[Interview fils de joueur] Nikola Vucevic : « Je voulais le surpasser même »

[Interview fils de joueur] Nikola Vucevic : « Je voulais le surpasser même »

Les conseils, la préparation, la pression… Un papa joueur pro, c’est forcément une expérience particulière. Au vu du témoignage qu’il nous a confié, Nikola Vucevic en a tiré une relation exceptionnelle avec son père Borislav, champion de l’ancêtre de l’Euroleage, avec Bosna, au côté du shooteur légendaire Mirza Delibasic , coéquipier du mythique Drazen Petrovic et de Stojan « Stojko » Vrankovic dans l’équipe yougoslave, avant de jouer en Suisse et en Belgique jusqu’à 44 ans (!), d’où le français parfait de son fils.

Nikola, quel est le joueur qui t’a le plus inspiré à jouer au basket, ton père déjà (Borislav) ?

Oui, pour moi, vu que mon père jouait au basket quand j’étais jeune, je voulais toujours être comme lui. Je pense que ça m’est venu un peu naturellement. J’allais à tous ses entrainements, à tous ses matchs… Mon rêve, dans ses années-là, c’est de faire ce qu’il fait, tout le temps. De le surpasser même. Ça a commencé comme ça. Après, quand je suis vraiment rentré dans le basket, j’étais en Europe. Mais à l’époque – les années 90 – comme tout le monde, pour moi Michael Jordan était numéro un. Et puis après Dejan Bodiroga, c’était énorme. J’avais même reçu son maillot de l’Euro 99 en France ! Quand il jouait pour la Yougoslavie. Je le gardais toujours avec moi d’ailleurs. Puis après j’étais fan de LeBron James, quand il est arrivé dans la ligue. Et bien sûr Dirk Nowitzki. C’était vraiment mes joueurs préférés. Forcément je ne joue pas comme ces joueurs-là, mais ce sont des joueurs que j’aimais bien regarder et qui m’ont inspiré, quelque part.

Ça doit être particulier de grandir avec un papa basketteur pro quand même…

Bah ouais ! Ça m’a surtout beaucoup aidé. Dans le sens où j’ai appris comment vivre comme un sportif dès le plus jeune âge. Je regardais comment il se prépare pour ses entrainements, ses matchs, comment il se repose, comment il mange, tout ça. Ça c’est des trucs importants ! C’est vraiment important si tu veux avoir du succès. J’ai pu lui poser des questions tous les jours, quand je le voulais. Même si quand j’étais jeune je ne me rendais peut-être pas compte de tout ça. Mais maintenant quand j’y repense, ça m’aide beaucoup. C’est comme un coach personnel pour moi aujourd’hui aussi. Il me connaît mieux en tant que personne, je suis son fils. Et en tant que joueur, il m’a coaché pendant quatre ans aussi, donc ça m’aide beaucoup de lui parler quand ça va mal, quand ça va bien, comment je peux m’améliorer… Puis c’est quelqu’un qui a joué jusqu’à 44 ans ! Il a eu 25 ans de carrière !!! Il a joué avec des grands joueurs (notamment en sélection avec la Yougoslavie, dont l’Euro 1985 avec Drazen Petrovic et Stojan « Stojko » Vrankovic, qui a joué 5 saisons en NBA et est désormais président de la fédération croate, mais aussi en club, puisqu’il a remporté l’ancêtre de l’Euroleague en 1979 avec Bosna, au côté d’un des tous meilleurs shooteurs de l’histoire, Mirza Delibasic, élu en 1991 parmi les meilleurs joueurs FIBA de l’histoire), il connaît le basket vraiment bien. Je le vois d’ailleurs quand je lui parle. Même en tant que joueur pro, maintenant, je trouve qu’il connaît vraiment bien le basket.

Est-ce qu’il était à fond dans la compétition, comme le père d’Evan (François Fournier, sportif de haut niveau lui aussi) qui disait tout le temps « il faut gagner » ?

Je pense que c’était un peu au milieu. C’était un peu « tu vas gagner le prochain ». Pas vraiment « il faut gagner chaque match ». Il me disait que c’était normal que tu perdes des fois. Mais je pense que c’était un bon milieu, où il m’a vraiment expliqué comment il faut approcher les matchs, comment il faut faire… Ça nous aide forcément d’ailleurs, Evan et moi. Parce que le côté mental est vachement important ! Il n’y a pas que le côté physique ou technique… Il y a aussi le mental qui est très, très important. Surtout quand ça ne va pas très bien. C’est facile quand ça va bien ! Tout le monde il est content… Quand tu joues tu as la confiance. Mais des fois ça ne va pas très bien. Tu as des problèmes, ou tu ne joues pas bien, ou tu as un petit manque de confiance, c’est normal. Donc forcément, quand tu as quelqu’un qui… Même si dans le cas d’Evan ce n’est pas un basketteur (il était judoka, sa maman aussi, ils se sont rencontrés à l’INSEP), bah voilà, c’est un sportif, il a dû avoir des mauvais moments dans sa carrière. Et c’est important que quelqu’un puisse t’aider, te donner des conseils. Je pense que c’est super que l’on soit dans cette situation.

« Mon père a joué 25 ans en pro, il a fini à 44 ans !!! »

25 ans de carrière, c’est fou en plus…

25 ans en pro oui ! Je ne sais pas comment il a fait ! Il a fini à 44 ans (sans jamais manquer aucun match officiel !). C’est vrai que maintenant il a un peu mal aux genoux, à cause de tout ça, mais c’est quand même très impressionnant. Parce que, même moi je le vois, c’est beaucoup de se préparer chaque fois, de se remettre en forme avant chaque saison, de se lever pour les entrainements tous les jours. Mentalement ce n’est pas facile, surtout après tant d’années ! Mais il aimait le basket et le basket lui a tout donné (il a joué en Suisse et en Belgique notamment, participant six fois à la Coupe Korać ou la Coupe Saporta). Donc c’est ce qu’il voulait faire jusqu’à ce qu’il ne puisse plus. Il aurait pu arrêter avant, mais il a voulu aller jusqu’à la fin et donner le maximum. Et puis moi j’étais content, j’avais douze ans quand il a arrêté de jouer, on était en Belgique, je l’ai vu jouer pendant ces années-là… C’était sympa pour moi.

Tu te vois continuer jusque 40 ans par exemple ? De plus en plus de joueurs y arrivent…

Honnêtement, j’aimerai bien ouais. Pourquoi pas. Le basket c’est ce que j’aime faire, quand je suis sur le terrain je suis très content. Après ça dépend… On verra comment les choses vont se passer. Je ne dis pas non, mais on verra bien. Ça va dépendre de mon corps et de mon mental. Je sais que j’aurai envie de jouer, mais il n’y a pas que ça, il faut se préparer… C’est beaucoup plus que ça. Mais bon, je pense que j’ai une bonne dizaine d’années devant moi (Nikola a 27 ans) !

« Si je n’avais pas eu le talent, il m’a dit qu’il ne m’aurait pas encouragé à en faire mon travail »

Il a dû te pousser aussi, à le surpasser même peut-être ?

Ouais, mais ce n’était pas du genre : « tu dois jouer au basket », il ne me forçait pas à faire ça. C’était moi vraiment qui a décidé que je voulais jouer au basket. Je lui ai dit : « c’est vraiment ça que j’ai envie de faire, je veux être comme toi, je veux faire ce que tu fais ». Et quand je lui ai dit ça, il m’a expliqué que quand tu joues au basket, ce n’est pas facile, que c’est beau le basket, que c’est beau le sport, mais qu’il y a plein de choses que les jeunes de ton âge vont faire que toi tu ne pourras pas faire. Parce que tu vas devoir t’entraîner, tu vas devoir dormir… Tu devras organiser ta vie par rapport au basket. Ce n’est pas facile et il m’a expliqué tout cela, qu’il va falloir travailler, qu’il va y avoir des hauts, des bas et qu’il va falloir continuer. Quand il m’a demandé si j’étais prêt à faire cela et que je lui ai dit oui, il a commencé à me pousser. Et ce qu’il me dit tout le temps, c’est que s’il avait vu que je n’avais pas de talent, il m’aurait dit : « écoute fils, le basket tu peux en faire pour le plaisir mais ça ne peut pas être ton travail, il faut que tu fasses autre chose si tu veux gagner ta vie ». Mais, du coup, il m’a dit : « en fait, comme j’ai vu que tu avais du talent et que tu pourras faire quelque chose de grand dans ce sport, j’ai décidé de te pousser ». Il me dit que si ça m’avait fait du mal, il ne m’aurait pas poussé jusqu’au maximum. Donc ce n’est jamais forcé avec lui. Parce qu’il y a plein de parents qui poussent trop leurs enfants ! Et après les enfants perdent l’envie de jouer. Et moi ce n’était pas le cas, c’était vraiment à la limite. Il savait comment équilibrer quand il fallait qu’il me pousse, quand il fallait qu’il me conforte. Et puis quand tu es jeune, ce n’est pas facile à gérer. Tu es un enfant. Tu ne comprends pas vraiment tout. Tu crois que le basket c’est un jeu. Tu es là, tu t’amuses, tu ne comprends tout cela qu’à un certain âge. Donc j’ai été vraiment chanceux qu’il sache gérer tout cela.

Ca a dû être une immense fierté quand tu as été drafté en NBA du coup…

Bien sûr ! Pour lui et ma mère, vu qu’elle a joué au basket aussi. C’est un des moments les plus fiers pour eux. Parce qu’ils savent combien de temps j’ai investi. Puis je suis venu ici à 17 ans, tout seul, aux States. C’était il y a onze ans, et à l’époque c’était très, très différent de venir comparé à aujourd’hui. Même internet, ce n’était pas aussi développé que maintenant. Ils savent tous les efforts que j’ai faits. Tous les trucs que les autres jeunes font et que j’ai laissé de côté, donc c’est sûr que cela leur a fait très plaisir. Et moi cela m’a fait très plaisir qu’ils puissent être là le jour de la Draft. On était tous ensemble, à New York, c’est des moments dont je me souviendrai toute ma vie. Ils sont très fiers de moi et ce que j’aime bien, c’est que mon père continue à me pousser. Il ne veut pas que je m’arrête là.

« Ma mère jouait aussi, c’est comme ça qu’ils se sont rencontrés »

C’est vrai que ta mère a joué aussi ! Je t’avoue que je ne connais pas sa carrière par contre…

Elle s’est arrêtée assez tôt, quand elle est devenue enceinte avec ma sœur. Je ne veux pas te mentir, mais je pense qu’elle avait 25 ans. C’était très jeune. Elle jouait pivot, en Bosnie. C’est comme cela qu’ils se sont rencontrés. Mon père jouait pour une équipe, ma mère pour une autre, et ils s’entrainaient les uns après les autres… C’est comme cela qu’ils se sont vus et après ils se sont rencontrés. Et voilà !

Donc tu es vraiment un pur produit basket toi, à 100% !

Bah ouais ! Puis mon père fait 2 mètres, m’a mère fait 1m89, donc j’avais tout ce qu’il fallait pour réussir ! J’avais plus de chances de réussir que de ne pas réussir. Lui jouait ailier. Il était gaucher par contre, ma mère était droitière. Donc quand il m’apprenait à tirer, je devais avoir 7 ou 8 ans, il ne savait pas si j’étais droitier ou gaucher, alors il m’a dit : « essaie de tirer main gauche » et bon, ça a dû être n’importe quoi, du coup il m’a dit : « nan, t’es droitier toi ! » (Rires).

« Il m’a dit : Essaie de tirer main gauche, et derrière du coup : Nan, t’es droitier toi ! »

Et vu que ta maman jouait intérieur, elle t’a montré des moves dos au panier un peu ?

En fait, je n’étais pas pivot jusqu’à ce que j’aille à USC. Quand j’ai commencé à jouer au basket, j’étais meneur. J’étais plus grand que la moyenne parmi la population, mais dans le basket je n’étais vraiment pas le plus grand de mon équipe. J’étais moyen. Mais le coach m’a mis meneur. Donc j’ai fait ça pendant deux ans. Puis j’ai fait 2, 3, puis 4 pendant longtemps, de mes 16 ans jusqu’à ma dernière année universitaire d’ailleurs, puisque je faisais 4/5 à la fac. Et depuis que je suis arrivé en NBA, je suis 5.

Rudy Gobert nous a dit également qu’il avait commencé ailier et qu’il trouvait que c’était un atout. Toi aussi ?

Bien sûr ! Je pense que cela t’aide surtout à apprendre le basket. Si dès un jeune âge on t’apprend à jouer pivot, après tu es un peu coincé. Parce que si tu ne grandis pas assez, tu ne pourras pas faire autre chose. Et puis souvent, dans les jeunes, à douze ou quinze ans, tu en as qui sont plus grands que les autres, donc dans la raquette pour eux c’est facile, mais après s’ils ne sont pas assez grands, physiquement ça devient difficile. Donc je pense que c’est bien d’apprendre à jouer un peu toutes les positions, si c’est possible. Surtout à un jeune âge. Ça aide à développer les instincts de plusieurs positions. Et donc tu connaitras mieux les autres aussi. Même certains « moves ». C’est un avantage pour toi. Je pense qu’il ne faut pas être strict avec les positions quand les joueurs sont si jeunes en fait. Ça peut même gêner leur développement.

Propos recueillis par Antoine Bancharel

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