Farewell To The S.S.O.L.

Farewell To The S.S.O.L.

Lisa Blumenfeld/Getty Images
Lisa Blumenfeld/Getty Images
Les Suns du milieu des années 2000 sont ce qu’on pourrait appeler une équipe romantique. Apôtres du beau jeu, ils ont pratiqué un Basket ultra-offensif pendant des années sans jamais remporter le moindre titre. Jack McCallum dans son livre paru en 2007 nomma cette philosophie de jeu le « Seven Seconds or Less », qu’on peut traduire par « Sept Secondes ou Moins ». Sept secondes, c’était la durée d’une possession des Suns avant de prendre un shoot, et la plupart du temps un bon shoot. Ce qui ne leur a pas pour autant permis de remporter ne serait-ce qu’un titre. Le Seven Seconds or Less, qu’on peut abréger en S.S.O.L., est une anagramme de L.O.S.S. , loss signifiant défaite en français. Cet idéal du Basket présente finalement deux faces : sur l’une un jeu offensif si brillant et créatif qu’il en devient irrésistible, et sur l’autre un jeu défensif si pauvre qu’il devient synonyme de défaite inévitable. Cette philosophie offensive imprimée par le duo Mike D’Antoni-Steve Nash a marqué une ère entière à Phoenix, malgré l’absence d’un trophée qui leur semblait pourtant promis.
C’est ce point qui intéresse l’insider Bill Simmons, journaliste à ESPN et spécialiste des Celtics. Après la défaite des Suns lors du match 2 des Playoffs 2008 face aux Spurs, il discute avec un ami de ces équipes « unanimement saluées » mais jamais victorieuses. Puis dresse la semaine suivante un historique des décisions des Suns du début à la fin du Seven Seconds or Less. Un constat d’échec cruel mais réaliste. Lucas (true-nba.blogspot.fr)

FAREWELL TO THE S.S.O.L.

A requiem for the S.S.O.L. era in Phoenix

(Adieu le S.S.O.L – Requiem pour l’ère du S.S.O.L. à Phoenix)

 par Bill Simmons

Les Suns de D’Antoni font partie de ces équipes « unanimement saluées », et dont on se souviendra avec nostalgie un jour, comme on se souvient aujourd’hui du Fab 5, par exemple. En d’autres termes, le fait qu’ils n‘aient pas gagné de titre n’est pas si grave, comme il n’est pas si grave que Pulp Fiction n’ait pas eu d’Oscar. On se souviendra d’eux avec émotion, et on se mentira en leur prêtant une réussite qu’ils n’ont pas eue.

En fait, aucune expression de deux mots ne peut qualifier aussi bien l’ère du Seven Seconds or Less (S.S.O.L.) à Phoenix que « unanimement saluée ».

Non, les Suns n’ont pas gagné de titres, mais on les regrettera cent fois plus amèrement que les Spurs, à l’efficacité glaciale et sans âme, qui ont prouvé au fil des ans que la saison régulière ne sert à rien, qui ont transformé les Playoffs en foire au flop, qui ont ressuscité la stratégie la plus basse qui soit avec le Hack-a-Shaq, et qui, s’ils avaient eu le droit de le faire, auraient fait entrer Bruce Bowen avec une tronçonneuse ou un taser. Bien que les Spurs soient sans doute l’équipe de la décennie, il n’y a rien d’étonnant à ce que leurs audiences aient toujours été faméliques. Ce qui est dommage, c’est que toutes ces agressions, ces simulations, ces flops, ces contournements des règles et ces contestations permanentes aient terni le tableau d’une équipe dont on devrait plutôt se rappeler comme d’une équipe old school, au roster intelligemment construit avec des joueurs bien coachés, qui jouaient ensemble autour du meilleur ailier fort qui ait jamais existé, et sans se soucier de la gloire. Au lieu de ça, on se rappellera d’eux comme de l’équipe qui a transformé les Playoffs NBA en Coupe du Monde Fifa 2002. Bien joué les gars. [1]

Dans le même temps, les Suns ont été le John Belushi [2] du Basket : époustouflants, créatifs, inventifs, aimés de tous ; mais surtout, ils n’arrivaient pas à maintenir une dynamique plus de deux ans. Et quand ils se prirent le mur, on a immédiatement souhaité que tout redevienne comme avant, comme trois ans avant. Tout comme Belushi, les Suns ont été unanimement salués. Tout comme Belushi, les Suns avaient un talon d’Achille. La drogue d’un côté, Robert Sarver de l’autre. Tout comme Belushi, les Suns ont tenté de changer de style quand ils se sont sentis décliner, mais ça n’a pas marché. Tout comme Belushi, on se souviendra des Suns avec nostalgie, et à chaque fois qu’on verra sur le programme télé un de leurs grands classiques, on ne pourra s’empêcher de le regarder.

Presque tout le monde s’accorde à dire que le trade pour le Shaq fut le moment où PHOENIX (en majuscules, une équipe qui sort du lot) se transforma en Phoenix (en minuscules, une équipe qui rentre dans le rang) mais ce n’est pas forcément vrai. Alors qu’ils étaient déjà à cheval sur la barrière entre « le Phoenix du Run’n’Gun » et « le Phoenix bien moins extraordinaire qu’il n’en a l’air », la signature de Grant Hill à l’été 2007 les a clairement poussés du deuxième côté de la barrière, en faisant par la même occasion une équipe tristement normale, bien qu’il soit dur de l’admettre. Hill est un bon gars, un bon athlète, à l’intelligence de jeu phénoménale, et surtout une affaire pour ce prix-là… mais quand il shoote à trois points on ferme les yeux et on serre les dents. Puisque l’équipe tournait autour de Pick’n’Rolls poste haut entre Nash et Stoudemire, de contre-attaques rapides parfaitement exécutées et de shoots ouverts à trois points, Hill a changé le visage des Suns. Il n’y avait ainsi pas besoin de défendre sur lui ou sur Marion –deux joueurs sur cinq, quand même- à plus de 7 mètres du panier, rendant par la même occasion inutiles les écrans hauts de Nash et Stoudemire puisque la défense ne s’écartait pas.

Dans ce cas, quel était le visage des Suns ? Sur le papier, Hill compensait son manque de shoot par sa défense, son leadership et sa polyvalence. Mais les Suns voulaient-ils seulement devenir meilleurs défensivement ? Y-a-t-il vraiment une différence entre une équipe complètement nulle en défense et une équipe très nulle en défense ? En 2006, quand Jack McCallum choisissait le titre de son livre sur son année passée en immersion avec les Suns, il a opté pour « Seven Seconds or Less » car c’était leur mentalité. Pour eux, le plus important n’était pas d’empêcher l’adversaire de marquer, mais d’imposer un rythme extrêmement élevé pour trouver des shoots ouverts le plus rapidement possible, en particulier à trois points. Une des plus grandes parties d’échecs jamais jouées sur un terrain de Basket eut d’ailleurs lieu au premier tour des Playoffs 2006 : les Lakers ne voulaient pas rentrer dans le jeu des Suns, qui eux agitaient leur Run’n’Gun comme une carotte. « Allez, venez courir avec nous, allez ! » Et les Lakers continuaient à résister, menant la série 3 à 1, mais ils ne purent finalement contenir les Suns. C’était le PHOENIX qu’on connaissait et qu’on aimait. Pourtant, cette mentalité du « Seven Seconds or Less » était déjà tombée dans l’oubli bien avant l’arrivée du Shaq.

Dans tous les cas, les Suns que l’on a connus et aimés méritent un enterrement digne de ce nom. Ils ont mérité d’être unanimement salués. Ils méritent leurs propres jaquettes de DVD « Seven Seconds or Less » avec une de ces critiques du genre :

« Un frisson continu à vous couper le souffle. Je tenais à peine sur mon siège »

Earl Dittman, Wireless Magazine [3]

Ils méritent également qu’on leur botte le cul pour avoir gâché ce qui aurait pu être le genre d’équipe qu’on ne voit qu’une fois par génération. L’alliance D’Antoni-Nash aurait dû durer aussi longtemps que le dos du Canadien aurait tenu le coup –peut-être six ans, peut-être huit, peut-être même dix- et au lieu de ça, D’Antoni a été condamné à démissionner ou à prendre la porte. Ne rejetez pas la faute sur le trade pour le Shaq pour avoir mis fin au règne de D’Antoni. Si vous voulez jouer à ça, pointez plutôt du doigt les erreurs commises par les dirigeants entre 2004 et 2007. Si les Suns avaient fait deux choix différents -seulement deux !- et qu’ils n’avaient pas été si préoccupés par la luxury tax, ils auraient pu nous offrir six à huit ans de Basket haut en couleurs, peut-être même créer une dynastie. Mises bout-à-bout, les erreurs des Suns sont ahurissantes. Jetez donc un œil à ces quatre années de décisions, saison par saison, et regardez comment ils ont foutu en l’air ce qui aurait pu être une période historique.

(Note aux fans des Suns : peut-être vaut-il mieux que vous preniez un ou deux verres de tequila avant de continuer. Faites-moi confiance.)

Getty Images
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LES SUNS DE 2005

En chiffres : 62 victoires, 110.4 points par match, 103.3 points encaissés, 47.7% au shoot, 39.3% à trois points, 2026 shoots à trois points tentés, défaite en Finales de Conférence (Spurs en 6 matches)

Rotation de 8 joueurs: Amare Stoudemire, Shawn Marion, Joe Johnson (47.8% à 3pts), Nash (43.1% à 3pts), Quentin Richardson (38.9% à 3pts), Leandro Barbosa (36.7% à 3pts), Jimmy Jackson (45.9% à 3pts), Steven Hunter.

Remarques: L’équipe idéale pour le S.S.O.L. Sept athlètes et/ou shooteurs à trois points avec un meneur de jeu Hall of Fame à la baguette. Ce fut l’équipe la plus brillante de Phoenix, seulement défaite face aux futurs champions, les Spurs, au cours d’une série particulièrement serrée. Série qui aurait d’ailleurs pu basculer de leur côté si Joe Johnson ne s’était pas fracturé la paroi orbitale au tour précédent. Vous vous dîtes qu’ils vont garder ce noyau de joueurs, non ?

Malheureusement…

Erreur n°1 : Le fiasco Joe Johnson. Les relations entre Johnson et les Suns s’étaient détériorées à un tel point qu’il finit par demander à Sarver de ne pas s’aligner sur les 70 millions proposés par les Hawks, et Sarver ne s’aligna pas, ce qui donna lieu à un trade minable contre Boris Diaw et deux premiers tours de draft. Ils avaient été à deux victoires des Finales, et ils échangeaient un All-Star en puissance de 24 ans, l’ailier idéal de leur système, un tueur à trois points qui pouvait même dépanner à la mène… contre un joueur de banc et deux futurs picks ? Le deal aurait pu avoir du sens pour certaines équipes, mais pas pour une équipe qui était à seulement deux matches des Finales ! De plus, comment avaient-ils pu gérer le cas Johnson au point qu’il ait demandé à partir ? Pour prendre un exemple plus récent, imaginez les Pacers qui arriveraient à deux matches des Finales, puis qui enverraient Paul George à Dallas contre Rodrigue Beaubois et deux choix au premier tour. Vous le feriez, vous ? Bien sûr que non.

Voilà ce qui me tue avec le trade de Johnson : avec Nash, Amare, Marion et Joe, vous êtes bon jusqu’à la fin de la décennie. C’est aussi simple que ça. C’est votre colonne vertébrale, ça vous garantit des saisons à au moins 57 victoires avec un style qui vous est propre et qui fonctionne. Vous les entourez de role players et de vétérans à la recherche d’une bague ou d’un contrat, vous voilà candidat au titre jusqu’à ce que Nash ne puisse plus suivre. Et quand bien même il ne pourrait plus suivre, vous pouvez simplement confier les clés du jeu à Johnson. Sérieusement, comment peut-on lâcher ce gars ? Et puis quoi, il se sent insulté, il ne veut plus revenir ? Ça lui passera ! Vous le payez 14 millions et en plus il joue avec Steve Nash. Arrrrrrrrgh…

LES SUNS DE 2006

En chiffres: 54 victoires, 108.4 points par match, 102.8 encaissés, 47.9% au shoot, 39.9% à trois points, 2097 shoots à trois points tentés, défaite en Finales de Conférence (Mavericks en 6 matches)

Rotation à 8 joueurs: Nash (43.9% à 3pts), Marion, Diaw, Barbosa (44.4% à 3pts), Raja Bell (44.2% à 3pts), Tim Thomas (42.9% à 3pts), Eddie House (38.9% à 3pts), James Jones (38.6% à 3pts), Kurt Thomas, Stoudemire (blessé).

Remarques: Une des équipes les plus marquantes des Suns à cause de leur réussite à trois points (40% sur 2100 tentatives, sérieusement ?), du fait qu’ils aient été meilleurs que ce qu’ils auraient dû être, et du courage dont ils ont fait preuve après avoir perdu Amare pour la saison. Rappelez-vous, ce n’était pas une grande année pour la NBA : Dallas était bon mais pas excellent, et Miami fût le champion le plus faible de la décennie. Remplacez Diaw par Johnson, rendez leur Bell et Thomas, faîtes en sorte qu’Amare ne se blesse pas, et vous avez devant vous le champion 2006. Mais cet été-là, les choses allaient à nouveau changer…

Erreur n°1 : Pour des raisons financières, ils envoient leur 21e pick (qui deviendra Rajon Rondo) à Boston ainsi que le contrat de Brian Grant (ce qui réduit leur masse salariale de 1.9 millions) pour récupérer le premier choix de Cleveland dans la draft 2007. Ce qui est en fait un double échec, puisqu’ils avaient obtenu ce 21e pick deux ans auparavant en lâchant eux le 7e pick de la draft 2004, déjà à l’époque pour éviter de payer la luxury tax. Si vous faites les comptes, ils passent de « Luol Deng ou Andre Iguodala en 2004 » à « Rondo en 2006 », et enfin au « 24e pick de 2007 échangé contre du cash ». Ou, en d’autres termes, l’échange du 7e choix dans une draft abondante contre 4.9 millions. Les fans de Phoenix, vous pouvez aller chercher une corde.

Ce qui est encore plus idiot, c’est qu’au lieu de signer Quentin Richardson pour 42.6 millions de dollars à l’été 2004, ils auraient pu drafter Deng ou Iguodala puis les payer 40% moins cher que Q-Rich, et ce pendant le même laps de temps. Un an plus tard, ils échangent Richardson et le 21e pick de la draft 2005 contre Kurt Thomas, qu’ils vont envoyer deux ans après à Seattle avec deux autres premiers tours de draft juste pour économiser le salaire du pivot. Aussi crétin que ça puisse paraître, la décision de Bryan Colangelo de signer Richardson au lieu de drafter Deng ou Iguodala (ce qui au passage est déjà complètement idiot)  a coûté à Phoenix la bagatelle de 4 premiers tours de draft ! A choisir, vous préférez Quentin Richardson ou le 7e pick en 2004, le 21e en 2005, et vos premiers choix en 2008 et 2010 ? Attendez, ce n’est pas fini. Le dirigeant de l’année 2005 ? Bingo, monsieur Bryan Colangelo ! J’adore la NBA.

Erreur n°2 : Ils vendent leur 27e choix de draft aux Blazers, qui drafteront Sergio Rodriguez. Ce qui est étonnant, c’est qu’ils vendent ou échangent deux premiers tours de draft pour des raisons financières, alors que…

Erreur n°3 : Deux semaines plus tard, ils offrent à Marcus Banks un contrat de 24 millions sur 4 ans pour en faire le backup de Nash. Marcus Banks ? Difficile d’imaginer un type moins à l’aise que lui dans le Nashball… Il ne shoote pas à trois points, il a perdu plus de matches qu’il n’en a gagné, il n’a réussi ni à la fac, ni chez les pros, on ne sait pas vraiment s’il acceptera un plus petit rôle dans l’ombre d’un double MVP… On le prend ! Pourquoi ne pas simplement drafter Rondo avec le 21e choix (ou Marcus Williams, ou Kyle Lowry, ou Jordan Farmar) et en faire un meneur remplaçant pour un quart du salaire de Banks ? Pourquoi ne pas drafter Rodriguez au 27e choix et espérer qu’il explose ? Le risque est minime, il coûtera cinq fois moins cher que Banks…

Erreur n°4 : Offrir à Diaw un contrat de 45 millions sur 5 ans avant d’avoir vu s’il pouvait co-exister avec Amare. Il aurait de toutes façon été restricted free agent à l’été 2007 : pourquoi ne pas attendre un an, et lui faire jouer son contrat cette année-là ? D’ailleurs, préféreriez-vous donner 14 millions par an à Diaw et Banks ou garder cet argent pour payer Joe Johnson, l’ailier idéal du S.S.O.L. ? On nage en pleine tragédie grecque.

LES SUNS DE 2007

En chiffres: 61 victoires, 110.2 points par match, 102.9 points encaissés, 49.4% au shoot, 39.9% à trois points, 1967 shoots à trois points tentés, défaite en demi-finale de Conférence (Spurs en 6 matches)

Rotation de 9 joueurs: Nash (45.5% à 3pts), Marion, Stoudemire, Diaw, Barbosa (43.4% à 3pts), Raja Bell (41.3% à 3pts), James Jones (37.8% à 3pts), K. Thomas, Banks.

Remarques: Les résultats des Suns cette année-ci montrent que le S.S.O.L. était à son apogée au mois de Janvier 2007, avant de s’essouffler dans les derniers mètres de la saison régulière pour finalement échouer face aux Spurs, et ce pour trois raisons : premièrement, les Suns ne pouvaient pas contenir Duncan (pas une grosse surprise) ; deuxièmement, Nash et Marion étaient usés par leurs saisons à rallonge (entre 2005 et 2007 : 279 matches pour Nash et 290 pour Marion) ; et troisièmement, ils se sont dispersés après les suspensions de Diaw et Stoudemire pour le match 5 et ont perdu toute leur concentration. On pourrait ajouter un autre point : les Spurs étaient tout simplement meilleurs. Ils ont mené dans le quatrième quart-temps par au moins 10 points au cours de 5 des 6 matches, et ont su les plier lorsqu’ils en ont eu besoin.

Plus important encore, c’est au cours de cette saison que les Suns ont atteint les limites de leur style. Ils ne pouvaient pas empêcher une très bonne équipe de marquer, mais ne pouvaient pas non plus imprimer leur rythme infernal pendant 8 mois puisque Nash et Marion avaient pris de l’âge, d’autant plus qu’ils n’avaient pas de remplaçant valable à la mène, ni même de jeune meneur remplaçant capable de tenir le rythme. En effet, eux qui projetaient de récupérer un rookie avaient vu leurs plans se retourner contre eux. Suite au trade de Joe Johnson, ils possédaient le premier choix des Hawks, sauf si celui-ci s’avérait être dans le top 3. Bien entendu, Atlanta hérita du troisième pick. S’ils avaient eu le 4e ou le 5e, les Suns auraient éventuellement pu proposer un package avec Marion et Thomas pour obtenir Kevin Garnett, ou drafter un top prospect pour l’échanger contre Pau Gasol en cours de saison. Et bien non. Au lieu de tout ça, ils n’eurent rien du tout, et s’en contentèrent.

Pourtant, bien qu’on ait pu admirer le soleil se coucher sur l’ère du S.S.O.L., cela leur laissait bien assez de temps pour commettre à nouveau deux erreurs cruciales.

Erreur n°1 : Vendre le 24e choix (Rudy Fernandez) à Portland. De tout ce que Sarver avait infligé aux fans depuis 2004, c’était sans doute la plus grosse claque qu’ils reçurent dans la tronche. Il ne pouvait pas jouer la carte de la luxury tax, puisqu’à ce moment Fernandez ne comptait pas rejoindre la NBA avant 2008 ou 2009. Les Suns auraient même fait des économies en le draftant puis en le laissant jouer en Europe un an ou deux. Au lieu de ça, Sarver tint à peu près ce discours aux fans : « Allez vous faire voir, je préfère avoir les 3 millions, je prends l’oseille. » Au bout du compte, Fernandez fit une année énorme en Espagne, et même les équipes du top 5 se mordirent les doigts de l’avoir laissé passer. Pendant que Phoenix avait vendu son pick sans contrepartie. Peut-on évaluer l’ampleur d’un tel gâchis ? Non.

Erreur n°2 : En envoyant Thomas à Seattle, ainsi que deux premiers tours de draft (2008 [4] et 2010) ils économisent 8 millions, plus 8 millions de luxury tax, ce qui aurait été une excellente idée si les Sonics ne l’avaient pas coupé afin qu’il puisse rejoindre San Antonio. Il put alors apporter aux Spurs toute son aide pour éliminer les Suns l’année suivante, cadenassant la raquette dans le money time des 5 matches. Même si du point de vue financier le trade se défend, ce n’est qu’un juste retour de bâton.

LES SUNS DE 2008

En chiffres: 55 victoires, 110.1 points par match, 105.0 points encaissés, 50% au shoot, 39.3% à trois points, 1764 shoots à trois points tentés, défaite au premier tour (Spurs en 5 matches)

Rotation de 8 joueurs: Nash (47.0% à 3pts), Marion/Shaq, Stoudemire, Diaw, Barbosa (38.9% à 3pts), Raja Bell (40.1à 3pts), Grant Hill, le cadavre de Gordon Giricek.

Remarques: Vous avez noté le manque de shooteurs ? Ajoutez-y la carrière de Marion sur la pente descendante, ainsi qu’un comportement détestable, et vous pouvez planter un pieu dans le cœur du S.S.O.L. C’est en partie pourquoi on peut défendre l’idée du trade pour le Shaq : ils n’auraient de toutes façons pas gagné le titre avec leur effectif, donc pourquoi ne pas lancer les dés et espérer que le Shaq retrouve ses sensations ? Ce fut en fait un pari plutôt réussi : le Big Cactus joua mieux que ce à quoi on s’attendait et on ne peut pas en vouloir aux Suns d’avoir perdu une série qui aurait pu basculer d’un côté comme de l’autre, en particulier contre une des trois meilleurs équipes de la NBA.

Encore une chose : Je ne connais pas Robert Sarver. Je ne l’ai jamais rencontré, je n’ai rien entendu de compromettant sur le personnage, je ne vais pas m’introduire dans ses livres de comptes. Mais pourtant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi quelqu’un voudrait posséder une équipe NBA si c’est pour équilibrer les comptes plutôt que pour gagner un titre. Pourquoi alors ne pas vendre la franchise à un propriétaire plus intéressé par l’obtention d’un titre ? Comme beaucoup de fans, je rêverais de posséder une équipe NBA ; et si j’étais assez riche pour le faire, je ne privilégierai jamais mon portefeuille à une opportunité de gagner un titre. C’est comme passer un weekend à Vegas et se limiter à ne pas perdre plus de cent dollars. Dans ce cas, pourquoi y aller ? Autant rester à la maison.

Un autre exemple : le propriétaire des Celtics, Wyc Grousbec, avait juré de ne jamais payer la luxury tax, tout comme Sarver. Quand le deal pour Garnett a pris forme, et que les Celtics ont réalisé que leur masse salariale pourrait dépasser les 70 millions une fois le roster complété, au lieu de continuer aveuglément dans leur logique et de dire « Non, désolés, on ne peut pas faire ça » ; ils ont passé un temps incroyable à calculer combien de retombées ils pourraient obtenir en vente de tickets, en merchandising, en partenariats et sponsors, en abonnements pour 2009, en primes de Playoffs, en sièges courtside, et en beaucoup d’autres choses. Ils ont pris en compte chaque paramètre. Leur conclusion fût que l’enjeu en valait la chandelle, que de toutes façons ils le devaient à leurs fans, et que s’ils n’étaient pas capable de capitaliser la formation d’une toute nouvelle équipe des Celtics dans une ville folle de sport, et notamment de Basket, alors c’est qu’en tant que dirigeants, ils auraient échoué. Ils mirent donc au point un échange, et si vous regardez des matches de Playoffs 2008 des Celtics, vous verrez Grousbeck sourire derrière le banc des visiteurs : c’est l’homme le plus heureux de toute la salle.

Cet homme, c’aurait pu être Sarver. Les Suns auraient-ils pu en faire plus ? Ont-ils pris en compte chaque paramètre ? Ont-ils tiré le maximum de leurs équipes d’un point de vue financier ? Ont-ils échoué en tant que dirigeants puisqu’ils n’ont pas su capitaliser une dynastie potentielle ? Si l’on observe leurs décisions entre les étés 2004 et 2007, on ne peut considérer l’ère du Seven Seconds or Less que comme une des plus belles opportunités gâchées de l’histoire sportive récente. Le fait est que Pulp Fiction n’a pas eu besoin de trophées pour entrer dans la légende : être unanimement salué et entrer dans le cœur du public est suffisant. Lorsqu’on est unanimement salué dans le sport, c’est qu’on a échoué à la fin, et ces équipes des Suns ont échoué. Bien qu’il soit douloureux de l’admettre.

 

Notes :

[1] Bill Simmons précise dans son article qu’il est de mauvaise foi dans ce paragraphe. En bon fan des Celtics, il se prépare à l’éventualité d’une finale San Antonio – Boston en s’entraînant à détester les Spurs.

[2] John Belushi est un acteur américain, qui a notamment joué dans les Blues Brothers. Chaque période où ses films ont connu un certain succès a été suivie par une autre période de films complètement ratés.

[3] Earl Dittman est le rédacteur en chef de Wireless Magazine, un journal gratuit distribué dans les cinémas américains. Il est réputé pour ses critiques courtes et incroyablement positives vis-à-vis d’authentiques navets.

[4] Ce pick envoyé à Seattle sera utilisé pour drafter Serge Ibaka, meilleur contreur NBA en 2012.

 

Traduction de l’article « Farewell to the S.S.O.L. » de Bill Simmons pour ESPN.com. Tous droits réservés. Traduction réalisée par Lucas Saïdi (@SwitchtoLK).

 

Pour aller plus loin :

Bien entendu, pour les anglophones, je vous invite à consulter l’article original de Bill Simmons. J’ai volontairement opéré quelques coupes afin que les cinq ans écoulés entre l’article et sa traduction ne soient pas trop marquants.

L’article datant de 2008, il ne prend pas en compte les années suivantes des Suns. Je vous invite donc également à lire ceux-ci :

NBA Preview – Phoenix Suns, The Saxophonist – Saison 2009

Le gang de la West Coast – Saison 2010

Phoenix, chroniques d’un échec annoncé – Saison 2011

Par Lucas (true-nba.blogspot.fr)

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2 Comments

  1. Tres bon article.

    C'est dur de retourner le couteau dans la plaie ( cf Beasley and cie aujourd'hui… )

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