[Interview] Joffrey Lauvergne : « Je suis une caricature ambulante de l’Européen qui … »

[Interview] Joffrey Lauvergne : « Je suis une caricature ambulante de l’Européen qui … »

De passage à New York, le néo-Bull s’est confié sur son transfert d’OKC vers Chicago. Avec quelques révélations insoupçonnées, dont la qualité de la bouffe au Thunder

Joffrey, ce transfert, tu t’y attendais ?

Non, pas du tout ! Je ne m’y attendais pas du tout en plus quoi. (Il prend une pause et fait une grande moue) Je ne pensais vraiment pas que j’allais me faire trader, par rapport à ce que je savais, tout ça. C’était un peu spécial quoi. Mais c’est comme ça.

L’an dernier, quand tu étais passé ici, il y avait eu une rumeur de transfert et tu nous avais dit aussi que tu n’y croyais pas, que tu ne lisais rien sur le basket…

Ah, ça ne m’intéresse pas du tout, ça c’est sûr ! Mais surtout, l’an dernier (il s’interrompt)… Remarque, si tu m’avais demandé la même chose cette année je t’aurais dit pareil. L’année dernière, je pensais vraiment que c’était la vérité, qu’ils ne voulaient pas me trader. Mais ça change tellement vite que tu ne sais jamais vraiment. Et puis j’ai envie de te dire : moins tu sais, plus tu as de chance de te faire trader quoi ! Vu que c’est un peu le principe. A part si tu es une grosse star, à qui ils vont le dire à l’avance. Sinon, tu prends tes affaires et tu t’arraches (rires) !

Quand apprends-tu que tu es transféré ?

Juste avant ! (Il ricane) J’étais en train de regarder (il pointe vers son poignet), je me disais : « c’est fini là, d’ailleurs il n’y a personne qui s’est fait trader, il reste 25 minutes ou une demi-heure, c’est fini… ». Ben, non !

Comment se passe la logistique du déménagement après ?

C’est la nouvelle franchise qui est sensée s’occuper de tout ça, mais avec l’aide des gens dans ton équipe précédente. (Pause) C’était un peu galère… Ce n’était pas forcément facile. Mais c’est une expérience de plus. Je commence à en avoir vu des trucs en NBA ! Je te le dis !

Qu’est-ce qui était particulièrement galère ?

C’est juste que je suis une caricature ambulante de l’Européen qui aime bien connaître les mecs, qui ne joue pas juste au basket parce qu’il aime bien jouer au basket quoi. J’aime bien quand il y a une aventure humaine, quand tu connais les gens, tout ça… Quand tu commences la saison quelque part et que tu es bien, de te faire transférer c’est un peu difficile. Surtout quand il reste 20 matchs. C’est la fin… Après, je suis plutôt content de comment ça se passe ici, à Chicago. Mais si j’avais pu avoir le choix de changer d’équipe, je l’aurais fait à la fin de l’année quoi. Pas en cours de saison.

Quand arrives-tu sur place du coup ?

Le lendemain. Après, ils m’accueillent, mais ce n’est pas comme en Europe, où quand tu arrives ils ont déjà des appartements à te faire visiter. Là, il faut que tu te débrouilles tout seul. Je suis à hôtel, et je pense que je vais y rester jusqu’à la fin de l’année. Mes affaires ont été envoyées, mais elles sont dans des cartons je ne sais pas où, donc je pense qu’elles sont perdues celles-là… (grand sourire)

Petit plus dans le fait d’arriver à trois ?

Je prends les trucs comme ça vient. On arrivait à trois là. Mais si j’étais arrivé tout seul, ce n’est pas comme si c’était la première fois que je changeais d’équipe et débarquais tout seul quelque part, donc ça n’aurait rien changé. J’ai cru comprendre et j’ai pu voir que dans cette équipe il y avait des hauts et des bas, parfois dans le même match d’ailleurs. D’un jour à l’autre ça peut être complètement différent. Mais l’équipe vit plutôt bien, ils sont plutôt sympa. On me demande beaucoup par rapport à (Rajon) Rondo, Jimmy (Butler), tout ça… Mais franchement, je n’ai rien à dire. Ils sont cool.

Pareil, tu n’es pas trop du genre à suivre tout ça…

Rien du tout. Moi, ce que j’aime, c’est jouer au basket. Et après, quand je ne joue pas, j’ai d’autres centres d’intérêts en dehors du basket. Quand je ne suis pas en train de jouer, je ne suis pas en train de regarder les stats des autres équipes et qui a fait quoi, machin, truc, ça ne m’intéresse pas trop.

Du coup, pour l’extra-basket, Chicago c’est une vraie amélioration en venant d’Oklahoma City, non ?

Oui, complètement. Au niveau de la ville, j’essaie de dire ce que je pense, et quand je ne peux pas je la ferme, pour ne pas mentir, parce que je n’aime pas ça. Je n’aime pas la langue de bois, tout ça… Mais à Oklahoma, j’ai vraiment beaucoup aimé l’équipe, l’organisation. C’était vraiment incroyable, par rapport à ce que j’avais pu connaître à Denver. Et la relation des gens à l’intérieur de l’équipe, c’était vachement plus soudé, vachement plus de cohésion de groupe que toutes les autres équipes que j’ai vu en NBA. Après, la ville, il n’y avait rien à faire quoi. (Il répète) Il n’y avait rien à faire. Donc j’avais un beau chez-moi, mais je ne sortais pas trop. Chicago, c’est vachement bien. Il y a beaucoup de trucs à voir, beaucoup de trucs à faire, des musées, tout ça. C’est vraiment une belle ville.

Qu’est-ce qui était top au niveau de la franchise du Thunder ?





Tout quoi. Que ce soit le basket où tout ce qui est autour du basket. Les kinés, tu en avais un pour deux joueurs. Donc avant les entrainements, tu avais une demi-heure avec lui, même si tu n’avais pas de problème, il te faisait travailler sur des trucs pour ne pas que tu en aies justement, pour te rendre plus fort… Ça faisait chier certains, mais moi je pars du principe que c’est bien, c’est sérieux ! Tu avais ça, puis tous les jours tu avais aussi un coach pour faire des séances individuelles, plus ou moins obligatoires, pendant une demi-heure. Je sais pas, la récup’, machin… La bouffe ! Incroyable ! Meilleur que plein de restaurants où je suis allé aux Etats-Unis. Tu vas au restaurant en pensant que tu vas manger des bons trucs et tu te retrouves à bouffer un burger dégueulasse… Voilà. Alors que là-bas, le restaurant c’était incroyable. Incroyable.

Même si tu nous avais expliqué n’être pas resté longtemps « fan » de la NBA, arriver aux Bulls, ça fait son petit effet ?

Oui, un peu quand même. Chicago, c’est un club mythique. Il y a Chicago, les Lakers et les Celtics. C’est spécial, tu sens quand même qu’il y a une histoire derrière et c’est sympa. Il y a beaucoup de bannières, machin-truc. Ils mettent beaucoup de trucs de Jordan sur les écrans…

Tu te dis que c’est un peu le passé ?

Ben, oui. Ils n’ont plus jamais gagné de titres après, donc c’est vrai. Mais bon, je n’y pense pas plus que ça.

C’est eux qui auront la main pour te signer cet été…

Ben, oui, normalement. Mais bon, ils disaient qu’ils voulaient me garder à Oklahoma aussi… C’est difficile de savoir la vérité de ce qui ne l’est pas. Et surtout à quel point ils ont envie de te garder. On est plus proches de la fin que du début de saison, mais on verra. Moi j’ai envie de rester. Parce que le club est bien, c’est plutôt une bonne équipe, c’est une grande ville… Mais après, si jamais je dois partir encore, je ne suis plus à une fois près quoi !

On a l’impression que ça te correspond plus de t’installer quelque part quand même, non ?

Moi, contrairement à ce que mon parcours pourrait faire penser – parce que j’ai changé je ne sais pas combien de fois d’équipe en 5-6 ans – j’aimerais rester à un endroit, créer des liens, tout ça. Parce que c’est comme ça que je suis. C’est sûr que j’aimerai bien rester quelques années quelque part, et pas juste venir, jouer 20 matchs et juste m’arracher. Je veux sentir que tu fais partie de quelque chose quoi.

Tu as envie de connaitre les playoffs, aussi.

Ben ouais. Je n’ai jamais eu la chance de le faire jusqu’à présent. On verra ! Si je ne les fais pas, je ne les fais pas. Mais j’ai envie de connaître. Déjà, c’est mieux d’être dans cette ambiance-là plutôt que quand tu es à Denver et dès mi-décembre, tu sais que tu ne vas pas faire les playoffs et que tu ne vas pas descendre en 2e division, ni si tu vas faire partie de l’équipe la saison prochaine ! Chaque fois que tu as une échéance, tu as un peu de pression. Mais c’est mieux ça que de sentir le je-m’en-foutisme.

Tu aimes plutôt quand c’est vraiment sérieux ?

Ben, ouais. Le cirque, ça va 5 minutes. Après, à Denver, ce n’était pas le cirque – enfin, la première demi-saison c’était le cirque. Mais je pense juste qu’il n’y avait pas assez de talent. Mais même si c’est devenu sérieux ensuite, ça restait pénible.

Là au contraire, l’équipe est bien, non ?

Ouais. Depuis que je suis arrivé, c’est un peu grandeur et décadence. Des fois on joue super bien et d’autres fois on passe super à côté. Parfois dans le même match. Mais on fait ce qu’on peut.

Dwyane Wade garde un côté leader, malgré la blessure qui le tient encore éloigné du parquet ?

Je n’ai pas joué avec lui, donc je ne peux pas dire grand-chose. Donc, bien sûr il y a le côté vétéran, star, tout ça. Mais depuis qu’il est blessé ils ont changé les cinq et tout. Rondo par exemple, il ne commençait jamais, ils le faisaient jouer dans le 2e cinq. Parce que la 2nd unit, des fois ce n’est pas terrible justement. Donc ça augmentait un peu le niveau pour lire les situations, tout ça. Parce que dans le deuxième cinq, il n’y a pas ça. Le premier cinq joue beaucoup mieux depuis qu’il est dedans, depuis qu’il y a Nikola (Mirotic) aussi. Les cinq changent vachement. Cameron Payne jouait, il ne joue plus. Jerian Grant, il était dans le cinq, il ne joue plus une minute non plus. Mirotic, ils l’avaient foutu dehors, 3 matchs plus tard il était dans le cinq… Je pense qu’ils cherchent un peu ce qui marche le mieux et les 4-5 derniers matchs ça marchait bien. Là ça s’est mal passé (face aux Knicks mardi). On verra les matchs suivants.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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1 Comment

  1. Ah ouais, les franchises ne s'occupent même pas de chercher des logements à proposer aux nouveaux arrivants. Je voyais ça plus professionnel de ce point de vue-là… Quand en plus tu as une famille, des mioches, bonjour les complications.
    Chouette interview, on sent qu'il n'en a rien à cirer de cet espèce de star-system et de tout le bordel qu'il y autour. Effectivement ça doit être bien pesant de refaire son nid brusquement à l'autre bout du pays, sans savoir si ça va durer. Courage mec.

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