0,94 ppp, Ben Simmons est-il vraiment fort en transition ?

0,94 ppp, Ben Simmons est-il vraiment fort en transition ?

Instinctivement, beaucoup de personnes regardant régulièrement jouer l’Australien et les 76ers opineront vigoureusement du chef à la question en titre. Ils ont tous en tête cette image de ce gabarit si grand et pourtant si véloce et bon dribbleur, qui traverse facilement le terrain et la moitié de l’équipe adverse encore empêtrée dans son repli défensif insuffisamment rapide. Cette image est d’autant plus inscrite dans leur cerveau qu’elle se répète plusieurs fois par match, et match après match.

Mais l’esprit humain peut être floué par sa mémoire qui ne retient sur le long terme qu’un échantillon de ces actions souvent trop petit pour avoir une idée générale suffisamment fidèle à la réalité. Et parfois, le piège vient du fait que cette mémoire choisit de graver dans ses tissus en majorité les actions qui se terminent positivement plutôt que celles qui finissent par un tir raté ou une perte de balle.

La solution à ce problème est de noter et comptabiliser ces actions et leurs résultats à chaque fois qu’elles se produisent. C’est-à-dire, tenir des statistiques. Et là, stupeur. Selon stats.nba.com (saison régulière 2018/19), Simmons ne produit que 0,94 point par action de transition. Cela le place dans le 18ème percentile de la ligue, toujours selon le site officiel. Cela signifie que 82% des joueurs du championnat sont plus efficaces que lui sur transition. 82%.

Ben Simmons serait donc un joueur de transition de mauvaise qualité. L’impression visuelle que dégage le sixer n’est-elle alors que la poudre aux yeux qu’une méthodologie de comptabilisation froide et rigoureuse balaie d’un revers de main méprisant ?

Les statistiques décrivent une réalité. Donc effectivement, Simmons ne score en moyenne que 0,94 point quand il reçoit la balle dans sa moitié de terrain alors que l’équipe adverse n’a pas encore pu finaliser son repli en défense et qu’il décide de profiter de cette circonstance pour tenter d’aller scorer.

Cette stat dit bien cela, mais elle ne dit strictement rien d’autre. Notamment, elle ne dit pas que l’australien est un mauvais joueur de transition. Du moins, elle ne suffit pas à elle seule à dire que c’est un mauvais joueur de transition.

Vous noterez tout d’abord que ce que cette stat dit exactement, c’est : « Ben Simmons marque 0,94 point par possession en moyenne lorsque c’est lui qui termine l’action de transition ». Quand c’est lui qui termine l’action de transition, c’est-à-dire lorsqu’il réussit le tir au panier, le rate, obtient des lancers-francs ou perd la balle.

Ainsi, la stat, telle que présentée par stats.nba.com (via Synergy), ne comptabilise que les transitions qui se finissent ainsi. Elle ne compte pas les actions de transition lorsque Simmons effectue une passe, et quand bien même cette passe serait une passe décisive et aboutirait à un panier. Quand bien même, le destinataire de la passe n’aurait qu’un lay-up tout cuit à mettre ou un shoot sans la moindre opposition cinq mètres à la ronde. Quand bien même, Simmons et son jeu de transition serait l’unique raison pour laquelle ces tirs faciles existent.

L’une des plus grandes forces de Simmons est la passe, plus encore la passe sur jeu de transition. Et cette force est complètement exclue de cette stat. C’est comme calculer la note moyenne d’un étudiant sans tenir compte d’une des matières dans laquelle il est le plus doué.

L’injustice est encore plus criante que vous ne le pensez, car, toutes les pertes de balle étant prises en compte dans le calcul des points par possession, le 0,94 ppp de Simmons comprend les turnovers issus des passes. Vous avez bien compris : quand Simmons fait une passe sur jeu de transition et qu’elle aboutit sur une perte de la possession, elle rentre dans le calcul. Si cette passe est réussie, elle n’est pas comptée. On dirait le paragraphe sournois d’un contrat d’assurance.

Sachant que les passes sont plus sujettes aux pertes de balle que les autres actions, les passeurs sur transition comme le sixer sont doublement désavantagés par la méthode de calcul de stats.nba.com/Synergy.

Je crois que le site Cleaning The Glass produit des chiffres sur les transitions qui comptabilisent aussi celles se concluant par une passe décisive (ou simple passe, quelque soit l’issue du tir qui aura suivi?), mais il n’est accessible que par abonnement et votre serviteur a jusqu’à présent décidé de s’en passer (ce radin).

On peut quand même essayer de se donner une vague idée de ce que les 0,94 ppp pourrait rendre en ajoutant les passes décisives à l’histoire. Vous me pardonnerez l’échantillon réduit à peau de chagrin que j’ai utilisé, mais le manque de temps et le fonctionnement très alternatif des vidéos de nba.stats ont été des ennemis bien trop forts pour moi.

stats.nba.com permet de regarder les actions qu’il y derrière certaines données statistiques comme les passes décisives. Piochant dans les matchs durant lesquels Simmons a délivré 8 passes décisives (sa moyenne sur la saison étant de 7,7) face à des adversaires ayant une certaine qualité défensive (Boston, Indiana -2 fois-, Utah), il est apparu qu’au moins l’une de ces passes décisives était sur transition.

Si je pars du principe qu’en moyenne, Simmons termine une action de transition par une passe décisive -et donc un panier pour son équipe-, on se retrouve avec une action de transition supplémentaire comptabilisée (passant donc de 4,7 par match pour l’Australien à 5,7) et un nombre de points engendrés qui saute de 4,4 par rencontre à 6,4 (toutes les passes décisives que j’ai vues aboutissaient à un panier à deux points).

Soit une évolution d’un peu intéressant 0,94 point par possession à un bien plus efficace 1,12 point par possession. A titre de comparaison, cette marque tutoie celle affichée par LeBron James et Giannis Antetokounmpo (1,14 ppp), même si celles-ci ne comptent pas à leur tour les passes décisives.

Mais quoi qu’il en soit, avec simplement l’ajout d’une seule passe décisive sur transition enregistrée en moyenne (et je ne serai pas étonné d’entendre que ce chiffre soit un brin en dessous de la réalité), on échange un « laisser Simmons jouer l’action de transition n’est finalement peut-être pas une bonne idée » à « laisser Simmons jouer l’action de transition est tout à fait pertinent ».

Je ne suis cependant pas en mesure de dire ce que le 1,12 ppp du sixer à prendre avec des massives pincettes métalliques vaut comparativement au reste de la NBA, puisque je ne connais pas les points par possession sur transition augmentés des passes décisives des autres joueurs de la ligue. Si ça se trouve, ce chiffre de 1,12 ppp est seulement dans le ventre mou et flasque de ce classement. Voire même sous la ceinture.

Le sujet des passes décisives sur transition demeurant donc incertain à mes yeux, je veux bien rester sur la stat telle que déterminée par stats.nba.com et ne pas voir ce problème des passes décisives comme si je regardais un match avec une main couvrant mon œil gauche. Parce qu’ainsi aussi, le 0,94 ppp de Simmons ne suffit à dire qu’il est un mauvais joueur de transition. Enfin, pas tout à fait.

Comme indiqué dans les premiers paragraphes, stats.nba.com ne se contente pas d’envoyer ce chiffre de 0,94 ppp au visage en faisant tomber un micro de façon théâtrale. Il assène aussi qu’avec cette marque, Simmons est dans le 18ème percentile de la NBA. Qu’il y a 82% des joueurs de la ligue qui affiche un meilleur score que lui en transition. Qu’il est classé 383ème de la ligue sur 458.

Encore une fois, cette information est parfaitement juste. Cependant, elle est parasitée par les problèmes d’échantillon. En effet, dans les 82% dit meilleurs que l’ancien élève de LSU, on en trouve un large paquet qui n’ont pas réalisé suffisamment d’actions de transition pour considérer que leur « point par possession » affiché est représentatif d’une réelle compétence.

À titre d’exemple, savez-vous qui est en tête de ce classement avec 1,80 ppp et se trouve donc dans le 100ème percentile ? Boban Marjanovic (sur les seuls 22 matchs qu’il a réalisé à Philadelphie après son transfert). Je n’aurai pas pu trouver une meilleure illustration pour démontrer le problème ce problème d’échantillon. Qu’importe ce que dit ce chiffre, vous n’allez pas envoyer les 2,21m et 130kg du serbe courir en transition à chaque occasion. Vous l’avez vu courir ou bien vous vous doutez bien que cela ne marcherait pas, les lois de la physique et de la biomécanique humaine étant intraitables avec ce genre de mensurations.

Dans les gabarits, voire même profils de jeu, plus en accord avec l’idée de joueurs forts en transition, on trouve l’ailier athlétique Patrick McCaw et le meneur costaud Jerian Grant qui sont respectivement dans le 97,5ème et 97,1ème percentile avec 1,52 ppp et 1,50 ppp. Mais ces excellents chiffres ont été réalisés sur un petit échantillon : seulement 0,8 actions de transition en seulement 26 matchs (à Toronto) pour le premier et 0,4 action en 60 matchs.

Comme on le sait, un nombre trop petit d’actions en moyenne ou insuffisant de matchs ne permet pas de considérer comme fiable un score au point par possession, ou du moins véritablement représentatif d’une réelle compétence d’un joueur.

Parce que sur un petit nombre, ce joueur peut avoir été dans une excellente forme qui ne sera que passagère (par exemple Dwyane Wade qui nous met 52 % de ses tirs à trois points durant les playoffs 2016 alors qu’il tourne à 33% en carrière) ou que la poignée d’actions de transition qui se sont présentées à lui ont par chance majoritairement été des situations faciles à convertir (contre-attaque sans opposition, réception de la gonfle qu’à la fin de la transition pour la conclure par un lay-up servi sur un plateau, etc). Peut-être même que c’était bien parce que ces actions de transition s’annonçaient faciles que le joueur a tenté sa chance. D’où l’excellent chiffre. Mais ce n’est pas ce que j’appelle quelqu’un de fort dans le jeu de transition.

Avec un grand nombre de possessions, les variations positives ou négatives dues à la forme du joueur ou aux différentes situations de jeu se noient dans la masse. Ou plutôt, toutes les situations -faciles et difficiles- ont été rencontrées un torrent de fois au point qu’aucune d’elle ne marque le score final plus que les autres, tandis que les surrégimes et les sous-régimes se sont cumulés sur la longueur jusqu’à donner une moyenne correspondant au niveau moyen du joueur.

Les points par possession sur transition ne représentent sérieusement la valeur d’un joueur dans ce domaine que lorsque ce dernier a pu jouer un certain nombre de ces possessions, suffisamment conséquent. Il convient donc d’écarter du classement tous ceux qui ne répondent pas à cette exigence.

Ainsi, si je ne retiens que les joueurs qui ont joué au moins 45 matchs et réalisé au moins trois actions de transition par match (ce qui me semble donner un échantillon total minimum suffisamment volumineux pour être utilisable), Simmons s’éloigne de la 383ème place de la ligue (correspondant au 18ème percentile) évoqué initialement pour s’accrocher plutôt à une visuellement moins effrayante 37ème place.

Par contre, il est 37ème sur 39. Les critères d’éligibilité que j’ai fixé ne sont remplis que par 39 joueurs et Simmons est dans les plus mauvais. 95% des professionnels de la transition ont un meilleur score que lui. Il tombe sèchement au 5ème percentile.

On peut considérer mes critères un peu trop restrictifs et fixer préférablement la ligne à un minimum de deux actions de transition par match plutôt que trois, mais le constat reste le même. L’Australien demeure dans les moins bien classés (82ème sur 92).

Ainsi, en écartant les problèmes d’échantillon, Simmons reste gravement en queue de peloton. Et pourtant, je pense toujours pouvoir défendre qu’il est un excellent joueur de transition.

La question du volume de possession continue de nous taper poliment sur l’épaule pour attirer notre attention sur notre façon d’appréhender la statistique. En effet, Simmons joue beaucoup d’actions de transition par match. 4,7 exactement (toujours sans compter celles se terminant par une passe réussie, hein. Mais bon, j’avais dit qu’on mettait ça de côté).

Or, plus on réalise une action, plus il est difficile de maintenir une productivité très haute. Plus le score de point par possession se circonscrit autour d’une fourchette resserrée. Aussi, 1,10 point par possession, par exemple, en 4 ou 5 actions de transition par match est plus difficile à tenir que ce même 1,10 ppp en seulement 2 actions de transition par match. Et donc, le 0,94 ppp de Simmons m’est plus respectable que le 0,94 ppp de Lonzo Ball (2,8 actions de transition par match) ou Josh Okogie (2,5).

On peut de plus penser que les joueurs à fort volume de jeu en transition se sont vu coller sur leur front une étiquette de joueur de transition qu’il faut surveiller et parfois même, contre qui il faut prévoir un plan. Ainsi, une action de transition est probablement plus compliquée pour ce joueur que pour celui qui n’en joue que deux ou trois fois par matchs.

Or, la stat des transitions de stats.nba.com telle qu’elle est actuellement considère que toutes actions de transition sont identiques, égales. Pourtant, dès que Simmons (ou par exemple, Russell Westbrook et son 0,87 ppp en sept actions en moyenne) a la balle après un tir raté ou un turnover, vous pouvez voir la défense adverse se ruer d’urgence en défense de façon quasiment automatique. C’est franchement moins le cas avec Jae Crowder malgré ses 1,13 ppp (en 2,3 actions de transition).

Cette différence de difficulté n’apparaît pas dans la statistique de stats.nba.com. Pour celles-ci, les actions de transition qui sont difficiles sont mises dans le même sac que celles qui sont faciles. Cet élément n’est pas anodin. Tout le monde est super efficace quand il n’y a personne ou presque sur une contre-attaque, mais ces actions de transition faciles sont compliquées à générer en grand nombre.

Ce n’est qu’assez rarement à chaque rencontre que l’adversaire oublie complètement de se replier en défense ou qu’il perd la balle derrière la ligne à trois points. Ça arrive, mais peut-être deux ou trois fois par match à tout casser. Le reste du temps, l’adversaire évite ces transitions faciles avec un minimum de repli défensif et en assurant ses dribbles ou ses passes dans les zones dangereuses.

Les actions de transition qui posent véritablement problème à l’opposant sont celles que le joueur peut réussir alors que la défense est en train de se replier ; alors que l’équipe adverse est en train de passer de sa phase d’attaque à sa phase de défense.

C’est-à-dire, non pas quand il y a un oubli de repli ou une perte de balle au mauvais endroit, mais dès que la possession passe aux mains ennemies sans arrêt de jeu : suite à une perte de balle n’importe où sur le parquet ou suite à un tir raté et un rebond. Donc à peu près la moitié du temps. Et c’est parce qu’elles peuvent être générées souvent au cours d’une partie et qu’elles peuvent présenter un taux d’efficacité en moyenne plus fort qu’une action de jeu posée sur demi-terrain ou peuvent être plus faciles à mettre en place, que ces actions de transition deviennent très dangereuses pour l’adversaire.

C’est pourquoi un joueur qui tente trois, quatre ou cinq actions de transition par match n’est pas à ranger dans la même catégorie que celui qui n’en fait qu’une ou deux. Le premier créé ces actions à fort potentiel à partir de pratiquement rien tandis que l’autre profite plutôt de celles que le cours du jeu a fait apparaître presque par chance.

Cette création n’est pas du pouvoir de tout le monde. A la différence des actions de transition qui tombent du ciel (dîtes « faciles » par l’auteur de ces lignes), il s’agit d’actions de transition difficiles, car le joueur doit passer au travers d’une défense. Une défense qui court sur ses talons, qui n’est pas complètement revenue sous son cercle et qui n’est pas tout à fait organisée, mais une défense quand même. Présente et active.

Face à celle-ci, la plupart des joueurs arrêtent leur course et pose le jeu pour permettre une action construite sur demi-terrain, estimant que cette dernière aura plus de chance d’aboutir que s’ils se lancent seuls à l’abordage du rafiot pas tout à fait à l’abandon. Les joueurs qui au contraire engagent régulièrement des actions de transition au sein d’un même match comme Simmons, Westbrook, LeBron James et autres, sont ceux qui estiment avoir la capacité de profiter de cet état transitoire entre l’attaque et la défense pour scorer à un taux supérieur à celui du jeu construit sur demi-terrain.

Et quand un joueur est fort dans ce domaine des actions de transition « difficiles », la défense en bave pour le contre-carrer. Ces actions nécessitent pour celle-ci un repli pratiquement total, immédiat, vif comme l’éclair et bien organisé. Même éviter de perdre des ballons en attaque ne suffit pas à les empêcher : certains énergumènes parviennent à créer une action de transition après un rebond, et parfois même après une bête remise en jeu.

Ainsi, le volume d’actions de transition d’un joueur marque en lui-même l’appartenance de ce dernier à une catégorie supérieure des joueurs de transition. Être capable de générer pas loin de cinq actions de transition par match fait déjà de Simmons un joueur à part dans la ligue. Il est peut-être l’un des moins efficaces dans cette catégorie supérieure au regard de son décevant 0,94 ppp, mais en faire partie est déjà une qualité importante.

Dans la liste des joueurs à gros volume d’actions de transition, vous ne trouverez pas de score inférieur au 0,87 ppp de Westbrook (en sept possessions, le plus haut nombre de loin) parce que ceux qui planteraient dans le sol ces actions difficiles trois fois sur quatre n’ont pas l’autorisation du coach ou la bêtise d’en tenter autant.

Je ne sais pas quel est le « point par possession » de Philadelphie sur demi-terrain, mais celui-ci est généralement moins élevé que le point par possession en transition. Il se pourrait que le 0,94 ppp de Simmons, bien que plus faible que chez d’autres spécialistes, demeure une option plus ou autant efficace que le jeu sur demi-terrain que la franchise aurait si l’Australien ne tentait pas d’aller au bout de son action. Et quand bien cette marque ne le serait pas, c’est une action plus facile à mettre en place et moins collectivement énergivore que les schémas de jeu forcément assez sophistiqués du jeu sur demi-terrain pour un résultat approchant. De la sorte, même ce faiblard 0,94 ppp est, dans les conditions proposées par Simmons, une option offensive potentiellement pertinente.

Ce 0,94 ppp n’est pas aussi mauvais qu’il apparaît à sa lecture brute. Il est même utile. Néanmoins, les nuances que je viens d’apporter ne suffisent pas pour autant à dire que le meneur-ailier est un joueur de transition aussi monstrueux que sa réputation et son impression visuelle le laisse penser. Après tout, même dans cette caste rare des joueurs de transition à fort volume, il est dans les derniers.

Le truc, c’est que Simmons a ses propres démons. L’un d’eux est sa propension à perdre des ballons. Sur ses 4,7 actions de transition (et toujours sans tenir compte de celles se terminant par une passe réussie), le n°1 de la draft 2016 pomme la gonfle 23,6% du temps. C’est la plus haute marque parmi les joueurs de transition à gros volume (Westbrook est à 22,2%, James Harden à 21,8%).

On notera au passage que le clan des « gros volume de transitions/gros pourcentage de turnovers » est majoritairement composé de passeurs (Kyle Lowry, LeBron James et Jrue Holiday suivent derrière) et vous vous rappellerez à votre bon souvenir mon paragraphe en début d’article qui glissait que les passes étaient plus sujettes aux pertes que les autres actions.

Au-delà de cet aspect, vous me rétorquerez que les pertes de balle sont du fait du joueur et qu’il est tout à fait logique de voir toutes les actions de transition foirées être comprises dans la statistique de Simmons sur transition. Vous auriez parfaitement raison.

Et c’est fichtrement dommage, car Simmons est vraiment très fort en transition si on cache de la main les pertes de balle.

Quand Simmons essaie de marquer et ne perd pas le cuir, il poste un joli eFG de 61,2%. (soit 1,22 ppp), 7ème sur 17 parmi les joueurs à gros volume (quatre actions de transition ou plus) ou 14ème sur 39 si on reste à un seuil de trois possessions par match.

Ce chiffre, déjà de belle facture, est beaucoup plus impressionnant qu’il n’y paraît. J’ai pris l’eFG, ce pourcentage qui tient compte de la valeur supplémentaire du panier marqué à trois points. Il est plus représentatif de l’efficacité réelle d’un joueur que le pourcentage basique (FG%) qui, lui, fait simplement le rapport entre les tirs de champ marqués et ratés, oubliant complètement la valeur supérieure du tir à 7,23m.

Mais je ne désire pas montrer que Simmons est plus efficace que les autres. L’eFG répond à cette question et comme dit, il est bien placé (7ème ou 14ème selon l’échantillon sélectionné), mais pas au sommet. Par contre, Simmons réussit à se mettre dans cette sympathique position malgré un fort handicap. C’est en cela que je trouve ce chiffre de 61,2% assez impressionnant.

En effet, contrairement à une bonne partie des joueurs de ce classement, le Philadelphien arrive à ce chiffre sans utiliser de tir à trois points. Sans bénéficier du gain en termes de pourcentage que permet un bon tir à trois points.

Dans les eaux autour du 61,2 eFG% de Simmons, on trouve des Kevin Durant (62,9 eFG%), Buddy Hield (62,0 eFG%), Bradley Beal (59,0 eFG%) ou encore Paul George (56,7% eFG). Mais ces joueurs atteignent ces jolis chiffres en partie parce qu’ils ont un shoot à trois points et qu’ils l’utilisent, à très juste titre, en transition.

Si on neutralise le point bonus du trois points (en ne regardant que le FG% donc), leurs adresses chutent respectivement à 58,5% ; 51,0% ; 48,8% et 48,2%. Le FG% de Simmons reste quant à lui à 61,2% (puisqu’il ne tire pas à trois points, l’eFG% et le FG% sont identiques). Cette marque dépasse ou explose celles de ses camarades. Sous cet angle, seul LeBron James et Giannis Antetokounmpo font mieux.

Ainsi, avec un eFG% de 61,2%, Ben Simmons arrive à être aussi efficace que Durant & Co, alors même qu’il ne peut accéder à la superbe rentabilité du Dieu Trois Points.

Entendons-nous bien, les FG% de Durant et les autres sont simplement utilisés ici pour montrer le gain d’efficacité qu’octroie la particularité d’avoir un tir à trois points, même en transition (quand on n’y est pas mauvais), et ainsi mettre en perspective l’exceptionnel pourcentage de Simmons avec seulement des tirs à deux points. Le 58,5 FG% de Durant ne représente rien de pertinent en lui-même (chiffre tiré par le bas par le pourcentage brut à longue distance), à part illustrer ce décalage d’efficacité qu’implique le point supplémentaire du 3pts.

Dans l’idéal, j’aurais aimé pouvoir également comparer le chiffre du sixer avec ses rivaux sur les seuls shoots à deux points mais stats.nba.com ne prodigue pas cette donnée. Peut-être pourrait-on le calculer à partir de ce qu’on a, mais ça me demanderait une bataille mathématique de longue haleine que je ne suis pas prêt à mener.

Bref, l’adresse de Simmons sur transition à deux points est sans doute de niveau « élite ». L’impossibilité de profiter de la rentabilité du tir longue distance n’est d’ailleurs pas le seul handicap résultant de sa cancrerie au shoot puisque contrairement à ceux qui sont une véritable menace derrière la ligne, Simmons doit en plus régulièrement faire face à des défenses qui peuvent se contenter de se regrouper juste devant le cercle pour l’empêcher de marquer.

Celles-ci savent bien qu’il est inutile de s’éparpiller pour défendre jusqu’aux trois points ou qu’il n’y a pas à hésiter entre défendre le shoot primé et défendre le lay-up. Face à Durant, la même défense est obligée de devenir poreuse pour être présente sur toutes les nombreuses zones de tirs dangereuses ou d’en laisser une ou deux sans protection.

Kevin Durant est plus efficace que Simmons en transition quand le tir est pris, mais ce dernier parvient à le titiller en dépit d’un handicap assez important à de multiples niveaux.

En parlant de handicap, le 61,2 eFG% de Ben Simmons ne tient pas compte des lancers-francs faisant suite à une faute sur une action de transition, mais c’est le cas du 0,94 point par possession.

Or, ici aussi l’Australien grille quelques cartouches qui comptent dans le calcul de point par possession et qui explique son peu acceptable 0,94 ppp en transition. Mais la faille est dans la compétence aux lancers francs, pas dans la compétence dans le jeu de transition. Si l’action se termine par une faute entraînant des lancers (les tirs parfois considérés comme les plus faciles de ce sport), c’est qu’elle a été parfaitement menée. Ce n’est pas la faute de son jeu de transition si Simmons ne met pas ses lancers derrière.

D’après stats.nba.com, presque 16% des actions de transition de l’ancien freshman de LSU se terminent par une faute engendrant des lancers-francs. C’est un solide taux, qui le met au milieu du tableau, voire même un peu plus haut, des joueurs de transition éligibles.

Problème, l’intéressé ne convertit que 60% de ses lancers en général. 60%, c’est très mauvais. Parmi ses rivaux avec un taux de réussite similaire, Harden est à 87,9% de réussite, Jaylen Brown à 65,8%, Eric Bledsoe à 75% et Anthony Davis à 79,4%. À part Brown, tous récoltent un bien plus grand nombre de points que Simmons quand l’action de transition se termine par des tirs de réparation.

L’adresse déplorable aux lancers-francs de l’homme de Philly tire vers le bas son point par possession en transition, le 0,94 ppp, alors même que cette adresse n’a strictement rien à voir avec la qualité de son jeu de transition. Fichtre.

Est-ce qu’on peut avoir le même raisonnement avec les pertes de balle ? Après tout, les turnovers sont un problème global chez Simmons et pullulent un peu partout dans son jeu, pas seulement sur transition.

Cependant, les lancers-francs ne sont pas dans la continuité directe de l’action de transition (c’est la faute du défenseur qui l’est) alors que la perte de balle résulte d’un échec dans l’exécution même de la transition.

On peut se dire que, parfois, lorsque le joueur de transition fait une passe, la perte de balle est davantage du fait du destinataire qui rate sa réception ou qui a marqué un temps d’arrêt trompeur un dixième de seconde plus tôt. Mais là encore, la statistique ne distingue pas les pertes de balle selon qui en est le responsable. J’aurais malgré tout du mal à dire à quel point ces turnovers attribués à tort à Simmons sont nombreux dans le lot. Je ne serai pas étonné que cela reste marginal.

On peut par contre peut-être mettre ce gros pourcentage de pertes de balle en balance avec ses passes (décisives ou non). Ces dernières n’étant pas comptabilisées, je suis obligé de me contenter de suppositions. Mais comme indiqué précédemment, les passes sont plus « vulnérables » aux pertes de balle et donc forcément, tenter régulièrement de filer la gonfle à un coéquipier en transition augmente mécaniquement le risque de turnover.

Cependant, il se pourrait que la valeur d’une passe sur transition soit suffisamment élevée pour que le surplus de risque de perte de balle qu’elle génère ne soit en réalité qu’un maigre prix à payer en contrepartie d’une action par ailleurs outrageusement efficace. Stats.nba.com ne permet pas de mesurer la valeur d’une passe de Simmons en transition, mais il n’est pas hors de propos d’imaginer qu’elle conduise en effet le plus souvent à une action de transition « facile » (et donc hautement efficiente), à savoir à un lay-up sans opposition ou au tir à trois points dans un fauteuil d’un coéquipier.

Si ça se trouve, suite à une passe de l’australien en transition, Philadelphie score quelque chose comme 1,20 point par possession, pertes de balle comprises. Tout d’un coup, ce surplus de turnovers engendrés par le jeu de passe n’a rien de problématique puisque les actions se terminant par un panier seraient majoritaires et diablement efficaces. En cumulé, une action de transition que Simmons terminerait par une passe serait très rentable, malgré le supplément de déchets que ce type d’actions occasionne.

Ainsi, dans le trop grand nombre de pertes de Simmons, il y en a peut-être une fraction non négligeable (retenue par stats.nba.com) qui est beaucoup plus que compensée par des opportunités faciles offertes à des coéquipiers qui elles sont probablement super efficaces, mais n’apparaissent pas dans le calcul du site de la ligue.

N°25 perd certainement trop le cuir sur transition (il reste le plus dispendieux même face aux autres passeurs), mais le chiffre de 23,6% de turnovers et celui de 0,94 ppp qui va avec sont certainement injuste par rapport à la réalité. Malheureusement, avec le site de la NBA, je ne peux pas mesurer à quel point.

La marque de 0,94 point par possession indique une réalité, mais une réalité tronquée comme si on la regardait à travers le trou d’une serrure.

Si on ouvre la porte en grand, il apparaît que Simmons fait partie des rares joueurs qui peuvent créer un nombre conséquent de véritables opportunités de scorer sur transition à chaque match et qui forcent les défenses à brûler des cartouches d’énergie supplémentaires en se ruant en défense. Il est une menace à la passe comme à la finition où son adresse est excellente malgré son grave handicap au shoot. Peut-être même est-il fabuleux quand il sert un coéquipier en transition. Ou peut-être qu’il y est moyen ou mauvais, je ne le sais pas de façon sûre, comptable.

Il perd aussi trop le ballon et gâche des belles opportunités à cause de ses difficultés aux lancers-francs.

Bref, il est Ben Simmons. A la fois très fort et pas assez, à la fois polyvalent et bancal.

StillBallin (@StillBallinUnba)

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