[Interview] Dwyane Wade « En 13 ans, je n’ai jamais connu ça »
On a profité d’un petit moment de solitude pour demander au multiple All-Star ce qu’il pensait de la conférence Est cette année. Difficile de trouver mieux placé…
Vous qui avez fait toute votre carrière dans la conférence Est (13 saisons, 5 finales dont 3 titres), trouvez-vous aussi que c’est la première fois quelle est autant compétitive ?
Cette saison est particulière. C’est sûrement l’année la plus compétitive que j’ai connue à l’Est, oui. Du haut du classement jusqu’en bas, on a des équipes très fortes et c’est serré. Du coup, ça veut dire qu’en perdant un match ou deux, tu peux passer de la deuxième à la quatrième, cinquième, voire même huitième ou neuvième place… Tu n’as pas intérêt à avoir une mauvaise semaine ! En 13 ans, je n’ai pas connu ça. Pas de manière aussi constante en tout cas, sur toute l’année. Je pense que c’est la plus dure de cet aspect-là.
Ça change la manière de gérer la saison du coup – même si au Heat la mentalité est toujours orientée vers le titre (notamment le décor des vestiaires et des couloirs y menant) ?
Non, pas vraiment. (Il réfléchit) Ce qui se passe, c’est que tu as des équipes qui ont vraiment une culture orientée vers le titre et d’autres pas. Ou pas vraiment. Ça peut venir de succès passés. Ou d’une certaine dynamique pendant la saison. Ou encore s’il y a eu des changements majeurs dans l’effectif. Mais en fait, tu as ceux dont ces attentes sont réelles, concrètes, et ceux qui s’imaginent les avoir mais pour qui ce n’est pas concret. Chaque saison va être différente, tu vas voir des gars qui émergent, d’autres qui… (il hésite, mais on comprend qu’il parle de joueurs qui régressent et/ou se blessent) Du coup tu ne sais jamais vraiment. Mais je trouve qu’il y a quand même ceux pour qui c’est un effectif tangible et ceux pour qui c’est juste une idée. Chez nous, c’est juste ancré, du coup ça ne change pas vraiment la manière de gérer la saison.
En tant que leader, ça peut quand même aider à motiver les autres non ? Ils savent qu’il n’y aura pas de soirée tranquille et qu’ils doivent être tout le temps à 100%…
C’est sûr qu’on n’est pas dans cette ligue pour avoir des soirées tranquilles ! Mais bon, moi, déjà, ça me motive bien de savoir que tous les soirs ça va être compétitif. J’aime ça ! Du coup, je pense que ça se sent. Et puis oui, derrière, je pense que ça devient plus facile d’expliquer aux autres pourquoi tu ne peux rien lâcher. Que toutes les équipes se battent pour les playoffs et que soit tu te fais manger, soit c’est toi qui mange. Ça rend les choses plus facile…
Ça va influer sur les playoffs aussi…
J’espère que ça va faire la différence en playoffs ! J’espère. On aura eu l’expérience de jouer plus de matchs compliqués. Nous en tout cas, on est plus forts que si ça n’avait pas été le cas. Je le sais ça. Mais ça veut dire aussi peut-être la même chose pour les autres… Ces playoffs vont vraiment être plus compétitifs à l’Est. À chaque tour. Dès le premier.
L’arrivée de Joe Johnson tombe à pic alors ?
Je pense qu’on ne peut pas imaginer un joueur plus compatible. Après, voilà, il y aura toujours une période d’ajustement. C’est un nouveau système pour lui, il va devoir intégrer vite une nouvelle attaque. Et même en défense. Mais ça ne va vraiment pas être dur pour nous de l’intégrer – et réciproquement. Surtout quand on voit ce qu’il amène dans le jeu : il est versatile, il étire le terrain, il peut défendre contre le meilleur joueur en face… Ceci dit, il y aura quand même une période d’ajustement. Mais il a compris que cela avait du sens pour lui à cours comme à long terme. Et pour nous, de l’avoir juste avant les playoffs, c’est vraiment majeur.
Vous avez un bon CV de recruteur… Quel est votre argumentaire ?
Je vis à Miami (éclats de rire) ! J’habite au meilleur endroit pour un recruteur… Et puis je n’ai jamais hésité à contacter des gars pour aider l’équipe. J’ai toujours fait ça. Je n’ai pas d’ego là-dessus. Je veux juste gagner et si des gars peuvent nous aider à y arriver, pour quoi ne pas le faire ? Ça reste la décision du joueur en question ensuite. Dans le cas de Joe, tout ce que l’on avait à faire c’est qu’il se sente bienvenu. Je sais que quand je passe ce coup de fil, pour faire passer ce message, ça résonne chez l’interlocuteur.
Vous l’avez rejoint pour son premier diner en ville aussi, non
? Je suis juste passé. J’avais envie de lui signaler qu’il était bienvenu et le voir tout de suite… Mais après, il fallait que je rentre voir ce match (entre les Warriors et le Thunder, samedi) ! Je pense que tout le monde aurait fait pareil, non ? Surtout quand on voit ce que ça a donné…
Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York