Le monde d’hier

Le monde d’hier

Shaq Kobe Bryant

Un voyage quinze ans en arrière : retour sur le parcours de deux des duos les plus marquants de la fin des années 90, entre débardeurs jaunes trop courts, maxis enregistrés dans les caves, balles oranges et disques d’or.

Blanc et Noir

Lui c’est Shaquille. Lui c’est Joey. Si jamais vous croisez l’un ou l’autre dans la rue, il y a peu de chances pour que vous ne les remarquiez pas. Un gabarit des plus imposants, et pour peu que l’un ou l’autre soit en train de parler, leur voix grave ne pourra vous échapper. Ces deux personnages dégagent quelque chose de particulier : la puissance.

Lui c’est Kobe. Lui c’est Shen. Si jamais vous croisez l’un ou l’autre dans la rue, il y a peu de chances pour que vous les remarquiez. Un physique passe-partout, et un visage glacial qui ne laisse pas transparaître le feu qui brûle derrière les yeux des deux personnages.

La force et la finesse. Le feu et la glace. Le rire et les larmes. Deux êtres que tout oppose, et qui vont pourtant unifier leurs talents pour écraser la concurrence et foutre le bordel dans le game. Entre grandeur et décadence, les destins croisés de la crème et du Suprême.

Qu’est-ce qu’on attend ?

Lors du premier match de la saison 1997, deux hommes foulent pour la première fois le parquet du forum d’Inglewood vêtus de la tunique pourpre et or des Lakers, pour un match de saison régulière. Shaquille O’Neal, alors le pivot le plus dominant au monde, a quitté les étoiles du Magic pour les paillettes d’Holywood. Kobe Bryant, un jeune lycéen aussi talentueux que fantasque, est drafté par les Hornets. Alors persuadé de l’avenir radieux du gamin, le front office des Lakers n’hésite pas à lâcher Vlade Divac pour récupérer celui que l’on n’appelle pas encore le Black Mamba, mais qui quitte la High School en ayant battu des records qui appartenaient à Wilt Chamberlain.

La saison de O’Neal est conforme à ce qu’on peut attendre d’un joueur de son calibre : des statistiques de très haut niveau –seulement 6 matches à moins de 20 points- même si une blessure vient ternir ses débuts sous le maillot angelino. Kobe lui joue moins, mais remporte tout de même le Slam Dunk Contest et commence à se faire un nom grâce à ses qualités de scoreur évidentes.

C’est avec un Kobe insouciant et un Shaq dominateur sans trop forcer que les Lakers terminent les années 90. L’un comme l’autre impressionnent, que ce soit par leur talent certain ou leurs capacités physiques, mais ce détachement, voire ce manque de sérieux, empêche le duo de décoller. On sent pourtant que le binôme est voué à tutoyer les sommets.

Comme les deux basketteurs, mais un peu plus tôt dans la décennie, deux jeunes aux dents longues décident de mettre en commun leurs talents. Kool Shen et JoeyStarr, deux danseurs, commencent alors à se faire un nom dans le milieu Hip-Hop parisien, que ce soit à coups de mouvements smurf sur les sonos, ou à coups de bombe sur les murs du 93.

C’est pourtant dans le rap que les deux hommes vont échouer,  et si on sent chez l’un comme chez l’autre un flow à fort potentiel, leurs premiers textes sont encore trop naïfs pour pouvoir regarder les pointures d’alors les yeux dans les yeux. Les progrès du groupe vont pouvoir être observés très rapidement, et au bout de quelques années sort Authentik, premier album d’NTM.

ntm

La fièvre

Dès lors, le groupe ne va cesser de grimper, enchaînant les concerts et enflammant les salles. Les textes sont moins maladroits qu’au début, et le duo est explosif. Aux lyrics mélancoliques et savamment distillés par Kool Shen font écho les lignes plus violentes scandées par la voix surpuissante de JoeyStarr. Le public s’emballe pour ce duo atypique, qui met à sac la scène Hip-Hop par sa fraîcheur et son sens du spectacle.

De l’autre côté de l’Atlantique, on a également gagné en sérieux. Lassé des critiques, Shaquille O’Neal lâche les chevaux au cours de la saison 2000, et piétine la concurrence. Il finit meilleur marqueur, deuxième rebondeur et troisième shotblocker, tout en remportant les trophées de MVP, MVP du All-Star Game, et MVP des Finales. Kobe accepte lui d’être la partie sombre du duo, et en profite pour signer sa première saison à plus de 20 points.

Les années passent alors et le succès grandit. Au premier titre succède un second, puis au second un troisième. Kobe et Shaq démontent toutes les équipes qu’on leur oppose, et d’illustres figures du Basket insistent pour faire un featuring. Ainsi, Glen Rice, Gary Payton puis Karl Malone enfilent tour à tour la chasuble des Lakers.

Les équipes de l’Ouest ne peuvent rivaliser face à la facilité d’un duo qui, arrivé à maturité, remporte le titre de 2001 en ne perdant qu’un match de Playoffs, le premier des Finales. En 2002, les Nets se font eux aussi balayer en Finales, après que les Lakers aient dû s’employer contre les Kings, comme contre les Blazers deux ans plus tôt. Au cours de ces trois titres, Shaq et Kobe tournent respectivement à 30 et 25 points de moyenne. En France, J’appuie sur la gâchette est disque d’or, Paris sous les bombes disque de platine, et Suprême NTM bat tous les records le jour de sa sortie. Le threepeat. NTM affiche complet au Zénith de Paris quand les Lakers font salle comble partout où ils passent.

 

Est-ce la vie ou moi ?

Même si les intervenants les plus prestigieux (Nas, Malone…) sont ravis de se joindre aux duos, on sent que l’implosion est proche. Même si les performances sont toujours là, et qu’il reste permis de croire à un nouvel album ou à un nouveau titre NBA, les tensions entre les deux membres du crew sont trop fortes pour que la collaboration continue. D’autres groupes, plus lisses (IAM, les Spurs, les Pistons) prennent alors la place du duo.

L’ambition de Kobe est devenue trop grande pour que son avenir reste lié à celui du Shaq, et il va falloir qu’un des deux quitte le navire sous peine de couler. O’Neal affiche toujours cette attitude désinvolte qui énerve Kobe au plus haut point, d’autant que ce dernier ne jouit pas de la même popularité que son partenaire. D’autres tensions existent et ont participé à la chute du duo, mais restent encore aujourd’hui encore bien obscures.

De la même manière, un brouillard entoure toujours la séparation du Nique Ta Mère, même si tout comme les deux Lakers, il semblerait que leurs dissensions portaient principalement sur des visions divergentes de la manière d’exercer leur art et des querelles d’ego. Toujours est-il que les deux duos mettent fin à une relation aussi fusionnelle que destructrice. Joey décide de partir lancer de jeunes rappeurs sur Skyrock, Shaq s’exile lui à Miami pour faire décoller une franchise tout aussi jeune.

Kobe et Kool Shen resteront eux sur la même dynamique, l’un aux Lakers et l’autre dans le rap game. Séparés de leur moitié pour la première fois, ils vont pouvoir prouver au monde entier qui est le plus talentueux du duo. Bryant signe une saison à plus de 35 points de moyenne, Shen sort lui Dernier Round, un des meilleurs albums de rap français de ces dix dernières années. Pourtant, l’un comme l’autre rencontrent des succès mitigés, n’arrivant pas à retrouver la réussite des années précédentes, que ce soit au niveau des titres ou des ventes –Kobe ne passe pas le premier tour des Playoffs, le label de Kool Shen dépose le bilan. Pendant ce temps, le Shaq remporte un nouveau titre avec Wade, tandis que le Jaguarr entame une tournée avec Enhancer suite au succès de son album et de sa biographie.

 

On est encore là

Pendant ces années, les quatre protagonistes se tirent allègrement dans les pattes, par presse interposée ou sur les sons de leurs albums solo respectifs. Chacun d’entre eux finit néanmoins par trouver sa voie et remporter un succès mérité. Forts de ces expériences, ils décident alors faire la paix puis de reformer le duo pour un dernier tour de piste.

Le Suprême organise donc une tournée dans toute la France, tandis que Shaq et Kobe sont eux élus co-MVP du All-Star Game 2009 où ils portent tous les deux les couleurs de l’Ouest. Aujourd’hui, les deux hommes se vouent un respect mutuel, même si de temps à autre l’un d’entre eux n’hésite pas à glisser un tacle à l’autre.

Quelle trace ont-ils laissé aujourd’hui ? O’Neal comme JoeyStarr ont certes dominé comme personne grâce à des qualités naturelles sans égales, les biceps pour l’un et la voix pour l’autre, mais n’ont pas véritablement atteint une maîtrise technique qui aurait pu leur permettre de laisser derrière eux une légende encore plus grande. Au cours de leur carrière, ils ont toujours fait preuve d’une auto-dérision et d’un détachement qui les a empêchés de franchir ce dernier palier. Pourtant, c’est également cette désinvolture qui a fait d’eux des personnages publics appréciés. L’un comme l’autre sont authentiques.

De l’autre côté, Kobe et Shen ont toujours su briller par leur professionnalisme sans se contenter de ce qu’ils savaient déjà faire. Le Black Mamba a finalement remporté plus de titres que son partenaire, tout en marquant plus de points, car il a su faire évoluer son jeu au fil des années. Il n’en reste pas moins un des sportifs les plus haïs des Etats-Unis. La face sombre du Nique Ta Mère a également su collaborer avec d’autres artistes afin de faire évoluer son son et de sortir des classiques. Aujourd’hui encore, beaucoup d’artistes collaborent avec Kool Shen, et Kobe reste une des personnalités du sport les plus bankables de la planète.

En somme, l’un comme l’autre ont pris des chemins opposés, jalonnés de fortunes diverses, mais qui se sont finalement rejoints. Il restera tout de même toujours un goût de trop peu quand on imagine une décennie entière de basket avec Kobe et Shaq sous le même maillot, ou quand on se prend à passer successivement Dernier Round et Gare au Jaguarr. La nostalgie s’empare alors de nous, on se mate un vieux match des Lakers. Et on se réécoute Suprême NTM.

 

 

Par Lucas, True NBA

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3 Comments

  1. Un des gabarit, on dit pas gabari ?

  2. Putain d’article quand meme. Chapeau bas monsieur !

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