[Interview] Timothé Luwawu-Cabarrot : « Ce n’est pas à ça que j’aspire pour plus tard »
Après avoir retrouvé de la confiance suite à une titularisation positive pendant six matchs, le Sixer doit reprendre un rôle nouveau pour lui cette année : joueur de rotation. Une transition difficile, mais qu’il veut et doit apprendre pour, à terme, rejoindre le 5 de cette équipe du futur…
Timothé, tes récentes six titularisations d’affilée ont été positives, quels enseignements en tires-tu ?
Je pense que ça confirme au coach et aux titulaires que je peux jouer même quand ce ne sont pas des matchs de fin d’année, où tout le monde s’en fout un peu (il avait déjà été titulaire en mars et avril la saison dernière). Je ne vais pas dire qu’on perdait l’an dernier, mais on jouait avec des joueurs du banc et voilà… C’était juste pour pousser les gars. J’avais bien joué, mais il y avait peut-être des gars qui disaient que bon, c’était des matchs de fin de saison quoi. Là, c’était vraiment l’occasion de montrer à tout le monde que je pouvais jouer dans n’importe quel match, et longtemps. Et que je pouvais faire des bons trucs en attaque et en défense, être constant et aider à gagner.
Tu sembles clairement afficher comme objectif de rejoindre le 5 à terme…
Oui. Je pense que c’était un bon groupe quand j’étais dans le 5 avec les titulaires. Que ce soit à Oklahoma City ou Memphis, contre Milwaukee à domicile… Je pense que c’était des bons matchs, on a bien joué, j’avais ma place dans le groupe et j’ai prouvé que je pouvais le faire. Il fallait qu’un gars mette des shoots, vu qu’on n’avait pas (Jerryd) Bayless et (JJ) Redick. Et bien jouer en défense. C’était un petit plus et je pense que j’ai bien aidé l’équipe.
Tu nous disais l’an dernier que tu ne veux pas être cantonné au rôle de « 3 and D », mais en même temps il faut que tu performes régulièrement dans ces deux secteurs pour te faire une place, non ?
Oui, bien sûr. Après, voilà, tu as des gars qui vraiment ne font que shooter à trois points et défendre. Et tu en as d’autres qui créent un peu plus, qui peuvent un peu avoir la balle dans les mains et jouer le pick & roll…
« Ça montre que le coach a confiance en toi »
Cette bonne passe t’a donné confiance, surtout après tes difficultés au tir précédentes ?
Bien sûr, cela met toujours en confiance. De jouer, de mettre des points, d’être en rythme. De reprendre ton rythme et de jouer comme avant quoi. C’est sûr que cela fait du bien à la confiance. Ça te remet dans le rythme, et ça te redonne envie d’en faire plus.
On sent que Brett Brown veut que tu réussisses, est-il venu te dire des choses positives aussi ?
Ça ne se passe pas vraiment comme ça, mais le fait qu’il te mette dans le 5, qu’il appelle des systèmes pour toi, ça veut dire qu’il a confiance en toi. Mais il ne va pas forcément te le dire directement. A la limite, c’est plutôt un assistant qui va venir te le dire. Quand il appelle des systèmes pour toi, ou qu’il joue à travers toi, ou qu’il te demande de garder le meilleur gars en face, cela montre qu’il a confiance en toi.
L’an dernier, tu avais avoué accuser un peu le coup physiquement, et il a fallu que tu prennes soin de ton genou cet été… Tu sens que ça tire un peu aussi en ce moment ?
Je pense que c’est juste une période de l’année où il faut se battre. Il y a peut-être un petit peu de fatigue. Tu as besoin d’un peu de repos et peut-être de temps. Mais c’est un moment où il faut se battre. L’équipe tourne bien en ce moment en plus, et moi j’ai une opportunité pour gagner des minutes et jouer un peu plus. Il faut être combatif et concentré, et ça va aller.
« C’est une grosse différence entre cette année et l’année dernière »
Qu’est-ce qui expliquait ta prestation moyenne auparavant selon toi ?
Il y a une assez grosse différence entre cette année et l’année dernière vis-à-vis du rôle que j’ai dans l’équipe. L’an dernier c’était : ou tout, ou rien. En début d’année je n’ai pas du tout joué, et plus tard dans la saison, c’est venu petit à petit, mais j’ai commencé à beaucoup jouer. J’ai été dans le cinq, tout ça. Et maintenant, c’est plus apprendre encore un nouveau rôle : sortir du banc, être régulier, être concentré à chaque fois, ne pas laisser passer de match. Parce que maintenant cela ne pardonne pas.
C’est un peu frustrant pour toi ?
Forcément, ce n’est pas à ça que j’aspire pour plus tard. C’est toujours compliqué de jouer dans ce genre de situation. On est le futur de la conférence et de la ligue, on a beaucoup de jeunes joueurs, donc il faut vraiment que tout le monde grandisse en même temps, à la même allure. On a beaucoup de joueurs qui prennent pas mal de tirs, qui ont beaucoup le ballon et prennent pas mal de minutes. Donc quand toi tu joues, tu prends ce que l’on te donne. Ça risque d’être dans le « garbage time » où tu vas jouer donc, et là tu dois pouvoir montrer vraiment ce que tu vaux. Et c’est peut-être à ce moment-là que tu te dis : « voilà, je fais ce que je veux ». Peut-être que dans un an ou deux ans, je vais pouvoir continuer à jouer comme ça. Mais il faut aussi en passer par là pour grandir en tant que joueur parfois. Dans chaque équipe où tu vas, il faut comprendre ton rôle et jouer en fonction.
Et là avec ce rôle tu dois tout montrer en peu de temps, sans marge d’erreur, c’est ça ?
C’est ça le plus compliqué. Car quand tu as du temps, tu as le temps de montrer tout ce que tu peux faire. Or quand tu joues seulement 10 ou 12 minutes, tu n’as pas vraiment le temps, il faut que tu fasses tout ce que tu sais faire dans un temps réduit… Ou que tu en fasses moins, mais de manière plus efficace. Ce sont des rôles différents à apprendre et c’est comme cela que je grandis.
« Tout part de la défense avec moi »
Après, il y a les stats, mais il y a aussi tout ce que tu fais autour, notamment en défense…
De toute façon, je pense qu’à chaque fois que je joue bien en défense, il y a du positif à en tirer. Parce que tout part de la défense. Si défend bien, c’est là où je joue bien et que j’ai le plus d’opportunités de rester sur le terrain, de prendre ma chance en attaque, que l’on m’en donne plus aussi, que je puisse créer et provoquer. Tout part de la défense. Et cela aide aussi d’avoir eu des opportunités, où il y a des joueurs qui ont été blessés et du coup j’ai eu la chance de jouer 20 ou 30 minutes… Il faut prendre le plus possible.
Forcément, le grand événement qui arrive c’est le Super Bowl, avec les Eagles. Vous avez prévu une soirée ? Vu comment le public de Philly est chaud, ça va être la folie dehors en cas de victoire…
On n’a rien prévu ensemble. Je ne sais pas si on va aller voir un peu ce qu’il se passe dans la rue. Pour la qualification on n’était pas à Philly, mais je pense qu’on serait allé voir quand même. C’était un peu la folie, donc on ne serait pas resté longtemps, mais je pense qu’on aurait regardé un peu, pour rigoler. C’est cool de voir qu’une ville supporte son équipe comme ça… Après, les fans chez nous, ça peut être les pires comme ça peut être les meilleurs.
Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Philadelphie & New York