[Interview] Frank Ntilikina : « Je peux être un chien moi aussi ! »

[Interview] Frank Ntilikina : « Je peux être un chien moi aussi ! »

Avec un rôle plus défini et plus établi dans le plan des Knicks, le Français commence à s’exprimer. Si la constance est encore à prouver, du point de vue individuel comme collectif, le meneur a au moins pu avoir un échange auprès de son coach, qui semble aujourd’hui fructueux. Avec des propos recueillis en deux temps, nous retraçons ses sensations et ses ambitions cette saison.

Frank, match un peu spécial pour le retour de Kristaps Porzingis au Garden ce soir. Comment l’as-tu vécu ?
L’atmosphère était vraiment énorme. Ma réussite au tir n’était pas au rendez-vous, donc j’ai essayé d’amener quelque chose à mon équipe de l’autre côté du terrain. Apporter de l’énergie et donner un peu le ton en défense. Le public a apprécié en plus, donc ce fut vraiment une super soirée pour nous.

Qu’as-tu pensé de l’attitude du MSG, qui a beaucoup hué KP ?
La foule va toujours être dernière nous. Je ne suis pas vraiment fan de voir des joueur se faire huer par les fans. Mais c’est notre identité. Donc voilà, c’est comme ça chez les Knicks, c’est comme ça chez nous. Et l’atmosphère était vraiment incroyable ce soir. Depuis le début du match, à la présentation des équipes. Et même avant ! Depuis que Dallas est sorti des vestiaires pour l’échauffement. On a d’ailleurs tout de suite senti que cela allait être un gros match au niveau de l’ambiance.

Kristaps et toi étiez coéquipiers. Qu’est-ce que cela fait de le jouer désormais ?
C’est marrant, c’est marrant. C’est un très beau challenge. KP a été mon ami. C’était un très bon coéquipier… Maintenant, il ne fait plus partie de notre équipe. Notre objectif c’est de gagner contre l’équipe adverse. Surtout quand on a quelques affinités avec nos adversaires. Le jeu devient un peu plus intense et un peu plus… épicé !

« Jouer en NBA, c’est plus clair pour moi »

David Fizdale a dit que tu étais allé le voir, que tu lui avais dit que toi aussi tu étais un « dawg » (un chien en langage familier, expression utilisée par Marcus Morris pour définir l’identité du groupe avant la saison). Qu’est-ce qui t’y a poussé ?
Je pense que c’est tout le travail que j’ai effectué cet été. Et même la saison d’avant, quand j’étais blessé. Cela m’a permis d’être plus confortable sur le terrain. En-dehors aussi, j’ai pu commencer à être plus à l’aise ici, dans ce pays. Le fait de jouer en NBA aussi, c’est plus clair pour moi. Mon esprit est complètement focalisé sur le basket désormais, et je suis prêt à passer au niveau supérieur. C’est pour ça que je suis allé lui dire, que moi aussi je pouvais être un « dawg ». C’est comme ça que j’ai pu élever mon niveau. En disant cela et en posant des questions, sur comment devenir un meilleur joueur, comment mieux jouer pour l’équipe. Je pense que c’est tout ça qui m’a poussé à aller lui parler. Je peux apporter beaucoup d’énergie. Il fallait que je débloque quelque chose, et c’est ce qui m’a permis de le faire. J’ai eu du temps pour travailler sur mon mental et sur mon jeu. Mais il y a toujours un autre niveau au-dessus.

Tu sens que tu es plus agressif ?
Oui, je pense que je me suis amélioré sur ce plan. Mais vous me connaissez, je ne m’arrête pas là. Je veux utiliser ça pour construire et continuer à m’améliorer. Je vais retourner à la salle, travailler. M’améliorer, pour moi et pour l’équipe.

Le capital confiance s’emmagasine en tout cas ?
Oui, bien sûr. Je sens que je peux jouer naturellement surtout, plus à l’instinct. J’ai beaucoup travaillé sur mon jeu. Et puis le basket, c’est un sport auquel je joue depuis que je suis tout petit. Et le but c’est de jouer à l’instinct, même si cela n’empêche pas de réfléchir aussi. Mais cela doit être naturel. Le travail de cet été et depuis me le permet justement.

Vous aviez déjà battu Dallas et derrière vous aviez mal joué à Chicago. La prochaine étape maintenant c’est de faire un bon prochain match après cette victoire ?
Oui, c’est sûr. Il faut que l’on arrive à bien jouer après une victoire, au match suivant. On a bien joué ce soir. On a mis pas mal de pression en défense. Il faut que l’on garde en tête comment on a joué ce soir. Et que l’on amène cela au match suivant.

(En début de saison, nous étions aussi allé questionner le Français sur ses sensations. Après le manque de temps de jeu qui lui avait été accordé, nous avions décidé d’attendre avant de publier. Voici les impressions recueillies alors, qui permettent donc de suivre ses intentions avant le début d’exercice, et l’arc vécu par le Frenchie ensuite).

Frank, comment te sens-tu ?
Ça va bien, ça fait plaisir d’être de retour sur les parquets NBA. Après, les sensations viennent petit à petit. Je suis agressif, même si je n’ai pas forcément la réussite que je voudrais avoir. Mais ça viendra avec le travail et avec la confiance. Donc à moi de rester sur cet état d’esprit là. Idem avec l’équipe, à moi de travailler, pour aller chercher la meilleure cohésion pour cette saison. Je suis bien dans la continuité je pense. J’ai continué à travailler après la Coupe du monde, même si j’ai aussi pris un peu de repos. La mentalité va dans le bon sens.

« Je renvoie un peu une autre image après la Coupe du monde, oui »

Quels sont les facteurs qui te permettent d’être en meilleures conditions cette année ?
La forme physique, le fait de ne pas être blessé déjà. D’améliorer certaines faiblesses sur mon corps. Des petits déséquilibres aussi. Après, c’est un tout. Le poids… tout ce qui va avec. Ça t’aide à mieux te sentir sur le terrain, et à être plus confortable. Tout le staff avec qui on a travaillé cet été, on a fait un super travail, mais ce n’est pas une fin en soit ! A moi de continuer à bosser pour passer encore un palier.

Ton attitude au tir est beaucoup moins hésitante…
Clairement, moi je me sens bien. Je me sens confiant. Après, cela ne se transfère pas encore sur les matchs, mais tout cela ne m’inquiète pas forcément. Je suis un petit peu décu ! Mais il ne faut pas être frustré, c’est quelque chose qui viendra. Avec la confiance. Et le travail. A moi de trouver le bon rythme et les bons spots. Et de continuer sur cette lancée.

L’impression que tu renvoies en NBA a changé après ta bonne Coupe du monde ?
Ouais, un petit peu. Un petit peu. C’est sûr que j’ai eu pas mal d’échos, par rapport à mon match et à ma Coupe du monde. Après ouais c’est bien, c’est que du bonus, mais maintenant il faut prouver et montrer sur le terrain quoi.

Sais-tu quel rôle tu vas avoir cette année ?
Ah c’est trop tôt ça ! Et puis c’est la décision du coach. Le coach on lui fait confiance, c’est un très bon coach et il fait tout ce qu’il faut pour que l’équipe soit au plus haut et c’est l’objectif que l’on a tous ensemble donc… on va voir.

(Note : quand on lui en a reparlé hier soir, il a d’abord mentionné qu’il était prêt à assumer n’importe quel rôle qui lui sera demandé, son objectif étant avant tout de progresser, amener de l’énergie et aider l’équipe ; mais il a aussi acquiescé quand on a suggéré qu’il y avait un peu plus d’ordre cette année, et des tâches plus définies pour lui).

L’équipe aussi se définit une certaine identité ?
Oui, ça vient petit à petit, même s’il est encore très tôt. Ça fait une semaine et demie, deux semaines que l’on s’entraîne ensemble, on voit de très bonnes choses. Mais on a aussi des choses à corriger, comme on a pu le voir sur le match face aux Wizards (en présaison). Après c’est un travail qui est à faire sur le long terme. Mais on a une équipe qui est très motivée, qui est sur la même longueur d’ondes. Donc c’est bien quand on a un groupe qui est comme ça. Vous pouvez vous attendre à voir des joueurs qui se donnent sur le terrain, et ça, c’est déjà une bonne chose !

« L’âge n’a pas d’importance en NBA »

C’est fou mais tu as 21 ans et tu es le joueur des Knicks qui est là depuis le plus longtemps…
(sourire) ouais, mais dans ce milieu-là, il n’y a pas forcément de questionnement par rapport à l’âge. C’est bizarre, c’est sûr, mais on a une bonne équipe. Que j’ai vingt et un an, que je sois le plus ancien du groupe après seulement deux ans… ça reste un petit détail.

Ton langage corporel est très différent, la manière de te tenir et même ta présence physique du fait que tu t’es renforcé… Tu le sens toi-même ?
Comme tu l’as dit, mon corps a changé. Ça me permet d’être plus confortable sur le terrain, de jouer avec plus de rythme. Ce n’est pas exactement nouveau, mais c’est à moi de trouver mon rythme maintenant. Ça va venir. J’essaie de pousser un peu plus vite en contre-attaque, d’autant que c’est la direction que prend notre équipe. Il faut s’habituer au jeu NBA, qui est joué avec un rythme très élevé… Il faut aussi faire des stops, c’est ça aussi l’identité de notre équipe. Et prendre des rebonds. Ce qui du coup permet de pousser la balle, de partager le jeu. C’est comme cela qu’on va essayer de gagner des matchs cette année.

L’an dernier, on avait l’impression que tu cherchais à voir toutes les options avant de jouer…
(Il hésite un peu) Là on peut dire que c’est juste « jouer au basket ». C’est naturel, c’est quelque chose qui va venir plus à l’instinct, même si je travaille aussi beaucoup, je regarde des vidéos… Ce que je fais en-dehors du terrain va se transférer sur le parquet derrière.

On voit aussi que tu as développé ton dribble, c’est ce qui va te permettre de te défaire un peu plus des défenseurs pour aller attaquer le panier plus souvent ?
(Il acquiesce simplement de la tête, alors que le groupe de reporters anglophones déboule en masse derrière nous, imposant une pause avant de reprendre nos questions)

« Je peux être un des meilleurs joueurs en défense sur ce poste »

Pour l’instant, on ne voit pas vraiment un plan de jeu en attaque…
On ne joue pas encore comme on le voudrait en attaque mais cela va venir, ce n’est que le troisième match de pré-saison. Au moins là on sait qu’on peut être une bonne équipe défensive. L’attaque viendra avec le travail. On essaie d’abord d’avoir des stops, prendre des rebonds et pousser le ballon et partager le jeu… sans forcément mettre en place des systèmes. Cela nous permet de lire les options. On essaie d’avoir un jeu fluide, sans forcément mettre en place des actions, mais ce style de jeu se développe aussi sur la durée, avec du rythme, donc ça va venir.

Vous jouez de manière très agressive en défense, à la limite presque, ce qui attire des fautes, voire des coups de sifflets moins justifiés…
Il y en avait ce soir, mais bons, les arbitres ne peuvent pas toujours être parfaits, donc cela fait partie du jeu. C’est à nous de nous adapter et d’adapter notre pression défensive. Mais on continuera de mettre la pression sur le porteur et d’avoir un haut niveau d’intensité. Ça va être à nous d’être malins, même si c’est aussi une responsabilité qui incombe aux arbitres.

Est-ce aussi que tu n’as pas encore une certaine marge de manœuvre, accordée aux défenseurs dont la réputation est plus conséquente avec les arbitres ?
Je pense que ça, ça va venir avec le temps. Avec mon travail, avec ce que je prouve tous les jours, je peux être un des meilleurs joueurs en défense sur ce poste-là. Je travaille pour ! Donc après je pense que ça va venir naturellement. Les arbitres vont s’adapter, certains joueurs « floppent » un petit peu, d’autres non (on notera que cette réponse tomba juste après avoir fait le pitbull sur Trae Young…), mais à moi aussi de s’adapter et de jouer le jeu. Les arbitres ne sont pas parfaits, nous non plus, donc à nous de nous adapter. Comment défendre : avec les mains sur certains matchs ou sur d’autres non.

Comme avec Trae, où d’abord tu te prends une faute imaginaire sur une interception en début d’action, du coup derrière tu le laisses faire son drive et tu attends pour le contrer ?
Ouais, c’est ça, il faut s’adapter, ne pas lui mettre la pression très haut parce que les arbitres sont très pointilleux ce soir-là par exemple… Mais on sait aussi qu’il y a certains joueurs en NBA qui peuvent plus se permettre de jouer avec les mains, le physique… des joueurs comme Patrick Beverley. Mais ce sont des joueurs qui sont labellisés comme étant très, très forts défensivement. Donc à moi de travailler et de prouver, avec le temps, que je peux être un de ces joueurs là. J’aspire à être le meilleur Frank possible. Donc on est sur la route quoi !

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

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