[Noël] Découvrez un extrait de Jordan, la loi du plus fort

[Noël] Découvrez un extrait de Jordan, la loi du plus fort

Noël approche, chers lecteurs, et quoi de mieux à trouver dans son calendrier de l’avent que du basket, du basket, et encore du basket ? En attendant les fêtes de fin d’année, Basket Infos vous proposera des extraits du livre Jordan, la loi du plus fort paru cette année en français chez Mareuil Éditions. Traduction du mythique The Jordan Rules de Sam Smith, le livre relate la saison 1990-91 des Chicago Bulls, et après l’épisode de mardi dernier, on retrouve Michael Jordan et les siens qui luttent toujours face aux Celtics de Larry Bird…

 

Plus frais, Boston prit à nouveau 5 points d’avance, mais Jordan n’allait pas abdiquer si facilement. Il récupéra le rebond offensif sur un tir manqué de Cartwright et provoqua la sixième faute de McHale, convertissant deux lancers francs dans la foulée. Bird lui répondit du tac-au-tac et remit les siens devant, 127-122. En souffrance tout au long de la saison, l’ailier des Celtics était redevenu le temps d’une nuit « Larry Legend ». On ne le savait pas encore, mais il allait être opéré quelques mois plus tard, l’état de son dos étant si détérioré que la suite de sa carrière fut grandement compromise. Bird avait raté la quasi-totalité de la saison 1988-89 et son retour l’année suivante s’était révélé un échec, son corps n’étant plus en mesure de donner à son jeu l’éclat qu’il méritait. À 47 % aux tirs, il réalisait la pire saison de sa carrière. Les bruits de couloirs laissaient entendre que nombre de joueurs de Boston ne supportaient pas qu’il bénéficie toujours d’un rôle majeur dans l’équipe alors qu’il n’était clairement plus celui qu’il avait été. Mais s’il ne possédait plus les jambes de ses vingt ans, Bird n’en demeurait pas moins un compétiteur acharné, autant que Jordan, et ce match avait réveillé en lui un feu que l’on croyait éteint. Débarquant tout droit d’une machine à remonter le temps, Larry Legend transperçait à nouveau la défense, abusait ses vis-à-vis et multipliait les shoots en déséquilibre. Trop heureux de retrouver leur leader, ses coéquipiers le cherchaient à nouveau sur chaque action, comme s’il ne les avait jamais quittés. Et Bird fut le guide qu’ils attendaient. Après chaque shoot, il mimait un jet de dés en direction du public puis chambrait ses cadets en maillot rouge en revenant en défense. On dit qu’en vieillissant, la passion laisse place à la compassion. Pour Bird, la flamme de la passion était de retour, plus ardente que jamais.

En face de lui se dressait encore et toujours Jordan. L’arrière des Bulls rentra un tir impossible, récoltant au passage un lancer franc pour une faute assez nette du défenseur. Il réussit le lancer sans trembler et remit les Bulls à deux points. Bird lui répondit immédiatement avec un nouveau shoot en déséquilibre, inscrivant ses huitième et neuvième points de la deuxième prolongation, portant ainsi son total à 34 points sur le match. Jordan ne parvint pas à répliquer sur la possession suivante, au contraire de Dee Brown, qui s’en alla conclure une pénétration au panier, redonnant aux siens un avantage de 131 à 125 avec un peu plus d’une minute à jouer. L’affaire semblait entendue, mais sur l’action suivante, Paxson rentra un trois-points avec la faute, une occasion unique de réaliser une action à quatre points s’il convertissait le lancer bonus. Plein de sang-froid, il rentra son vingt-huitième point de la soirée, battant ainsi son record personnel. En l’espace de quelques secondes, les Bulls avaient à nouveau recollé au score. Le Boston Garden était chauffé à blanc, la pression du match s’était depuis longtemps transformée en un véritable geyser de cris et de fureur. Shaw inscrivit un shoot à cinq mètres, Jordan manqua un nouveau tir. Les Bulls commirent ensuite une faute sur Lewis, qui ne marqua qu’un lancer franc sur deux. Du fin fond du corner droit, Pippen déclencha un tir à trois points, celui de la dernière chance pour Chicago. Ficelle. Boston ne menait plus que 134 à 132 avec 21 secondes à l’horloge.

Chicago fit à nouveau faute sur Lewis, qui laissa échapper un autre lancer en route. Les Bulls étaient à -3, ils auraient une dernière opportunité de recoller. Jordan hérita bien évidemment du ballon sur la remise en jeu. Il commença à dribbler face à son défenseur, accéléra vers le corner, puis stoppa sa course d’un dribble habile sans laisser à son vis-à-vis le temps de se retourner. Il se positionna derrière la ligne à trois-points et déclencha son tir. La balla sembla dans un premier temps rentrer dans le cercle, mais après quelques rebonds, elle ressortit. Gamelle. De la masse de joueurs qui s’était agglutinée sous le panier, émergea Horace Grant. Tel un haricot magique poussant plus vite et plus haut que tout le monde, il s’éleva au-dessus de la mêlée et renvoya la balle en direction de Jordan. Sur le tir précédent, les arrières de Boston s’étaient rués sur l’arrière des Bulls, désormais encerclé par plusieurs joueurs. À sa gauche, Paxson, grand ouvert, agitait les bras avec insistance. « Ici ! Ici ! », criait-il, positionné exactement à l’endroit d’où il avait inscrit ses trois shoots précédents.

« Ici ! Ici ! » Jordan l’avait entendu. De toute manière, il savait que son meneur serait placé à cet endroit du terrain, puisque Jackson l’avait demandé dans le temps-mort qui précéda l’action. Mais il n’avait que peu de temps. « J’aurais adoré avoir ce tir », regretta Paxson après le match. « Mais après tout, la solution la plus sûre reste de laisser le ballon à Michael, non ? »

Bach aurait sans doute acquiescé. C’était ce qu’il avait coutume d’appeler une situation « Octobre Rouge. » Quand il ne restait plus que cinq secondes au chrono, les Bulls criaient « Rouge ! » pour signaler à leurs coéquipiers qu’il fallait trouver un tir rapidement. Et bien évidemment, Jordan se dévouait souvent pour s’en charger. « Je pense qu’il pourrait shooter à 80 % s’il n’avait pas à prendre tous ces tirs », avait un jour plaisanté Bach. « Je trouve ça tout bonnement incroyable. Il parvient toujours à trouver un moyen de se créer un shoot, c’est pour ça que ses coéquipiers le cherchent systématiquement dans ce genre de situation. »

Shaw fonça à toute allure pour contrer Jordan, mais l’arrière des Bulls l’esquiva en se baissant avant de se jeter vers l’avant pour déclencher son tir sans que le joueur des Celtics ne puisse toucher la balle. Ce n’était pas un bon shoot. La balle cogna la planche sans même toucher le cercle avant de sortir en touche. Le match était terminé. Boston s’était finalement imposé sur le score de 135 à 132, préservant ainsi un mince espoir de récupérer la première place à l’Est.

Joueurs, entraîneurs, préparateurs : chaque membre des Chicago Bulls était vidé. Vidé de ses forces, mais empli du sentiment de fierté d’avoir été acteur de ce match légendaire. Ils avaient tout donné. Chicago était toujours premier à l’Est. Jordan, Grant et Pippen avaient tous joué plus de cinquante minutes, Paxson et Cartwright plus de quarante. Les journalistes demandèrent à Jackson pourquoi il avait très peu utilisé ses remplaçants. Pour la première fois de sa carrière, King avait passé la totalité d’une rencontre sur le banc, alors que le match avait duré quasiment une heure. Le coach des Bulls expliqua que son jeune intérieur « n’était pas dedans. » Il ajouta que Levingston s’était retrouvé en difficulté face à Bird et qu’il avait préféré se passer de ses services lors de la prolongation. En son for intérieur, Jackson rayonnait. Même une victoire ne lui aurait pas apporté autant de certitudes que le match qui venait de se dérouler. Dans une rencontre au parfum de playoffs, ses Bulls avaient contraint les Celtics à une double prolongation, à Boston, malgré un Larry Bird en état de grâce. Les Celtics ne seraient sans doute plus en mesure de réitérer une telle performance. Les Bulls, si.

 

Découvrez un nouvel épisode samedi prochain ! En attendant, vous pouvez toujours vous procurer Jordan, la loi du plus fort chez Amazon, à la Fnac ou chez votre libraire…

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