[Interview croisée] Evan Fournier / Nikola Vucevic : une amitié unique en NBA

[Interview croisée] Evan Fournier / Nikola Vucevic : une amitié unique en NBA

Le mois dernier, on évoquait déjà les échanges taquins entre le Français et le Monténégrin, par ailleurs francophone. En exclusivité pour BasketInfos – et à la veille de leur match à Londres face aux Raptors – plongée au cœur de leur grande amitié, phénomène finalement peu commun en NBA.

Quand Evan s’est fait transférer à Orlando, vous ne vous connaissiez pas. D’ailleurs, Nikola, toi tu pensais que c’était un spot-up shooter…

Evan Fournier : Ça prouve bien qu’il ne connaît rien au basket (rires) ! En fait, quand je me suis fait tradé, deux jours plus tard, j’ai reçu un texto de Nikola en français. Donc déjà, surprise. Il me dit « Bienvenue à Orlando, je suis content que tu sois là, bla bla bla ». Bref, le bienvenue « politiquement correct »…

Nikola Vucevic : Je savais qu’il arrivait dans une nouvelle ville, qu’il aurait besoin de tuyaux, tout ça… Je savais aussi que ce n’est pas facile de se faire trader, même quand ce n’est pas en plein milieu de la saison. Tu ne connais personne, tu es dans une nouvelle ville, tu ne sais pas à quoi t’attendre. Du coup je voulais répondre à ses questions sur les coéquipiers, le coach, le management, la ville etc. Donc on a échangé à ce moment-là, mais ensuite on ne s’est pas vus avant le début du training camp en fait. Et lui est arrivé très, très tard, car il avait la Coupe du monde cette année-là (2014).

Evan : Après son texto, je lui ai donc demandé comment ça se faisait qu’il parle français. Il m’a expliqué qu’il avait grandi en Belgique et m’a raconté son histoire. Du coup, dès que le training camp a commencé, on était souvent ensemble, on s’asseyait côte à côte dans le vestiaire, puisqu’on parlait tous les deux français. L’amitié s’est créée comme ça. Après, l’équipe nous a placés ensemble dans le vestiaire aussi.

Nikola : Je pense qu’ils ont vu qu’on était proches, que l’on est devenu de très bons amis. On passait beaucoup de temps ensemble et on se parlait tout le temps en français… Du coup, le gars qui s’occupe de nos voyages, de nos équipements, tout ça, nous a mis à côté. En déplacement, c’est pareil, dans les vestiaires. Souvent nos chambres à l’hôtel sont à côté aussi. C’est bien que les gens du Magic l’aient compris et nous y encourage. Ils voient que ça nous aide.

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Au-delà de la langue, la proximité culturelle a joué aussi, non ?

Evan : On a la même culture. On n’a pas vécu les mêmes choses exactement, lui c’était en Belgique et moi en France, mais c’est kif-kif.

Nikola : La connexion francophone, le côté européen, ça a fait que la relation s’est établie plus vite. On vient d’une culture différente des Etats-Unis. On n’a pas grandi dans le même monde que les gens ici. Donc c’est normal qu’on s’entende très bien sur ces aspects-là. Surtout que moi j’ai grandi dans la région wallonne en Belgique. J’allais à l’école en français. Il y a beaucoup de choses qui sont reliées à la France : la télé, la musique… beaucoup de nourriture aussi. Du coup on en parle, ce sont des souvenirs sympas et ça aide. Même maintenant, on s’intéresse aux mêmes choses… Sauf les habits ! Là, on a des styles différents (sourire) ! On rigole beaucoup du style de l’un et de l’autre d’ailleurs…

Evan : Il y a la culture basket aussi forcément. Et puis il y a le foot. C’est vrai que ce n’est pas vraiment mon kif, mais comme je suis européen, je suis. La Champions League par exemple. A Londres, j’irai voir un match de Chelsea avec lui. C’est dans notre culture le foot ! On joue à FIFA aussi, on aime les mêmes choses. Hier par exemple, je me suis pris une tartelette à la framboise, il a kiffé. On kiffe les crêpes ensemble également. Que des petites choses que tu fais au quotidien et que tu ne calcules même pas normalement. Mais c’est le genre de trucs que l’on ne peut faire qu’entre nous. Les autres joueurs de l’équipe, ils ne comprennent simplement pas. C’est pas qu’on ne s’entend pas avec eux, mais ils ne peuvent pas être dans ce délire-là. Quand on court à l’échauffement il me chante « un kilomètre à pied, ça use, ça use… » ! Des trucs bêtes, franchement. Nuls ! Mais venant de lui, dans ce contexte ici, ça me fait rire.

On imagine que, comme tous les potes, vous vous influencez au niveau des films, des séries, la musique, ce genre de chose…

Evan : Niveau musique on est tous les deux fans de Booba. Ça m’a vraiment surpris quand je suis arrivé. Direct il m’a dit « Wesh Morray » ! Il écoute peut-être un petit peu plus Kery James depuis que je suis avec lui. La Fouine aussi. Parce que bon, lui c’était que Booba. Assez exclusif ! On délire aussi sur les dessins animés que l’on regardait en étant petits : Dragon Ball Z, Olive et Tom. Là je viens de commencer Naruto, à cause de lui. Il a tout vu. J’ai découvert la série Suits aussi avec lui, mais je n’ai pas encore vraiment regardé, donc il me fait la gueule là un peu (rires) ! C’est aussi une mauvaise influence pour moi. A cause de lui je m’intéresse aux voitures maintenant… Du coup je vais devoir dépenser de l’argent ! C’est un fan de voitures et il m’a conseillé la Mercedes GLE coupe 63. Je me la suis pris du coup, c’est un très beau modèle. Niko, lui, l’an dernier il a eu 5 voitures…

Nikola : Mais non ! L’histoire en fait c’est que j’ai commandé une Range Rover, mais ils ont mis du temps à la livrer. Du coup j’ai loué plusieurs voitures en attendant. Et puis c’est une voiture pour ma copine aussi. Pour moi, j’ai une Porsche GT3 911. Celle-là je vais la garder même quand j’aurai fini de jouer…

Evan : Au niveau culinaire, on s’est fait un petit repas entre couple chez lui pour son anniversaire. Sa femme nous a fait un gâteau serbe, c’était super bon. De mon côté, je ne lui ai rien fait découvrir encore. On fête nos anniversaires ensemble par contre (Nikola est né un 24 octobre et Evan un 29 octobre), on préviens une boite pour organiser ça et on invite tout le monde. Ça fait un peu trop de gens même ! Il y avait toute l’équipe aussi. Pas la famille cette année. L’an dernier ils étaient là, mais pas cette année. Il y avait le premier match de la saison qui arrivait…

Quand on s’imagine jouer en NBA, on n’imagine pas forcément s’y faire un vrai pote…

Evan : Non, c’était vraiment la dernière chose à laquelle je pensais, me faire des copains en NBA. D’autant que je ne suis pas quelqu’un de très social à la base, j’ai très peu d’amis. Vraiment. Donc d’en avoir un dans mon équipe, c’est clair que c’est un vrai plus. Par rapport à mes deux premières années à Denver, c’est vraiment un vrai plus d’avoir quelqu’un comme ça dans ton équipe.

Nikola : C’est dur de se faire vraiment un pote en NBA. Ça bouge tout le temps, donc à part si tu joues longtemps avec un joueur, c’est assez rare. Tu ne vas pas forcément passer beaucoup de temps avec un coéquipier, apprendre à le connaître. Tu peux t’entendre très bien sur le terrain, mais pas forcément chercher à rester ensemble en dehors. Tu as tes potes d’avant, tout ça…

Evan : Très clairement, maintenant, Niko c’est un de mes amis (il prend une pause, un peu ému). On en discute souvent : j’espère que l’on va vraiment avoir l’opportunité de jouer ensemble pendant de nombreuses années, car on s’entend très bien sur le terrain et en-dehors du terrain. Donc ce serait dommage de se séparer.

Nikola : Je suis vraiment content qu’avec lui on soit vraiment proches comme ça. On peut parler de tout, même de problèmes en-dehors du basket… Quelque part ça peut même aider ton jeu sur le terrain aussi.

Evan : On parle vraiment de tout et de rien. Il n’y a pas un sujet sur lequel on ne parle pas. Que ce soit tabou ou pas tabou, on est très honnêtes l’un avec l’autre.

En parlant de tabou, vous devez avoir de sacrés dossiers l’un sur l’autre…

Evan : C’est clair, mais si on te les raconte on ne sera plus en NBA, donc on ne peut pas (rires) !

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

1 Comment

  1. Ca prête à confusion tout ça

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