[Interview] Kevin Durant : « Contre le reste du monde »
Placé numéro 1 à l’est (et donc implicitement dans la ligue) par la référence Sports Illustrated dans leur preview de début de saison, OKC semble désormais relégué non seulement 3ème, mais surtout à un niveau en-dessous des Warriors et des Spurs, tout simplement historiques. Raison de plus pour leur leader d’entretenir une culture revancharde, notamment vis-à-vis des médias. Rencontre à Brooklyn, lors du match contre les Nets, retardé pour cause de blizzard. Et quelques réponses étonnantes à l’encontre du Spurs – Warriors de ce soir, ou de son coéquipier Serge Ibaka…
Cette journée est-elle un peu sortie de l’ordinaire, avec la tempête de neige qui est tombée ?
Oui, hier on a passé toute la journée dans notre chambre. En plus les voitures n’étaient pas censées être sur la route après 2h30 du matin (ils sont arrivés vers 4 h du matin samedi), du coup c’était assez chelou. On n’avait pas l’impression d’être à New York ! La première fois que je suis sorti, c’était pour prendre le bus vers la salle, il y a quelques minutes. J’ai juste maté la télé du coup hier. C’était vraiment bizarre, entre l’horaire d’arrivée et ce genre de routine. Mais bon, c’est la belle vie tu vois, je n’échangerai cela pour rien au monde. Et puis, c’est La Mecque du basket ici, on passe toujours un bon moment. Il y a un sentiment de pureté basketballistique.
Malgré cette défait surpris face aux Nets, êtes-vous satisfait du bilan de l’équipe à ce moment de la saison ?
Je ne dirai pas que je suis satisfait. Mais j’aime bien le ratio et le rythme que l’on a à l’heure actuelle. A part ce soir, on a bien joué ces derniers temps (ils étaient sur une série de 7 victoires). C’était une défaite difficile, mais c’est ce qui arrive dans cette ligue. Vous êtes en déplacement, et si vous n’êtes pas complètement dedans dès le début, vous perdez le match. C’est une leçon pour nous et on a hâte de jouer les Knicks (mardi), une équipe qui monte et qui va être un bon test pour nous. Si on refait pareil, jouer sans enthousiasme, sans passion, sans énergie, on perdra ce match aussi. A bout portant. On ne peut pas se le permettre.
Qu’est-ce qui manque à cette équipe alors ?
C’est surtout qu’on ne veut pas être satisfaits à ce moment de la saison. On est en janvier, le break du All Star Game arrive… On ne se soucie pas trop de là où on en est maintenant, mais plutôt du fait qu’il faut travailler jusqu’à la fin de la saison. A ce moment-là, il faudra que l’on soit satisfaits du bilan. On travaille dur et on ne peut pas se dire « on aimerait être cette équipe-là » ou « on pourrait être cette équipe-là », on doit juste continuer de pousser. Il faut se battre contre cette obstacle de… de complaisance, j’imagine.
Est-ce rafraîchissant d’avoir un nouveau coach ?
C’est différent. C’est différent. Je respecte tous les mecs qui ont un esprit basket et c’est assurément le cas de coach (Billy) Donovan. C’est différent, quand on a été avec quelqu’un pendant 8 ans (Scott Brooks), de se retrouver avec une nouvelle voix. Mais au final c’est juste du basket et vous devez continuer de jouer. Il a fait du bon boulot pour nous mettre dans cette position.
Vous êtes encore en train de vous trouver comme équipe – et on se dit aussi que l’on n’a pas vu le maximum de votre association avec Russell Westbrook. Où en êtes-vous à votre avis ?
On a encore pas mal à accomplir. On sent qu’on a encore beaucoup de marge de développement en tant que joueurs. Ce n’est pas que nous deux, ça concerne aussi le reste des gars dans ce vestiaire. Tout le monde doit venir faire le boulot. Tout le monde. Ce n’est pas que moi et Russell. Tout le monde doit se pointer pour que qu’on puisse éclore. Deux joueurs ne font pas une équipe, c’est tout un groupe. Tout le monde doit progresser, rester concentrés, avoir ce ressort compétitif. Ça commence avec nous deux, mais il faut que ça aille du haut jusqu’en bas de l’effectif.
Vous parlez souvent des critiques médiatiques, jouez-vous avec un esprit de revanche du coup ?
Je pense que oui. On a pas mal de gars qui sont arrivés dans cette ligue avec le sentiment d’avoir été méprisés, voire même insultés en tant que joueurs. Je pense que du coup on joue tous avec l’envie de se venger. Tout le monde dans cette équipe est compétitif, gars. Quand on rentre sur ce parquet, ça se ressent. Mais le basket, c’est aussi un sport qui donne du plaisir, donc malgré toute cette ambiance, on ne doit pas s’éloigner de cela. Malgré tout ce qui peut nous entourer. On doit rester concentrés et jouer comme on le faisait quand on était gamins. Avec un esprit de compétition aiguisé, de la passion.
C’est aussi une manière de se regrouper, « nous contre le reste du monde », un peu ?
Oui, c’est un peu ce qu’on se dit avant chaque match. C’est nous contre le reste du monde. Il faut que l’on reste soudés dans l’adversité. Et persévérer à travers tout ça. Même dans les défaites. Sur la durée, ça va payer.
En même temps, vous venez dans une salle comme celle-ci et quasiment 95% du public est derrière vous. Vous êtes une équipe très populaire dans la ligue, sans même que la franchise ait une longue histoire. N’y a-t-il pas une contradiction avec cet esprit de revanche du coup ?
(Il sourit) Euh, j’imagine que vous pouvez dire ça… Mais bon, quand vous arrivez dans le quatrième quart-temps et que les gros tirs commencent à rentrer pour eux, tout le monde supporte l’équipe locale. Quand on est en déplacement, on sait que l’on va avoir nos fans, mais on sait qu’on ne peut pas se reposer sur leur énergie quand on est à l’extérieur. Il faut qu’on reste soudés entre nous. Soudés avec le banc. Du coach aux assistants, en passant par les remplaçants et les préparateurs physiques. On doit rester ensemble. Parce que tu vois, on est en territoire hostile. C’est une terre étrangère. Il faut qu’on reste groupés.
Allez-vous regarder le match Spurs – Warriors ?
Non, je ne pense pas qu’il y aura NBA TV à l’hôtel. C’est dur de regarder les matchs en déplacement. Je suis le score, mais je ne regarde pas les matchs. Quand j’ai l’opportunité je le fais, mais sur la route, c’est plus compliqué si ce n’est pas sur les chaines majeures. Et puis je serai sûrement sorti quelque part pour manger, c’est New York…
Vous n’avez pas le league pass ?
Si, si, j’ai le league pass. Quand je peux je regarde les matchs clés. Mais bon, comme je l’ai dit, en déplacement c’est parfois compliqué.
Pour finir, pensez-vous retrouver Serge Ibaka aux Jeux olympiques cet été ?
Pour être honnête, je m’en fous un peu. S’il n’y est pas, ça fait un gars de moins dont on doit se préoccuper avec Team USA. C’est bien de voir une équipe tenter le coup. Ce n’est même pas son pays, mais bon… C’est cool d’être aux J.O. ! Mais s’il n’y est pas ça nous fait un gars de moins dont on doit se méfier.
Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York
Durant a vraiment décidé de dire tout ce qui lui passe par la tête, Ibaka va apprécier :-D