[Interview] Dans les coulisses de la draft d’Elie Okobo; Hirant Manakyan : « Plusieurs équipes étaient intéressées par Elie »

[Interview] Dans les coulisses de la draft d’Elie Okobo; Hirant Manakyan : « Plusieurs équipes étaient intéressées par Elie »

Agent d’Elie Okobo avec son frère Herman, Hirant Manakyan nous a raconté les coulisses de la draft du Français, sous les gradins du Barclays Center.

Comment avez-vous vécu ce processus, en tant qu’agent associé ?

Pour moi c’est plaisant. C’est beaucoup de négociations, de discussions. Il y a tout un périple aussi, pour Elie. Tout ce process de work-outs, c’était vraiment très dur. Très, très dur. Très long… Sorti des playoffs, enchaîner immédiatement ici, avec de décalage horaire, 12 workouts en 17 jours. Donc il n’avait même pas une journée de repos entre à chaque fois… Et souvent quand il y en avait c’était pour faire des examens médicaux, ce qui n’est pas exactement reposant ! Le pire, c’était le dernier work-out, avec Indiana. Avion annulé, il fait la route en bagnole, arrive de nuit, le lendemain matin, à huit heures, debout… Il ne fallait pas qu’il y ait ne serait-ce qu’un work-out de plus !

Il ne va pas pouvoir rentrer en France là, si ?

Il n’aura pas le temps de rentrer. Comme il va jouer les Summer Leagues, cela ferait trop court pour rentrer en France. Se rajouter deux avions, deux décalages, ça ne vaut pas le coup. Il rentrera après les Summer Leagues pour prendre un peu de repos. Il en prendra un peu avant aussi, mais sur place. Il fera juste du shooting, tout ça. Mais là, il a vraiment, vraiment besoin de repos. Il commençait même à avoir des courbatures.

Quelles équipes étaient le plus intéressées par Elie ?

Il y en avait eu plusieurs, dont Denver (14e choix), Utah (21), Phoenix (16), Portland (24)… tout ce groupe qui était assez regroupé, et Brooklyn (29). Donc on ne sentait pas forcément si l’un allait le prendre plus que l’autre. Par contre plusieurs équipes de premier tour ont proposé du « draft and stash » – même pendant la Draft, pendant le premier tour ! –, ce que l’on a refusé, pour finalement avoir un contrat où on est garanti que Elie va jouer, même au deuxième tour. Il y en avait d’autres aussi, qui draftaient plus loin que Phoenix. Mais tout se joue dans les dernières minutes. Et puis Phoenix n’était pas forcément son meilleur work-out, d’autres avaient été meilleurs. Mais cela dépend aussi des besoins de l’équipe. Et à quel point les autres joueurs ont été bons sur ces mêmes équipes aussi !

« Elie a très vite beaucoup gagné en maturité »

Donc pas forcément d’équipes où ses work-outs sortaient du lot ?

En fait, Elie a plutôt fait des work-outs régulier. Ce qui moi personnellement m’a étonné, parce que je pensais qu’il allait avoir plus de hauts et de bas. C’est un garçon qui, dans le championnat, fait de temps en temps de très gros matchs, et d’autres fois des matchs moins bons… Il a des pics comme cela Elie. Depuis toujours, même en Espoirs. Mais finalement, il a été pratiquement au même niveau sur tous.

Il a plutôt fait tout ce périple seul ?

Oui, parce qu’il faut beaucoup voyager. Et puis les équipes NBA aiment bien quelqu’un qui arrive, qui est assez autonome. Et qui fait les interviews après. Il a d’ailleurs été très bien apprécié sur ces interviews : carré, mature. Il a beaucoup gagné en maturité en peu de temps d’ailleurs. Et c’est lié au temps de jeu ! Dès que tu joues un peu longtemps sur le terrain, tu as des types de trente ans à gérer, il faut donner ou pas le ballon… cela amène beaucoup de maturité. Et puis d’avoir fait des work-outs l’an dernier déjà, cela l’a aidé aussi.

Phoenix vous a un peu expliqué comment ils comptent l’utiliser ?

Ils ne nous ont pas donné de détails, techniquement parlant. Mais ils avaient de l’intérêt très rapidement. Bien avant le work-out chez eux d’ailleurs. Déjà en saison, bien avant le match à 44 points. Phoenix le connaît bien. Ils ne l’ont d’ailleurs pas pris exclusivement sur la valeur du work-out. Ils ne sont pas venus à Pau, mais je crois qu’ils sont venus à Cholet. Ils devaient être à Paris pour Levallois et/ou Nanterre. Ils en ont fait deux ou trois sur place. D’autres sont venus à Pau, mais eux non.

« Il y a eu plusieurs déclics pour Elie »

Elie savait quand les scouts étaient présents ?

La plupart du temps il le savait oui. Mais pas forcément la totalité, parce que quelques-uns ne l’annoncent pas à l’avance, ils ne le font qu’après le match. Donc Elie savait qu’il y en avait cinq par exemple, et puis derrière on se rendait compte qu’il y en avait deux ou trois de plus. Mais bon, ça ne lui mettait pas de pression particulière. Il y a déjà un match à gagner. La pression du match est plus importante que faire un truc pour se montrer.

Y a-t-il eu un moment où un déclic s’est opéré chez lui ?

Il y en a eu plusieurs. Quand Pau a bien commencé la saison, c’était bien parti pour lui. Après par contre, il y a eu un moment difficile. Et pendant ce moment, tous les joueurs ont été critiqués. (Kyan) Anderson, les meneurs, le poste 4, Elie aussi… un peu tout le monde a été mis sur la sellette. A ce moment-là il y a eu un flottement, avec des matchs moyen de Elie. De toute l’équipe, mais aussi de Elie. Donc il y a eu ce flottement. Mais après les changements de coach, Laurent Villa le connaissait quand même mieux. Il venait de la section formation de Pau. Il avait été directeur du centre de formation, il avait déjà été son coach. Il l’avait donc un peu en main. Et la confiance entre lui et Elie était donc déjà établie en fait. Ils se connaissaient déjà bien. Et comme globalement, dès les premiers matchs, cela a sourit, des victoires se sont enchaînées… voilà. Dans le basket, quand tu commences à avoir des victoires… Elie et le reste de l’équipe prennent de la confiance, l’équipe marche bien. Cela a créé un déclic chez Elie, et chez les observateurs.

Le match a 44 points a-t-il aussi eu un effet particulier ?

Je me pose la question. Je me dis que la logique veut que oui, mais nous, on n’a pas senti quelque chose qui a changé. Il y avait beaucoup de gens qui étaient intéressés avant, qui venaient le voir, que l’on avait au téléphone tout le temps. Après ce match, cela a continué, mais avec les mêmes. Je n’ai pas vu d’équipes qui n’avaient pas montré d’intérêt avant, et qui après ce match à 44 points se sont manifestées. Il n’y a pas eu d’équipes comme ça. Toutes les équipes avec qui il a fait des essais s’étaient signalées avant. Mais en même temps, même si ce n’est pas lisible pour nous, que personne ne nous l’a dit, je pense que cela influence les gens quand même. Et puis bien sûr les work-outs pèsent.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Brooklyn

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