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Dossier : est-ce que faire venir une star en cours de saison est forcément synonyme d’impact immédiat ?

Les rumeurs affluent à l’approche de la deadline, et beaucoup d’équipes espèrent profiter du moment pour booster leurs résultats ou pour mieux envisager l’avenir. Alors que jusque là tout est plutôt calme, il est notable que cette année fut déjà riche de ce côté là en NBA. En effet, Luol Deng si l’on regarde plus attentivement l’historique de la ligue, est le plus gros joueur transféré en cours de saison, depuis trois ans et Carmelo Anthony, en NBA.

Ce genre d’échanges concernant les stars ne semble donc plus être à la mode. Pourquoi ? Les équipes sont-elles aujourd’hui trop réticentes à faire bouger leurs gros joueurs ? Ou alors, pensent-elles bizarrement que ces transferts n’auront aucun impact imminent sur l’équipe ? Essayons de voir, dans l’histoire de la ligue si ces décisions ont été fructueuses par le passé. L’arrivée de Deng aux Cavs (nous allons le voir plus tard), s’avère pour l’instant être une bonne affaire pour le management de l’Ohio. Ces transferts paient-ils toujours autant ?

Pour commencer, il s’avère que la majorité des équipes qui sont ouvertes à transférer leurs gros joueurs, essaient souvent de se tourner vers l’avenir, en récupérant des contrats expirants et des tours de draft en échange. Il faut donc généralement trouver des équipes décevantes, qui font une croix sur la saison en cours, pour penser au futur. Voici pourquoi cette année, Rajon RondoKevin Love et Pau Gasol sont fréquemment annoncés dans les rumeurs… Pour aller où ? Justement vers des équipes prêtes à se débarrasser de jeunes joueurs ou de picks pour tout miser sur les playoffs.

Quand les conditions sont réunies et que chaque équipe trouve son compte, un transfert impliquant une star peut alors avoir lieu. Et même si ceux-ci se font de plus en plus rares, l’histoire de la NBA en a connu, mine de rien, un bon nombre. Cependant, pour connaître l’impact de ces transferts, définissons tout d’abord ce qu’est une star.

Dans cet article, nous n’allons donc qu’analyser les joueurs qui ont été All-Stars lors de la saison de leur transfert, ou encore lors de l’une des trois années précédentes. Une définition de star sûrement un peu rapide, mais elle permettra de faire le tri dans les joueurs que nous analyserons.

Nous ne prendrons pas en compte non plus, les transferts « star contre star », qui n’entrent pas forcément dans la même catégorie. Ces échanges là sont plutôt des paris, alors que ceux que nous étudierons ont plutôt pour objectif de faire largement progresser l’équipe immédiatement, en limitant les risques d’échec. En effet, recevoir une star sans en perdre une, doit forcément être synonyme de progression immédiate. Et pourtant… Ce n’est pas toujours le cas.

ProBasketballTalk a fait le travail pour nous, en recensant 35 transferts de ce genre, tout en calculant l’impact immédiat qu’a eu le joueur en terme de bilan. Le site a aussi calculé ce qu’ils appellent le Win Change Equivalent (WCE). Pour faire simple, s’il est positif, l’équipe a progressé, s’il est négatif, l’équipe a régressé. Evidemment, plus ce WCE est haut et plus l’impact a été positif, la réciproque se vérifie aussi.

 

Année Joueur Ancienne équipe Nouvelle équipe Avant Après WCE
2014 Luol Deng Chicago Bulls Cleveland Cavaliers 11-23 11-10 +16.4
2011 Carmelo Anthony Denver Nuggets New York Knicks 28-26 14-14 -1.5
2011 Chauncey Billups Denver Nuggets New York Knicks 28-26 14-14 -1.5
2011 Deron Williams Utah Jazz New Jersey Nets 17-40 7-18 -1.5
2010 Caron Butler Washington Wizards Dallas Mavericks 32-20 23-7 +12.4
2008 Jason Kidd New Jersey Nets Dallas Mavericks 35-18 16-13 -8.9
2008 Ben Wallace Chicago Bulls Cleveland Cavaliers 30-24 15-13 -1.6
2008 Pau Gasol Memphis Grizzlies Los Angeles Lakers 29-16 28-9 +9.2
2007 Allen Iverson Philadelphia 76ers Denver Nuggets 14-9 31-28 -6.8
2006 Steve Francis Orlando Magic New York Knicks 15-38 8-21 -0.6
2005 Chris Webber Sacramento Kings Philadelphia 76ers 26-27 17-11 +9.6
2005 Antoine Walker Atlanta Hawks Boston Celtics 28-28 17-9 +12.6
2005 Vince Carter Toronto Raptors New Jersey Nets 7-15 35-25 +21.7
2005 Baron Davis New Orleans Hornets Golden State Warriors 16-38 18-10 +28.4
2004 Stephon Marbury Phoenix Suns New York Knicks 14-21 25-22 +10.8
2004 Rasheed Wallace Atlanta Hawks Detroit Pistons 34-22 20-6 +13.3
2001 Dikembe Mutombo Atlanta Hawks Philadelphia 76ers 41-14 15-12 -15.6
1999 Terrell Brandon Milwaukee Bucks Minnesota Timberwolves 12-7 13-18 -17.4
1999 Eddie Jones Los Angeles Lakers Charlotte Hornets 5-12 21-12 +28.1
1997 Jason Kidd Dallas Mavericks Phoenix Suns 8-19 32-23 +23.4
1996 Tim Hardaway Golden State Warriors Miami Heat 24-29 18-11 +13.8
1995 Clyde Drexler Portland Trail Blazers Houston Rockets 30-17 17-18 -12.5
1990 Maurice Cheeks San Antonio Spurs New York Knicks 34-17 11-20 -25.6
1989 Mark Aguirre Dallas Mavericks Detroit Pistons 32-13 31-6 +10.4
1988 Larry Nance Phoenix Suns Cleveland Cavaliers 28-27 14-13 +0.8
1988 Ralph Sampson Houston Rockets Golden State Warriors 3-15 17-47 +8.1
1984 Reggie Theus Chicago Bulls Kansas City Kings 21-30 17-14 +11.2
1983 Micheal Ray Richardson Golden State Warriors New Jersey Nets 31-18 18-15 -7.2
1980 George McGinnis Denver Nuggets Indiana Pacers 26-28 11-17 -7.3
1980 Maurice Lucas Portland Trail Blazers New Jersey Nets 23-34 11-14 +3.0
1980 Bob Lanier Detroit Pistons Milwaukee Bucks 29-27 20-6 +20.6
1979 Bob McAdoo New York Knicks Boston Celtics 23-32 6-21 -16.1
1979 Jo Jo White Boston Celtics Golden State Warriors 24-28 14-16 +0.4
1979 Truck Robinson New Orleans Jazz Phoenix Suns 26-17 24-15 +0.9
1977 Bob McAdoo Buffalo Braves New York Knicks 11-13 29-29 +3.4

 

Sur ces 35 transferts, seize joueurs ont eu un impact immédiat (WCE supérieur à 5), dix n’ont presque rien changé (WCE situé entre -5 et 5), et neuf ont carrément plombé leur équipe (WCE inférieur à -5). Comme quoi, récupérer une star n’est pas une garantie de s’améliorer immédiatement.

Et finalement, le pari semble risqué : un impact positif se remarque dans 45% des cas, peu de choses se passent dans 29% des cas, et les équipes foutent tout en l’air dans 26% des cas. Les dirigeants se posent donc la question. Est-ce judicieux de faire une croix sur l’avenir, si faire venir une star ne fera progresser l’équipe que moins d’une fois sur deux, alors qu’il y a une chance sur quatre de faire péter l’équipe ? Dur quand même, mais vu que ceci ne s’appuie que sur des chiffres, analysons quelques exemples, qui montrent tous des choses différentes.

 

2011 : Carmelo Anthony et Chauncey Billups aux Knicks

En 2011, après avoir fait venir Amar’e Stoudemire l’été précédent, les Knicks, qui présentaient leur meilleur bilan depuis dix ans, lors de la deadline avaient décidé de placer la barre encore plus haut afin de jouer le titre. Alors que l’équipe commençait à faire le buzz, en obtenant bien plus de succès que prévu, les dirigeants New-Yorkais ont profité du fait que Carmelo Anthony était dans une situation délicate à Denver. Voilà pourquoi il était devenu leur cible numéro un.

Sauf que l’on s’aperçoit que même si les Knicks ont récupéré Melo et Chauncey Billups en lâchant surtout des role players (Wilson Chandler, Raymond Felton, Danilo Gallinari, Timofey Mozgov), la franchise de Big Apple n’a pas fait mieux ensuite (WCE de -1,5). Les dirigeants avaient sûrement envoyé trop de joueurs importants ailleurs… Comme quoi, le collectif et les joueurs de second rang, sont parfois tout aussi importants que les superstars. Car aujourd’hui, les Knicks en sont toujours au même point… Voire même plus bas…

 

2001 : Dikembe Mutombo aux 76ers

On se rappelle surtout que Dikembe Mutombo a rendu de fiers services aux 76ers car le pivot fit partie de l’équipe de Philly qui accéda aux finales NBA, dès l’année de son arrivée. En effet, le plus important est là. Mais quand on voit ce qu’ont fait les Sixers en saison régulière après ce transfert, difficile de dire que l’impact fut immédiat.

Cette année-là, les hommes de Larry Brown avaient alors commencé la saison sur les chapeaux de roues, présentant le meilleur bilan de la ligue avec 41 victoires pour 14 défaites. Un rythme difficile à tenir, même malgré l’arrivé de Mutombo, qui vit sa nouvelle équipe afficher un bilan maigre de 15 victoires pour 12 défaites (WCE de -15,6) après cet échange, qui avait pourtant seulement envoyé un Theo Ratliff blessé vers les Hawks.

Cet exemple nous montre ainsi que même si l’arrivée d’une star ne chamboule pas un collectif, au vu du peu de choses que Philly a lâché dans cette affaire, un temps d’adaptation est souvent nécessaire, dans une équipe qui a travaillé ses systèmes de jeu en pré-saison, pour des joueurs aux profils différents. Mutombo a effectivement mis du temps à trouver sa place dans cette équipe qui jouait tout sur Allen Iverson, mais une fois qu’il eut trouvé sa place, son impact fut enfin réel.

 

1990 : Maurice Cheeks aux Knicks

Ce transfert affiche le pire WCE (-25,6) de nos 35 exemples. Quand Mo Cheeks est arrivé à New York en provenance de San Antonio, les Knicks étaient alors 2e à l’Est derrière les Pistons. A la fin de la saison, ils n’étaient plus que 5e… L’erreur que les Knicks ont faite à ce moment-là, fut de ne pas prendre en compte le fait que le meneur de jeu était en toute fin de carrière, et leur attente envers le joueur était sûrement trop haute. Erreur d’évaluation donc…

Cela dit, tout ne fut pas noir non plus, car New York a finalement réussi à passer un tour cette année-là contre Boston, avec un Mo Cheeks plus qu’important, de par son expérience, dans cette série.

Cet exemple montre qu’il est parfois risqué de transférer des assets contre des joueurs de plus de 34 ans, car même si leur expérience peut être un atout, leur statut de star est souvent à ce moment-là clairement en train de disparaître, un élément parfois difficile à admettre pour des équipes qui misaient beaucoup sur leur recrue.

 

2005 : Baron Davis aux Warriors

A l’inverse de Mo Cheeks, voici l’exemple le plus positif de notre liste (WCE de +28,4). Baron Davis est arrivé dans une équipe des Warriors à la ramasse, et a fait remonter l’équipe au classement de façon impressionnante, même s’il n’a pas réussi à les emmener jusqu’aux playoffs cette année-là. Ami proche de Jason Richardson, le meneur de jeu a néanmoins fait un bien fou à toute la franchise d’Oakland et le bienfait de ce transfert s’est tout autant vu dans le vestiaire que sur le terrain. Cette association a ensuite mené les deux comparses à réaliser l’un des plus gros exploits de l’histoire des playoffs quand en 2007, deux ans après, ils ont éliminés les Mavericks (tête de série numéro un de la conférence ouest, et finalistes de la saison précédente), au premier tour des playoffs.

Cet exemple montre que l’entente entre les joueurs, même si cela semble évident, est un point primordial. Faire venir une star appréciée par les membres de l’effectif, peut ainsi augmenter les chances des dirigeants de réaliser un transfert efficace. Évident mais important !

 

2004 :Rasheed Wallace aux Pistons, 1995 : Clyde Drexler aux Rockets, 1989 : Mark Aguirre aux Pistons

Ces trois joueurs ont été des éléments-clés pour leurs franchises car ils ont tous les trois permis à leurs nouvelles équipes de remporter un titre dès l’année de leur arrivée. Même si l’impact de ces trois joueurs ne s’est pas toujours vu tout de suite, car Houston a du changer son jeu après l’arrivée de Clyde Drexler (WCE de -12,5 pour lui, mais +13,3 pour Wallace et +10,4 pour Aguirre), les dirigeants ont su trouver ce dont leurs équipes avaient besoin au bon moment. Rasheed Wallace a permis à Detroit d’avoir une énorme présence à l’intérieur avec Ben Wallace, Clyde Drexler a, par son jeu au périmètre permis à Hakeem Olajuwon d’avoir plus de place sous les paniers, et Mark Aguirre lui, fut le joueur qui arrivait le mieux à canaliser le caractère fort d’Isiah Thomas, qui commençait à être pesant pour certains Pistons. Ils furent donc tous les trois la pièce manquante du puzzle.

Pau Gasol (WCE de 9,2) peut lui aussi être placé dans cette catégorie, même s’il n’a permis aux Lakers de gagner un titre que l’année suivante. Le duo qu’il a formé avec Kobe Bryant a en effet boosté la franchise de Los Angeles. Comme quoi, il est important d’étudier ce dont l’équipe a vraiment besoin avant de recruter une star. Additionner des noms connus au sein du même effectif est une technique qui n’a que rarement fonctionné…

 

Au final, pour augmenter ses chances de réussite dans un trade impliquant une star, il faut s’assurer de ne pas rompre le collectif, de ne pas envoyer trop de joueurs en échange, de laisser à la nouvelle recrue le temps de s’adapter un minimum et de ne pas miser sur des joueurs trop vieux. Parallèlement, et cela semble logique, recruter un joueur apprécié dans le vestiaire, qui répondra aux besoins exacts de l’équipe semble primordial. Mais difficile d’être sûrs de ces paramètres avant de signer une transaction.

Pour conclure, alors que l’on pouvait s’imaginer le contraire, il est difficile d’avoir des certitudes lorsque l’on fait venir une star, même lorsque l’on ne lâche pas grand chose en échange. Être general manager est un vrai métier, et pour réussir le talent et la chance doivent souvent être réunis, car un transfert impliquant une star peut vite s’apparenter à une partie de pile ou face, même s’il existe des façons et des techniques pour attirer la chance…

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