Warriors always bomb first

Warriors always bomb first

Jed Jacobsohn/Getty Images
Jed Jacobsohn/Getty Images

On a pu reprocher bien des choses aux Warriors au cours de la saison régulière. Equipe trop faible défensivement, trop peu structurée en attaque, trop irrégulière dans ses performances, trop dépendante de sa réussite aux shoots, et bien d’autres tares qui semblaient rédhibitoires pour leur permettre de réussir à passer un tour de Playoffs, voire même à un certain point pour leur permettre de finir dans les huit premiers à l’Ouest, un doute légitime lorsque ceux-ci enchaînaient 9 défaites en 12 matches au mois de février.

Et pourtant, les Warriors sont toujours là. Ils se sont qualifiés devant les Rockets et les Lakers, avec un bilan de 47-35, le meilleur de la franchise depuis 2008 -année où ils n’avaient d’ailleurs pas fait les Playoffs. Puis ils ont sorti les Nuggets, tête de série numéro 3, alors qu’ils avaient perdu dès le premier match David Lee, leur premier All-Star depuis 16 ans. Enfin, ils ont bien failli renverser les Spurs chez eux hier soir, menant encore de 16 points à 3 minutes de la fin avant de s’écrouler et de déposer les armes après deux prolongations.

Quelles sont les clés de la réussite des Warriors ? Assez paradoxalement, elles sont similaires aux défauts évoqués dans l’introduction. Une défense limitée mais très efficace pour lancer des contre-attaques, une attaque imprévisible, une équipe capable de prendre feu sur de courtes périodes, un effectif regorgeant de shooteurs fiables et surtout un coaching stupéfiant de réactivité. Examinons chacun de ces aspects plus en détail.

Tout d’abord, la défense, considérée, souvent à juste titre, comme le point faible de l’équipe de la Baie. Au cours de la saison régulière, Golden State concédait en moyenne 103.3 points par 100 possessions, ce qui les classe 14e chez les équipes participant aux Playoffs. L’effectif de Mark Jackson comporte peu de bons défenseurs, et ses deux leaders (Lee et Curry) ont souvent été pointés du doigt pour leurs lacunes dans ce domaine.

Néanmoins, c’est bel et bien en défense que les gars d’Oakland ont réussi à dominer les Nuggets au premier tour. En utilisant une zone des plus judicieuses et des plus efficaces, GS a pu prendre le meilleur sur une équipe de Denver dépourvue de shooteurs fiables, et limitée dans son attaque du panier par un Andrew Bogut retrouvé. On peut noter à ce sujet qu’un intérieur capable de réguler la circulation dans la peinture avait été la priorité de Jackson lors de son arrivée, et qu’il avait même été jusqu’à trader Monta Ellis qui avait alors une valeur supérieure à celle du pivot australien.

La satisfaction apportée par la victoire contre les ouailles de George Karl ne doit pourtant pas gommer les défauts de la défense. Une fois privée de Bogut pour cause de fautes ou de fatigue, les lacunes défensives du backcourt californien sont exposées au grand jour et le panier assiégé de pénétrations incessantes. Greg Popovich a ainsi décidé de faire du Hack-a-Bogut à la fin du second quart-temps, poussant Mark Jackson a devoir le mettre sur le banc à la fin du match, ce qui a permis à Tony Parker de pouvoir accéder au cercle sur la majorité des possessions jouées dans le money time.

La présence de Bogut, ou celle de David Lee au cours de la saison, apporte un autre plus pour une équipe de contre-attaque comme Golden State : les deux intérieurs, en plus d’être très efficaces au rebond, sont également de bons passeurs. Cela permet de remettre rapidement la balle aux arrières tout en évitant les pertes de balle et ainsi développer le jeu rapide prôné par Mark Jackson.

Ce jeu rapide est une variante du Seven Seconds Or Less développé par Mike D’Antoni à Phoenix au milieu des années 2000. Tout comme les Suns d’alors, les Warriors tentent de passer la ligne médiane en un minimum de temps, sans pour autant utiliser les secondes alors économisées, puisque le shoot synonyme de fin de possession est lancé bien avant la fin des 24 secondes. En revanche, là où le jeu des Warriors diffère de celui de leurs prédécesseurs, c’est que là où D’Antoni cherchait des positions de shoots ouverts sur du catch-and-shoot ou spot-up-shooting, Mark Jackson privilégie des tirs en sortie d’écran ou en sortie de dribble.

C’est en ce sens que le jeu des Warriors peut parfois être critiquable, et quand on regarde le pourcentage de passes décisives par rapport au nombre de paniers marqués, les Warriors ne sont que 20e en NBA. Les shoots en sortie de dribble sont parmi les plus compliqués pour un joueur de Basket, et on pourrait supposer qu’une équipe disposant de tant de shooteurs pourrait se baser davantage sur la recherche de positions ouvertes comme le faisaient les Suns de D’Antoni.

Mais dans ce S.S.O.L. 2.0, Jackson utilise en fait à merveille les qualités de ses joueurs. Stephen Curry est un formidable shooteur en sortie d’écran, et n’est donc pas pénalisé par des systèmes qui lui imposent de shooter sans s’être défait de son défenseur. Jarrett Jack n’a pour sa part que peu de difficultés à s’écarter de son défenseur et peut ainsi shooter à un fort pourcentage sans l’aide de ses coéquipiers. Les systèmes basés sur des positions de tir ouvertes et sans dribble préalable sont destinés à Klay Thompson, moins bon manieur de balle que ses deux partenaires.

De cette façon, Jackson peut utiliser les qualités de ses joueurs au maximum. S’il peut compter sur les meilleurs shooteurs en sortie de dribble, il est logique que son jeu offensif soit basé sur des shoots en sortie de dribble, quand bien même ce shoot n’est pas le plus efficace du Basket. A Miami, Erik Spoelstra dispose des meilleurs joueurs dans un système de drive’n’kick, qui s’il n’est pas le plus complexe, est le plus efficace compte tenu de l’effectif dont il dispose.

En développant un jeu basé sur des shoots réputés peu efficaces, Mark Jackson prend dès le départ l’avantage sur l’adversaire. En effet, une bonne défense consiste à pousser l’attaquant à prendre un mauvais shoot, mais dans le cas des Warriors, ce mauvais shoot est en réalité le tir qu’ils souhaitent obtenir. Le temps que le coach adverse parvienne à trouver un moyen d’orienter Golden State vers un autre type de shoot, ces derniers auront probablement eu le temps de prendre une avance conséquente.

Mark Jackson a toujours brillé par sa capacité d’analyse, que ce soit au cours de sa carrière de joueur ou du temps où il exercait sur ESPN. Il a une faculté à repérer la faille du système adverse avec une rapidité qui lui a permis en son temps de briller à coups de passes laser à travers les rares espaces offerts par ses rivaux de la conférence Est. A présent entraîneur, il semble toujours disposer d’un coup d’avance sur son homologue. La preuve en est qu’une fois la mi-temps passée, ses Warriors prennent toujours le dessus sur l’équipe adverse en appuyant sur une des faiblesses que Jackson aura repéré durant les deux premiers quart-temps. Le temps que le coach adverse trouve une parade, Jackson aura déjà pensé à une alternative.

Mais alors, comment peut-on battre ces Warriors ? Au cours des Playoffs, ils ont pour le moment perdu trois matches, deux par 2 points d’écart et un par 7 points. Golden State apparaît comme une équipe impossible à défendre, capable de rentrer des shoots complexes de loin puis de massacrer la raquette en pénétration une fois la défense étirée pour défendre sur lesdits shoots. Comment dans un tel contexte parvenir à marquer plus de points qu’eux ?

Tout d’abord, il faut mobiliser son meilleur défenseur extérieur sur la menace numéro un de l’équipe, Stephen Curry. Au cours de la série contre les Nuggets, les trop rares fois où le fils de Dell a été défendu par Iguodala ont permis de le mettre en grande difficulté, le champion olympique étant suffisamment mobile et réactif pour anticiper les sorties d’écran du meneur des Warriors. Bien entendu, aucune équipe ne dispose d’un aussi bon défenseur extérieur que les Nuggets, mais elles peuvent avoir dans leur rang un autre type de joueur capable de juguler l’apport de Curry.

Curry est avant tout un shooteur, il convient donc de contester ses tirs afin de diminuer son apport au scoring. La difficulté provient du fait que l’ancienne star de Davidson a développé depuis son arrivée en NBA un handle des plus rapides, et parvient sans difficulté à se créer de l’espace. Un défenseur ayant une grande envergure peut alors gêner ses tirs sans pour autant avoir besoin d’être collé à lui comme peut le faire Iguodala. Au cours du match d’hier, Popovich a choisi à la fin du troisième quart-temps de mettre Kawhi Leonard sur Stephen Curry. Le résultat a d’abord été peu probant, Curry rentrant deux lay-ups après avoir pris le meilleur sur un défenseur trop soucieux de l’empêcher de tirer de loin.

Mais ensuite, Kawhi s’est adapté et ses longs bras ont permis de contester tous les tirs de son vis-à-vis. Après ces deux lay-ups initiaux, Curry ne marquera plus qu’un lay-up en contre-attaque, et manquera ses 8 derniers jumpshots. Si tous les coaches adverses décident de mettre d’entrée leur meilleur défenseur sur le meneur des Warriors, comme pouvaient le faire les adversaires des Suns en prenant le parti de juguler Steve Nash, la tâche sera bien plus aisée pour défendre les autres joueurs. Sans compter le fait que pour atteindre les Finales NBA, les meilleurs défenseurs qui pourraient être proposés à Curry sont Kawhi Leonard, Tony Allen et Thabo Sefolosha, trois potentiels All-Defensive Teamers.

L’autre clé en défense est la bonne protection des corners, chose que Denver n’est pas parvenu à mettre en place sans se retrouver à poil dans la peinture. George Karl a tenté une zone 2-1-2 bizarroïde, avec deux défenseurs devant, deux dans les corners, et un entre les deux lignes, ce qui a permis à Andrew Bogut, pourtant assez indigent offensivement, de pouvoir finir au cercle du fait du manque d’opposition sous le panier. Un autre risque dans la surprotection des corners est de se retrouver dans un schéma trop statique et donc trop exposé à des pénétrations face à Harrison Barnes ou Draymond Green.

Pour parvenir à freiner l’attaque de Golden State, il faut donc mettre son meilleur défenseur sur Stephen Curry d’entrée, et protéger les corners dans un schéma quasi-propre à la zone, tout en gardant un joueur dans la peinture. Un schéma défensif qui ressemble étrangement à celui que les Warriors ont mis en place face à Denver, et qui a été rendu possible grâce à la présence intérieure d’Andrew Bogut. Une nouvelle fois, les intérieurs qui seront opposés aux Warriors pourraient être Tim Duncan, Marc Gasol et Serge Ibaka, tous All-Defensive Teamers.

En somme, pour défaire l’attaque euphorique de l’équipe de la Baie, il faut retourner leurs armes contre eux, et surtout ne pas les laisser prendre les devants. Une équipe attentiste va subir le jeu des Warriors, voire pire, y contribuer en tentant de marquer rapidement pour rattraper les points compilés à vitesse grand V par la troupe de Mark Jackson. Une fois de plus dans ces Playoffs 2013, l’équipe qui remportera la confrontation sera celle qui parviendra à imposer son jeu à l’adversaire, et non celle qui voudra s’y adapter. La chance sourit aux audacieux, et s’il est une équipe qui ne manque ni d’audace, ni de chance, c’est bien celle de la Baie. Les autres sont prévenues, les Warriors tirent toujours les premiers.

« We, bomb first when we ride
Please, reconsider ‘fo you die
We ain’t even come to hurt nobody tonight
But it’s my life or yo’ life, and I’ma bomb first »

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6 Comments

  1. Le seul point ou je suis pas totalement d'accord, c'est que la zone présente toujours ses limites, et ça a été le cas contre Denver également.

    L'utilité d'une défense de zone, c'est qu'elle surprend en premier lieu l'adversaire, qui tout à coup doit renoncer aux systèmes et au plan de jeu prévu pour trouver une ouverture (cf Michigan par exemple, qui n'a pas pu développer son jeu brillant sur pick & roll contre le zone de Syracuse au Final Four).

    Tout ça pour dire, qu'il faut savoir s'en servir à juste dose, puisque le risque c'est qu'au bout d'un moment l'adversaire s'adapte et trouve plus facilement des points. Ca a notamment été le cas contre Denver, qui au bout d'un moment commençait à vraiment trouver la bonne parade (notamment G2, ils enchaines des paniers, avec même de la réussite arrière arc).

    M'enfin, voilà tout, on est d'accord cette zone est très pratique, notamment du fait que ça n'expose par des Curry et compagnie pas forcément excellent défenseurs. MAIS, tu ne peut pas te permettre de faire de la zone sur un match complet, contrairement en NCAA où le terrain est quand même plus petit.

  2. Sinon, super article, je me suis bien régalé, et je dis pas forcément ça pour toi, m'enfin beaucoup de gens découvrent que cette équipe est bonne, pour moi c'est pas une surprise ces Warriors. Je les ai maté souvent en saison régulière, le fond de jeu était pas fantastique et dépend beaucoup de la réussite comme tu dit, m'enfin, y a une vrai indentité depuis un an.

    Et puis, quel job de Mark Jackson, juste parfait. Hier, il fait à chaque fois les changements parfait pour avoir les bons gars en défense tout le temps, selon ce que proposait Pop.

    1. La zone a surement ses limites, c'est pourquoi Jackson alterne, mais tant que Bogut bénéficiera d'un tel laxisme arbitral ils sont tranquilles. Que ce soit contre les Nuggets ou les Spurs, il ne se fait jamais siffler ses 3 secondes défensives alors qu'il campe pendant la totalité de la possession.

      Après, c'est une défense qu'ils ne pourront pas maintenir tout un match, vu que le duo Green-Neal a terminé à 8-14 à 3pts en cumulé alors que les deux étaient bien bidons tout au long de la série précédente, ça présente un risque bien trop important.

      J'ai beaucoup critiqué les Warriors pendant la SR -le premier paragraphe résume bien ce qu'a été mon avis pendant longtemps- mais je dois avouer que j'ai quand même regardé beaucoup de leurs matches parce que c'est une équipe qui est sympa à voir jouer. Plus de par leur imprévisibilité que la fluidité de leur jeu, mais il n'y a pas qu'un Basket, chacun peut le construire comme il le souhaite.

      J'aime bien les décisions de Jackson en match, notamment le hack sur les pivots manchots, les fautes quand il a de l'avance, et tout ces manips un peu old school. Il a une approche assez européenne du Basket qui me plaît beaucoup, et je pense qu'il ferait un excellent coach pour une sélection nationale.

  3. Cet article est juste génial, il nous apprend énormément de chose. Le seul petit problème pour moi c'est qu'étant faible en anglais et en terme NBA, je trouve que la traduction de certains termes entre parenthèses parfois pourrait aider. Exemples: handle, catch-and-shoot ou spot-up-shooting… Mais autrement RIEN A REDIRE, JUSTE GENIAL ^^ Merci ;)

    1. Merci du compliment, et aussi de la remarque. Il y a certains termes comme ceux que tu cites qui sont assez difficiles à traduire en français, et j'ai pris le parti (peut-être à tort) d'utiliser les termes techniques. Si le cas se représente, je penserai éventuellement à faire un lexique en bas de page.

      Pour les termes que tu as noté :

      -Handle : maniement de balle, la capacité d'un joueur à dribbler de façon rapide ou complexe sans perdre le ballon. Par exemple, Jamal Crawford a un des meilleurs handles en NBA.

      -Catch-and-shoot : Réceptionner une passe après un démarquage (souvent après être passé derrière un écran) puis shooter instantanément. Exemple : https://www.youtube.com/watch?v=MlBq-qXUdcs

      -Spot-up-shooting : Tirer après réception d'une passe, mais en étant arrêté au départ. Exemple : https://www.youtube.com/watch?v=zOrIAJKpQKI

      1. Non seulement tu m'as bien expliqué ces termes mais en+ tu as rajouté une vidéo pour les illustrés^^ et tu n'as pas pris les plus moches^^ merci beaucoup, je me coucherait moin bête ce soir lol ;) continu comme ça

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