Steve Nash, The Lone Ranger

Steve Nash, The Lone Ranger

Hier Steve Nash a pris sa retraite. Pour l’occasion, je vous propose une traduction d’un article de Sean Sweeney publié dans le numéro #69 de l’excellent Dime Magazine. Cet article a été écrit à la fin de la saison régulière 2012, la saison du lockout. Phoenix vient de manquer de peu les Playoffs et Steve Nash est free agent. Sweeney recoupe des morceaux de son entretien avec Nash au début de la saison avec des déclarations d’autres joueurs, et retrace le parcours du double MVP, un parcours qui l’aura vu lutter pour être accepté dans une équipe universitaire, tout comme il l’aura vu devenir le leader de la plus belle attaque des années 2000 et un des meilleurs meneurs de tous les temps. Un parcours que personne n’aurait pu imaginer, et surtout pas lui.

Steve Nash, The Lone Ranger

(Steve Nash, le Cowboy solitaire)

par Sean Sweeney

Steve Nash n’a jamais été qu’un simple joueur de Basket. Deux titres de MVP consécutifs n’ont pas fait de lui un homme différent. Les remporter en tant que Canadien cultivé et fan de hockey dans un sport qui a toujours été dominé par les Américains n’ont pas fait de lui un homme différent. A 38 ans passés, et dans un univers où il fait figure de fossile, Nash est toujours unique. Il domine toujours, ce que personne n’aurait pu croire possible.

Des murs blancs, tellement blancs qu’on dirait une forêt de lumière, qui vous éblouit comme les phares d’une voiture. Il y a aussi un grand écrant vert, d’où sortent des câbles rouges et noirs qui serpentent par terre le long d’un tapis sans éclat, avant d’aller se glisser sous un tabouret brun. Un de ces froids matins de Janvier dans l’Arizona, de ceux où le soleil vous brûle alors que le thermomètre atteint péniblement les dix degrés.

A l’intérieur, le silence. Le seul son à l’horizon c’est celui du ronronnement des ordinateurs. “Si jamais vous avez besoin de quelque chose, faîtes-moi signe”, me lance une femme.

Au milieu de tout ça, un homme ordinaire, avec une coupe de jeune premier. Il porte un jean et un polo noir, rien de tape-à-l’oeil. Une coiffeuse trace une raie au milieu de ses cultissimes cheveux mi-longs, tandis que l’homme raconte que l’autre jour, il a vu Robert De Niro et Harvey Keitel rentrer dans un restaurant, et qu’il n’a pas osé aller leur demander un autographe. Il enchaîne en expliquant qu’il faut que les fans sachent se poser des limites, demander un autographe à son idole quand elle est en train de manger, ce n’est vraiment pas le bon moment. Enfin, c’est toujours mieux que de le faire aux urinoirs. Et cet homme sait de quoi il parle. Cet homme, c’est Steve Nash.

“Je ne me considère pas comme une star”, poursuit le double MVP. “Ca ne me viendrait pas à l’esprit d’utiliser ce genre de mots pour parler de moi. »

Pourtant, le quotidien de Steve Nash au début de ce mois de janvier, c’est des journées entières entouré de douzaines de personnes, dans une suite de luxe au Sanctuary Hotel, un établissement situé au pied des montagnes de Scottsdale et bercé par le soleil de l’Arizona. Avant d’attaquer sa seizième saison NBA, il doit tourner la prochaine pub de Dove qui sera diffusée pendant la March Madness. Cet homme, qui fut d’abord refusé à Victoria, puis dénigré à Dallas, puis adulé à Dallas, jusqu’à être le dernier rescapé à Phoenix aujourd’hui, cet homme essaye d’expliquer l’inexplicable. Il essaye d’expliquer sa vie.

L’histoire de la carrière de Steve Nash ce ne sont pas juste des parenthèses après un nom (8 sélections au All-Star Game) ou des chiffres (10.000 passes en carrière) : alors qu’il s’apprête à être free agent pour la dernière fois avant de disputer ses ultimes saisons au sein de la ligue, il ne nous reste plus qu’à remettre le puzzle en place pour expliquer comment tout ça a-t-il bien pu arriver.

Un type avec des dreadlocks et un petit calepin entame l’interview, et lui demande s’il se rend compte à quel point c’était complètement fou et innatendu qu’un gosse qui n’avait même pas ESPN à la maison puisse être aujourd’hui le leader de la NBA aux passes décisives, à 38 ans passés. “Vous pensez vraiment que c’est si fou?” lui répond Steve Nash en rigolant.

Eli Pasquale serait sans doute de cet avis, lui qui a été un Steve Nash avant Steve Nash. Meneur d’un mètre quatre-vingt cinq et en son temps le leader de Victoria, il fut drafté par les Sonics en 1984, mais sa carrière NBA n’a malheureusement pas duré plus de trois matches de présaison.

Au cours d’un des camps Basket qu’il organisait tous les étés, Pasquale, alors une légende au Canada, raccompagne le jeune Nash chez lui, et lui annonce clairement la couleur : “Si tu veux avoir une chance de jouer en NBA, il faut que tu te décides maintenant, Steve.”

Vraiment? Là, maintenant? Mais je suis même pas le meilleur sportif de ma famille! Et c’est juste. Si vous posez la question à Nash il le reconnaîtra encore aujourd’hui : son frère Martin était le meilleur athlète des deux, plus rapide, plus vif et plus fort. Il ne dépassait pas le mètre quatre-vingt mais c’était un pur scoreur. Par cinq fois au cours de sa dernière saison au lycée, il avait dépassé les cinquante points. Mais il faisait les choses à sa manière sans se soucier du reste, Nash le compare d’ailleurs souvent à Allen Iverson.

Nash considérait Pasquale comme un modèle, il n’avait donc pas le choix et l’écouta. Depuis qu’il avait lâché le foot et le hockey, qu’il s’était mis à jouer avec ses mains au lieu de ses pieds et qu’il avait quitté les patinoires au profit des parquets, depuis ce jour, son rêve avait toujours été de pouvoir jouer le tournoi NCAA. Depuis la troisième, quand il s’était mis au Basket parce que tous ses potes y jouaient, il rêvait de “devenir un jour un vrai joueur universitaire.”Nash

Il avait vu les rêves de gloire de son père se briser, son père qui venait à tous ses matches, et dont on pouvait recconaître l’accent britannique quand il criait sur l’arbitre. John Nash avait failli être footballeur professionnel en Angleterre où il gagnait un peu moins de 100 livres par match, mais il n’a jamais été un compétiteur acharné, ce qui ne l’empêche pas de se lancer de temps à autre dans des matches de Tennis particulièrement disputés avec son fils.

Ce fût après sa deuxième année de fac à Santa Clara que Nash commenca a réellement croire en ses chances de réussir là ou Pasquale avait échoué. Il avait joué le Championnat du Monde avec le Canada, où ses bonnes prestations avaient tapé dans l’oeil de certains scouts. On commençait à parler de lui, le téléphone commençait à sonner de plus en plus souvent. Quand Steve revint sur le campus à la rentrée, les coaches étaient unanimes : Steve Nash deviendrait un jour un basketteur professionnel.

“Je m’en suis rendu compte au cours de mon avant-dernière année de fac, je me disais ‘je pense vraiment que je vais pouvoir le faire’, c’était ça le plus important”, explique Nash.

Dans le vol qui le ramenait à Santa Clara après une série de 12 workouts en vue de la Draft 1996, Nash ne tenait plus en place. Impressionés par sa prestation, les Suns de Phoenix envisagaient de le choisir avec leur 15e choix, et ce dans une des plus grosses drafts depuis 25 ans.

Au fond de l’avion, le jeune Nash n’arrivait pas à envisager la suite. Les larmes coulaient le long de ses joues alors qu’il se rappelait du premier mot qu’il avait dit, “But!”, de toutes ces journées passées au gymnase, de ces trente facs qui n’avait jamais répondu quand ses coaches avaient envoyé des cassettes, de ses derniers jours à Santa Clara à faire ses cartons, après que la NCAA n’ait pas sélectionné son équipe pour la March Madness. Il ne se rendait pas compte de ce qui était en train de se passer, emporté par l’adrénaline et par le flot de tous ses souvenirs.

“Arriver au sommet fut avant toute chose une épreuve au niveau sentimental” reconnaît Nash.

Et ça l’est toujours. Quinzième choix de la Draft 1996, le meneur canadien a eu le temps de voir des joueurs comme Antoine Walker, Stephon Marbury ou Peja Stojakovic rejoindre puis quitter la ligue, et pourtant depuis 2004 il n’a jamais fait une saison à moins de 9.7 passes par match. Bien qu’atteint d’un glissement des vertèbres, il maintient une éthique de travail qui lui permet de trouver l’équilibre entre se préserver et s’améliorer. Losqu’il a subi sa première blessure au dos, Nash jouait encore à Dallas, ce qui l’a poussé à prendre encore davantage soin de son corps.

A l’heure actuelle, il évite tout sucre raffiné ou synthétique. Son alimentation est à base de poissons, de fruits et de légumes. Pas de pain. Pas de pâtes. Presque pas de produits laitiers. Grand amateur de plats mexicains, Nash préfère en rire : “Je ne peux manger ni tortillas ni fromage, mais il me reste les avocats, les haricots, les oeufs et la sauce salsa. C’est déjà pas mal, non?”

“Quand il va se coucher, tout ce qu’il a fait de sa journée, c’est travailler”, ajoute son coéquipier Jared Dudley. “Il est soit à la salle, soit au foot, soit à la gym. De toute l’équipe, c’est sans doute lui le plus affûté.”

Nash a pu perdurer car il a su évoluer. Même son iconique coupe de cheveux a évolué, c’est dire. Des dreadlocks, des rouflaquettes, une décoloration… Grand fan du groupe Kid N’Play quand il était ado, il avait même essayé leur coupe fut un temps.

“C’est sûr que j’ai eu pas mal de coupes horribles, mais maintenant il faut faire avec” admet-il avec humour.

Personne ne s’est étonné que durant le lockout, Nash ne consacre que peu de temps au Basket. Il s’est plutôt essayé à la danse classique : beaucoup de joueurs ne voient la vie qu’à travers un arceau et beaucoup en ont d’ailleurs souffert durant la coupure, mais pour Nash cette pause fut la bienvenue.

Il en a profité pour assister à pas mal de concerts, on l’a par exemple vu sur scène avec Nas lors d’une date de sa tournée Rock the Bells. Un autre soir, pendant un concert de Lil’Wayne, Nicki Minaj devait choisir un spectateur pour la rejoindre sur scène, et Wayne qui avait repété le meneur des Suns le fit grimper sur les planches, le temps de profiter d’une petite lap dance de la chanteuse.

“A partir du moment ou le Basket est devenu votre travail, vous n’avez plus besoin d’y jouer avec vos amis” explique-t-il.

Nash a voyagé. Il a enfin pu passer un peu de temps avec ses enfants. Il a aussi travaillé avec sa boîte de production, et espère pouvoir un jour en faire une enseigne capable d’écrire, filmer et monter ses projets elle-même. Ils ont déjà tourné un documentaire, “Into The Wind”, dans le cadre de la série des 30 for 30 d’ESPN. Pour Nash, tourner des films ne sera pas un simple hobby après sa carrière, pour la bonne et simple raison que c’est déjà une de ses principales occupations et une vraie partie de sa vie.

Quand on lui demande comment il arrive à survivre à un tel emploi du temps, Nash répond qu’il “le vit bien, il y a beaucoup de choses qui me plaisent et je trouve important d’y consacrer du temps. Je ne veux pas devenir un vieux ringard.”

Comme à son habitude, il a écumé les terrains de foot de New York, et n’a pas manqué de faire un peu de hockey. A l’époque où ils jouaient tous les deux à Phoenix, Nash ne cessait d’impressioner Joe Johnson. L’arrière All-Star se rappelle encore de son meneur traversant tout le terrain en jonglant avant d’envoyer la balle dans le panier en aile de pigeon. Quand la salle avait été utilisée pour du hockey et qu’il restait un peu de glace, Nash n’hésitait pas à aller patiner un peu avant l’entraînement, non sans prendre avec lui une crosse et un palet.

“Je n’ai jamais vu un type pareil, se rappelle Johnson. Il maîtrise tout, sa coordination est parfaite quel que soit le sport”nash foot

Tandis que les feuilles mortes prenaient la place des tournesols et qu’on ne voyait toujours pas poindre à l’horizon la reprise de la saison, l’envie de jouer au Basket vint reprendre le dessus. La saison reprit finalement à Noël, et même si les Suns eurent du mal à démarrer, et à intégrer les nouveaux comme Shannon Brown ou Markieff Morris, leur meneur était toujours au sommet de son art.

Il termina le mois de Janvier à 16.1 points de moyenne, avec une incroyable réussite de 58% aux tirs. La seule ombre au tableau concernait son avenir : bien que sa production sur le parquet soit toujours irréprochable, à Phoenix on préférait se focaliser sur la décision à prendre le concernant, puisque son contrat expirait à la fin de la saison. Avec qui devait-on l’échanger? Sur internet, la mouvance “Free Steve Nash” se faisait de plus en plus insistante, et même si le meneur jouait toujours aussi bien, beaucoup s’attendaient à ce qu’il soit échangé avant la trade deadline.

A l’heure actuelle, les Suns sont en pleine reconstruction. Même s’ils allaient au bout de leur potentiel, ils ne pourraient même pas passer le premier tour l’an prochain. Alors que par le passé il était entouré de joueurs comme Joe Johnson, Amar’e Stoudemire ou Shawn Marion, la saison 2012 de Nash s’est surtout résumée à jouer les moniteurs de colo pour un groupe de joueurs qui se cherche encore.

Beaucoup pensent que New York est une destination probable. Un vrai meneur de jeu leur fait cruellement défaut, et c’est là que Nash passe tous ses étés. On parle aussi de Dallas, où il a joué pendant longtemps. Peut-être même Miami. Nash a indiqué qu’il restait ouvert à toute proposition qui émanerait de South Beach.

“On parle quand même d’un double MVP”, rappelle Joe Johnson. “Où qu’il aille, je suis prêt à parier qu’il aura un impact immédiat et permettra à son équipe de passer un pallier.”

Alors que les deux autres gros free agents, Dwight Howard et Carmelo Anthony, préfèrent jouer les divas ou faire virer leurs coaches, Nash est resté muet, heureux de passer cette saison à Phoenix et de pouvoir prendre sa décision en tant qu’agent libre.

Encore une fois, Nash ne se montre pas ingrat : “Je dois beaucoup à mes coéquipiers.. Je ne me vois pas leur dire que je ne veux plus jouer ici, que je ne veux plus jouer avec eux, que je veux jouer pour un favori. Ca ne me semble pas correct. Ca ne me ressemble pas.”

Lors de son passage au “Dan Patrick Show” à la fin du mois de Mars, Nash a tout de même cessé de nier l’évidence : les Suns devront améliorer le roster s’ils veulent le garder. Mais pour le moment, il reste impossible de prédire où Nash jouera l’an prochain.

Kenny Smith, de TNT, se montre tout aussi évasif : “Cet été est un été particulièrement long. Il est difficile de deviner ce que comptent faire les franchises, quels joueurs elles veulent recruter. Tout dépendra des Playoffs.”

Comme le rappelle Nash, de temps en temps il faut savoir manger son pain noir, et pour celui qui a été nommé trois fois dans la première All-NBA team, ce n’est plus une question sportive, mais une question de loyauté. Le Canadien est le seul rescapé des années de gloires de la franchise, et même si la fameuse attaque “Seven Seconds Or Less” vit toujours (8e attaque encore cette année) les Suns ont manqué de peu les Playoffs. Après une humiliante défaite face aux Lakers à la mi-Février malgré 17 passes décisives de Steve Nash, Phoenix présentait un bilan peu glorieux de 12-19. Ils ont su se remettre en selle pour finir la saison à 33-33, avec en fers de lance de simples seconds couteaux comme Dudley, Channing Frye, ou Michael Redd.

“Je pense qu’ils se débrouillent plutôt bien pour trouver les joueurs pour l’entourer” analyse Chris Paul. “C’est sans doute le meilleur de la ligue pour trouver des positions à ses coéquipiers.”

A Phoenix, tout tournera toujours autour de Nash. Lorsqu’il était sur le parquet, les Suns marquaient 8 points de plus par tranche de 100 possessions, et il a fait d’un simple remplaçant comme Marcin Gortat un des meilleurs pivots de la ligue.

“Il sait faire le genre d’actions qui vous font gagner les matches, et pas forcément en marquant des paniers, il s’en fout de ça” dit de lui Kevin Love. “C’est le contraire même d’un joueur égoïste. Il est là depuis je ne sais même pas combien d’années, mais il continue de trouver ses gars, de faire des passes qui valent des points. Ce mec est toujours le leader.”

Nash a fini deuxième au classement des passeurs avec 10.7 passes par match, auxquelles il ajoute 12.5 points de moyenne à un ahurissant 53% de réussite, égalant ainsi son meilleur pourcentage en carrière. A 38 ans, Magic Johnson, Oscar Robertson, Isiah Thomas ou encore Clyde Frazier étaient tous à la retraite. Gary Payton était remplaçant chez un favori, et il shootait à 39%.

Oui, Nash est toujours tellement bon que LaMarcus Aldridge reconnaît que « même si on sait ce qu’il va faire, on ne sait toujours pas comment l’en empêcher ». Derrick Rose, le MVP en titre, avoue avec un sourire que contrairement à son aîné, il “ne se voit pas jouer jusqu’à 38 ans.”

“Honnêtement, je ne pense pas qu’il y ait eu un tel joueur dans l’histoire de la NBA”, s’interroge Derek Fisher. “Peut-être John Stockton, un des rares joueurs au cours de l’Histoire à avoir été aussi bon aussi longtemps.”Steve Nash Chris Paul

Mais contrairement à Nash, Stockton n’a jamais remporté de trophée de MVP, et encore moins deux fois. De plus, quand il approchait de la quarantaine, il était loin de la tête du classement des passeurs. Si on doit reconnaître à l’ancien joueur du Jazz le fait qu’il ait su mener le jeu à Utah pendant presque deux décennies, Nash a lui changé la vision du Basket à jamais.

Renaldo Balkman, l’ancien Knick actuellement sans contrat, ne tarit pas non plus d’éloges au sujet de Steve Nash. “C’est le genre de type qui joue au Basket non pas pour lui, mais pour les autres. Il vous donnera tout ce qu’il pourra vous donner. Il fait partie des joueurs qui donneront tout jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus et qu’ils s’écroulent à bout de souffle.”

Ce qui restera gravé dans la mémoire du double MVP, ce ne sont pas ces tirs, ces matches, ou ces récompenses. Nash se rappellera de ses rencontres. Il se rappellera de Raja Bell, de Leandro Barbosa, de Grant Hill, les trois coéquipiers avec qui il s’entendait le mieux. Il se rappellera de ces équipes avec qui il aura presque réussi à ramener un trophée dans le désert de l’Arizona.

“C’était le meilleur Basket que j’ai jamais joué de ma vie” se rappelle son ancien coéquipier Boris Diaw. “C’était tellement facile de jouer avec Steve. Il rend tout tellement plus facile.”

Il se rappellera aussi de ses galères lors de ses débuts à Dallas. Nash fut tradé en 1998, on lui fit signer un gros contrat, mais tous les fans se demandaient qui pouvait bien être ce petit Canadien.

Au cours d’un de ses premiers matches sous le maillot des Mavericks, face à Houston, Nash manqua ses huit premiers tirs, après quoi il fut hué à chaque fois qu’il touchait la balle, ce qui pour un meneur est relativement fréquent. Steve, alors qu’il retournait sur le banc, jeta un oeil dans les tribunes, et repéra son frère Martin, qui riait à gorge déployée. “Il m’a fait comprendre qu’il n’y avait rien de dramatique. Il n’y avait pas mort d’homme, après tout.” Trois saisons plus tard, Nash présentait des moyennes de 17.9 points et 7.7 passes, était invité au All-Star Game, et les Mavs faisaient les Playoffs chaque année.

Il se rappellera sans doute également de son arrivée sur le campus de Santa Clara à 1992, où il se faisait allumer tous les jours par l’autre meneur, John Woolery, de deux ans son aîné. Nash ne pouvait même pas remonter la balle sans se faire agresser, comme s’il y avait un billet sur sa tête.

“Quand j’y repense, je devais quand même être sacrément idiot à l’époque pour penser que je pourrais jouer un jour en NBA”, se rappelle le meneur.

Plus tard au cours de cette saison, il sera élu MVP du tournoi de la West Coast Conference, et le principal artisan de l’upset au premier tour de la March Madness contre Arizona, alors tête de série numéro 2. Ce match reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux exploits de l’histoire de l’équipe.

Malgré tout, même si le voyage de Steve Nash est plus proche de son arrivée que de son départ, en parler comme s’il était fini serait une erreur. Même aujourd’hui en 2012, l’impact de Nash est si grand qu’après que Lin ait fait un match à 28 points – 14 passes contre Dallas, Jason Kidd a dit du meneur de New York qu’il avait fait “un match qui n’est pas sans rappeller Steve Nash”.

“Ce genre de phrase en dit beaucoup sur ce qu’est une vraie légende”, ajoute Fisher. “Ce ne sont pas les compliments ou la réussite individuelle qui font de vous une légende, c’est ce que vous laissez derrière vous, ce que vous léguez à vos successeurs. C’est ça qu’on appelle une vraie légende, et je pense que c’est ce que Steve Nash a accompli.”

Derrière les montagnes de Scottsdale, on peut voir le soleil se coucher. Le ciel qui était bleu s’est assombri, et il ne devrait pas tarder à se draper de noir pour de bon. Pourtant, Nash est toujours là à nous montrer ses imitations et autres mimiques qui font de lui le plus grand acteur de la NBA. Il s’entraîne à faire dix rires différents, et ça a même l’air encore plus dur que de s’extirper d’une prise à deux sur pick’n’roll ou de lâcher un tir sur une jambe par dessus un pivot de 2m10. C’est sans doute ça, au fond. Bientôt il maitrisera ces rires aussi bien que ses fadeaways et l’équipe de tournage de Dove lui dira qu’ils sont irréprochables.

Alors qu’ils finissent d’installer les caméras, une dernière question vient clore l’interview. “Si vous pouviez revoir le jeune homme que vous étiez à Santa Clara, qu’est ce que vous lui diriez?”

“Pas grand chose. Juste de continuer.”

 

Traduction de l’article « Steve Nash, The Lone Ranger » de Sean Sweeney, paru dans Dime Magazine #69. Traduction réalisée par Lucas Saïdi avec l’aimable autorisation de son auteur.

Facebook Comments

Leave a Reply