[Interview 3/3] Nicolas Batum : « Avec Bouna, ce n’est pas que l’argent »

[Interview 3/3] Nicolas Batum : « Avec Bouna, ce n’est pas que l’argent »

Troisième partie de notre interview avec Nicolas Batum, sur sa relation avec Comsport, les anecdotes marquantes et l’énorme différence par rapport à la norme agent-joueur. Du Jerry Maguire version réalité !

Retrouvez la première partie de l’interview de Nicolas Batum ici, et la seconde par ici

 

Comment se sont passés les échanges avec Bouna N’Diaye – et Jérémy Medjana, dont on parle moins souvent – cet été ?

Ça a été comme il y a quatre ans, ou avant. Comme toute discussion, transaction ou échange. Ce n’est pas le prix qui a changé nos relations ou nos échanges. C’est le boulot que l’on fait entre nous. On a une relation particulière avec Bouna parce qu’on est vraiment très amis. Les quatre (Evan Fournier, Rudy Gobert et Ian Mahinmi, aussi représentés par le franco-sénégalais), on est vraiment amis avec lui. Donc nos discussions, cela a plutôt été le spot. Il n’y a pas que l’argent. Car on peut prendre l’argent et ne pas être dans une bonne situation. Moi, ce que je voulais surtout c’était une bonne situation basket et la meilleure ville pour la famille (il a notamment eu un enfant en 2016). Si je ne pensais qu’à l’argent, je ne serais pas à Charlotte !

Ta première rencontre avec eux, ça remonte…

C’était en 2005. Ça fait plus de dix ans ouais ! J’étais en espoirs au Mans. C’est Jérémy Medjana qui était venu se présenter à moi d’abord. Mais juste se présenter, pour me dire qu’ils allaient rencontrer ma mère surtout, pour expliquer deux-trois choses. Pour moi, ils ont la meilleure approche. Ils ne sont pas d’abord venus me voir moi tout seul. Parce que j’étais mineur à l’époque. Ils se sont présentés. Ils m’ont dit qu’ils aimeraient me représenter et m’ont demandé comment rencontrer ma mère. Après il y a eu une rencontre entre eux deux, ma mère et moi. Et c’est parti comme ça. C’est vrai que j’ai rencontré d’autres agents, mais ils ont la meilleure approche et la meilleure attitude.

« Quand tu as 17 ans et que le Real te propose un pont d’or, heureusement que tu as un agent pour gérer ça ! »

 

Et derrière ?

Le truc est allé très vite avec eux, parce que j’ai signé très vite pro au Mans. Je les ai rencontrés quand j’avais 16 ans, et j’ai signé mon premier contrat pro à 17 ans. Donc ils ont été actifs pour moi très, très vite. Et eux aussi ont été actifs très vite, car il y avait des scouts NBA qui se sont intéressés à moi, et de grands clubs européens aussi. Donc j’avais besoin de quelqu’un pour me représenter, car quand tu as 17 ans, que tu as le Real Madrid qui vient te proposer un pont d’or, heureusement que tu as un agent pour gérer cette situation-là.

C’est là où tu as une relation particulière qui s’établit ?

Oui, car au tournoi de Mannheim j’avais 17 ans, et tout de suite après du coup j’ai eu des propositions de tous les clubs européens. J’avais Barcelone, Madrid, Bologne… N’importe quel agent aurait dit : « il faut y aller hein ! Parce que tu es à ça (il fait un signe de sa main au niveau de son genou) au Mans, mais tu es à ça (le même signe au dessus de sa tête) là-bas. Et non, lui il m’a dit que c’était mieux de rester au Mans. De progresser basketballistiquement parlant et d’avoir du temps de jeu. Que ce que j’aurais gagné, je l’aurai plus tard. Et je pense que c’était la meilleure décision à prendre, c’est pour cela que j’en suis là aujourd’hui.

En fait, vous pensiez déjà à la NBA quoi…

Bien sûr. Bien sûr. C’était déjà dans ma ligne de mire. C’était devenu un objectif à partir de 17 ans. Je me suis dit : « pourquoi pas moi ? ».

La différence, elle se fait aussi dans tous les à-côtés du basket, dont le fameux épisode où une rumeur court juste avant la draft comme quoi tu aurais des problèmes de cœur (son père est décédé en plein match), et là il fait le maximum pour éteindre cette incendie, qui a failli te coûter ton entrée en NBA ?

Bien sûr. Bouna a été quelqu’un de très présent pour moi en-dehors du basket. C’est quelqu’un qui m’a accompagné dans certaines épreuves de ma vie. Là où ses capacités d’agent n’avait rien à voir avec la situation. C’est quelqu’un qui a été très présent pour moi.

« Je n’ai jamais douté de Bouna »

 

Du coup on imagine que vous parlez de plein d’autres choses, non ?

Ah oui ! On ne parle contrat que quand on doit parler contrat. L’année dernière par exemple, c’était assez différent, surtout en fin de saison, parce qu’on approche de la free agency. Sinon on ne parle pas de contrat, on parle surtout du jeu. 30% de la discussion est autour de moi, mais le reste c’est sur le basket ou sur les autres joueurs. Ce n’est pas tellement tourné vers mon business personnel.

Tu penses que tu as permis de convaincre les autres de le suivre aussi ?

C’est vrai que j’ai été le premier gros contrat qu’a signé Bouna. En 2012. Car avant, c’est vrai qu’un agent étranger n’était pas forcément reconnu en NBA. Ou n’avait pas forcément signé de gros contrat. Donc certains joueurs auraient pu avoir peur. Mais c’est vrai que le contrat que j’ai signé à l’époque, qui était 46 millions sur 3-4 ans, donc qu’il ait signé un joueur à plus de 10 millions par an, en sortie de contrat rookie… Je pense que cela a décoincé pas mal de choses et cela a donné confiance à certains joueurs. Et puis là, je pense que ça a quand même bien confirmé cet été (120 millions de dollars sur 5 ans pour Batum, 85 millions sur 5 ans pour Fournier, 64 millions sur 4 ans pour Mahinmi et extension de 4 ans à 102 millions dont 94 millions garantis pour Rudy Gobert –) !

Y a-t-il un moment où tu as douté quand même ?

Non ! Je n’ai jamais eu de doute. Je lui ai toujours dit : « je serai le premier, ne t’inquiète pas. On va faire ça ensemble. On est ensemble depuis le début et on va aller jusqu’au bout ensemble ». On s’est toujours dit ça. Je lui ai toujours dit.

Pas mal d’agents ont du venir te voir, pour te dire qu’il n’avait pas les épaules et essayer de te débaucher…

Oh oui ! Oui… J’en ai eu plein, j’en ai eu plein. J’en ai eu cette année même ! A l’époque aussi j’en ai eu beaucoup. « Nous on peut t’avoir ça, fait attention, il n’est pas Américain… ». Oui, j’en ai eu plein.

Ça doit te faire rire quand on te dit ça, alors que justement tu es Français et lui aussi quoi…

Bah voilà, c’est exactement ça. On a ça en commun, donc je n’allais surtout pas le lâcher pour ça !

Tu as déjà eu des embuscades ? On connaît des histoires d’un joueur qui invite l’autre à dîner, et quand il arrive il voit que l’agent du premier est aussi à table en fait…

Non, ça ne m’est pas arrivé ça. (Sourire) Je connais à qui c’est arrivé, mais moi ça ne m’est pas arrivé… Ça, ça ne m’est jamais arrivé.

« C’est encore pire maintenant avec les agents…»

Mais il y en a encore eu qui t’ont approché l’an passé ?

4-5 ouais. Surtout maintenant. C’est encore pire maintenant avec les agents, parce que les commissions sont plus grandes, vu que les contrats sont plus grands. Mais c’est le business de toute façon.

Et tu acceptes de les voir ?

Je n’accepte rien. Ils sont dans les salles, je les croise. A la base, je ne sais même pas qui c’est au début. Moi je ne connais pas les agents, je ne connais que le mien. Le mec arrive, il me dit « bonjour Nicolas… ». Nous (les joueurs), on croise plein de monde dans les couloirs. Quelqu’un vient me voir, par politesse je l’écoute, mais je lui explique poliment que non, merci, j’ai ce qu’il faut.

Ça doit être encore plus ridicule quand le mec vient au dernier moment comme ça…

Oui, c’est encore plus risible. Mais je peux  comprendre aussi. C’est le business, c’est le métier, et ils cherchent à grandir. Je ne leur en veux pas du tout, c’est normal. Mais moi ce que je leur dis c’est « non merci, j’ai un agent qui s’occupe très bien de moi depuis plus de dix ans maintenant ».

Quelque part, ça montre la différence entre ta relation avec Bouna et celle de base agent-joueur…

Oui ! C’est pour ça. Bouna a ce truc en particulier, c’est qu’on a une relation avec lui que l’on n’aura jamais avec un autre agent ailleurs. A part si t’es super-superstar quoi. Mais sinon, non.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

 

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