[Reportage] BIG3 : première à Brooklyn

[Reportage] BIG3 : première à Brooklyn

La ligue de 3×3 s’est lancée en grande pompe dans la nuit de dimanche au Barclays Center, avec un programme à la hauteur. Par contre, Allen Iverson ne fut pas vraiment « The Answer » sur ce coup-là…

Le 3×3 a la cote en ce moment ! Olympiades à Tokyo dans 3 ans, mondial réussi à Nantes et lancement d’une nouvelle ligue d’été aux accents NBA (version retraités) outre-Atlantique… Avec, excusez du peu, Ice Cube comme fondateur ; des joueurs tels Mahmoud Abdul-Rauf, Mike Bibby, Ricky Davis, Stephen Jackson, Al Harrington, Rashard Lewis, Corey Maggette, Cuttino Mobley, Kenyon Martin, Jermaine O’Neal, Deshawn Stevenson ou Jason « White Chocolate » Williams sur le parquet ; les légendes Rick Barry, Clyde Drexler, Julius « Dr J » Erving, George Gervin, Charles Oakley, ou encore Gary Payton au coaching… Plus un certain Allen Iverson comme joueur-coach et moteur d’un buzz assez balèze depuis quelques semaines.

Arrivée au Barclays Center, premier choc. Disparu le parquet habituel, remplacé par un demi-terrain particulier. Raquette, trois points, tout va bien. Et c’est quoi ces trois ronds estampillés « 4 », deux mètres plus loin ? Ben c’est les spots d’où les joueurs peuvent marquer… 4 points ! On en salive d’avance. Quelques autres règles s’annoncent prometteuses : faute ? Un seul lancer, qui vaut deux points. Faute à 3 points ? Le shooteur retente derrière l’arc, sans défenseur. Alléchant, n’est-ce pas ? Cela ne s’étendra sûrement pas à la NBA, comme la ABA avait pu introduire les 3 points, mais ça reste appréciable. Sinon, du 3×3 comme on le connaît, il faut notamment ressortir derrière l’arc en cas de rebond défensif. Par contre, en cas d’interception ou d’air-ball, la défense peut marquer direct. Le format où l’adversaire reprend le ballon s’il encaisse un panier permet aussi de limiter les gros écarts, favorisant le suspense. D’ailleurs, pas de limite temporelle: mi-temps dès qu’une équipe atteint 30 points, idem pour la fin de match, à 60 points, avec minimum deux d’écart. Deux quoi ? Bah deux points tiens !

Jason « White Chocolate » Williams fait le spectacle mais se blesse

Ça commence, hymne national (on est aux USA, donc on n’y échappe pas !) entonné par de jeunes choristes dynamiques et a capella, belle intro des joueurs, logos, visuels et sonores au top, même si certains maillots lorgnent doucement du côté de Space Jam… « White Chocolate » est clairement le chouchou du public, associé chez les Three Headed Monsters à Rashard Lewis + Kwame Brown sur le floor, Mahmoud Abdul-Rauf en sortie de banc et Gary Payton pour coacher (on est sûr de l’entendre celui-là). Lewis ravive les souvenirs de ses 16 années, double All-Star et titre en 2013 grâce à sa mécanique, toujours identique… Il s’offrira d’ailleurs le premier panier à 4 points. Mais le plus beau sera signé Mike Bibby, qui ramène ses Ghost Ballers à 44-49, vers un final serré, où ses coéquipiers Ricky Davis, Marcus Banks et Ivan Johnson n’auront pas démérité. George Gervin peut être fier de ses joueurs, mention spéciale à Mo Evans, qui fait clairement partie de ceux qui avaient décidé de ne pas se faire ridiculiser et « put in some work ». Las, les monstres à trois têtes (oui pluriel aussi à monstres, allez comprendre) l’emportent (62-60).

Première conf’ de presse, et impression confirmée par tous d’emblée : c’était physique ! Non seulement le « hand check » est appliqué, les arbitres ont également clairement décidé de laisser le sifflet quasi-muet. Sachant que certains joueurs poussent ou passent la quarantaine… On notera d’ailleurs les pointes grisâtres sur certaines têtes. Au moins, ils ont quelques bourrelés pour se rembourrer. Sauf quand ils retombent mal : le genou de Jason Williams en fera ainsi les frais. De quoi s’inquiéter pour la suite. Sauf si votre surnom est « The Iceman », bien sûr. « De mon temps, on vous apprenait à bien sauter pour bien retomber », qu’il dit l’ancien Spurs ! Dude is chill. Pas sûr que le public qui a payé pour voir « Whiteboy » faire le show soit du même avis – enfin, vu que le Barclays était quasi rempli, il y a dû y avoir un bon quota de billets gratuits aussi.

Allen Iverson, seul vrai bémol de la journée

On passe à la deuxième rencontre, Power contre Tri-State. De quoi scruter Corey Maggette, Cuttino Mobley et Deshawn Stevenson, qui se révèlera le plus incisif, inscrivant même le 3 points de la gagne. En face, à part les beaux restes de Jermaine O’Neal, toujours bondissant – en témoigne un bon gros dunk de sagouin – c’était quand même un tantinet faible. Quelques célébrités apparaissent au jumbotron : LL Cool J, Whoopi Goldberg et James Harden, chahuté par le public. Idem pour DeAngelo Russell, alors que le néo-Net est quand même techniquement chez lui ! Ça promet. Autre conférence de presse, et Jerome Williams remet les pleureuses Stevenson et Maggette à leur place : « J’ai débarqué en NBA en 96. LÀ c’était physique ». Son coach Clyde Drexler en rajoute : « allez demander à Oakley ».

Mais avant que « le chêne » ne se mue en technicien pour Killer 3’s dans le dernier match, le moment le plus attendu arrive enfin. Après un entracte animé par Fabolous, Allen Iverson fait enfin son entrée. Le public est au bord de l’extase. Malheureusement, quelques minutes plus tard, alors qu’il fera ses premières foulées, couvert comme une momie avec ses manches et ses bas blancs, on se rendra compte que le jeu de « The Answer » n’est malheureusement pas immortel. Pour le coup, A.I. aurait non seulement dû parler un peu plus de practice, il aurait surtout dû s’y mettre ! Aucun rythme, 1/6 au tir (moment pathétique où les fans s’époumonent quand il en rentre finalement un) et un +/- à -12, seul négatif de toute son équipe, au bout de 9 petites minutes bien ternes. Après avoir créé le plus gros buzz de la BIG3, le soufflé retombe vite. « J’ai signé pour être joueur, coach et capitaine, mais je ne suis plus l’ancien Iverson », s’expliquera-t-il en conférence de presse. On ne lui en demandait pas tant, mais au moins un semblant… Son équipe l’emportera quand même, face aux Ball Hogs de Josh Childress et Brian « White Mamba » Scalabrine, peut-être la team la plus faible du tableau.

Al Bello/Getty Images

James Harden emballé, Paul Pierce et Kevin Garnett encore plus tôt ?

L’après-midi se termine avec les deux dernières équipes, Killer 3’s donc, menés par Stephen Jackson et Reggie Evans, sous la houlette de Rick Barry, contre Trilogy de Kenyon Martin et Al Harrington, dirigés par Rick Mahorn. Ces derniers tueront tout suspense : 60-45. L’heure du bilan : un bon buzz, une salle remplie (15, 177 spectateurs) et réactive, un niveau de jeu décent vu l’âge des participants et le côté « entertainment » de l’entreprise, qui crée un véritable engouement. Paul Pierce, présent, serait démangé par l’idée de jouer d’après ses compères, et aurait même lâché que Kevin Garnett va avoir du mal à résister à la dimension physique qu’apporte ce jeu. « On joue à l’ancienne, comme le jeu l’a toujours été, cela comble un vide laissé par le jeu actuel. Le basket est un sport de contact », résume K-Mart. Même James Harden aurait complimenté tout ce beau monde en disant « vous tenez un truc », de quoi l’imaginer rejoindre le mouvement dans quelques années ?

Petite amélioration possible : mettre un MC pour commenter les actions et ajouter de l’ambiance, type playground. Ce sera bien plus efficace que d’avoir le nouvel aboyeur en chef Michael Rapaport comme sideline reporter… On laisse le mot final à Clyde Drexler, avec qui nous avons pu échanger directement. « Nous ne sommes pas la NBA, mais il n’y a pas de NBA de toute façon pendant l’été. La BIG3 apporte quelque chose d’autre, à un niveau compétitif », résume le hall-of-famer, champion en 1995. Ce n’est pas tout à fait vrai, puisqu’il y a les tournois de streetball, mais ces matchs-là ne passent pas vraiment à la télé. La BIG3 peut cependant faire mieux là-aussi, puisque les rencontres ne sont rediffusés que le lendemain, sur Fox Sports. Soit aujourd’hui. Prêts à y jeter un coup d’œil ?

Antoine Bancharel, à Brooklyn

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