Ma NBA avec Evan Fournier : « En attaque, KD est au-dessus de LeBron »

Ma NBA avec Evan Fournier : « En attaque, KD est au-dessus de LeBron »

Tous les 15 jours, une personnalité nous raconte la NBA de l’intérieur. On commence avec l’arrière du Orlando Magic, meilleur scoreur français ces deux dernières saisons, ainsi qu’à l’Euro Basket cet été.

Evan, quel est ton meilleur souvenir en NBA ?

Mon meilleur souvenir ? C’est les playoffs, ma première année, avec Denver. C’était vraiment une super expérience. J’étais starter en plus, donc c’était vraiment super. (Il rit quand on lui lance le sobriquet dont il avait été affublé à l’époque : “More champagne”). L’ambiance, l’atmosphère des playoffs avec les fans, le niveau de jeu… c’était lourd ! J’ai adoré. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il y a deux NBA, mais c’est clairement une atmosphère différente. Pendant la saison régulière, à part les grosses affiches, tu tombes un peu dans une routine. Alors que la post-season, il y a très peu de matchs et donc forcément c’est très intense. Et les fans sont très impliqués ! Sinon, si je ne devais retenir qu’un seul moment, je dirai contre Minnesota, il y a deux ans, à la maison, c’est moi qui met le tir pour la gagne… Sur le moment j’ai une grosse émotion.

Et le pire ?

Là c’est toute la période à Denver où je ne joue pas, avec George Karl comme coach. C’était dur. C’était mon année rookie. C’était dur, ce n’était pas évident. (On lui demande si c’était d’autant plus énervant que Karl disait qu’il sera un joueur NBA établi, pour au moins dix ans en NBA…) Quoiqu’il dise, ça ne changeait rien, moi je m’en foutais un petit peu, je voulais jouer maintenant. Donc bon, qu’il dise ça ou pas, ça ne changeait rien, le résultat était le même : je ne jouais pas. Je ne dirais pas que c’était injuste, puisqu’on avait une grosse équipe et qu’on gagnait pas mal. Mais c’était énervant, parce que je savais que je pouvais aider. La preuve d’ailleurs, c’est que derrière j’ai bien joué.

Quel est ton joueur NBA préféré, ou qui t’a le plus inspiré ?

Quand j’étais jeune, j’adorais Mike Bibby. Il était clutch en plus avec Sacramento. Forcément, il y a aussi Kobe, T-Mac, les joueurs que je regardais en grandissant. Mais celui qui m’a peut-être le plus marqué, c’est Mike Bibby. (On évoque la ligue BIG 3, à laquelle l’ex-meneur des Kings a participé avec d’autres anciens joueurs NBA cet été…) Je n’ai même pas regardé par curiosité, ça ne m’intéressait pas. D’ailleurs, je ne m’y vois pas jouer du tout personnellement. Moi, quand j’arrête ma carrière, c’est fini, fini !

« En attaque, KD est au-dessus de LeBron »

 

Et maintenant que tu y es, quel est l’attaquant le plus difficile à jouer selon toi ?

Kevin Durant. Parce qu’il fait tout, ou en tout cas il peut tout faire, et en plus il est tellement grand (2m06) que tu ne peux pas le contrer quoi ! Il est plus grand que certains intérieurs, donc bon… Il est vraiment injouable. Entre sa taille, ses qualités de tir ou de dribble, c’est un problème pour tout le monde. Même avant que je ne sois en NBA, je me le disais déjà d’ailleurs. C’est vraiment le joueur le plus complet. En attaque hein ! Là-dessus, il est même au-dessus de LeBron James.

A l’inverse, le défenseur le plus dur pour toi ?

Avant, c’était Tony Allen. Maintenant, je dirais Bradley. Tony Allen est peut-être un peu plus costaud (6cm et 15 kg de plus, ce qui n’est pas rien), mais franchement, il n’y a pas vraiment de différence entre les deux quand tu es sur le parquet. Il a peut-être l’air plus fin Bradley, mais sur le terrain, il est tout aussi dur. Il faut être conscient qu’il défend vraiment sur l’homme et il faut être prêt pour le challenge. Il y a un petit travail vidéo à faire avant. Et éviter de vraiment dribbler sur lui, toujours protéger la balle au maximum…

Qui est le joueur NBA le plus sous-coté à ton avis ?

Là, franchement, je n’ai personne en tête. J’y ai réfléchi en plus, on m’a posé la question récemment, et vraiment je ne vois pas.

« Ma salle préférée, c’est le Madison »

 

L’équipe la plus sous-cotée alors ?

L’année dernière, j’aurais dit une équipe comme Detroit. Parce qu’ils jouent dur, ils sont bien coachés et ils défendent dur. Tu as Andre Drummond dans la raquette en plus… Il est costaud le garçon ! Et là ils viennent d’ajouter Bradley, donc je pense que cette année aussi ils vont être chiants !

L’équipe la plus dangereuse, c’est une évidence ?

Golden State, sans hésitation.

La salle où tu préfères jouer (en dehors de la tienne) ?

Forcément, là aussi il y a Golden State, pour l’ambiance… Mais je vais dire plutôt le Madison Square Garden. J’aime beaucoup le Madison. Et même pas forcément parce que j’y ai fait des bons matchs ou quoi. Juste, j’aime bien l’atmosphère. C’est plaisant. T’es à New York, dans une salle hyper connue, il y a tout le temps des stars… C’est indissociable de la ville d’ailleurs. Le Madison, ça va avec New York.

Quel est ton plus gros « kiff » en NBA ?

Ça va être à la suite : le fait de jouer dans des grosses salles tous les soirs. Tu rentres à chaque fois dans une belle salle, avec des fans, de beaux parquets, de beaux terrains… C’est plaisant. Il n’y aucune ligue qui se présente mieux que celle-là. Ou en tout cas, (sur un ton taquin) pas en basket, c’est sûr ! Après, nous on voit moins toutes les innovations qu’ils ajoutent chaque année, sur la présentation des équipes où les annonces aux temps-mort. Tout ça c’est plus pour le public. Mais pour nous, sur le parquet, la formule est déjà bonne quoi, chaque année.

« Une grande ville, c’est quand même plus plaisant que genre Memphis quoi »

 

Inversement, le truc le plus « relou » ici ?

Être dans les chambres d’hôtels. On y passe quand même beaucoup de temps, avec les déplacements. Et les à-côtés pour meubler, bah ça dépend vraiment des villes quoi. Forcément, dans une grande ville ça va être un peu plus plaisant que d’être genre à Memphis… Mais sinon, je fais de l’analyse vidéo, je regarde des films, je lis… Là en ce moment, je lis Game of Thrones d’ailleurs (il en est au deuxième volume, A Clash of Kings, en anglais). J’ai commencé le premier il n’y a pas si longtemps, j’ai kiffé et du coup je me suis mis au deuxième. J’ai regardé la série aussi, bien sûr. Sur le premier, il n’y avait pas beaucoup de différences entre les deux. Là, sur le deuxième, ça commence… Mais j’aime clairement autant la série que les bouquins.

Tu commences à avoir une réputation de joueur clutch depuis quelques temps déjà. Quel est le joueur actuel qui l’est le plus selon toi ?

En ce moment ? (Il hésite) C’est une bonne question ça put… ! Bon, Steph (Curry) il est quand même clutch, ça c’est clair. LeBron… Je ne suis pas d’accord quand on dit que LeBron n’est pas clutch. Peut-être sur certains passages, il ne l’est pas toujours. Mais quand même, il est clutch. Franchement, je ne vois pas trop d’où ça vient sinon… (On suggère la propagande de Skip Bayless) Ouais (rires) ! Ça doit être ça…Il y a quelques années je t’aurais dit Kobe (Bryant) direct. Là, il y a plusieurs gars quand même. Il y a Durant aussi, clairement. Isaiah Thomas également ! Il est très clutch.

« Mon rêve, c’est d’être champion NBA, pas d’y jouer »

 

Ton cinq idéal de tous les temps ?

Magic (Johnson), (Michael) Jordan… (Longue pause) Là j’hésite vraiment entre Larry (Bird) et LeBron… Pour l’instant je vais mettre Larry, mais d’ici la fin de sa carrière je mettrai LeBron. Puis Tim Duncan et Shaq (O’Neal). Aucune hésitation avec tous les autres.

Ton cinq idéal actuel ?

Steph, James Harden en 2, LeBron en 3… En 4 je mettrais Kevin Durant et en 5 je mets (il cherche un peu)… Marc Gasol ? Pas trop d’hésitation sur ce coup-là. Et puis bon, LeBron et Kevin, tu peux les inverser autant que tu veux en 3 ou en 4.

Pour finir, y a-t-il un moment où tu t’es dit : « C’est sûr, je serai en NBA un jour » ? Parce que ça t’est venu très tôt en fait…

Franchement, il n’y a pas eu de moment, jamais. Dès gamin, j’étais persuadé, et ça c’est passé comme je l’ai voulu. Je ne me suis jamais dit : « ah, là c’est bon ». Très tôt, j’ai eu un souhait de devenir très fort au basket, et mes parents (tous deux judokas de haut-niveau, qui se sont rencontrés à l’INSEP) m’ont aidé sur ce chemin-là quoi. Quand tu es gamin, il y en a plein qui vont le dire, mais qui ne le pensent pas vraiment. D’ailleurs, moi je n’ai jamais dit que la NBA, c’était mon rêve. (Il insiste) Je n’ai jamais parlé de NBA comme étant mon rêve. Moi, mon rêve, c’est d’être champion NBA quoi. Je n’ai jamais dit que mon rêve c’était de jouer en NBA. Quelque part, je savais que cela allait se faire. D’ailleurs, même gamin, je ne me rendais pas forcément compte de la chance que j’avais d’avoir des parents qui pouvaient me guider comme les miens. Mais maintenant je m’en rends compte. Ils m’ont élevé d’une façon qui était propre à eux-mêmes, et quand moi-même j’ai commencé à penser à la NBA, eux étaient encore dans le monde du haut-niveau. Donc forcément, tu élèves ton gosse comme tu es. Comme ils étaient en plein dedans, ils avaient cette mentalité-là et ça s’est un peu transmis à travers moi.

Il y avait notamment cette anecdote que tu as décrite où, après une défaite, d’autres parents disaient que « ce n’est pas très grave », que « l’important c’est de participer ». Et là ton père dit : « Non ! Il faut gagner ! ». Ça résume bien cette formation ?

Oui, voilà, c’est plein de petits trucs comme ça. Clairement.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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