[Interview 2/3] Joakim Noah : « Jouer avec mon frère, ça va être spécial »

[Interview 2/3] Joakim Noah : « Jouer avec mon frère, ça va être spécial »

Comment le streetball et les Knicks des années 1990-2000 l’ont formé. Le transfert de Derrick Rose qui l’a fait venir. Sa rencontre avec Phil Jackson dans le Montana il y a 5 ans. Son envie de jouer avec Melo. Ce qu’il veut apporter aux Knicks… Le pivot n’avait pas la langue dans sa poche lors de son introduction. Basket Infos était sur place.

La première partie est à retrouver ici

C’est l’été là, le streetball est roi, peux-tu nous raconter ce que ça représente pour toi ?

J’ai passé pas mal de temps dans le métro 7, pour aller à PS 149, le mercredi et le samedi. Pas mal de temps dans le 9 aussi, pour aller au nord, à Dyckman. Spéciale dédicace au Rucker Park aussi. Spéciale dédicace à P.A.L. 52nd street, à West 4th (The Cage), à Elm Court. Jouer dans ces tournois… tous ces tournois, tous ces endroits, c’est là que j’ai grandi. C’est du vrai ça ! Je fais pas style « oh j’étais dans le coin ». Non ! J’étais dans le métro, à bouffer mon KFC, après l’entrainement. Ça a fait partie de mon éducation. C’est mon ADN. J’en suis vraiment fier. J’ai amené ça à Chicago. J’ai amené ça à Florida. C’est qui je suis. Je veux représenter New York chaque fois que je rentre sur le terrain. Et surtout spéciale dédicace à « Mister Green » (son mentor basketballistique et deuxième père), repose en paix.

Qu’est-ce que le basket de rue t’a apporté exactement ?

Cette compétition, ça m’a donné une plateforme, un exemple. Je n’étais pas encore au niveau, mais je pouvais voir les meilleurs. Spéciale dédicace à Lenny Cooke aussi. C’était un des tous meilleurs joueurs de la ville (il n’a jamais atteint la NBA… le documentaire éponyme vaut le détour).

On se rappelle du camp ABC (en 2001), où Melo et LeBron étaient présent aussi d’ailleurs…

Je ne les connaissais pas à l’époque. Mais c’est clair que j’étais contre eux, vu que mon gars c’était Lenny. Mais bon, Melo a fait un bon match. LeBron aussi…

Les playgrounds, ça t’a permis de te développer aussi ?

Ça m’a donné beaucoup de confiance. Ça m’a formé. Ma première année, je ne jouais pas beaucoup. J’étais derrière David Lee. Je jouais genre 7 ou 8 minutes par match (9 en fait). Ma confiance était au plus bas. Et là mon gars d’Harlem m’a dit de venir jouer ces tournois, que ce serait bon pour moi. Donc c’est ce que j’ai fait. Le Dyckman, le Rucker… Ça m’a vraiment donné de la confiance. Je me suis dit que si je pouvais jouer dans ces environnements hostiles, je pouvais jouer n’importe où. Ça a été une super opportunité pour moi, et quand je suis revenu l’année suivante, j’ai super bien joué (les Gators sont devenus champions NCAA les deux saisons d’après).

Tu suivais les Knicks aussi…

J’ai rêvé de cela depuis que j’ai 5 ans. Je ne prends pas cela à la légère. J’ai été fan de plein de gars qui ont porté ce maillot : Patrick Ewing, Charles Oakley, Chris Childs, Latrell Sprewell, Marcus Camby…

Ces mecs que tu as suivi en grandissant avaient cette rugosité typiquement new yorkaise. Elle a manqué aux Knicks ces dernières saisons. Tu veux la ramener ?

J’essaie juste d’être moi-même. Je ne cherche pas à les suivre. Mais j’ai grandi en ayant leurs posters sur les murs de ma chambre. Ils m’ont formé en partie. Et même si aucun de ces gars n’a remporté un titre, je sais ce qu’ils représentent pour cette ville. Parce que je suis d’ici. Je sais quelles marques d’amour Latrell Sprewell reçoit quand il marche dans ces rues. Parce qu’il représente tout ce qui fait cette ville.

« Sans Derrick, je ne serai probablement pas ici »

Derrick Rose aussi t’a envoyé des marques d’amour : il a dit qu’il voulait que tu viennes direct après son transfert…

Il a intérêt de dire ça ! C’est mon frère depuis 8 ans, on s’est battus côte-à-côte pendant des années, je serais vraiment déçu qu’il dise autre chose ! Je serai énervé, en fait !

Tu aurais signé avec les Knicks s’il n’avait pas été ici ?

Probablement pas. On ne voit pas souvent de situation ou un meneur est échangé pour un pivot (sans le départ de Robin Lopez, il n’y aurait donc pas vraiment eu l’opportunité qu’il vienne). Surtout un mec comme Derrick, qui est une idole à Chicago. Je n’aurai jamais cru qu’il partirait de Chicago. Et c’est assez incroyable que ce soit lui qui m’ait recruté ici ! C’est lui qui est chez moi désormais. Jouer avec mon frère, ça va être spécial.

Tu avais essayé de recruter Melo à Chicago, et finalement tu le rejoins ici…

Oui, ça aussi c’est excitant. C’est clair que je voulais qu’il vienne aux Bulls. J’adore son jeu. J’aime sa mentalité sur le terrain. C’est un animal. Il aime avoir le ballon quand il y a la pression. Comme Derrick.

Tu savais que Phil Jackson te voulait aussi, le connaissais-tu personnellement ?

C’est une histoire assez ouf en fait. Mon père me faisait lire ses bouquins quand il était petit. Et moi, je haïssais la lecture ! Mais j’ai lu ses livres. Et mon meilleur ami, qui est mon agent désormais, il connaissait bien le meilleur ami de Phil. C’était avant qu’il ne prenne le boulot avec les Knicks. Il n’était plus dans le basket (vers 2011). Du coup j’ai eu l’opportunité d’aller le voir dans le Montana. Alors j’ai pris l’avion. J’ai frappé à sa porte, on a commencé à parler, il m’a dit : « pourquoi tu es ici ? ». Je lui ai dit : « je ne sais pas. Je ne sais pas ». Ces deux jours ont été super. J’ai eu l’opportunité de rencontrer une des légendes et c’était super. La vie est parfois étrange. Maintenant, on en est là ! C’est super de pouvoir être à ses côtés. C’est un vrai historien du jeu, un vrai esprit basket.

Est-ce que Jeff Hornacek et le staff t’ont dit comment ils te voyaient jouer avec Derrick, Melo, Kristaps ?

Je peux être efficace à l’angle de la raquette. Je peux passer. Je peux aller au rebond pour nous obtenir une possession de plus… N’importe quelle putain de chose que je doive faire, je la ferai !

La suite sur ce que représente New York pour sa famille et surtout son père Yannick, ainsi que les violences à cause des armes à feu, demain…

Antoine Bancharel, à New York

Leave a Reply