa gauche et balance un skyhook à six mètres, juste en-dessous de la ligne quoi… Swish ! Je me retourne vers mon coach, il me gueule dessus : « Je t’avais dit de ne pas le laisser prendre position !!! ». (Il explose de rire en racontant la suite) Je l’ai regardé genre : « Qu’est-ce que tu veux que je fasse de plus ? Je l’ai pratiquement sorti du terrain !! Comment tu veux que j’arrête ça ?! ». J’ai pris cher quoi, c’était horrible ! C’était Kareem qui me disait : « Bienvenu en NBA » ! (Il continue de rire –nous aussi– avant de reprendre plus calmement) Mais sinon, à travers ma carrière, Hakeem Olajuwon était peut-être le pivot le plus dur à garder, parce qu’il avait tellement de moves poste bas ! Patrick Ewing était pas mal aussi. Mais Shaquille O’neal, c’était le plus dur physiquement. Tu pouvais savoir ce qu’il allait faire, ça n’avait pas d’importance, parce qu’il allait juste te punir physiquement. Hakeem, lui, tu ne savais pas ce qu’il allait faire, parce qu’il pouvait tenter tout ce qu’il voulait avec son footwork. Mais Shaq, c’était juste au physique. Le gars était absolument impossible à bloquer, même quand tu pouvais l’anticiper. D’ailleurs, dès que tu t’apprêtais à jouer contre lui, tu savais que ton corps te ferait mal le lendemain. Des douleurs partout. Le gars était juste trop gros et trop balèze pour qui que ce soit.

Et le meilleur défenseur ?

Alors, pour moi c’était un peu différent, parce que j’étais un pivot atypique pour l’époque : j’avais plutôt tendance à prendre des tirs en-dehors de la raquette. Donc de ce fait j’avais souvent des ailiers-forts qui me prenaient, et là ça pouvait devenir plus compliqué. Karl Malone était vraiment difficile à jouer pour moi du coup. Et poste bas, c’était sûrement Patrick Ewing le plus dur. Il avait une énorme présence physique et il pouvait bien bouger ses pieds. Il aimait bien aller au contact en plus. Pat était vraiment un bon défenseur poste bas. (Dikembe) Mutombo aussi était très fort poste bas. Vraiment long. Ce sont ce genre de défenseurs qui te bloquaient vraiment : ils étaient toujours là, au contact, avec de longs bras pour toujours gêner ton tir… Mais dès que je m’écartais, les gros intérieurs n’aimaient pas trop me suivre. Sauf quelqu’un comme Karl. J’aimais bien aller poser des écrans du coup. Et de temps en temps, mes coéquipiers ressortaient la balle pour que je prenne le tir (grand sourire). Maintenant, c’est différent : tous les intérieurs doivent pouvoir sortir en défense.

 

« Le point commun entre les Warriors et les Bulls c’est… »

 

Les Bulls de 1995-96 ont détenu pendant vingt ans le record de victoires en saison, 72, avant que les Warriors en gagnent 73 en 2015-16. Sauf que vous aviez gagné le titre et pas eux. Vous êtes donc logiquement ensemble dans le débat pour l’équipe la plus dominante de tous les temps… Comment compareriez-vous ces deux ogres ?

Déjà, l’important pour les deux, c’était de gagner. Il ne s’agissait pas de qui a le plus de points ou de qui est le meilleur joueur, le plus important c’était de gagner. Et bien sûr il y avait des joueurs qui étaient les meilleurs dans chaque équipe, mais ils voulaient gagner plus que tout. Gagner, c’était primordial. L’envie de gagner. Plus que l’envie d’en planter 30 tel ou tel soir. La différence, c’est juste le style de jeu, qui va avec les règles aussi. Ce n’est pas aussi physique maintenant. On pouvait jouer beaucoup plus dur. Je pense que c’était la plus grosse différence. Et franchement, je pense que les joueurs de notre époque pourraient facilement s’adapter au style actuel. Si à mon époque c’était à la mode de tirer à 3 points, j’en aurais pris plus. Mais quand je jouais avec les Bulls, on prenait 14 tirs derrière la ligne par match. Et un grand nombre d’entre eux était pour Steve Kerr (qui a le meilleur pourcentage de l’histoire en carrière : 45.4%) ! Donc pourquoi je prendrais un tir si j’ai Steve Kerr dans mon équipe et qu’on en shoote très peu ? Autant le trouver. Mais si on jouait à l’époque actuelle, on en aurait pris plus par match, et du coup c’est clair que j’en aurais balancé ! J’avais le jeu pour… Par contre, je ne suis pas sûr du tout que les joueurs d’aujourd’hui pourraient s’habituer au style physique de notre époque. Mais bon, Golden State est une équipe fabuleuse, ils ont plus de gars talentueux dans leur équipe que je n’ai jamais vu, où que ce soit ! Ceci dit, le style de jeu actuel permet aussi à ces talents de se montrer plus. Ils ont même grandi dans un univers qui mettait cela en avant, alors que nous on a dû apprendre à en découdre avec des Patrick Ewing. On se préparait à se balancer des coups, des vrais coups, avec l’avant-bras saillant à chaque possession, alors que maintenant, tu essaies de contourner le défenseur ou avoir des shoots ouverts avec l’écran. Donc c’est différent. (Il semble réfléchir une ou deux secondes) Un autre point commun avec les Warriors, c’est que l’on faisait tourner la balle aux Bulls. On cherchait le gars ouvert. Et c’est exactement ce que fait Golden State maintenant.

Quelle équipe de votre époque vous semble sous-estimée aujourd’hui ?

Il y en a beaucoup ! Regarde les Knicks des années 90 en général… Ou même l’équipe d’Indiana en 1998, que l’on a joué en finale de conférence. C’était une très, très, très bonne équipe ! Le Jazz d’Utah, qu’on a joué deux ans de suite en finale aussi, c’était… (il prend une inspiration, comme s’il se remémorait leurs passes d’armes) c’était une super équipe ! Karl Malone, John Stockton… et Jeff Hornacek, que je viens de croiser (l’ex-coach des Knicks, All-Star en 1992, traîne encore régulièrement au Barclays Center des Nets). Ces gars-là savaient vraiment jouer. Je crois que les gens oublient vraiment à quel point ces équipes-là étaient bonnes, parce que les Bulls gagnaient tout le temps. Donc ils oublient. Mais les équipes que l’on a battues, c’était de sacrées équipes. Et même avant que je n’arrive aux Bulls (en 1993-94), l’équipe de Detroit qu’ils avaient fini par vaincre, c’était vraiment une énorme équipe. D’ailleurs, tout le monde aux Bulls y pensait encore quand on y retournait, même après. Des autres équipes pour lesquelles j’ai joué, on oublie celle des Dallas Mavericks dans les années 80, avec Mark Aguirre (avant qu’il ne rejoigne justement les Pistons et gagne deux bagues avec eux) et Rolando Blackman. C’était une bonne équipe : deuxième puis troisième à l’Ouest ces années-là, finale de conférence en 1988… Ils jouaient leur chance en playoffs chaque année, avant qu’ils ne repartent à zéro.

 

« Les gens ne comprennent pas, Scottie Pippen était un monstre ! »

 

Et les joueurs de votre époque sous-estimés aujourd’hui ?

J’aimais beaucoup Otis Thorpe (All-Star en 1992, champion avec Houston en 94, pour qui il tournait en double-double comme ailier-fort titulaire), c’était quelque chose de jouer contre lui. Les gens ont complètement oublié à quel point Ralph Sampson était dominant aussi avant sa blessure, j’ai l’impression (le phénomène rookie de l’année en 1984 avait envoyé ses Rockets en finale dès 1986, évinçant les Lakers Showtime au passage, avant trois opérations qui ne l’ont jamais remis à son vrai niveau). Et je me contrefous de ce que qui que ce soit puisse venir me dire, mais Mark Eaton, à 2m26 c’était une bête !! Un mec énorme (plus grand que Boban Marjanovic…). Et puis on parle de l’athlétisme des joueurs actuels, mais on se rend bien compte de ce qu’était Dominique Wilkins (retrouvez le Ma NBA avec la légende des Hawks ici) ?! C’était une étoile filante le gars, il pouvait traverser le terrain comme un arrière, il avait un super touché, il trouvait des moyens pas possible pour shooter… Et il valait mieux que tu pries pour ne pas avoir un pas de retard contre lui, parce que sinon il allait juste te claquer un dunk en pleine tronche ! Si tu venais en aide défensive aussi, il valait mieux avoir anticipé à l’avance, sinon (il fait une grimace et gémit) ! Scottie Pippen également. Les gens ne comprennent pas. Sa défense, c’était de l’athlétisme pur, en plus d’une grande intelligence bien sûr. Je ne sais pas si on a jamais vu ça et si on ne reverra jamais ça. Tout le monde sait que personne n’a jamais couvert le terrain, tout le terrain, d’une ligne à l’autre, comme lui. Personne. Mais en plus, en aide défensive, c’était un monstre. Quand il venait m’aider en défense sur Shaq, il lui faisait assez peur pour que Shaq ressorte le ballon sur son joueur, et ensuite Scottie arrivait à revenir sur lui avant qu’il ne puisse déclencher un tir. Ça veut dire qu’on n’avait jamais besoin de switcher avec lui !

Vous qui avez fait plusieurs équipes, quelle différence apporte un joueur quand il a autant d’athlétisme ?

Ça change tout ! Je reste sur Scottie. Regarde aujourd’hui : tout le monde change tout le temps, sur tout. En grande partie parce que personne ne peut couvrir autant de terrain, vu tous les tirs à 3 points aujourd’hui. La zone est plus large. Mais quand tu avais un gars comme Scottie, qui était assez rapide pour revenir sur son joueur et l’empêcher de se faufiler ou de shooter, après avoir fait une aide défensive ailleurs, ça rend la défense pour toute l’équipe immensément meilleure ! Et tellement plus facile pour le coach !

C’est un peu comme avoir un deux-contre-un en contre-attaque, sauf que là c’est en défense…

C’est exactement ça. Quelqu’un comme Joakim Noah savait aussi très bien apporter ce genre de différence, quand il était aux Bulls, avant ses blessures. Vous pouviez faire un 1-5 screen-roll up top (écran entre le meneur et le pivot au-dessus de la tête de raquette, où le pivot roule ensuite vers le panier), et quand même avoir Joakim passer sur le meneur en défense, parce qu’il était assez rapide, pour un joueur de plus de 2m10, en le gardant devant lui sans faire de faute ou le laisser partir au lay-up. Et en même temps si le pivot attrape la passe ensuite, Joakim peut le reprendre et le contenir avant qu’il ne puisse finir au cercle.

 

« Scottie et Steve hallucinaient qu’à New York on me parle plus de St John’s que des Bulls ! »

 

A part les vôtres, quelle était votre salle préférée ?

Le Madison Square Garden. C’était toujours génial de revenir à New York et y jouer. J’ai fait tellement de matchs NCAA là-bas. L’ambiance à l’intérieur, c’était toujours de super souvenirs qui revenaient… Les fans se souviennent toujours de toi ici. Hier soir, je me baladais dans New York et les gens venaient me parler de St John’s ! Même avec les Bulls… En 1998, pendant la saison, je me promenais avec Scottie et Steve Kerr en ville, et les gens n’arrêtaient pas de me crier : « Bill Wennington de St John’s ! ». Steve et Scottie me disaient : « St John’s ?! Tu as gagné deux titres NBA avec nous et ils te parlent de St John’s ??? ». Ça, c’est New York. « Once a New Yorker, always a New Yorker ».

Quand Michael est revenu, il a fait ce match légendaire au Madison Square Garden, avec 55 points, mais on oublie que c’est à vous qu’il envoie la passe pour le dunk qui fait remporter le match…

(Grand sourire) Ça me va très bien qu’on l’oublie ! Ce match lui appartient. C’était de la folie. OK, il faisait des choses folles tous les jours, même à l’entraînement. Mais ce soir-là, c’était une de ces soirées magiques : Michael au top de sa forme, qui se mesure à cette scène, qui veut marquer le match de son empreinte, montrer qu’il est de retour. Et ça se voyait qu’il adorait le Garden… Beaucoup de grands joueurs veulent bien jouer au Garden, mais celui-là, je l’ai vu comme je te vois toi là, juste devant moi. C’était phénoménal. Il était incroyable, spectaculaire à regarder. Il avait juste décidé que c’était ce jour-là, à cet endroit-là, et personne ne pouvait l’arrêter. Personne. Mais encore une fois, l’important c’était de gagner. Il voulait tous nous emmener avec lui. Il n’avait pas besoin de rentrer le dernier tir. Si tu étais ouvert, il allait te passer le ballon. C’est pour ça que c’est un joueur si spécial. Tout ce qu’il voulait faire, c’était gagner. Tout le temps. Et il avait compris que cela impliquait un effort collectif.

A cette époque-là du moins…

Oui, je ne vais pas parler des premières années, puisque je n’étais pas là (il nous lance un clin d’œil).

Si vous deviez faire un cinq all-time, ce serait qui ?

(Il hésite très longuement) Kareem… Non, pardon, Wilt Chamberlain. Pas facile de choisir un ailier-fort vu que le jeu a tellement changé. Mais là comme ça je dirais Karl Malone. Meneur : Magic, parce qu’il a de la taille, il peut passer et il peut défendre. En 2, Steph Curry. En 3 Michael (Jordan). Mais tu vois, là, en 4, Karl Malone ne peut pas vraiment courir comme un 4 actuel devrait.

Et aujourd’hui alors ?

Steph Curry en meneur, Klay Thompson en 2, LeBron en 3. En 4, oh mon dieu, Kevin Durant ?! Attends, mais en 5 j’ai DeMarcus Cousins là qui me vient aussi ! Je ne veux pas mettre toute leur équipe !! Mais franchement, ça serait valable quoi. Peut-être Anthony Davis, ne serait-ce que pour changer un peu.

 

« Je ne vais pas dire qu’apprendre le triangle était facile »

 

Quel est votre meilleur souvenir en NBA ?

Le premier match, que je t’ai raconté, et le premier titre, avec les Bulls. Voir cette bannière monter au plafond, savoir que tu en as fait partie, que ce sera là-haut à jamais ; pour n’importe quel spectateur qui ira sur place et verra ça… Surtout après dix ans de carrière. Même si j’avais fait deux ans en Italie, à Bologne, juste avant. J’ai adoré d’ailleurs ! C’était un peu comme être à la fac. Moins de matchs, tout était très structuré. Tu jouais le dimanche, le jeudi, et parfois le mardi pour la Coupe d’Italie.

Quand Dominique Wilkins nous en parlait récemment, il disait que lui ne voulait pas faire deux entraînements par jour par contre…

Franchement, ce n’était pas si dur ! Le matin c’était « atletica » : on faisait des poids ou un peu d’aérobie. Et l’après-midi c’était basket. J’étais dans une bonne équipe (Virtus a gagné le championnat italien en 1993), le préparateur physique ne cherchait pas à nous en faire faire trop : la plupart du temps on jouait au foot ! On devait lever des poids genre deux fois par mois. Et moi j’étais déjà costaud, donc bon, il ne me poussait pas. On faisait surtout du jogging, du running, et donc du foot, pour nous garder actifs sans nous dégoûter. C’était fun ! Comme je ne savais pas vraiment jouer par contre, j’étais goal. J’avais un peu joué au Canada, gamin, à 10 ans, juste comme ça. Mais en Italie, c’est tellement toute une culture, les gars étaient vraiment bons et je ne risquais pas de jouer avec eux. Donc j’étais dans les buts et c’était déjà bien si je faisais un arrêt. Et après, il fallait juste que je leur fasse vite rouler le ballon ! Je me plaisais beaucoup en Italie. Mon coach c’était Ettore Messina, qui est assistant aux Spurs maintenant, un super coach (4 fois champion d’Euroleague et un palmarès long comme le bras, dans la discussion pour le meilleur coach Européen de l’histoire, a fortiori s’il était resté sur le vieux continent). Mais je savais que je voulais revenir en NBA quand même. Et ça a plutôt bien marché avec les Bulls (rires) !

Justement, pourquoi pensez-vous avoir bien intégré cet effectif légendaire ?

Parce que j’étais assez discipliné pour appliquer l’attaque en triangle. Je voyais bien les options. Car ce n’est jamais un système en particulier. Il faut savoir lire la défense et voir ce qu’elle te donne. Alors qu’aujourd’hui, en attaque tu apprends A, B, C, puis D. Or le jeu ce n’est pas A, B, C, D. Déjà, au lycée, Bob McKillop m’avait appris à vraiment faire cela en permanence : lire les options, faire bouger la balle, toujours trouver un moyen d’avoir un tir démarqué. Donc ca m’a beaucoup aidé. Je ne vais pas dire que c’était facile d’apprendre le triangle, car ça ne l’était pas, mais ça m’a aidé à avoir une approche plus libre. A savoir que des fois, tu vas de A à Z directement, sans passer par B, car la défense cherche trop à anticiper. Si j’ai la balle, que je suis sensé la passer à Michael qui coupe au panier, mais qu’il a trois défenseurs sur le dos et que Steve est ouvert, je la passe à Steve… Et c’est cette action qui prend le dessus sur le système. Aujourd’hui c’est sensé être comme ça aussi, pour ceux qui savent le mieux lire le jeu, sauf qu’avec le triangle c’était tout le monde qui devait faire ça en permanence. En plus, je pouvais tirer à mi-distance, voire assez loin, donc je pouvais emmener l’intérieur adverse en-dehors de la raquette, ce qui laissait de la place à Michael et Scottie pour aller au panier. C’était ce qu’on faisait beaucoup : pick-n-roll, j’en plantais un ou deux à 6 mètres, et là le pivot devait sortir pour me garder, et du coup ils attaquaient le cercle ensuite. Un autre truc, c’est que j’avais 6 fautes à donner, et carte blanche pour toutes les utiliser (rires) !

« Jouer avec Michael Jordan, c’était ça ! »

 

Votre souvenir le plus difficile ?

Le plus difficile? J’en ai deux. Ma troisième ou quatrième année dans la ligue, on a changé de coach et John MacLeod ne m’a pas trop fait jouer. Je savais que je pouvais jouer, mais il me laissait sur le banc. Ensuite, c’était en 1990, quand j’ai été transféré à Sacramento. On a gagné 25 matchs cette saison-là. Je vais te dire : perdre, ce n’est vraiment pas marrant (son visage se ferme). Et on a gagné qu’un seul match à l’extérieur. Un seul. De toute l’année. C’était tôt dans la saison en plus, à Orlando. Du coup on a aussi établi le record pour le plus grand nombre de défaites d’affilée à l’époque. C’était vraiment pas bon. On n’était pas bon. La culture n’était juste pas bonne du tout. Dick Motta (coach de l’année en 1971, champion en 1978 avec les Washington Bullets, top 10 de l’histoire au nombre de victoires…) était notre entraineur pourtant, et on avait de très bons joueurs, comme Wayman Tisdale (très fort joueur de NCAA qui a eu une carrière plus discrète en NBA, sa meilleure saison ayant tout de même compilé 22.3 pts et 7.5 rebonds, sans oublier une belle association avec Mitch Richmond), Rory Sparrow (sans fait majeur, l’arrière resta cependant 12 ans en NBA, alors qu’il avait été recruté en 75e position)… Et on avait 5 rookies ! C’était vraiment une équipe très jeune et Dick essayait de changer la culture, mais il n’y arrivait pas. Je ne dirai pas qu’ils aimaient perdre, mais ils s’y étaient habitués…

On ne va pas se quitter sans une histoire sur Michael Jordan…

(Il sourit) Je raconte toujours la même, parce que pour moi c’est Michael à l’état pur. A l’entrainement. Je t’ai déjà dit qu’on le voyait faire des choses folles tous les jours. C’était bien sûr le cas à tous les matchs, tout le monde sait ça, mais imagine que nous on avait ça aussi tous les jours à l’entrainement. Et ce n’était pas des acrobaties pour faire le show. C’est qu’il se poussait à fond, qu’il était toujours dans le challenge. Et du coup ça nous poussait aussi. Il voulait être le meilleur joueur au monde, mais dans la meilleure équipe, donc il cherchait à nous pousser. Alors l’histoire, c’est que Michael avait passé son défenseur sur un drill, et moi j’arrive en aide défensive derrière et je contre MJ…(Il écarquille grand les yeux) Ecoute-moi bien, tout le reste de l’entrainement, peu importe qu’on soit en deux-contre-deux, trois-contre-trois, cinq-contre-cinq tout terrain, (il insiste sur les prochains mots) tout le reste de l’entrainement, si j’étais sur le parquet, à chaque fois qu’il avait la balle, même si j’étais à l’autre bout, il passait son défenseur, se débrouillait pour que je me retrouve en défense sur lui –ou venait juste se mettre à côté de moi– et me lançait : « contre ça, bitch ! », et boum il scorait ! C’était ça Michael. C’était ça de jouer avec lui. Il voulait être sûr que tu allais te battre et que tu ne reculerais pas.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Brooklyn

 

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4 Comments

  1. merci pour cette interview ça change des trucs habituels !!!!!

  2. chouette interview d'un porteur d'eau d'une des plus grandes équipes de l'histoire ! Il nous parle d'un temps que les moins de 35 ans (?) ne peuvent pas connaître… ;)

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