Road to Superstar : Karl-Anthony Towns

Road to Superstar : Karl-Anthony Towns

AARON LAVINSKY, STAR TRIBUNE
Aaron Lavinsky, Star Tribune

Qu’on le veuille ou non, le hasard est un facteur majeur dans la construction d’une équipe. La différence fondamentale entre Orlando ou Denver et Minnesota, c’est que les Timberwolves ont réussi à récupérer leur franchise player du futur. Karl Anthony Towns. Ou juste Karl Towns, pour ceux qui l’ont découvert plein de talent et de potentiel au Nike Hoop Summit 2013, malgré un an de moins que les prospects majeurs présents là-bas (Wiggins, Parker, Randle, Exum, la génération dorée de lycéens de 2013), et qui ont pu admirer le poulain manufacturer son potentiel en performances concrètes en un an de fac puis un an de NBA. C’est bien simple, Towns, c’est le pivot du futur, et sans doute même, le joueur du futur.

Jetons un coup d’oeil à son profil.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

D’abord physiquement, Karl Towns coche à peu près toute les cases à remplir dans la description du pivot idéal. Son défaut majeur demeure son manque d’explosivité, car, bien qu’il le soit suffisamment pour jouer au-dessus du cercle avec du temps et de l’espace, il ne l’est pas extrêmement non plus. Au-delà de ça, il est grand (6’11/2m11), il a de grands bras (7’3/2m21) et il s’est révélé plus dur et costaud qu’attendu, balayant ainsi les derniers doutes qui pouvaient exister quant à ses capacités à occuper efficacement le poste de pivot.

Plus encore, et surtout même, KAT possède une fluidité de corps, un équilibre, un contrôle du corps et une agilité tout bonnement fantastiques. Des attributs d’élite même, pour un joueur de cette taille. Sa charpente n’est pas encore tout à fait remplie, mais il a les épaules bien faites qui permettent encore d’ajouter quelques contours musculaires impressionnants à sa silhouette.

En premier lieu, KAT est un formidable jump-shooteur pour un intérieur. Sa mécanique de tir est déjà parfaite, rapide et très régulière d’un tir à l’autre. Il établit bien ses appuis et possède un bon équilibre du corps pendant le tir. Le jump-shot reste à l’heure actuelle son arme favorite, puisque plus de la moitié de ses tirs (55%, presque 8 jump-shots par match) sont de cette nature, un chiffre remarquablement haut pour un intérieur. Plus encore, le garçon est efficace sur ce gros volume de shoot, puisqu’il convertit un très bon 44% de réussite générale.

Véritable machine à mi-distance (48%), il peut dégainer n’importe comment de n’importe quelle manière. En réception de passe, sur du Pick & Roll, en sortie d’écran, ou tout simplement en isolation en shootant par-dessus son défenseur de par sa rapidité d’exécution et son haut point de relâchement du tir. Là où KAT se démarque de beaucoup d’autres intérieurs shooteurs, c’est qu’il a démontré avec régularité la capacité à tirer en sortie de dribble (c’est-à-dire en se créant soit même son tir), étant là encore très propre dans sa prise d’appuis, donc dans son équilibre, donc dans son efficacité. Il n’excelle pas encore dans l’exercice du tir à longue distance, mais sa portée de tir s’étend jusqu’à la ligne à trois points, et c’est d’ores et déjà un shooteur occasionnel dans l’exercice (34%, 1 tentative par match).

Un autre domaine offensif où Towns brille par ses capacités, sa production et son efficacité est le scoring intérieur. Il convertit en effet un excellent 70% de ses tentatives au cercle (presque 5 tentatives par match dans cette zone). La clé de sa réussite demeure sa polyvalence pour marquer proche du panier.

Il est tout d’abord un bon joueur au poste, pas encore ultra dominant, mais clairement en progrès et avec encore une grosse marge de progression. Son arme favorite est le hook shot main droite, un geste sur lequel il possède véritablement une énorme portée de tir (presque jusqu’à la ligne des lancers francs), caractéristique rare et ne rendant que plus dangereux cette arme basique de son répertoire. Egalement, sa gestuelle sur hook shot est atypique, puisqu’il utilise son coude en tant que levier plutôt que d’avoir le bras bien tendu et dans le mouvement de rotation global du corps. Cette différence non négligeable lui confère d’ailleurs sa grande portée de tir dans l’exercice, et ce qu’on pense il perdrait en précision avec cette discontinuité de mouvement, il le rattrape avec son excellent toucher de balle.

Si certains doutes persistaient sur sa capacité à développer un jeu varié au poste au moment de sa draft (du fait de ses gros pieds et de son footwork pataud), il les a balayés cette saison en plaçant quelques très jolis contre-moves lorsque le défenseur l’attendait de manière trop évidente sur son hook shot. Towns n’utilise pas encore très souvent son turnaround jumper mais celui-ci est très prometteur. Lorsqu’il se retourne pour faire face au panier, il ne possède pas le premier pas explosif pour déstabiliser le défenseur mais compense toutefois avec une très belle créativité, des feintes de tirs et de corps pour le mettre hors de position avant de se propulser vers l’arceau en posant un dribble et en enchaînant ses énormes pas.

Towns est par ailleurs un excellent rebondeur offensif (2.8 prises par match). Il possède de très bons instincts et une belle envie d’aller chercher des secondes chances. Du fait de sa hauteur, sa taille et ses très longs bras, c’est sans surprise que l’ancien de Kentucky s’avère remarquable dans le trafic, et gobe les ballons au plus haut point possible là où le défenseur ne peut même pas oser espérer s’en accaparer. Egalement, il remonte très rapidement au lay-up une fois la gonfle dans sa main du fait de son second saut très rapide, à défaut d’être très explosif et vertical pour lui permettre de bondir de ses appuis pour immédiatement monter au dunk. C’est cependant à noter que Towns doit faire encore quelques progrès une fois le rebond capté. En effet, quand le lay-up ouvert n’est pas là, il ne peut pas smasher la gonfle sur n’importe quel défenseur, et il doit encore faire preuve de plus de lucidité et de patience pour ressortir tranquillement la balle et instaurer une nouvelle possession offensive, plutôt que de s’entêter à tenter un tir compliqué dans une forêt de bras comme actuellement.

Towns est également un fantastique slasher. Non content de pouvoir driver depuis le poste dans des situations de face-up à quelques mètres du cercle, il est aussi capable de pénétrer balle en main depuis le périmètre. Son petit déficit d’explosivité est là encore bien compensé par sa créativité, ses enjambées énormes et son contrôle du corps. Sans même parler de ses capacités de finition une fois au cercle, très variées et efficaces.

De manière générale, sa qualité de finisseur à l’intérieur est réellement remarquable. Premièrement, son toucher de balle est excellent (des deux mains) et compense son manque d’explosivité, en ce sens que même s’il ne peut pas dunker sur tout ce qui bouge ou même se rendre jusqu’au panier, Towns n’est pas dangereux seulement sous le cercle mais aussi les quelques mètres autour (sa portée de « scoring intérieur » après un Pick & Roll, mouvement au poste, catch & finish et autre, est plus grande que la moyenne). Deuxièmement, son contrôle du corps est, comme mentionné plus haut, superbe pour sa taille, et c’est déjà avec facilité qu’il parvient à marquer malgré les contacts (et malgré une carrure encore solidifiable). Troisièmement, et c’est là le plus intéressant, il est bon finisseur au point d’annihiler l’effort défensif de son vis-à-vis (presque). En d’autres termes et de manière concrète : Towns a démontré la capacité de conclure très régulièrement par-dessus de grands et longs défenseurs. La qualité des grands.

Un aspect offensif de son jeu sur lequel Towns a agréablement surpris (comme si être un brillant jump-shooteur et scoreur intérieur n’était pas assez) est son jeu de passe. Pas forcément vu à son avantage (ni son désavantage d’ailleurs, 1 ast/m) à Kentucky, KAT a fait étalage de toute son intelligence de jeu pour générer 2 ast/m l’an passé, un chiffre pas si impressionnant que cela mais qui renferme un réel potentiel dément.

C’est un passeur volontaire, intelligent, qui possède de bons instincts et une très bonne vision de jeu. Capable de servir des coéquipiers depuis le poste bas comme le poste haut, de voir un joueur couper ou se démarquer dans le périmètre. Plus encore, il a montré quelques fulgurances en sortie de dribble, un domaine de création où très peu d’intérieurs s’illustrent. C’est encore en toute petite quantité, mais c’est pour l’instant de qualité. Avec l’arrivée de Thibodeau, il y a fort à parier que Towns franchisse même un palier supplémentaire (c’est d’ailleurs le cas, plus de 4 ast/m actuellement cette saison). En effet, l’ancien coach des Bulls est connu pour son High Post/Triangle Offense où s’illustrent les intérieurs intelligents à la passe depuis le poste haut notamment.





KAT possède encore quelques défauts dans ce domaine-là (d’où sa marge de progression intéressante d’ailleurs).  Il est encore imprécis dans certaines de ses passes, et ne lit pas encore forcément bien les défenses. Deux défauts liés à sa jeunesse qui sont loin d’être anormaux et tout à fait corrigibles, dans un court laps de temps même. Plus encore, Towns a encore tendance à fréquemment manquer des coéquipiers ouverts malgré son altruisme et sa vision de jeu. Il doit apprendre à ressortir la balle sur des coéquipiers ouverts lorsque la défense se resserre sur lui. Rien d’inquiétant cependant là aussi au vu de son intelligence et ses qualités de passe. C’est plus le syndrôme Julius Randle qu’autre chose : le Randle de Kentucky, tellement bon scoreur qu’il forçait un tir main gauche au milieu de 5 défenseurs resserrés dans la raquette plutôt que de ressortir à un de ses 4 coéquipiers ouverts, mais qui depuis s’avère un excellent intérieur créateur/passeur pour les Lakers.

Défensivement, Towns possède également un énorme potentiel, d’où les énormes attentes et probabilités de le voir devenir un monstre dans cette ligue (patron en attaque ET en défense). Il est d’ores et déjà performant par séquence, mais largement imparfait (et donc, largement améliorable).

Towns possède une excellente vitesse latérale, qui combiné à ses énormes compas, lui permettent de couvrir énormément de terrain en très peu de temps et ainsi contenir les pénétrations adverses. Ses très longs bras et sa bonne réactivité en font de plus un joueur capable de contester les tirs adverses de manière très efficace.

Sur Pick & Roll, il arriva déjà à faire de bonnes choses mais son impact global est limité de par les nombreuses erreurs qu’il commet encore. D’une part, sa mobilité et vitesse latérale lui confèrent cette capacité rare et précieuse dans la NBA moderne de pouvoir switcher sur les arrières et meneurs adverses et de les contenir. D’autre part, il manque encore cruellement de connaissance et d’expérience dans cet exercice compliqué qu’est le Pick & Roll. Il est parfois hors de position, et doit apprendre à adapter sa défense et son positionnement selon les adversaires qu’il joue (faire attention au Pick & Pop contre un intérieur shooteur, être plus haut que d’usure contre un shooteur d’élite à longue distance, etc.). Il possède en tout cas tous les atouts pour devenir un des tous meilleurs de NBA dans ce domaine.

En défense au poste, sa charpente est grande et déjà solide, mais c’est d’agressivité dont il manque pour mettre tous ces jolis atouts à contribution. Il autorise par exemple trop souvent son attaquant à établir sa position proche de l’arceau, ce dernier voyant ainsi son tir plus facile à rentrer.

De manière générale, sa science du jeu est encore très juste, de manière tout à fait normale pour un joueur aussi jeune, et nul doute que de travailler avec Tom Thibodeau devrait énormément l’aider à franchir des paliers de ce côté-là du terrain. Tout comme sa discipline défensive, que l’on savait déjà assez mauvaise (là encore rien d’inquiétant pour un jeune joueur) comme l’indiquaient ses 5.7 fautes/40 min à Kentucky. Chez les pros, que ce soit sur l’homme ou loin du ballon, il a encore cette tendance à commettre beaucoup de fautes évitables, rabattant souvent les bras pour tenter de contrer le tir adverse, plutôt que de les maintenir bien droit (ce qui suffit la plupart du temps pour gêner son attaquant).

Bien que démontrant déjà quelques belle aptitudes, Towns est aussi largement améliorable dans sa défense collective. Il apporte parfois de bonne aide, et n’est pas totalement impuissant dans sa protection du cercle, mais il lui reste du chemin à parcourir pour exceller dans ce domaine. C’est une question d’adaptation et d’expérience. En NCAA, son timing sur contre était superbe (en produisant 4.4 par 40 minutes même), mais dans la grande ligue ou les athlètes sont meilleurs, plus rapides, et où la marge d’erreur est bien plus petite, Towns ne fut pas aussi brillant que cela durant sa saison rookie. Son timing justement, et ses angles de contre (la façon dont il oriente son corps) sont trop moyens à l’heure actuelle, et si d’être à 50 cm de la position idéale pour prendre appuis passait encore en NCAA, face aux athlètes NBA ce n’est plus le cas.

Towns conserve toutefois un excellent potentiel de protecteur du cercle, mais pas un fabuleux. Son manque d’explosivité l’handicape un peu en effet, et même lorsqu’il se trouve en bonne position au bon moment, il lui arrive de se faire quand même marquer sur la tête. Toutefois, être capable de bien se positionner avec une fraction de seconde d’avance anihile parfois même le tir, et il n’y a alors même pas besoin de monter au contre puisqu’il n’y a pas de tir à contrer. Un certain Joakim Noah est, grâce à ce sens du placement et de l’anticipation, devenu le défenseur de l’année sous les ordres de Thibodeau. KAT, plus grand, long et explosif que ce dernier peut donc entretenir de bons espoirs.

Enfin, Towns est un très bon rebondeur défensif. Son principal défaut est qu’il ne pose jamais de boxout sur ses adversaires, qui se retrouvent alors libres d’attaquer le rebond facilement pour récolter des rebonds offensifs sous son nez. Mais encore une fois, nul doute que Thibodeau ne le laissera pas s’en tirer très longtemps sans au moins essayer de batailler et de bloquer son vis-à-vis. Au-delà de ça, Towns récolte tout de même 7.7 prises défensives par match, du fait de sa belle agressivité, ses capacités dans le trafic et ses bons instincts.

Difficile de passer à côté du talent incroyable de Karl Towns. L’insolent rookie de l’année sait absolument tout faire (ou presque) sur un terrain de basket, et le fait d’ores et déjà très bien, à quelques défauts près de jeunesse tout à fait tangibles. Scoreur intérieur efficace, productif et avec encore une marge de progression, excellent shooteur extérieur, excellent passeur, et défenseur tout ce qu’il y a de plus prometteur. Calibré franchise player, et capable de porter son équipe. Potentiel patron en attaque et en défense. Dynamique de progression éblouissante, de par une attitude et une éthique de travail irréprochable. Et tout ça, à tout juste 20 ans, et dans un corps pas encore tout à fait mature. Difficile de faire mieux (même si Joel Embiid va s’y essayer).

Non seulement d’être déjà très bon, Towns apporte en plus des qualités que l’on n’attend pas chez un pivot, et qui sont de véritables plus-values pour son équipe. Un pivot qui sait shooter, c’est un avantage extraordinaire pour un équipe. Un pivot aussi à l’aise de manière générale balle en main et dans le périmètre, c’est rare et génial. Un pivot pas encore extrêmement costaud mais avec ces qualités de fluidité de mouvement, d’agilité et de mobilité, c’est épatant.

Certes, son entrée dans la grande ligue reste une grande réussite, et Dieu sait que réussir son année rookie est difficile pour tout le monde (temps d’adaptation nécessaire). Pourtant, le plus dur commence pour Towns. Après l’éblouissement, l’agréable surprise, et la découverte d’un immense talent, vient ensuite les dures attentes de la confirmation, individuelles mais surtout collectives. L’exemple d’Anthony Davis est frappant : après trois premières années d’émerveillement auréolées d’une campagne de playoffs en 2015, Davis déçoit dans son incapacité à faire décoller les Pelicans et à transcender de son talent son équipe pour la porter à la victoire, malgré de grosses performances individuelles. Il en va de même pour DeMarcus Cousins, sans doute intrinsèquement le pivot le plus dominant de la ligue, qui n’a encore jamais goûté à la saveur des playoffs en 6 saisons. Les cas de New Orleans (équipe dont le talent semble décliner d’années en années) et Sacramento (les Kings restent les Kings) sont particuliers tant Davis comme Cousins ne semblent jamais avoir été entourés correctement.

Malgré tout, franchir ce palier d’arriver à faire gagner son équipe est une performance de la trempe des très grands, ce que Towns aspire à devenir. Qui plus est, Minnesota est en train de bâtir autour de lui une très bonne équipe, dirigée par un des meilleurs coachs du pays. Il ne devrait pas se retrouver dans la même impasse que Davis et Cousins, mais le revers de la médaille est qu’on sera sans doute plus exigeant avec lui. Peut-être pas dès sa deuxième saison, mais assurément à partir de la troisième. On en est encore loin, mais cette ligue peut réellement devenir la sienne. Rendez-vous dans quelques années.

Voir aussi :

Road to Superstar : Devin Booker

Road to Superstar : Giannis Antetokoumpo

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1 Comment

  1. Encore un excellent article.

    Merci !

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