Gol di Grosso (ou de la domination des Cavaliers et Warriors sur la NBA)

Gol di Grosso (ou de la domination des Cavaliers et Warriors sur la NBA)

Et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne.

Ouais, enfin pas toujours non plus. En réalité, cet adage énoncé par Gary Lineker s’applique à tous les pays du monde…sauf à l’Italie. Entre l’Allemagne et l’Italie, à la fin, ce sont toujours les Italiens qui gagnent. Mettons de côté cet Euro 2016 bizarre qui aura fait tomber à peu près toutes les malédictions du football européen : le Portugal qui gagne contre la France, la France qui fait tomber l’Allemagne et donc l’Allemagne qui l’emporte sur l’Italie. Cet Euro mis à part, entre les deux plus grandes nations du football sur le vieux continent, qu’importe le contexte, qu’importe le déroulement du match, qu’importe les joueurs, à la fin, les Germaniques s’inclinent toujours face aux Transalpins. Toujours.

Je pourrais vous mentionner des tonnes de matchs légendaires entre ces mastodontes. De la demi-finale de Coupe du Monde 1970, aux dimensions mythologiques, à celle de l’Euro 2012, le fameux « Balloteli Game », en passant par la Finale du Mondial 1982. Mais c’est un autre qui me vient en tête plus particulièrement : la demie finale de la Coupe du Monde 2006. En Allemagne.

Ce match est réellement un des plus beaux que j’ai jamais vu, même si mes jeunes yeux naïfs découvrant le football ne saisissaient pas toute la portée de cet affrontement légendaire à l’époque.

Recontextualisons. L’Allemagne, la grande Allemagne. Cette même Allemagne qui compte trois Coupe du Monde en 2006, mais qui n’a plus raflé la mise depuis près de 16 ans et qui sort d’une Finale perdue. Autant dire que sur ses terres, comme en 1974, le peuple allemand compte évidement reconquérir son bien. Comme en 1974.

L’Italie, trois trophées au compteur également à l’époque, est sur une série encore plus mauvaise. La victoire finale leur échappe depuis 1982 lorsque Paolo Rossi sort de sa boite pour gagner la coupe à lui tout seul. Pire encore, la dynamique est assez mauvaise. Élimination polémique contre la Corée du Sud quatre ans plus tôt en 2002, élimination aux tirs au but face à la France en 1998, défaite en finale aux tirs au but en 1994 face au Brésil, élimination (vous devinez?) aux tirs au but face à l’Argentine en demi finale en 1990, clairement, le destin ne semble plus vouloir leur sourire. Même sur les compétitions européennes, ils passent à 20s et un tir miraculeux de Sylvain Wiltord de soulever le trophée en 2000. Ça passe pas.

Pire encore. L’élimination en 1990, ce n’est pas qu’elle fait mal, c’est carrément que c’est un déchirement. Le Mondial se dispute chez elle, et l’Italie se fait sortir aux tirs au but par l’Argentine de Diego Maradona. Et si Diego est une idole en Argentine pour avoir fait des siens les champions du Monde en 1986, c’est aussi une idole en Italie, plus particulièrement à Naples où il récite ses gammes et tout son génie. Et parce que le story-telling de la vraie vie dépasse parfois les plus beaux scénarios d’Hollywood, vous devinez dans quelle ville d’Italie se joue cette demi entre l’Italie et l’Argentine ? Vous devinez dans quel stade Diego Maradona inscrira le 4e et dernier tir au but argentin qui élimine la nation hôte de la compétition ? A Naples évidemment.

Mais c’est n’est même pas ça le pire. Le pire, c’est qu’en finale ce seront les Allemands qui l’emportent et soulèvent le trophée sur les terres de leurs ennemis italiens. Aussi, en ce soir de 4 Juillet 2006, les Italiens ont les crocs. Ils veulent leur revanche. Ils veulent faire mordre la poussière aux Allemands pour ensuite remporter la victoire finale en terre ennemie. Leur rendre la pareille.

L’Allemagne vient tout juste de reconcevoir sa formation et sa manière de jouer au football. Les cadres sont toujours présents (Michael Ballack, Jens Lehman, Miroslav Klose, etc) mais l’équipe contient également beaucoup de jeunes pousses. Certaines qui deviendront des monuments de leur sport (Philipp Lahm, Bastian Schweinsteiger), d’autres qui décevront complètement (David Odonkor), et d’autres encore qui décevront mais se maintiendront en sélection du fait d’avantages en nature prodigués au sélectionneur national (Lukas Podolski). En face, l’équipe est belle. L’Italie de Gigi Buffon, de Fabio Cannavaro, d’Andrea Pirlo, de Genaro Gattuso, de Francesco Totti et tant d’autres que l’on pourrait citer. Menée de main de maître par Marcelo Lippi. Cette équipe là, elle a de la gueule. Elle est pas là pour rien.

Le match, ce sont 120 minutes d’une intensité incroyable, et un finish de folie. Deux monstres qui se tiennent tête durant l’intégralité de la rencontre. Au delà de l’affrontement très dur dans le jeu, c’est aussi le contexte qui donne évidemment encore plus de saveur à tout cela. Une place en Finale de Coupe du Monde en jeu, la pression du pays hôte, des très grands joueurs sur le terrain, ou même le fait que ce sont les deux plus grosses nations historiques du vieux continent qui se retrouvent.

L’indécision n’en est que plus étouffante, l’émotion que procure ce match, plus incroyable.

Ça pousse des deux côtés, les deux nations se livrent corps et âme dans la bataille, les occasions se multiplient dans les deux camps. A la fin du temps réglementaire, toujours 0-0. On se ronge les ongles jusqu’au sang, sans oublier néanmoins de remercier le ciel de nous offrir 30 minutes supplémentaires d’un tel spectacle.

30 minutes de prolongations avec la même intensité de jeu, et la même indécision qui plane. On commence déjà à penser aux tirs au but, un exercice où l’Italie perd souvent et l’Allemagne jamais. On imagine déjà les possibles exploits de Gigi Buffon sur sa ligne, meilleur gardien du monde déjà. Ou ceux de Jens Lehman qui, au moyen d’une liste préparée et de beaucoup de bluff face à Esteban Cambiasso, a déjà éliminé l’Argentine au tour précédent sur une séance de tirs au but. On pense déjà en avoir pour une demi-heure supplémentaire de pure crispation à voir s’avancer lentement les tireurs, un à un, le poids de tous leur pays sur le dos, les traits du visages semblables à ceux d’un condamné à mort qui se rend à l’échafaud. On y croit vraiment, on se projette déjà dans cette séance de tirs au but.

Et là, tout s’écroule.

Une minute à jouer dans les prolongations. Buffon dégage un long ballon, l’Allemagne repousse et le ballon finit dans les pieds de l’arrière droit Zambrotta qui rebalance devant immédiatement. Un centre que réussit à dévier Gilardino, pour Iaquinta, qui donne immédiatement à Pirlo. Tout seul entre deux lignes de la défense et du milieu de terrain. Contrôle de la poitrine, parfaitement réussi, il avance balle au pied. Per Mertesacker, le géant défenseur allemand, ne monte pas sur lui, et défend en reculant. Pirlo s’avance. Il a tout le temps d’armer sa frappe à l’entrée de la surface de réparation. Il arme. Il frappe. Le ballon fuse.

C’était sans compter sur Jens Lehman qui s’envole pour dévier ce ballon. Le portier allemand vient sans doute de sauver les siens.

Corner pour l’Italie. L’Allemagne à peur. Mais elle tient, comme durant tout le match. C’est l’attaquant phare de la Juventus de Turin, Alessandro Del Pierro qui se charge de ce corner. Très bien tiré, premier poteau au niveau de la ligne des 5.50m. Gilardino semble être à la réception, mais l’arrière droit Arne Friedrich surgit et dégage de la tête ce ballon dangereux.

Manque de chance, le ballon atterrit tout droit dans les pieds de Pirlo, qui rôdait plein centre, seul, à l’entrée de la surface de réparation. N’importe qui d’autre aurait tenté sa chance. N’importe qui d’autre, avec autant d’espace, aurait armé et frappé, pour que le ballon s’écrase sans doute sur la marée humaine de joueurs à quelques mètres devant lui. Mais pas Pirlo. Il contrôle. Friedrich surgit sur lui, Pirlo pousse un peu son ballon pour l’éviter. Metzelder sort sur lui, mais Pirlo pousse encore un peu plus, un chouilla juste. Et là, tout d’un coup, l’ouverture est faite. Un rideau de quatre défenseurs se tient devant Pirlo, qui arme sa frappe. Lehman retient son souffle. Le stade de Dortmund retient son souffle. L’Allemagne entière retient son souffle et prie le bon Dieu.

Mais là, sans prévenir, l’artiste italien produit une de ses plus belles inspirations en carrière, pourtant nombreuses et brillantes. Seul derrière ce rideau de défenseurs se tient Fabio Grosso. L’arrière gauche, monté au avant poste, esseulé dans la surface excentré côté droit. L’image de Thuram assassinant la Croatie huit ans plus tôt apparaît en un éclair dans mon esprit sans que je puisse m’en rendre compte.

Pirlo glisse la balle avec délicatesse et précision. Le cuir caresse la pelouse dans un silence de cathédrale, sans qu’aucun obstacle ne puisse l’empêcher d’atteindre le pied de Grosso, déjà armé. Le gaucher, côté droit, est en parfaite position pour déclencher sa frappe. L’angle est fermé, mais pas complètement. Comme un symbole, c’est Michael Ballack, l’homme maudit, le capitaine brillant mais jamais vainqueur, l’incarnation même du joueur à qui les Dieux du football n’ont jamais voulu sourire dans quelconque finale majeure, c’est lui qui accourt pour tenter de dévier la balle. Vainement. Le jeune David Odonkor, positionné au second poteau sur le corner, avait abandonné son poste et commencé à remonter avec son bloc équipe au moment où Pirlo hérite de manière miraculeuse du ballon. Il est donc vide, ce second poteau, au moment où Fabio Grosso enroule sa frappe de son bon pied comme un Ave Maria de la dernière chance.

La balle tourne sur elle même avec juste assez d’effet pour décrire la parfaite trajectoire courbée. Suffisamment pour ne pas s’écraser sur le poteau, mais pas trop pour qu’il ne soit pas à la portée de Lehman. Le temps s’est arrêté. Le poids de l’histoire est en marche et nul ne va contre la volonté des Dieux. L’air est fendu par ce missile improbable qui file tout droit vers la cage de but. L’espace d’un quart de seconde, les yeux du mondes sont rivés sur cette petite boule de cuir qui va départager ce duel dantesque.

La balle traverse la ligne de but et s’écrase dans les filets.

Gol di Grosso.

Ce même Grosso qui obtient le penalty de la qualification en huitième de finale face à l’Australie, à la toute dernière seconde du temps réglementaire. Ce même Grosso qui cinq jours plus tard enfoncera le dernier clou de notre cercueil bleu blanc rouge, crucifiant Fabien Barthez sur l’ultime tir au but d’une finale qui aurait du raisonner français.

Les Allemands ont un genoux à terre. Ils pensaient l’avoir fait. Ils pensaient y être arrivés, avoir tenu les 120 minutes du match, avoir résisté à la force du destin qui les fait fléchir encore et toujours devant la Squadra Azzura. Il y avait eu 1970, et cette demi-finale extraordinaire perdue 4 à 3 face à ces diables d’italiens, au cours d’une prolongation folle où le génial Gianni Rivera inscrivit le but de la délivrance. Il y a désormais 2006, même tournoi, même enjeu, même stade de la compétition, même prolongation hors du temps. Sauf qu’en plus, cette fois c’est chez eux. Les Allemands n’y croient pas.

Ils se refusent tellement d’y croire qu’ils vont lancer leurs ultimes forces dans la bataille pour tenter par miracle d’égaliser. De toute façon, ce match se déroulant dans un univers parallèle où les lois du monde, de la logique de la raison ne semblent plus s’appliquer, pourquoi pas deux miracles pour le prix d’un ? Le public, le pays veulent y croire dur comme fer, mais ne sont pas sûrs de réellement avoir la foi.

Et ce qui devait arriver arriva.

Les Germaniques montent en nombre, y compris le défenseur central Mertesacker qui abandonne la défense pour apporter sa taille dans la surface. Nous sommes une minute à peine après la patte gauche de Grosso. Le capitaine Michael Ballack est excentré côté gauche, et centre le ballon de la dernière chance dans la surface. Sur Mertesacker. Mais c’est repoussé, le ballon monte en cloche et semble retomber sur Lukas Podolski à 30 mètres du but.

Toute l’équipe ou presque est aux avant-postes, et attend que le ballon soit remis dans la boîte. Mais le tout jeune attaquant de la Mannchaft, impressionnant de maturité durant la compétition, véritable révélation du tournoi dont il sera d’ailleurs élu meilleur jeune joueur, qui d’un doublé plein d’audace à éliminé la Suède à lui tout seul en huitième de finale ; cette fois-ci pour Lukas Podolski, ça en est trop. Il voit le ballon redescendre vers lui depuis une altitude impressionnante, et comme si la grandeur de l’enjeu avait rattrapé ce gamin de 20 ans, Podolski recule. Il fait marche arrière, apeuré. Il craint cette boule de cuir, symbole de l’enjeu monstrueux et des attentes démesurées de tout un pays, qui fonce sur lui avec une puissance effrayante. Il recule, titube, et rate son contrôle en partant vers l’arrière. Il vacille, trop frêle devant la magnitude du moment et la dureté du très haut niveau. La balle lui échappe. Il vient de laisser filer sa carrière.

Faisant confiance à un instinct d’anticipation extraordinaire, le capitaine de la Squadra Azzura Fabio Cannavaro surgit alors comme un diable. Ce même Cannavaro qui avait dégagé de la tête le centre de Ballack trois secondes plus tôt avant d’immédiatement entamer une course de vingt mètres vers Podolski. Dans un moment où l’Italie est en marche arrière, et prie pour conserver ce résultat, le capitaine et leader magnifique sonne la révolte sur cette charge. Il s’impose devant Podolski, il lui passe devant. Il lui subtilise la gonfle avec rage et détermination pour lui faire comprendre que le patron c’est lui, et que c’est l’Italie qui va gagner ce match. Podolski, dans son tee-shirt trop grand, a l’air d’avoir huit ans et de s’être fait agresser par la brute du quartier.

Avec sa tête qui repousse le centre allemand, Cannavaro s’assure de disputer la finale. Lorsqu’il termine sa charge vers l’avant pour braquer Podolski et l’Allemagne, il vient de conquérir son futur ballon d’or.

Cette charge, elle ne rassure pas seulement sa défense. Elle va aussi faire poser à terre le second genoux de l’Allemagne. En une prise de balle, Cannavaro laisse derrière lui pas moins de huit joueurs germaniques, impuissants, tandis que l’Italie est prête à contre-attaquer.

L’instinct meurtrier du prédateur les animent. Celui-là même que le loup ressent lorsqu’il sait que le sort de sa proie est scellé. Les crocs acérés et de la glace pilée coulant dans leur veine, les italiens sont calmes et déterminés. Ils ne vont pas se priver d’achever l’animal.

Francesco Totti arrache la balle des pieds de son capitaine dès l’instant même où celui-ci termine sa course. Merci patron, on se charge du reste. Totti lève la tête. Deux défenseurs allemands, et Alberto Gilardino qui part comme une fusée sur l’aile gauche. Ni une ni deux, la légende romaine propulse l’avant centre milanais dans la profondeur. Metzelder est à la peine, mais il arrive à le rattraper et même à se positionner devant lui, pendant que Philipp Lahm et Arne Friedrich, épuisés reviennent en petite foulée vers le centre du terrain. Comme s’ils savaient déjà.

Gildardino crochète soudainement à l’intérieur. Il a son plan en tête, il a vu. Il sait ce qu’il va faire. Mais il prend son temps. Il feint la frappe et revient tout doucement vers le centre du terrain. Les trois vaillants défenseurs se resserrent autour de lui et absolument personne n’a remarqué Alessandro Del Pierro, ce diable de Del Pierro, qui surgit de nulle part comme un boulet de canon sur l’aile gauche. Gilardino, le sourire en coin, fixe Metzelder et glisse une petite passe vers l’aile gauche. Del Pierro ouvre son pied, lucane opposée. Lehman est amorphe, les bras le longs du corps. Il n’a rien pu faire.

Désespoir. Fatalité. Del Pierro vient crucifier toute une nation avec cette frappe de balle sanglante. L’Allemagne se refusait d’y croire au premier but. Elle fuyait cette réalité en abonnant ses dernières forces dans la bataille, espérant que les Dieux leur viennent à l’aide. En vain. La contre-attaque chirurgicale des Italiens leur impose la décision divine déjà énoncée. Elle soumet à leurs yeux incrédules cette vérité brutale et irrémédiable. Elle achève la bête blessé qui suffoque encore, qui n’a aucune chance de s’en sortir mais refuse de s’abandonner à la mort. Cette fois, la bête ne peut plus rien, elle ne bouge plus, ne respire plus. La Mort l’a emporté, à tout jamais. D’une cruauté sans nom.

Et à la fin, c’est l’Italie qui gagne.

Cet affrontement dantesque est un des plus beaux matchs qu’il m’ait été donné de voir. Il y en a eu d’autres, évidemment, où le côté supporter de la France ou d’un club a donné une saveur particulière à certaines rencontres. Dans cette même Coupe du Monde, j’ai sans doute bien plus vibré lorsque Zidane décapite l’Espagne en huitième ou qu’il éclabousse de son génie le quart de finale face au Brésil. Mais sur ce match-là, ce n’est pas la passion du supporter qui m’a animé. C’est la pureté et la puissance du football qui m’a mis une énorme claque dans la gueule. Qui m’a scotché sur place sans que je puisse bouger, tétanisé par la magnitude du moment hors du temps que je venais du vivre. Putain, que c’est beau le sport.

Ce duel, il est légendaire. Mythologique même. C’est un affrontement absolument magnifique entre deux titans, deux colosses, deux géants d’une île perdue que Ulysse (ou Luffy) a visité durant son périple en mer. Ce sont deux titans de force égale qui poussent, tête contre tête, pendant près de deux heures. Les forces s’annulent, rien ne se passe. On sent l’intensité. On sent l’immensité du moment, la grandeur des puissances en présence. Mais rien ne bouge. Les deux titans forcent autant qu’ils le peuvent. Et au dernier moment, on ne sait pas pourquoi, parce que c’est comme ça, parce que les Dieux en ont décidé comme ça, ou parce que l’un finit par avoir plus de force que l’autre, un des deux titans a un moment de faiblesse. Très léger, infime, imperceptible pour nous, spectateur. Une minuscule brèche, et d’un coup, toute la puissance du second s’y infiltre. Tête contre tête, puis ça dérape, et au final, l’un des deux finit par avoir ce brin de puissance en plus qui fait fléchir l’autre. Et une fois celui-ci à terre, une fois la brèche infiltrée, elle ne se rebouche pas. Au contraire, elle explose irrémédiablement.

En somme, c’est exactement le même scénario que nous avons eu pour les Finales NBA de l’an dernier. Et on l’espère, exactement le scénario qu’on aura cette année encore.

Les ressemblances entre le Game 7 de l’an passé et cette demi-finale titanesque sont pour moi très grandes. Peut-être que j’avais juste envie de vous raconter ce match, un classique parmi les classiques de l’histoire du football à mon très humble avis subjectif. Mais je persiste et signe à dire qu’entre cet Italie/Allemagne et ce Game 7 Cavs/Warriors, on a assisté au même match dans le fond. Les événements se sont fondamentalement déroulés de la même manière, ça c’est clair et net. Alors oui, c’est pas le même sport, c’est pas le même stade, c’est pas le même ballon, ce ne sont pas les même règles, c’est pas les mêmes acteurs, ce ne sont pas les même enjeux. Mais on s’en fout de la forme. Que le cuir soit à tâter avec le pied ou avec la main, qu’est qu’on s’en contrefiche. Le sport, c’est l’émotion, ce sont les histoires, les légendes. C’est notre mythologie à nous, en fait, la mythologie des temps modernes, tout autant sur du gazon, de la terre battue, du parquet, ou je ne sais quoi encore.

Or, les duels entre Italiens/Allemands et Warriors/Cavaliers sont à mon sens très similaires. C’est le même calque même si on a pas utilisé le même crayon pour dessiner les deux. L’affrontement d’une intensité folle, dans un match à enjeu historique, entre deux titans aux proportions presque surhumaines, deux forces égales qui s’annulent jusqu’au bout de la nuit, et à la dernière seconde sur un détail infime, l’un fait plier puis fait exploser le second, c’est le même scenario dans les deux matchs. Que ce soit du foot ou du basket, qu’est ce qu’on s’en fout, c’était le même match. On parlera encore de ces matchs-là dans un siècle.

La frappe d’Andrea Pirlo qui amène le corner, c’est ce contre venu d’ailleurs de LeBron James sur Andre Iguodala. Ca ne décide pas à proprement parler du sort du match, ni ça ne fait passer son équipe devant au tableau d’affichage, mais presque. Le but de Fabio Grosso, c’est le tir de Kyrie Irving. La brèche qui soudainement explose, alors que les deux mastodontes étaient jusque là tête contre tête à égalité. La charge rageuse et cruciale de Fabio Cannavaro, c’est la séquence défensive de folie de Kevin Love sur Stephen Curry, lorsque l’intérieur muselle le MVP et l’empêche de rentrer un trois-points qui aurait tout relancer. Le but d’Alessandro Del Pierro, c’est le dunk de folie qu’a failli réaliser LeBron James sur Draymond Green, qui s’est transformé en deux lancers francs à cause de la faute. On savait que c’était quasiment fini déjà avant ça, mais ce sont les deux derniers points qui ont clos les débats.

Ezra Shaw/Getty Images

Il n’y a sans doute pas la dimension historique dans un affrontement entre Cleveland et Golden State qu’entre les mastodontes allemands et italiens, dont les livres de records et d’histoires sont plus importants qu’une encyclopédie illustrée en 75 volumes. Ou pour mieux s’exprimer : il n’y a pas de passif historique entre les deux. En ce sens qu’il n’y a pas pour chaque franchise une histoire énorme ni une rivalité incroyable. Ce qui faisait aussi le charme de cette demie finale du Mondial 2006, ou de n’importe quel affrontement entre ces deux équipes, c’est qu’elles sont les deux plus grandes nations historiques du football européen, et du football mondial en compagnie du Brésil. C’est le choc des historiques, un match diffusé sur ESPN Classic…mais en direct le soir même où il se déroule.

C’était pas exactement la même chose pour Cavs et Warriors en 2016. L’une est une franchise qui n’avait plus gagné de titre majeur dans n’importe quel sport depuis les années soixante, et l’autre sortait tout juste d’un titre de champion NBA qui mettait fin à 40 années de disette. On est loin des six Coupes du Monde présentes sur le terrain en ce soir du 4 Juillet 2006. Cavs et Warriors sont deux jeunes équipes, loin d’avoir régulièrement connu l’excellence durant les dernières décennies.

Mais ce serait faux de dire qu’il n’y avait pas, ou qu’il n’y a pas de dimension historique. Bien au contraire.

Pour les Warriors, il faut bien comprendre l’évolution de cette équipe. Bonne équipe de playoffs pendant deux ans dans une conférence relevée, Golden State passe tout d’un coup un cap qui lui permet de dominer sa conférence et d’aller jusqu’au titre. L’équipe de 2015, à 67 victoires, est une excellente équipe, une superbe équipe. Mais celle de 2016 est fantastique, elle est historique à proprement parler.

En 2014-2015, Draymond Green démarre remplaçant et se révèle comme un titulaire de complément idéal dans le système de Steve Kerr. En 2016, c’est un titulaire accompli, encore meilleur, qui s’est mué en leader encore plus imposant et important pour son équipe. Durant l’intersaison 2014, on se demande si Klay Thompson vaut vraiment un énorme contrat, qu’il ne décroche d’ailleurs qu’au buzzer le dernier jour possible. Un an plus tard (voire quelques jours plus tard seulement), les doutes sont partis, le garçon est d’un niveau bien plus grand, comme en attestent certaines de ses performances, la plus spectaculaire de toutes étant son Game 6 à Oklahoma où il sauve les fesses des Californiens.

Mais le cas le plus frappant, c’est bien évidemment Stephen Curry. En 2010, c’est un rookie prometteur. En 2012, c’est un jeune joueur extrêmement fragile, souvent blessé, mais trop talentueux pour ne pas obtenir de prolongation de contrat. Entre 2013 et 2014, il franchit un premier palier et s’impose comme un joueur très intéressant dans une bonne équipe qui gagne. En 2015, c’est en tant que joueur majeur d’une équipe dominante qu’on le retrouve, mais pas encore comme un franchise player incontesté (il profitait beaucoup du système, de l’environnement, pas certain qu’il fasse aussi bien ailleurs, etc). En 2016 en revanche, ces doutes n’ont plus lieu d’être. Son niveau de jeu a encore augmenté, et il est tout simplement stratosphérique. La définition même du franchise player qui fait gagner une équipe au point d’en faire une équipe calibrée pour le titre. 2015, on se dit que c’est le (en partie) système. 2016, on se dit c’est Stephen Curry.

Plus que ça même, c’est sur le plan collectif qu’on retrouve l’enjeu historique. Ce n’est pas juste que Golden State était une excellente équipe, comme en 2015, c’est que Golden State était une équipe d’un niveau de jeu historiquement bon. Le record du nombre de victoire collective est d’ailleurs venu confirmer cette réalité du jeu, étant donné que personne avant eux n’avait réussit à gagner autant de matchs sur une saison.

Autant dire que la pression était énorme durant tout les playoffs derniers. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la route des Warriors fut beaucoup plus semée d’embûches que cette année, où on ne les attend nulle part ailleurs qu’au titre. L’an passé, il leur fallait tout gagner, tout le temps. Il fallait être à la hauteur de ce qu’ils avaient créé. Après tout, puisque Michael Jordan est largement considéré comme le meilleur d’entre tous, il sert de valeur étalon pour toute comparaison. Et lui, ses Bulls de 96 qui se sont fait volatiliser le record, et ben ils sont allés au bout, et ils ont gagné. Les Warriors qui ont fait l’affront de battre leur record de saison régulière n’avaient pas d’autres choix de de faire au moins aussi bien pour être bien considérés dans l’imaginaire collectif. En Finales, la victoire était obligatoire.

Du côté des Cavaliers, on a évidemment pas l’historique de la Mannchaft ni de la Squadra Azzura non plus, mais l’enjeu était également de taille, historique. Pour pleins de raisons, mais la principale tenant en un mot, en un prénom évocateur sur lequel on ne peut se tromper : LeBron.

Le King a prouvé mériter sa couronne. C’est un champion, un joueur absolument extraordinaire et qui à terme à le potentiel pour aller titiller Michael Jordan. Ca ne veut pas dire qu’il va le faire, ça veut juste dire qu’il existe une possibilité où, si les choses se passent bien, ce ne sera pas illégitime de les mentionner dans la même phrase. Et finalement ça, c’est pas quelque chose qu’on peut dire de tous les joueurs. Même à ESPN ils le savent ça.

Aussi, les critiques sont d’autant plus dures qu’on souhaite qu’il réussisse. Même pas pour lui, ce gamin qui a réussi à surmonter déjà tant de choses, qui a réussi à être qui il est (un monstre) malgré des attentes et un contexte médiatique autour tout bonnement irrespirables et qui ont flingué tous les autres futurs prodiges avant et après lui. Ce n’est pas parce qu’on l’aime bien qu’on veut le voir réussir, c’est juste pour des raisons égoïstes. Parce qu’on a envie de vivre un truc pareil, on a envie de manière très personnelle d’être là quand c’est arrivé, quand LeBron James est devenu l’égal ou plus de Michael Jordan. C’est tellement rare qu’on veut le vivre si on peut. Ceux qui ont eu la chance de voir jouer Michael Jordan, de le voir tout gagner en direct, de vivre le moment (et ce n’est malheureusement pas mon cas) n’oublieront jamais cette époque, et n’en finissent plus de décrire à quel point Sa Majesté était magique. Et ils ont raison. Mais ça arrive tellement peu d’avoir de tels joueurs potentiellement dominants à ce point. Il y en a un par génération, un tous les vingt ans. Donc on en tient un en LeBron James, et de manière très égoïste on exige qu’il nous fasse rêver et qu’il écrive l’histoire avec nous. Devant nous. Qu’on puisse ensuite en parler à nos petits enfants dans quelques décennies.

Le problème, c’est qu’en débarquant dans ces Finales 2016, LeBron James avait des choses à perdre. On aurait pu croire que perdre face à une excellente équipe de Golden State est plus critiquable que de perdre face à une fantastique équipe de Golden State, mais non. En 2015, on lui a donné un passe droit, parce qu’il n’y avait pas Kyrie Irving ni Kevin Love, et il a failli gagner à lui tout seul en plus le con. En 2016, il affichait déjà 4 défaites en Finales, pour 2 victoires. Évidemment que l’histoire est beaucoup plus compliquée que ça, mais les fans s’en moquent. Ils voient zéro Finales perdues pour Jordan, ils voient 4 pour James, ils se disent que s’il y en a une cinquième, ce serait catastrophique.

Chance inouïe, cette série entre Warriors et Cavaliers a pu arriver jusqu’à un septième match. Chance inouïe parce que les systèmes d’élimination au meilleur des sept matchs, ça a les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités en fait. Le bon côté, c’est que c’est généralement le meilleur qui se qualifie, et si ce n’est pas le cas par exemple sur un premier ou deuxième tour de playoffs, l’ordre est souvent rétabli au tour suivant. Deux miracles (a fortiori trois ou quatre) consécutifs, ça n’arrive jamais. Demandez à Podolski. Le défaut, c’est qu’il n’y a pas le même enjeu du coup pendant les six premiers matchs de la série, puisqu’une victoire ou une défaite n’est pas dramatique. Bien sûr, il y a des matchs où une équipe peut conclure la série, qui sont aussi des matchs où l’autre équipe se bat pour survivre, et cela entraîne aussi des émotions. Mais le seul match d’une série où l’on se retrouve dans la configuration Coupe du Monde, avec les deux équipes qui ont tout à perdre et tout à gagner en même temps, c’est un Game 7.

A l’inverse, dans le football, c’est exactement ce qu’on adore. La rareté du moment, et donc son importance capitale. Il n’y a qu’une chance de gagner, il y a obligation de la saisir. En NBA, une équipe peut très mal jouer un match, deux, voire même trois, et quand même emporter la série si elle est meilleure sur les quatre autres. En foot, ça ne marche pas comme ça. Passe à coté de ton match, et tu passes à la trappe. C’est ce qui produit aussi toute cette émotion, une autre forme d’émotion. Pas moins bonne ou meilleure, mais différente.

Le revers de la médaille, qui n’est pas un inconvénient d’ailleurs selon la vision que l’on a, c’est que ce n’est pas toujours le meilleur qui est champion. C’est vrai que le système de match aller-retour en Ligue des Champions atténue un peu cet effet surprise, et divise la probabilité de voir le plus faible passer par deux au moins. Mais pour la Coupe du Monde, ou l’Euro, voire un outsider remporter le trophée n’est pas rare. Pour l’Euro, on y a même droit tout les douze ans à peu près (Portugal 2016, Grèce 2004, Danemark 1992).

Or, pour en revenir à nos Finales 2016, un septième match décisif nous permet d’allier le meilleur des deux mondes. C’est-à-dire que jusqu’ici, on a réussi au maximum à épurer à coup de séries au meilleur des sept manches, au point d’être sûr d’avoir la meilleure équipe de l’Ouest et la meilleure équipe de l’Est, et en plus, on fait culminer tout ça sur un seul match. Un seul. Le vainqueur de la série, de la Finale, du titre, de toute une saison va se décider sur 48 minutes de jeu.

De ce point de vue là, la comparaison entre le Game 7 des Finales 2016 et un match sous haute tension comme la demie finale Italie – Allemagne se tient beaucoup plus. L’enjeu était énorme pour les deux équipes, et tout s’est décidé sur un match dantesque, lui même résolu en toute fin de rencontre après une bataille on ne peut plus disputée.

En ce qui concerne les Finales 2017, puisque c’est l’actualité du moment, je crois que c’est une erreur que de rabaisser l’affrontement entre les deux équipes du fait qu’aucune des deux n’ait eu besoin de se démener pour gagner avant la Finale.

En effet, le niveau des playoffs de cette année n’est pas très bon, et ce n’est certainement pas une édition qui restera dans les annales. Il ne faut pas pour autant remettre en question la grande ligue ou prendre un malin plaisir à la stigmatiser. La conjecture économique et sportive de NBA fait qu’on est arrivé aujourd’hui dans une situation où deux équipes dominent très largement les autres. Mais c’est peut-être aussi juste un concours de circonstances. Le hasard. Un heureux hasard. Tout va très vite en NBA.

Et on ne peut pas dire jusqu’ici que Cleveland et Golden State marchent sur l’eau depuis trois ans. En 2015, les Cavs passent à un buzzer beater miraculeux près (signé LeBron James) d’être mené 3-1 par les Chicago Bulls. En 2016, Oklahoma City passe à un cheveux, plusieurs fois, d’éliminer les Warriors. Un an n’est pas suffisant pour dire que la ligue est malade. En 2015, les Grizzlies font peur à Golden State, menant 2-1 dans la série en et semblant avoir trouvé la solution défensive à ce casse tête. La ligue ne va pas si mal que ça. C’est peut-être juste un petit rhume qui passera dès l’année prochaine, et pas forcément la gangrène. On va peut être attendre avant de couper la jambe au cas où ce soit juste un nez qui coule.

Et même si ce n’était pas le cas, rien ne dit que les franchises NBA (en prenant en compte ce nouvel élément de rassemblement de stars comme un nouveau standard pour jouer le titre) ne vont pas s’adapter elles aussi, et que l’on ait d’autres pôles qui émergent et viennent concurrencer la suprématie des Cavs et Warriors. En voyant l’écart de niveau entre ces deux-là et les autres, il y a même fort à parier que les joueurs eux-mêmes vont s’adapter et tout naturellement se rassembler un peu plus. Un franchise player comme Blake Griffin qui part en free agent renforcer une forte équipe (Boston, Washington, Houston ?), un Chris Paul qui va aux Spurs, des Paul Millsap, Kyle Lowry et Gordon Hayward qui unissent leur force dans une équipe déjà très bonne, tout cela ça peut changer la donne en une free agency. En un été. Deux ou trois semaines du début de free agency donc. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose que les joueurs se rassemblent, ceci est un autre débat. Evidemment que ça m’a fait chier moi aussi qu’un monstre comme Durant rejoignent un autre en la personne de Stephen Curry. Mais à partir de ce constat, dire que les Finales auront moins de saveur, que le champion sera moins beau, ou que la ligue est en train de mourir, ça semble un peu erroné à mon sens.

L’autre façon de voir la situation également, c’est de se dire que les Cavaliers et les Warriors écrasent tout parce qu’ils sont juste beaucoup trop bons. Au lieu d’avoir une équipe qui défonce tout comme les Bulls des années 1990’s, on a la chance d’en avoir deux en même temps, c’est juste génial. Fondamentalement, les Cavs et les Warriors de 2017 sont de bien meilleures équipes que les Cavs et les Warriors de 2015, qui n’étaient que des équipes en début de cycle beaucoup moins mature et rodées que maintenant.

Prenons un exemple récent, les playoffs 2015. La ligue est beaucoup plus homogène. A l’Est, Cleveland semble devant, mais Atlanta est dans une saison incroyable et Chicago vaut son pesant d’or également. A l’Ouest, Golden State mène la barque, mais Rockets, Clippers et Spurs auraient très bien pu faire de très beaux champions de conférence. Pour autant, aucune de ces équipes n’étaient aussi forte que les Warriors de 2016, ou de 2017. Alors, c’est qui le plus beau champion dans tout ça, celui qui a tout écrasé parce qu’il est fort ou celui qui a vaincu avec péril parce qu’il était moins bon ?

Reculons encore d’un an, 2014, et ce premier tour de playoffs tout simplement dingue où presque toutes les séries se finissent en 7 matchs. Oui, du coup en s’est un peu plus amusé, mais homogénéité ne veut pas dire haut niveau de jeu. Deux équipes peuvent très bien être au coude à coude parce que les deux sont bonnes…ou parce que les deux sont mauvaises, ou moyennes. La finale de conférence Boston Washington fut très intéressante entre deux équipes qui se valaient, mais savoir que le vainqueur n’a de toute façon aucune chance au tour suivant, ça enlève un peu en saveur.

Il ne faut pas confondre score d’une série et niveau de jeu. Une série en 7 manches n’est pas toujours plus excitante qu’une série en 4 ou 5. L’affrontement Cavs/Pacers au premier tour, conclu 4-0, fut une série très disputés. Le duel Jazz/Clippers qui est allé jusqu’au match 7 ne fut pas dantesque non plus, parce que largement altéré par toutes les blessures. Arrêtons la culture du résultat, prônons celle du jeu.

Le fait de ne pas avoir connu d’adversité n’empêche pas une équipe d’être un beau champion. Voyez l’Italie en 2006 par exemple. Elle a eu à gagner deux matchs pour être championne du monde, et elle l’a fait : Allemagne en demie, puis France en finale. Avant ça ? Une poule assez facile avec le Ghana, les Etats Unis et une République Tchèque qui devait être l’outsider (deux ans après leur épopée qui aurait dû être glorieuse à l’Euro 2004 sans ces diables de Grecs) mais qui s’est complètement rétamée. En huitième, c’est l’Australie qui est tranquillement éliminé 1-0. Sans forcer, et sans impressionner même (penalty de Totti contesté en toute fin de match). En quart de finale, duel avec une équipe d’Ukraine intéressante mais pas du même acabit, qui se fait éjecter par la Squadra Azzura (3-0), quand dans le même temps se déchiraient des nations comme Argentine et Allemagne, Portugal et Angleterre (deux matchs terminés aux tirs au but) et le choc France Brésil. Autant dire que les Italiens ont eu un peu de chance sur le tirage pour le coup.

On va pas se mentir, c’est pas un parcours qui fait rêver celui de l’Italie, et en comparaison, notre épopée à nous contre l’Espagne en huitième, puis le Brésil en quart, le Portugal en demie et ensuite l’Italie, c’est un peu plus consistent pour le story-telling. Est-ce à dire pour autant que l’Italie est un vainqueur moche de la Coupe du Monde ? Vous pouvez, mais je vous mettrai deux tartes (ou je penserai très fort du mal de vous, si vous faites plus de 1m90). Je crois que le jeune ado dépité tout l’été 2006 que j’étais après la défaite des Bleus m’aurait lui même mit une baigne de dire aujourd’hui que l’Italie de 2006 est une splendide équipe. Mais en même temps c’est vrai.

Je pense que c’est pareil pour Golden State et Cleveland. L’un ou l’autre fera un beau champion, un magnifique champion même. Ne nous attardons pas sur le manque d’homogénéité de la ligue, apprécions plutôt le fait qu’elle nous offre aujourd’hui un affrontement entre deux titans colossaux comme on en a pas vu depuis très longtemps.

D’autant plus qu’il reste encore leur affrontement à admirer, c’est pas comme si l’un ou l’autre va devenir champion sans forcer en 4 ou 5 manches. En tout cas on l’espère. Et même si c’était le cas. Le fait que Golden State ou Cleveland arrive à torcher une équipe de Golden State ou de Cleveland qui elle même dominait facilement sa conférence, ça montrerait bien que l’équipe vainqueur est d’un très bon niveau non ?

Que le meilleur gagne. Ou le moins mauvais. Ou l’Italie, je sais plus trop.

Guillaume (@GuillaumeBInfos)

1 Comment

  1. Très bel article, c'est samedi donc de la lecture c'est toujours bon !

    Pour rebondir, je crois que j'ai rarement vu un aussi moche champion du monde que l'italie en 2006, une équipe qui ne proposait rien et qui s'est appuyé sur le catenaccio des années 90 pour réussir, après c'est une stratégie elle a été payante, onorevole à eux :)
    Mais moche ou pas, ils sont champions du monde et pour moi c'est ce qui compte le plus.

    Concernant cavs-warriors, y aura un champion, il sera beau si c'est cleveland, il sera moche si ce sont les warriors, pour la simple raison que l'addition de Durant biaise l'accomplissement.
    Y a pas eu de suspense cette saison, de mémoire chicago a souvent galéré pour aller en finals et les remporter.
    Jordan n'a jamais joué avec 5 joueurs de team usa dans son équipe comme les warriors ou les cavs !
    A part Pippen les autres étaient des role player, longley wennington purdue cartwright grant randy brown kerr paxon c'était de bons joueurs mais loin d'être des cadors. les bulls devaient défendre a mort pour pouvoir gagner, la ou les cavs et warriors ont tellement d'armes offensives que ca en devient ridicule et sans intérêt.
    D'ailleurs 3 fois la même finale, ca commence a saouler et généralement l'ultra domination amènera de facto un désintérêt des fans que l'inverse. Parce qu'on peut être certain que jusqu'en 2019 on aura cavs warriors en finals.

    Actuellement je vois aucune équipe capable d'éteindre ces deux équipes dans les deux prochaines années.

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