Road to the Ring : Russell Westbrook

Road to the Ring : Russell Westbrook

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Il n’existe à l’heure actuelle pas de star plus polarisante que Russell Westbrook. D’un côté, l’explosif arrière est une machine à stats comme on en rarement vu dans l’histoire de la ligue, une boule d’énergie infatigable et le créateur de highlights le plus productif de NBA. D’un autre, il accumule les mauvais choix, possède des déficits techniques conséquents et peine à faire de son équipe un candidat au titre qui gagne beaucoup de matchs. Certains l’adorent, certains le détestent, parfois même pour les mêmes raisons vues sous des angles différents. Une chose est sûre, Russell Westbrook est un spécimen unique en son genre.

Jetons un coup d’œil à son profil.

[Voir aussi : Road to the Ring – James Harden]

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

Si l’on devait dépeindre le moule du meneur de jeu idéal dans la NBA moderne, ce serait physiquement Russell Westbrook. De nos jours, on veut un meneur de jeu grand, avec de long bras, très puissant dans sa partie haute du corps comme dans sa partie basse, et ultra explosif. Westbrook, c’est tout cela à la fois. Cela fait déjà quelques années qu’on pouvait le considérer comme le meilleur athlète de la ligue, mais depuis deux ou trois saisons, Westbrook a ajouté une puissance et une épaisseur à sa charpente tout bonnement incroyables, tout en demeurant autant explosif qu’avant. A 28 ans, il est pleinement dans les plus belles années de sa carrière.

Offensivement, l’arme qu’il utilise le plus, à défaut d’être sa meilleure, est le jump-shot. Westbrook prend en effet pas moins de 16 jump-shots par match. Un très haut total qui s’explique d’une part par d’énormes responsabilités (plus de possessions à jouer donc plus de tout, y compris plus de jump-shots), et d’autres part, surtout même, par sa tendance à vouloir majoritairement tenter sa chance sur un jump-shot plutôt qu’ailleurs.

Il n’est pourtant pas un parfait jump-shooteur d’un point de vue technique. N’étant pas un shooteur naturel (il a énormément progressé depuis sa avant sa draft, partant d’assez loin), ses mouvements ne sont pas très fluides, et son toucher de balle est très fruste. Il a du mal à conserver une mécanique de tir très régulière d’un tir à l’autre sur de petits détails cruciaux, n’étant pas irréprochable dans sa prise d’appuis, étant souvent en déséquilibre durant le tir (il saute trop en fait, ou saute vers l’avant, ou sur le côté, plutôt que bien droit), et ses trajectoires de balle sont parfois plus plates qu’elles ne devraient, résultants sur de mauvais tir. Westbrook n’est clairement pas un shooteur naturel, et son faible pourcentage de réussite (34%) sur son énorme total de tentatives en est un testament.

En revanche, Westbrook a pour lui de relâcher son tir très haut, et de pouvoir scorer sur la tête de n’importe qui, extérieur ou intérieur. Comme dit à l’instant, il s’élève de très belle manière (parfois trop même, du coup), et positionne le ballon bien au-dessus de sa tête avant de le relâcher, rendant la tâche très difficile à l’adversaire pour contester le tir efficacement. C’est d’ailleurs cette qualité qui lui permet d’être performant dans l’exercice. Sur isolation, ou en sortie de Pick & Roll, il peut tout simplement exploser en l’air et tirer par-dessus son vis-à-vis pour scorer. Clairement une arme que peu de joueurs, et peu de meneurs à fortiori, possèdent.

Cela étant dit, Westbrook a toutes les peines du monde à se créer son propre tir. Ou en tout cas, à en obtenir de bonne qualité. Il se repose sur son explosivité et son haut point de relâchement du tir, comme décrit à l’instant, mais si le défenseur suit bien, s’il est assez réactif et/ou assez grand et long pour le gêner, Westbrook ne peut pas se créer de bons tirs. Son footwork et son jeu de jambe de manière générale n’est pas assez bon, il manque de coordination entre son corps, ses mains et ses appuis pour exploiter les petits espaces. De même, sa qualité de dribble n’est pas bonne au point de créer en elle-même cette séparation avec le défenseur. Il ne possède pas de mouvements très avancés balle en main pour faire la différence. Résultat : lorsqu’il doit créer sur une situation d’isolation face à un bon défenseur, Westbrook est incapable de générer de l’espace et une bonne séparation pour prendre le tir. A l’occasion, il rentrera ce tir, même contesté, mais de manière générale, ce n’est pas le cas.

C’est d’ailleurs cette incapacité à créer de l’espace qui explique son faible pourcentage de réussite à mi-distance : 38% sur un très grand total de 8.5 tentatives par match. Plus encore, même lorsqu’il possède des tirs ouverts en sortie de Pick & Roll, il n’est tout simplement pas capable de rentrer ses tirs ouverts avec une très grande réussite.

Au-delà de sa déficience à créer de bons tirs, sa capacité à les mettre, ou sa mécanique imparfaite, c’est d’abord et avant tout sa sélection de tir qui est à l’origine de son inefficacité criante sur jump-shot. Westbrook n’est tout simplement pas assez lucide. D’une part, le fait qu’il tente 16 jump-shots par match est en soit un premier signe de ses mauvais choix, étant donné son manque de réussite et ses qualités loin d’être d’élite dans le domaine. C’est plus de jump-shot que n’importe qui en NBA, plus que Curry, Harden, Durant, Thompson, Irving et tous les autres (alors qu’eux sont de vrais bons jump-shooteurs naturels à qui on offre une quantité faramineuse de tirs de cet ordre-là sans le regretter). Quantitativement, sa sélection de tir est donc mauvaise. D’autre part, elle l’est aussi qualitativement. Westbrook n’hésite pas à prendre de très mauvais tirs. Il dégaine très tôt, de très loin, trop souvent, des tirs difficiles et/ou contestés, parfois en tout début de possession alors qu’il devrait plutôt mettre en place le système offensif.

En un sens, on peut comprendre, ou en tout cas conceptualiser, pourquoi Westbrook prend autant de mauvais tirs. Sa seule véritable force dans l’exercice est sa capacité à scorer par-dessus tout le monde, et sur des tirs ouverts il n’est pas spécialement redoutable. Westbrook prend donc ces mauvais tirs à foison puisque de toute manière, qu’il y ait ou non un défenseur ne l’affecte pas tant que cela intrinsèquement. Le problème, c’est qu’extrinsèquement ce sont des mauvais tirs pour l’équipe du Thunder, des possessions mal utilisées. Qu’il prenne un tir compliqué sur isolation parce qu’il reste 5 secondes à jouer, d’accord. Il n’est pas extrêmement performant dans l’exercice, mais étant la seule vraie option offensive, c’est à lui de les prendre. Mais qu’il dégaine des tirs à trois points en sortie de dribble avec encore 15 ou 20 secondes à jouer sur l’horloge de possession, avec un défenseur en plein sur lui, c’est beaucoup plus embêtant pour le collectif du Thunder.

Malgré tous ces défauts, il faut toutefois se plier aux faits. Factuellement, Westbrook arrive tant bien que mal à tirer son épingle du jeu. Il insiste beaucoup trop sur le jump-shot, mais force est de constater qu’il en met. Sans doute pas assez régulièrement pour le rendre très dangereux dans l’exercice, pour faire craindre cette arme à ses adversaires, et pour faire d’OKC un prétendant au titre, mais il en met.

L’autre arme qu’aime utiliser Westbrook pour scorer, c’est son jeu en pénétration. Et là encore, il s’avère productif malgré ses qualités techniques imparfaites.

Il faut dire que Westbrook est, de loin, le meilleur athlète de toute la NBA à l’heure actuelle (on peut désormais dire cela sans risque de se tromper maintenant que LeBron James commence à vieillir). Il est extrêmement explosif et puissant, et ces deux qualités suffisent en elles-mêmes à le rendre performant. Son premier pas est exceptionnel, pour partir à gauche comme à droite, et il arrive à mettre dans le vent son défenseur au démarrage. Il aime aussi attaquer la défense sur un Pick & Roll, utilisant l’écran pour perdre son défenseur et ensuite filer en ligne droite telle une fusée vers l’arceau. C’est de plus, et de manière logique, une fantastique menace sur du jeu en transition.

Néanmoins, sa palette technique reste imparfaite. Ce serait incorrect de dire qu’il ne change jamais de direction (sur P&R justement, il a souvent besoin d’un subtil changement pour éviter le défenseur et se réorienter pour mieux filer tout droit vers le cercle) mais de manière générale, ses pénétrations se résument à du tout droit. Du tout droit explosif et difficilement arrêtable, mais du tout droit quand même. Si Kyrie Irving est une Lamborghini qui maîtrise parfaitement les changements des vitesses, les dérapages et les virages serrés, Russell Westbrook est plutôt une Formule 1, bien plus rapide et effectuant de plus grands virages. Seulement, de la même manière qu’Irving est parfois handicapé par son manque d’explosivité, Westbrook l’est aussi par sa (presque) unidirectionnalité.

Son dribble est de plus assez moyen. Westbrook contrôle suffisamment la balle pour que celle-ci ne l’empêche pas d’exploiter au maximum ses qualités explosives, mais il ne possède pas de très bons moves pour faire la différence, changer de cap pendant la pénétration et bien se réorienter.

Une fois au cercle, Westbrook n’est pas un excellent finisseur, comme en atteste son moyen 58% de réussite au niveau de l’arceau malgré un bon nombre de paniers faciles (dunks ou lay-ups, beaucoup en transition). Là encore, il s’appuie d’abord et avant tout sur ses qualités physiques et athlétiques. Il est grand pour son poste, avec de grands bras, et une grosse détente, et arrive de ce fait à jouer à peu près au niveau du cercle pour ses finitions. Là où Westbrook impressionne réellement, c’est sa capacité à finir très agressivement par-dessus les protecteurs de cercle, leur rentrant dans le lard et même essayant de passer par-dessus eux, finissant au passage avec le panier et la faute en prime. Très peu de joueurs (sans doute aucun même) ne parviennent à conclure de manière aussi agressive que Westbrook aujourd’hui en NBA. Egalement, à ces finitions agressives s’ajoutent d’autres très acrobatiques, tout aussi impressionnantes. Sa grosse détente lui permet de rester très longtemps dans les airs et de décoller depuis très loin (presque la tête de raquette) pour aller conclure. Il n’est pas rare de le voir prendre appuis à un mètre du défenseur, de traverser les airs, et de se retrouver un mètre derrière ce dernier (qui en sautant verticalement pensait faire la bonne action) pour un lay-up ouvert. Là encore, les cabrioles dans les airs et la façon de terminer acrobatiquement ses pénétrations sont quelque chose de rare en NBA.

Malgré tout, son toucher de balle reste très moyen et affecte largement sa réussite. Il est d’ailleurs d’autant plus moyen que Westbrook en a moins besoin qu’un autre meneur plus petit et avec moins de détente, et connait pourtant une réussite elle-même moyenne au cercle. En effet, un plus petit meneur moins athlétique termine ses drives en-dessous du cercle, et doit donc pour le lay-up envoyer la balle vers l’arceau depuis une plus grande distance, nécessitant donc un meilleur toucher de balle que s’il devait le faire en étant juste à côté du cercle. Or, Westbrook joue au niveau du cercle. La distance entre la balle et le panier est beaucoup plus réduite que la moyenne pour un meneur, l’effort à faire purement au niveau de la mécanique de la main, du poignet et des doigts pour envoyer le ballon dans le cercle est plus petit. Et quand bien même, sa réussite n’est pas très bonne, c’est bien que son toucher de balle est déficient. Que ce soit main droite comme main gauche, il a du mal à bien caresser la gonfle pour la faire rentrer dans l’arceau, et ce même sur des tentatives de lay-up ouvertes.

De plus, il manque de créativité dans sa finition, et ne possède pas une très grande variété d’angles de lay-up ou de finition au panier, limitant de ce fait son impact et sa réussite pour concrétiser ses pénétrations. Westbrook ne possède d’ailleurs pas de floater fiable pour punir la défense dans la mi-distance.

Plus encore, c’est sa sélection de tirs au cercle qui n’est pas très bonne, et qui explique aussi son pourcentage de réussite. Il prend des tirs autour du panier dans des angles très difficiles, il se retrouve hors de contrôle au moment de conclure et déclenche donc de mauvais tirs en étant déséquilibré, il prend des tirs assez prévisibles même si le défenseur est en plein sur lui, il force des tirs au cercle bien que n’ayant aucun bon angle de tir et/ou en étant en infériorité numérique et attendu au tournant par la défense resserrée, etc. Son manque de toucher de balle et (par extension) de variété de finitions en font un finisseur somme toute assez moyen dans le trafic lorsqu’il ne peut pas conclure agressivement ou explosivement.

Peu créatif dans sa finition, il est même parfois carrément trop simpliste. Il se contente bien trop souvent de se jeter dans les airs à l’encontre du protecteur de cercle. Certes, cela résulte parfois sur des jolis paniers comme évoqué plus haut, ou sur des lancers francs, mais si en face le protecteur de cercle est suffisamment grand, long, en bonne position et saute bien verticalement, Westbrook s’empale dessus sans qu’il y ait faute. Nul doute que lors des matchs à enjeu, ou contre de grosses défenses (comme on a pu voir déjà cette saison), le ratio réussite/échec sur ce genre de finition ne sera pas satisfaisant.

Malgré tout, Westbrook arrive à se montrer performant sur du drive. Ses déficiences techniques ne sont pas négligeables mais encore une fois, dans les faits, il arrive à tirer son épingle du jeu malgré tout cela. Son explosivité (et ses qualités physico-athlétiques, de manière générale) est telle que malgré ses carences de toucher de balle, de créativité et autres, il arrive à se rendre au panier fréquemment pour y conclure. Westbrook est d’ailleurs une véritable machine aux lancers francs, obtenant pas moins de 10.3 lancers par match en moyenne, démontrant bien toute son agressivité et son impact en pénétration. Les défenses le craignent et se voient obligées de l’envoyer sur la ligne de réparation.

Westbrook s’avère également un solide passeur. Là encore, il part de très loin, et les progrès qu’il a su réaliser en carrière sont très importants, mais il lui manque cette fibre naturelle, ces instincts primaires de passes que peuvent avoir de vrais meneurs de métier. Même si, encore une fois, passer de second arrière qui joue sans ballon à UCLA à meneur à plein temps qui distribue 11.3 ast par rencontre au niveau NBA n’est clairement pas anodin, ni donné à tout le monde.

Encore et toujours, c’est son explosivité qui fait son succès. En pénétration, son impact brutal entraîne inévitablement le resserrement des défenses autour de lui, et il sait très bien en tirer profit en relâchant le ballon vers un coéquipiers ouvert à trois points, ou à un intérieur libéré sous le cercle. Plus encore, sa détente couplée à son excellente taille pour le poste lui permettent de s’élever au-dessus des défenses, de passer par-dessus celles-ci et de trouver de bons angles de passe qu’un autre meneur de petite taille ne pourrait pas obtenir.

Sa vision de jeu est réellement excellente, là encore du fait de sa taille sans aucun doute. Il voit bien les décalages, il sert parfaitement l’escouade de très bons coéquipiers qui coupent très bien vers le cercle (Roberson, Oladipo, Grant), les intérieurs qui gravitent autour du cercle (Adams, Kanter) et ceux qui s’écartent au bon moment pour un tir ouvert dans le périmètre (Kanter encore, Sabonis, Lauvergne). Il arrive très bien à impliquer l’escouade de role players qui sont autour de lui, et c’est tout de même remarquable, étant la seule réelle menace offensive majeure (Kanter mis à part, capable de se créer bien et régulièrement son tir mais peu utilisé de cette manière).

Un autre domaine où sa vision et les qualités de ses coéquipiers se recoupent, pour le plus grand succès de Billy Donovan, est le jeu en transition. Westbrook se montre particulièrement impliqué et intéressant cette saison, plus que d’usure (plus de responsabilités, et plus coéquipiers cols bleus). Il fait parler sa vitesse et sa puissance pour remonter le terrain en un rien de temps, attirer vers lui les défenseurs, puis transmettre à un coéquipier. Plus encore, on le vit très souvent cette année lancer les contre-attaques extrêmement rapidement, parfois même dans la seconde qui suit le rebond défensif. Il lève de suite la tête et n’hésite pas à lancer de bons ballons vers l’avant, avec une grande réussite et très peu de déchets là-dessus. La consigne donnée à des Oladipo ou Roberson de ne pas se préoccuper du rebond et de filer immédiatement en contre-attaque paye ses fruits d’une belle manière.

Sur Pick & Roll, Westbrook n’est pas le plus grand savant, ni le plus méthodique, ni même le plus grand connaisseur des subtilités de l’exercice. Mais il est peut-être un des joueurs les plus craints de toute la ligue, augmentant son rendement de manière exponentielle. Lorsqu’il sort d’un écran, les intérieurs sont effrayés qu’il puisse pénétrer et dézonent de ce fait énormément. Ils se tiennent un mètre ou deux plus loin qu’ils ne devraient pour tenter de prévenir le drive, où abandonnent trop leur propre attaquant, laissant largement ouverts les intérieurs d’OKC qui jusqu’ici savent parfaitement en profiter pour obtenir des tirs ouverts. Au cercle ou dans le périmètre, d’ailleurs. Westbrook sait glisser une passe à terre entre deux défenseurs, ressortir pour le Pick & Pop, et même passer par-dessus les défenseurs qui font une prise à deux sur lui.

Bien que l’équilibre scoring/passe ne soit pas naturel chez lui, Westbrook fait de gros efforts pour maintenir cet équilibre du mieux qu’il sache le faire. Il se montre altruiste, et veille à bien impliquer ses coéquipiers.

Néanmoins, Westbrook possède des lacunes on ne peut plus conséquentes sur son jeu de passe. En premier lieu, il n’est pas le passeur le plus pur, ni le plus accompli techniquement. La qualité de ses choix dans leur ensemble mis de côté, même lorsqu’il prend la bonne décision, il n’est pas le plus précis des passeurs, et son timing est également imparfait. Ces deux manques résultants sur de belles opportunités de points qui s’envolent assez régulièrement pour le Thunder. Il n’arrive pas à toujours placer les ballons là où il faudrait, passant la balle trop haute ou trop basse, trop en avant ou trop en arrière, laissant ainsi à la défense une fraction de seconde déterminante (le temps qu’il faut à son coéquipier le bien attraper la gonfle). Ou plus simplement, ces mauvaises passes (à une main, notamment) peuvent résulter directement sur des balles perdues. Plus encore, il ne sait pas comment donner au bon moment. Il passe soit un peu trop tôt, ne laissant pas le temps à son coéquipier de finir son mouvement de démarquage et envoyant donc son ballon dans les bras de l’adversaire ; soit carrément trop tard, quand la fenêtre d’opportunité s’est envolé.

Quantitativement, ses choix sont également assez mauvais dans leur ensemble. Sa sélection de tir est très contestable (sur du jump-shot et sur du drive), mais sa prise de décision de passe l’est tout autant, voire encore plus. Westbrook possède un réel problème de lecture du jeu. Il anticipe mal les rotations, ou ne les voit tout simplement pas se faire. Très souvent, il essaye de passer vers un coéquipier qui tente de se démarquer sans pour autant voir que le défenseur est très bien placé pour intercepter. Plus encore, il tente des passes bien trop risquées. Il veut glisser des ballons entre une foule de défenseurs, tente des passes par-dessus des très grands intérieurs, passe à un coéquipier sans aucun angle de passe, etc.

Le problème majeur de Russell Westbrook en ce qui concerne la passe, c’est qu’il décide très souvent de ce qu’il veut faire avant de le faire, plutôt que de lire le jeu et de réagir à ce qui se passe. Il est souvent hors du flow du jeu, et manque sans doute de patience, d’instincts naturels, et de fondamentaux qui sont inculqués dès le plus jeune âge (il n’avait jamais joué meneur avant d’arriver en NBA). Il décide de passer de telle manière à tel endroit à tel coéquipier, sauf que majoritairement, la défense est aux aguets sur ce genre de passe téléphonées, et même si elle ne devine pas ce qu’il veut faire avant qu’il le fasse, elle effectue tout simplement bien ses rotations ou reste disciplinée pour marquer tout le monde à la culotte, et intercepte facilement tous les ballons. C’est d’ailleurs pour ça qu’il manque parfois certains coéquipiers ouverts. S’il avait décidé d’aller à tel endroit, et que de l’autre coté se créé une ouverture, il ne la voit pas, ou trop tard.

Westbrook est également bien trop souvent hors de contrôle sur un terrain de basket, là encore un héritage de son apprentissage tardif. Il n’a pas le contrôle de la balle, de son corps, de la situation à tout instant. Il tue son dribble trop tôt, il s’élève dans les airs sans avoir aucune option de passe disponible, il panique parfois face aux prises à deux, ou dans les petits espaces, où dans des zones très denses en joueurs/défenseurs, il s’empale tête baissée sur des défenses en surnombre par rapport à lui. Il ne sait pas ralentir le tempo, garder son dribble (et son équilibre, surtout) pour ressortir proprement la balle si la défense a annihilé le P&R par exemple, pour ensuite retenter autre chose.

Bien qu’il soit tout à fait capable de réaliser la passe simple, bien qu’il possède une bonne vision de jeu, et bien qu’il soit très altruiste pour son rôle, il lui arrive en plus fréquemment de manquer des coéquipiers ouverts. Comme évoqué précédemment, l’équilibre scoring/shoot n’est clairement pas naturel chez lui. Sa gestion est assez grossière. Tout comme le fait de choisir où passer plutôt que de lire et réagir, Westbrook marche aussi par phase de jeu durant la totalité du match, en ce sens qu’il y a clairement des périodes de jeu où il décide de passer et de créer pour les autres, et d’autres périodes où il décide lui-même de scorer. Dans le premier cas, il va du coup manquer d’agressivité et il semble évident pour la défense que c’est sur les mouvements de ses coéquipiers qu’il faut se focaliser. Dans le deuxième cas, il insiste et force trop pour lui-même, manquant de belles opportunités pour d’autres, des shoots ouverts ou des paniers tout faits. Trouver cet équilibre scoring/passe est une chose extrêmement difficile à faire, et sans même parler des maîtres dans l’exercice que sont LeBron James et Chris Paul, des meneurs comme Kyrie Irving, Stephen Curry et James Harden possèdent cette fibre naturelle pour l’équilibre distribution du jeu/prendre les choses en main.

Westbrook n’est clairement pas un général de terrain. Il ne fait pas les bons choix qualitativement et quantitativement (5.5 tov/m), il ne contrôle pas toujours les choses comme un vrai meneur de métier saurait le faire.

Défensivement, Westbrook affiche cette saison un niveau de jeu indigne de ses capacités et son niveau habituel. Il est tout simplement catastrophique, faisant preuve d’un piètre effort et ne tirant aucune fierté de ses performances de jeu de ce côté-là du terrain. Clairement, il se repose en défense cette année, et OKC le paye très cher très fréquemment. Si James Harden est à ce point moqué, le Westbrook de cette saison est sans aucun doute du même acabit. Et c’est peut-être même pire, vu le bon niveau de jeu qu’il avait jusqu’ici.

Sur l’homme, il autorise les pénétrations adverses avec une facilité déconcertante. Il ne coulisse pas bien latéralement ni n’affiche une posture défensive satisfaisante (debout plutôt que les genoux fléchis prêt à être actif). Plus encore, il ne fait même pas l’effort de bien rester devant son adversaire au début de l’action, et l’adversaire se voit alors offrir une voie complètement dégagée vers le cercle avant même avoir eu besoin de faire quoique ce soit. Sa défense sur Pick & Roll est elle aussi médiocre. Son niveau d’effort est largement insuffisant, se laissant dépasser facilement et/ou ne faisant pas l’effort de revenir dans l’action même lorsqu’il en aurait eu le temps et l’opportunité. Il ne fait pas l’effort de bien traverser l’écran avec ses appuis, et tente au contraire de passer le plus loin possible du contact.

Egalement, Westbrook est très indiscipliné, et même s’il l’a toujours été, cela semble être pire cette saison. Plus que d’usure, il tente l’interception à l’excès plutôt que de réaliser l’action défensive, dans le but d’économiser du temps et de l’énergie. En effet, si sa tentative marche OKC récupère la balle, si ça ne marche pas, le joueur adverse a le champ libre, va marquer, et OKC peut débuter une nouvelle possession offensive derrière. Le problème, c’est qu’il n’y arrive pas souvent à intercepter la balle, le pari est loin d’être rentable et génère des décalages non forcés au sein de la défense.





Loin du ballon, sa défense collective est tout autant catastrophique. Westbrook est tout simplement perdu sur certaines possessions, amorphe, et restant 20 secondes consécutives au même endroit sur le terrain à regarder se dérouler l’action, même si ça implique qu’il manque trois rotations à faire ou qu’il autorise son joueur à se démarquer sans aucun effort. Il a toujours été indiscipliné, mais il est désormais carrément hors de position la majorité du temps : il ne marque plus son homme à la culotte et lui laisse trois ou quatre bons mètres de liberté (largement suffisant pour le punir), il dézone clairement et se retrouve sous le cercle alors que son vis-à-vis est dans le corner ou derrière la ligne à trois points, etc. Il concède ainsi un nombre de tirs ouverts dans le périmètre très conséquent.

Son attention loin du ballon est également très mauvaise, puisqu’il ne fait pas l’effort de maintenir à tout instant un contact visuel avec à la fois le ballon et son propre attaquant, qui arrive à le prendre facilement à revers. Résultat de cela, un nombre incroyable de tirs ouverts à trois points ou de paniers faciles au cercle offert sur un plateau à l’adversaire.

Là où tout cela est frustrant, c’est que Westbrook est capable de beaucoup mieux, et a déjà fait beaucoup mieux. Il fait à l’occasion parler ses qualités physiques et athlétiques pour réaliser épisodiquement des actions défensives (contenir une pénétration, traverser un écran, faire une bonne rotation, protéger le cercle) mais c’est de l’ordre d’une par match en moyenne, autant dire une quantité négligeable.

Plus encore, c’est son niveau général de d’effort et d’envie qui est à remettre en question. Westbrook n’a jamais été un fabuleux défenseur, et à toujours payé son manque de rigueur défensive, mais motivé il demeure capable d’exceller du fait de ses dons physico-athlétiques. Sa vitesse latérale est très bonne, sa taille et ses bras également, et il est très puissant avec une grosse détente.

Or, actuellement, Westbrook affiche un niveau d’envie tout simplement indigne de ses performances passées. Il ne suit pas les shooteurs à travers les écrans, il abandonne ses vis-à-vis sans raison, il n’effectue pas les rotations, il passe des possessions entières inactif à regarder passer le temps, etc. Le jeu en transition atteste très bien de ce manque d’effort plus que de capacité : il ne fait tout simplement pas l’effort de revenir en défense rapidement, jamais. Au mieux, il trottine sans véritablement défendre personne (alors qu’en tant que meneur de jeu, il est censé être le premier rempart, celui qui revient en premier, et celui qui se charge de ralentir le meneur de jeu adverse pour stopper la contre-attaque). Mais dans le pire des cas, il ne revient tout simplement pas après un shoot manqué ou une possession vide pour OKC, laissant ses partenaires en infériorité numérique.

Un chiffre illustre bien son inactivité criante : il ne réalise que 1.3 interceptions par match, lui qui avait l’habitude de dépasser les 2 interceptions de moyenne. Il est moins incisif sur l’homme, et use moins et moins bien de ses mains très vives (il tente l’interception à très mauvais escient, plutôt qu’après avoir fatigué son homme en pratiquant une bonne défense et en attendant l’ouverture). Et loin du ballon, il n’est que l’ombre du fabuleux monstre sur ligne de passe qu’il était, n’anticipant plus les actions pour se jeter sur les trajectoires des ballons et restant inactif et très loin de l’action.

Le rebond, enfin, est un domaine du jeu énormément mit en lumière du fait de ses triples doubles. De deux choses l’une. D’une part, Westbrook est un fantastique athlète, très grand mais surtout très bondissant, qui arrive à aller chercher des rebonds extrêmement haut pour un meneur de jeu, parfois même au-dessus de tout le monde. D’autres part, les chiffres qu’il pose (plus de 10 par matchs) ne sont absolument pas significatifs.

En effet, Westbrook ramasse en fait énormément de rebonds non contestés. Etant souvent peu actif en défense, ne défendant jamais le porteur de balle (cette tâche revient à Oladipo ou Roberson, lui se contente de défendre le plus mauvais attaquant parmi le meneur, arrière et ailier adverse), il zone près de la raquette et peut aller très librement ramasser les ballons qui lui tombent entre les mains. Il capte un nombre énorme de rebonds non contestés, et d’ailleurs, il ne pose jamais de boxout sur un adversaire, ni ne va batailler à l’intérieur, il prend juste ce qui vient à lui. Il ne faut donc pas lire de ces 10 rebonds de moyenne qu’il est plus impliqué, et apporte une énorme plus-value en venant se battre sous les panneaux. C’est au contraire un signe qu’il reste intentionnellement loin de l’action et ramasse les rebonds que ses coéquipiers (qui se jettent pour compenser et effectuent pleins de rotations) manque, un peu à cause de lui parfois.

Nul doute que Westbrook est capable de faire beaucoup mieux, et on peut penser que lorsque les gros matchs arriveront (si tant est qu’OKC aille en playoffs) il essayera d’hausser son niveau de jeu (lors du seul gros choc de la saison pour OKC face aux Warriors, ce ne fut pas le cas). Mais comme pour James Harden, la question se pose : contre de meilleurs adversaires sur des matchs à plus gros enjeu, Westbrook devra se décupler pour faire au moins aussi bien face à des meilleures défenses plus préparées. En elle-même, l’attaque sera encore plus énergivore, alors comment trouver encore assez de gaz pour en même temps hausser le ton défensivement ? Surtout que dans le cas de Westbrook, un joueur à très forte responsabilités qui a tendance à manquer de lucidité dans ses choix, être plus fatigué plus tôt dans le match n’est pas forcément la recette du succès.

Le plus incroyable dans tout cela, et malgré un niveau de jeu défensif assez médiocre (par rapport à ses capacités, mais aussi de manière générale, par rapport à ce qu’un joueur lambda devrait faire), OKC parvient tout de même à être la 6e meilleure défense de toute la NBA au Defensive Rating. Une chose saute immédiatement aux yeux lorsqu’on regarde en détails les matchs du Thunder, c’est la volonté de ses coéquipiers de rattraper ses erreurs et de faire l’effort supplémentaire.

Lorsque Westbrook autorise la pénétration trop facilement, un ou deux coéquipiers se précipitent, alertes, pour aider sur le drive. Lorsqu’il laisse filer un adversaire tout seul pour un tir ouvert, un coéquipier monte aussitôt sur le dit attaquant pour contester le tir. Et ainsi de suite. C’est une configuration rare, qu’un Harden ne possède pas par exemple, puisque lorsque le barbu commet un erreur très grossière, Houston n’a pas le collectif défensif pour le rattraper derrière.

Cette solidarité, ou configuration, est rendu possible pour deux raisons. D’une part, c’est ainsi qu’est bâtit l’équipe. Westbrook s’occupe de tout en attaque, puisqu’il est le seul créateur capable de tout l’effectif, et tout le monde autour enfile le bleu de chauffe, en attaque (en jouant sans ballon autour de lui) comme en défense (à rattraper ses erreurs). D’autres part, il est important de noter que l’effectif du Thunder est rempli de joueurs au très haut niveau de jeu défensif. Adams est le pivot protecteur du cercle dont toute équipe rêverait, Roberson et Oladipo sont deux véritables chiens de garde réellement étouffants, Jerami Grant apporte un bel impact physico-athlétique sur l’aile, Sabonis est également très intéressant de ce côté-là du terrain malgré qu’on attende surtout de lui qu’il devienne un très bon attaquant à terme, et même Kanter qui n’est pas une foudre de guerre a réalisé d’excellents progrès dans l’exercice. Rien que le trio Adams/Oladipo/Roberson est un socle défensif dont peu d’équipes en NBA peuvent se vanter d’avoir. C’est d’ailleurs très frustrant que Westbrook ne fasse pas l’effort d’être un peu meilleur, OKC pourrait alors facilement devenir la meilleure défense de tout le pays.

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L’un dans l’autre, Russell Westbrook demeure un véritable phénomène unique en son genre. Plus que son personnage, lui-même atypique, ou sa mentalité de mort de faim assez rare, c’est son profil de jeu, son rôle, sa réussite et sa productivité qui sont inédites dans la grande ligue.

Techniquement parlant, Westbrook n’est pas un excellent joueur, et ce dans n’importe quel domaine du jeu (jump-shot, pénétration, passe). Ce n’est pas le joueur le plus poli, l’attaquant le plus naturel, sans doute du fait qu’il a beaucoup appris sur le tard. L’arrière d’UCLA drafté 4e par OKC en 2008 était à des années-lumière de savoir faire ce qu’il fait aujourd’hui. Mais du coup, il ne réalise pas ses actions avec une grandes fluidité, avec de superbes instincts, ni de la manière la plus naturelle possible. C’est comme s’il forçait les choses, ce n’était pas un bon attaquant mais il s’est forcé à le devenir, et a atteint le maximum que cette méthode peut apporter. Sauf que, de ce fait, il ne possède pas l’élégance du geste naturel, répété depuis le plus jeune âge des millions de fois jusqu’à en devenir une deuxième nature.

Westbrook est limité techniquement, il possède un répertoire très basique et de nombreux défauts dans tous les compartiments du jeu. Oui…mais. Westbrook est aussi le meilleur athlète de toute la NBA. Peut-être même de l’histoire, parmi les arrières. Ses capacités athlétiques et ses atouts physiques sont tout simplement phénoménaux, et trois mondes au-dessus de la moyenne, et lui permettent de faire fonctionner ce répertoire basique. De la même manière que Giannis Antetokoumpo, qui compense également son manque de savoir-faire par son corps unique en son genre.

Oui, Westbrook est un jump-shooteur peu naturel, au toucher de balle assez fruste, qui ne possède pas le meilleur footwork au monde. Mais son explosivité est telle qu’il peut marquer sur la tête de n’importe qui à n’importe quel moment, sans même avoir besoin de créer une séparation. Oui, Westbrook n’est pas le slasher le plus créatif. Mais son explosivité est telle qu’elle lui permet de faire la différence sur le démarrage, ou durant le drive, de filer comme une fusée jusqu’au cercle et écrasant tout sur son passage. Oui, Westbrook n’est pas un très bon finisseur au cercle. Mais son explosivité est telle qui joue au niveau du cercle et a moins besoin de savoir finir créativement et en finesse qu’un autre meneur, elle est telle qu’elle créé pour lui des angles de lay-up par-dessus le très grand protecteur de cercle là où un autre aurait été envoyé au tapis. Oui, Westbrook n’est pas le passeur le plus créatif qu’il soit. Mais son explosivité est telle qu’il est craint des défenses adverses, et arrive à trouver très régulièrement des occasions pour autrui à partir des décalages qu’il créé dans son impact avec la balle.

Au final, le but est de faire rentrer la balle dans le panier. Que ce soit fait à 70% de savoir-faire et 30% de physique, ou au contraire à 70% de qualités athlétiques et 30% de finesse basketballistique, le but est que ce soit fait. C’est en cela que Westbrook est unique en son genre. Bien que sa palette technique soit très loin d’être aboutie, il la fait fonctionner au moyen d’un corps de mutant croisé avec un Monstar. S’il faut prendre sa bagnole pour aller chercher une baguette de pain à 20min de chez soi, prendre une twingo pour faire les 20min en ville ou prendre une Ferrari pour faire un détour à 200km par la nationale, tant qu’il y a du bon pain à manger en rentrant, c’est tout ce qu’on demande, non ? Dans les deux cas, il y a du risque. En twingo, il y a le risque d’être coincé dans des bouchons en ville, ou de devoir s’arrêter à 4 feux et 3 laisser passer et de ne pas arriver à temps à la boulangerie (un meneur créatif, qui pénètre méthodiquement, mais qui ne peut pas toujours compenser son manque d’explosivité). En Ferrari, il y a le risque de prendre le virage de la nationale trop rapidement et de finir par planter la voiture dans le décor (un Westbrook hors de contrôle, en déséquilibre, qui ne peut pas toujours faire la différence sur son physique seulement).

En termes d’aptitude donc, Westbrook parvient bien à compenser ses déficiences techniques. Il ne pointerait pas à 31 points et 11 passes de moyenne par match sinon, de toute évidence. En revanche, c’est une tout autre histoire pour ses décisions, difficilement compensables. Comme en atteste cette fois ses 5.5 turnovers, et son mauvais 42% de réussite générale.

De manière globale, ses décisions sur le terrain sont mauvaises. Que ce soit au niveau de ses jump-shots, de ses tirs au cercle, ou de ses passes. Le fait de pouvoir réaliser des actions en s’appuyant autant sur son physique l’incite sans doute beaucoup trop à vouloir le faire.

Son aptitude à shooter par-dessus tout le monde par exemple. En soit, c’est une énorme qualité, qui non seulement compense son manque de créativité pour générer de l’espace, mais en plus, cela entraîne que finalement, que le tir soit ou non contesté ou non, ça ne change pas (ce n’est pas totalement vrai, un vrai tir bien contesté est évidement bien plus compliqué à mettre, mais la caricature s’impose pour bien faire comprendre le raisonnement). Du coup, Westbrook tente sa chance, défenseur ou non, fréquemment, puisqu’il peut en théorie tous les rentrer. Il en va de même pour ses pénétrations : il peut tellement mettre tout le monde dans le vent, finir par-dessus n’importe qui, que pourquoi se priver d’essayer ?

Le problème de ce raisonnement-là, c’est que la réussite ne suit pas. Sur jump-shot, puisque le facteur du défenseur qui conteste « disparait », qu’est ce qui va faire que le ballon va rentrer ou non ? L’adresse pure, elle-même découlant du toucher de balle et de la fluidité du mouvement de tir, là où Westbrook n’est pas excellent. Sur drive, si le facteur de la défense « disparait » également, qu’est ce qui fait la différence entre un lay-up rentré et un loupé ? La capacité à finir, donc le touché de balle, et la qualité des lay-ups tenté (proche du cercle, ouverts, le corps en équilibre pour bien contrôler le geste de finition, plutôt qu’un lay-up contesté, dans un angle très compliqué et en étant hors de contrôle lancé trop fort vers l’arceau). Paradoxalement donc, Westbrook dans son esprit à raison de tenter chacun de ses tirs : il peut les mettre, même défendu, même si ce sont des mauvais tirs. Mais de manière globale la réussite générale ne peut pas être bonne. Sauf que sur le moment, Westbrook ne pense pas à sa réussite générale, il pense à l’action qu’il doit faire, au moment t, à la possession qu’il est en train de jouer, et dans cette situation sa mentalité est de penser, à raison, qu’il peut scorer sur n’importe qui.

C’est donc le premier point qui et à la base de ses mauvaises décisions, son physique dominant qui lui permet de théoriquement « scorer tout le temps ». Le deuxième point, c’est son besoin d’être tout le temps à 300%. Pas un besoin personnel, comme une sorte d’envie de montrer qu’il ne se fatigue jamais, mais bien un besoin du point de vue du jeu, du basketball. Comment Westbrook fait il la différence ? Sur son physique. Comment faire la différence physiquement ? Utiliser ses qualités à leur maximum pour obtenir un temps d’avance, ou un mètre d’avance, sur la défense. Autrement dit ? Il est obligé d’avoir un peu tout le temps le pied sur l’accélérateur.

Sur le drive, il fait du tout droit à tout vitesse (en caricaturant encore une fois). Son truc c’est de dépasser l’adversaire au démarrage, d’aller plus vite que lui pendant le drive s’il ne l’a pas distancé au démarrage, et/ou de sauter plus haut que tout le monde pour aller conclure. Comment espérer faire cela sans être à fond ? Comment espérer grimper par-dessus le protecteur de cercle sans prendre énormément de vitesse et se jeter complètement dans la gueule du loup ? Il ne peut pas ralentir au milieu de sa pénétration, puis sauter par-dessus quelqu’un depuis une vitesse quasi nulle. Comment créer une séparation sur jump-shot purement sur son explosivité ? Dans un premier temps foncer vers le cercle pour que le défenseur prenne peur et commence à reculer, puis très brusquement stopper sa course et s’élever dans les airs. Est-ce possible sans aller à fond ? Evidement que non, s’il ne va pas aussi rapidement qu’il peut sur ce genre de situation, le défenseur peut le marquer de beaucoup plus près et il n’y aura pas de séparation créée.

De ce fait donc, son besoin d’être toujours à fond la caisse, Westbrook perd le contrôle. Il arrive hors de contrôle au cercle, ou n’arrive pas à sauter verticalement pour son jump-shot. C’est évidemment bien plus compliqué de contrôler son corps et ses gestes en allant à une grande vitesse. Pour poursuivre la métaphore filée de la voiture, un virage serré à 30km/h ou à 120km/h, le résultat ne sera pas le même.

En ce qui concerne ses mauvaises décisions à la passe, elles sont principalement dues à ses déficiences dans la lecture du jeu. Mais elles s’expliquent aussi par ce besoin de vitesse, et sa conséquence de perdre le contrôle des choses.

C’est également important de noter que Russell Westbrook enregistre cette saison un ahurissant pourcentage de 41% d’usage rate. C’est tout simplement le joueur le plus utilisé cette saison, mais pas que. En effet, s’il finissait la saison de cette manière (ce qui semble la solution la plus probable), cette marque de 41% serait de loin la plus grande de l’histoire, devant les 38% de Kobe Bryant en 2006 (lui aussi seul aux commandes d’une équipe morose des Lakers à l’époque). Bien sûr, cette statistique est apparue assez tard, et nul doute qu’un Wilt Chamberlain qui tournait à 48.5 minutes par match (il ne sortait jamais et jouait toutes les prolongations) et à 50 points de moyenne aurait explosé cette statistique. Mais depuis 1978 date de création de cette statistique, personne dans l’histoire de la grande ligue n’a autant été utilisé que Russell Westbrook cette saison. Pas Michael Jordan, pas Kobe Bryant, pas Larry Bird, pas Magic Johnson, pas Hakeem Olajuwon, pas Shaquille O’Neal, pas LeBron James, personne. Tout en sachant, en plus, qu’il ne joue que 35min/m, contrairement aux anciennes stars qui régulièrement flirtaient ou dépasser les 40min/m. En moins de temps, il est plus utilisé.

Il y a donc de quoi relativiser très grandement les statistiques qu’il produit. Le fan lambda sera émerveillé par ces lignes de stats, qui sont c’est vrai impressionnantes…si l’on occulte son taux d’utilisation tout bonnement historique. Ce que fait Russell Westbrook est impressionnant, certes, mais il a tellement d’opportunité pour le faire que le fait de poser 30 points et 10 passes est à nuancer. C’est plutôt à l’inverse, c’est s’il utilisait plus de 40% des possessions de son équipe sans être capable de se montrer productif, qu’alors, ce ne serait pas normal, ou difficilement justifiable. Là encore, c’est de la caricature très grossière, mais l’idée de fond est là.

En effet, les chiffres sont impressionnants car inédits (30 & 10, seulement réalisé par Oscar Robertson, dont l’équipe jouait énormément de possessions par match). Seulement, c’est impossible en toute honnêteté intellectuelle de citer ces chiffres là sans mentionner son utilisation historique. Si l’on regarde les saisons à au moins 25pts & 7ast, on retrouve des LeBron James (6 fois, jamais plus utilisé que 33%), Michael Jordan (1 fois, 32%), Larry Bird (1 fois, 27%), Dwyane Wade (2 fois, 35 et 36%), James Harden (2 fois, jamais au-dessus de 33%), Allen Iverson (4 fois, pas au-dessus de 35% ces saisons-là), Michael Adams (1 fois, 28%) ou Derrick Rose (1 fois, 32%). Est-ce vain de penser que ces monstres-là, ces saisons-là, avec un nombre conséquent de ballons supplémentaire, n’auraient pas pu atteindre cette barre des 30 & 10 ? Pas tellement. Le rapport de proportionnalité est identique, voir supérieur à celui de Westbrook pour certains cas. Les grands joueurs raffolent de ballons, et n’en sont jamais rassasiés. Westbrook est peut être simplement celui qui est le plus gâté, plutôt que celui qui affiche le niveau de jeu le meilleur historiquement.

Russell Westbrook est en plus un joueur avec énormément de déchets. Que ce soit les mauvais tirs, les mauvaises passes, les pertes de balle, il y a de plus un nombre conséquent de possessions du Thunder qui n’aboutissent sur rien. Qu’en serait-il si un joueur plus propre (ceux de la liste juste au-dessus), qui perd moins la balle et prend moins de mauvais tirs, venait à hériter de 41% des possessions de son équipe ? Que se passerait-il si Chris Paul (historiquement propre) devait gérer autant de possessions ? Ou Kevin Durant ? Ou LeBron James ? Ils auraient sans doute un peu plus de déchets que d’usure, mais parviendrait aussi à manufacturer sans doute plus de possessions que Westbrook actuellement. C’est d’ailleurs intéressant de regarder ce qu’a fait celui qui s’est le plus approché de cette forte utilisation. En 2006, Kobe Bryant ne réalise pas 11 passes par match, mais en étant moins utilisé (38% contre 41%) il score plus (35.4 pts contre 31) avec un meilleur pourcentage (45% contre 42%) et en perdant moins de ballons (3.1 contre 5.5). Les Lakers finissent à 45-37, et même si le Thunder semble parti sur des bases un peu meilleures, leur calendrier fut assez facile pour le moment.

Tout cela non pas pour dire que la saison que réalise Westbrook n’est pas énorme, bien au contraire. Seulement, il est important de rajouter cet astérisque capital à cette ligne de stats reluisante.

Toutefois, il est important de donner du crédit à Westbrook pour ces performances. Certes, c’est plus facile de mettre 30 points en 24 tirs comme actuellement plutôt qu’en 18 tirs (ce rapport de 30 points/24tirs est d’ailleurs très moyen, pour ne pas dire mauvais, surtout que ne sont pas comptabilisé tous les tirs menant à des LF). C’est certesplus facile de réaliser 11 passes avec tout le temps la gonfle entre les mains. Seulement, arriver à maintenir une certaine productivité sur une portion aussi grande de possessions et de minutes est aussi un exploit. Tout le monde ne serait pas capable de jouer autant de possessions, surtout au niveau NBA, alors de là à les concrétiser en points ou passes, encore moins. L’endurance exceptionnelle de Westbrook lui permet de le faire, et ce n’est pas sûr que beaucoup d’autres joueurs pourraient le faire, soirs après soirs, toute la saison.

C’est en cela que Westbrook est un cas unique en son genre. Sa carrière est à l’image de son jeu : il force énormément et ça passe bon an, mal an. Un joueur avec autant de déchets dans son jeu, autant de mauvais choix, autant de déficience technique, aussi peu efficace, on n’imaginerait jamais en faire une première option d’équipe si l’on s’en tenait strictement à son profil. Mais même là, il force le destin, il s’impose. Et il est même en passe de devenir le joueur le plus utilisé de l’histoire (post 1978), c’est tout simplement hallucinant. Un fruit du hasard, un contexte très particulier (départ de KD, petit marché), et un gros coup de pouce de sa part (il aime bien avoir la balle), et c’est en train d’arrive. Sans même aller dans le passé, et en se limitant à la NBA moderne, si un décideur avait le choix de donner presque la moitié de ses possessions à un seul et unique joueur, et si le choix devait se faire entre n’importe quel joueur de NBA, il y aurait du LeBron, du Durant, du Harden, plein d’autres, mais pas sûr que Westbrook soit parmi les premiers à qui on penserait. Et pourtant, là aussi le bonhomme force les choses auprès de sa franchise.

Ce sera en fin de saison que l’on pourra juger du bilan de l’équipe, mais sur le papier, cette configuration ne semble pas très adaptée pour faire d’OKC une place forte de la conférence Ouest, sans même parler du fait de viser le titre. Avoir un tel joueur avec autant de déchet que l’on utilise autant, ce n’est vraiment pas la recette du succès. OKC reste sur une bonne dynamique dernièrement, mais il est important de voir quels adversaires ils ont battu (Atlanta, New Orleans, Washington, Denver, Detroit, New York, pas vraiment un calendrier compliqué pour enquiller 6 victoires). Plus inquiétant, ils se sont fait battre par de plus petites écuries (Sacramento, Indiana, Lakers, Orlando), et sur le seul vrai test de la saison qu’ils ont eu, Westbrook a livré une performance très mauvaise face à une vraie bonne défense qui savait comment le défendre et ne l’a pas loupé (-26 contre Golden State).

Le fait est que le talent de Russell Westbrook est indéniable. Est-il calibré franchise player ? Sans doute pas, ou en tout cas pas le franchise player qui fait gagner et fait de son équipe un prétendant au titre. L’effectif qu’il a autour de lui manque certes d’un autre créateur offensif majeur (qui est un peu compensé par l’utilisation énorme qu’OKC fait de Westbrook), mais du reste, c’est une très belle équipe. Il y a des spécialistes défensifs, des excellents role players en sortie de banc, du spacing (même de la part des intérieurs), du rebond, des scoreurs secondaires. Un effectif extrêmement intéressant, et assez complet en soit.

La seule saison où nous avions pu juger Westbrook en franchise player, c’était en 2015, saison durant laquelle Durant est blessé et Westbrook agite les boxscores, enchaine les triples double (déjà utilisé à 38%, 3e meilleur de l’histoire derrière lui-même et Kobe) mais n’arrive pas à qualifier OKC en playoffs. Un an avant, c’est Westbrook qui est blessé et Durant ramasse le MVP et place OKC 2e à l’Ouest, avec à peu près le même effectif. 2015, c’est aussi l’année ou James Harden porte des Rockets moins talentueux et moins complet que ce Thunder 2017 vers la deuxième place à l’Ouest et les Finales de Conférence. Il sera temps de juger Russell Westbrook en fin de saison. Et pas sur sa capacité à tourner à un triple double.

Voir aussi : Road to the Ring – James Harden

 

 

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1 Comment

  1. Toujours très intéressant

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