[Interview] Nicolas Batum : « Attention, on disait la même chose en 2010 en Turquie et ils ont quand même gagné »

[Interview] Nicolas Batum : « Attention, on disait la même chose en 2010 en Turquie et ils ont quand même gagné »

Absent lors de l’Euro 2017, Nicolas Batum n’est pas resté bien longtemps loin de l’équipe de France, déjà présent pour les dernières fenêtres de qualification pour la coupe du monde. Cette année encore il sera un des cadres des bleus et nous avons pu discuter avec lui ce cette nouvelle aventure.

Bonjour Nicolas, pour commencer quel regard portes-tu sur cette Coupe du Monde à venir ?

C’est une compétition internationale, aucune n’a jamais été facile et ne le sera jamais. Il faut bien se préparer. On a connu des belles aventures et des moins bonnes, mais on a toujours su apprendre de nos erreurs. Ça fait une petite décennie qu’on est constants au niveau des résultats. Là ça va être une Coupe du Monde relevée. Une dizaine d’équipes peuvent prétendre à quelque chose et c’est d’autant plus particulier qu’elle est qualificative pour les Jeux Olympiques. Ça rajoute du piment à cette compétition mondiale. C’est sûr qu’on a un effectif et qu’on a tout pour réussir des belles choses.

Tu parlais des résultats sur ces 10 dernières années, tu reviens en compétition pour la première fois depuis les Jeux, c’est la première depuis le départ de Tony et Boris, c’est le début de quelque chose de nouveau ?

Oui un petit peu. Il y a beaucoup de nouvelles têtes et de personnes qui n’ont pas forcément fait de compétition internationale comme l’Euro, les Jeux ou la Coupe du Monde. On a un groupe talentueux avec une belle mentalité. Tout le monde répond présent et tout le monde est prêt.

C’est la première compétition sans Boris Diaw, qu’est-ce que ça change pour toi ?

Techniquement il est toujours dans le staff (rires) il sera juste en-dehors du terrain avec son aura. On a connu la fin d’une génération qui a marqué le basket français, mais maintenant c’est à nous d’écrire notre propre histoire. On a des joueurs qui ont vécu des choses assez grandes, des joueurs de la nouvelle génération affamés et qui ont eu de grands résultats en jeunes avec l’envie de retranscrire en A avec des gars comme Frank [Ntilikina]. C’est le début de quelque chose, ça me rappelle 2009, j’espère qu’on arrivera à faire de belles choses

Justement, quels conseils as-tu à leur donner ?

Rentrer dans le projet. C’est quelque chose que les anciens nous ont fait comprendre. L’équipe de France, ce n’est pas individuel, ce n’est pas la NBA, ce n’est pas l’Euroleague. On est ici pour un ou deux mois, dans le même bateau, avec le même projet. C’est quelque chose qu’on a réussi à assimiler et c’est pour ça qu’on a eu autant de médailles. Cette génération, je pense qu’elle l’a compris. Ils ont vu ce que l’on a fait et veulent continuer là-dessus.

Qu’est-ce qui fait que cet amour du maillot transpire en équipe de France ?

Qu’on gagne ! On a été plusieurs fois dans un top 4. Avant c’était un exploit et maintenant c’est régulier. Il nous manque juste les Jeux Olympiques pour cette génération. On a fait 3 médailles consécutives à l’Euro, une médaille à la Coupe du Monde. On était toujours pressentis comme une bonne équipe au début des compétitions et ils ont suivi ça. Ils arrivent avec l’envie de ne pas décevoir. Ce n’est pas facile parce qu’il y a d’autres équipes avec de très belles générations. Je pense que cette Coupe du Monde sera la plus relevée depuis un moment.

Comment expliquer que ce n’est pas la même chose avec Team USA, ils gagnent pourtant ?

Je ne sais pas, il faut leur demander ! Après attention, on disait la même chose en 2010 en Turquie et ils ont quand même gagné. Ils ont un vivier extraordinaire donc ce n’est pas comparable.

Il n’y aurait pas un petit manque de respect vis-à-vis du basket international ?

Non, les raisons qui sont citées avec l’intersaison incroyable, je peux comprendre. La saison NBA va être incroyable aussi. Ils vont se concentrer là-dessus, ce n’est pas anodin ce qui s’est passé cet été : c’est du jamais-vu. Ils sont déjà qualifiés pour les Jeux donc ils peuvent se permettre de faire l’impasse même si sur le papier ça reste plus fort que n’importe qui.

Tu en es intimement persuadé ?

Je connais bien Kemba Walker, je le prends tous les jours dans mon équipe. Walker, Tatum, Drummond, Marcus Smart il faut le passer. Ce ne sont pas des gros noms, mais des gros joueurs. Ils restent favoris.

Vincent Collet parlait de l’Australie comme une nation émergente, c’est celle qui vous fait le plus peur avec la Serbie ?

Ce n’est pas une équipe émergente. Ils étaient demi-finalistes à Rio, je les voyais finalistes. C’est une équipe bien construite qui tourne bien. Il y aura des beaux matches. T’as une petite dizaine d’équipes qui peuvent faire un podium et c’est du jamais-vu.

Tu étais capitaine pendant les fenêtres, ça va se pérenniser ?

On n’en a pas encore parlé avec Vincent, mais c’est vrai qu’avec Nando [De Colo] on est les vieux maintenant. On est les Flo [Pietrus] et Boris [Diaw]. On a plus d’expérience tous les deux donc on va voir ça avec Vincent.

Comment tu te situes en termes de hiérarchie après avoir manqué l’Euro 2017 ?

Je suis revenu l’an dernier quand même. Je vais essayer de faire ce que j’ai fait en juillet dernier. Boris exclu, en Russie et en Bosnie, on avait à peu près l’équipe qu’on aura là. Je vais être une sorte de Boris. Offensivement on a Thomas [Heurtel], on a Nando [De Colo], on a Evan [Fournier], on a Adrien [Moerman], on a des joueurs qui peuvent scorer. A moi de faire le joueur qui attache tout

Tu ne sors pas de ta saison la plus simple, c’est une bouffée d’oxygène de venir ici ?

Non, c’est un système, un environnement, un coaching différents. C’est différent. On ne me demande pas la même chose et je dois m’adapter.

Est-ce qu’on te verra plutôt au poste 3 ou au poste 4 ?

Les deux. On a expérimenté ça l’été dernier. Le jeu se rétrécit et on peut jouer small ball avec d’autres joueurs dans ce rôle de stretch 4 comme Axel (Toupane) ou Amath (M’Baye). Nous trois, on peut attaquer et défendre sur plusieurs postes et c’est intéressant.

C’est quoi votre ambition pour la compétition ?

Je vais dire ce que j’ai dit en 2014 avant d’aller en Espagne. C’est une équipe plus jeune, moins expérimentée. Tant qu’on est soudé, avec la même vision, on peut faire des grandes choses. On a renversé l’Espagne chez elle. Je ne vais pas dire qu’on vise le titre mondial, on sait très bien la route qu’on va avoir. On veut sortir des deux premiers tours et chercher le TQO. Ensuite, on prendra match par match. Avec notre effectif et l’histoire qu’on doit écrire, c’est l’objectif.

Propos recueillis par Hugo Givernaud

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