Philadelphie, en quête de réponses

Cette saison restera définitivement comme une déception dans l’esprit des fans des Sixers. Il y a quelques mois encore, Phily poussait Boston dans ses derniers retranchements, lors d’un Game 7 au sommet, et aux portes d’une Finale de Conférence. Quelques mois plus tard, on retrouve ces mêmes Sixers à une très décevante 9e place de Conférence Est, et à priori, une qualification aux playoffs qui pourraient leur échapper. L’été prochain sera certainement un moment charnière pour la jeune franchise, analyse.
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Les Sixers n’y arrivent pas, vraiment pas. Le plutôt médiocre bilan de 22 victoires pour 33 défaites illustre bien cette grande désillusion qu’est en train de devenir cette saison Phily, et même si la faiblesse de la Conférence Est leur permet d’encore espérer les playoffs, le sentiment général est bel et bien la frustration.
Il faut dire que la direction de la franchise avait décidé l’été dernier de frapper un grand coup, qui nous avait à l’époque tous séduit pourtant. A l’image de Josh Smith à Atlanta, Andre Iguodala était annoncé sur le départ à chaque intersaison et c’est finalement lors du blockbuster deal de l’année que Philadelphie avait sauté le pas et transféré son vrai faux franchise player. En retour, un jeune et déjà talentueux Andrew Bynum, pour former un duo prometteur avec Jrue Holiday. Ajoutez à cela un Evan Turner qui commençait à se révéler, et l’expérience d’une aventure en post season quelques semaines plus tôt, et Philadelphie était promis à beaux jours, à l’ouverture de la saison 2012-2013. Mais ça, c’était avant.
Depuis, les tuiles s’accumulent. Bynum régale les coiffeurs de Pennsylvanie, mais n’a pas encore foulé les parquets. Jrue Holiday est devenu All Star, mais dans le même temps Evan Turner se montre trop inconstant, et le recrutement de l’été dernier en général n’a pas répondu aux attentes. Pourtant, ce n’est pas forcément l’absence d’Andre Iguodala qui leur fait défaut, contrairement à ce que l’on pourrait le penser : en effet, même sans Iggy, les Sixers ont conservé leur identité qui leur avait fait connaître un si grand succès en fin de saison dernière, la défense.

Et s’il y a bien une chose que l’on peut mettre au crédit du coach Doug Collins, c’est cela, la vraie identité défensive. Phily encaisse juste 95 points par match et demeure la 6e meilleure défense de la ligue, contre 90 pts/match l’an passé (3e meilleure en NBA). Réaliser cela sans le superbe défenseur dans le périmètre qu’est Iguodala, c’est fort, très fort. Là où le bât blesse, c’est que les Sixers ont chuté à jusqu’à la 29e place de la ligue au classement des meilleurs attaques. Il n’y a pas à chercher plus loin, très grosse défense, mais pas assez efficace en attaque, le tout pour une différence de -3.2 points par match. La raison de toutes ces défaites est là.
Jrue Holiday a réussi à s’offrir une place au All Star Game, il y a quelques jours de cela, mais clairement il n’arrive pas à faire tourner la machine offensive. La ribambelle de shooteurs acquis à l’intersaison, Dorrell Wright, Nick Young, Jason Richardson, n’ont toujours pas réglé la mire. Quant à Evan Turner, il est simplement le baromètre de cette équipe : lorsque Turner joue bien, rentre ses tirs, et prend ses responsabilités en attaque, Phily va très bien. Malheureusement, c’est trop peu souvent le cas, et le garçon a toujours ce problème de régularité. Très impliqué dans la distribution du jeu, en tant que deuxième meneur officieux de la franchise, Turner et les Sixers y gagneraient sans doute à voir l’ancien numéro 2 de la draft prendre plus de tirs. Sur beaucoup trop de rencontres, l’ancien d’Ohio State reste en dessous de dix shoots, voilà tout le problème quand on sait qu’il demeure avec Holiday l’autre joueur de l’effectif capable de se créer un shoot.

Néanmoins, on ne peut juger cette situation sans prendre en considération cette absence de Bynum. Considéré l’an passé comme le second meilleur pivot de la ligue, le plan sportif des dirigeants cet été était clair : former l’attaque autour d’Andrew Bynum dans la peinture, et Holiday à l’extérieur. L’idée d’avoir Bynum en point d’ancrage dans la raquette justifie aussi le recrutement assez intelligent de plusieurs shooteurs, étant donné que l’ancien Lakers représente une menace suffisante à l’intérieur pour libérer un peu d’espace pour ses shooteurs. Problème, le projet de jeu tombe à l’eau sans son joueur clé. Les tireurs extérieurs ne sont pas aussi efficaces que souhaité, Turner qui était attendu comme troisième option offensive de l’équipe, se voit prendre du grade sans que cela ne lui réussisse dans la durée, et Jrue Holiday comble les brèches.
Des questions commencent alors à se poser pour Philadelphie : quel sera le nouveau plan pour l’été prochain ? Andrew Bynum ne devrait pas revenir bientôt, et même si c’est le cas, il n’aura pas l’impact suffisant pour sauver la saison. Et avec sa fragilité évidente, et le fait que le pivot sera libre l’été prochain, on peut se demander si les Sixers voudront miser sur lui. En effet, la franchise connaît désormais bien le dossier médical du garçon et eux plus que quiconque savent si cela vaut le coup de lui offrir 100 millions dans quelques mois. A priori, on pensait Phily réticent à cela, et surtout une équipe comme Houston apparaissait plus partant pour lui offrir, dans leur quête interminable de stars (Dwight, Deron, Bynum, même Josh Smith…).
Mais récemment, les dirigeants se sont dit très favorables pour la prolongation du pivot qui n’a jamais encore porté le maillot de Philadelphie. Et au final, c’est sans doute la décision la plus sage : si les Sixers jouent la prudence et préfèrent ne pas prendre le risque de le signer à cause de sa fragilité, il sera très compliqué de trouver quelque chose de mieux sur le marché. Mieux vaut prendre le risque, le surpayer un tantinet, plutôt que le laisser filer et recommencer une reconstruction. Surtout qu’avec un Bynum sur pied, Phily possède son noyau dur assez prometteur. En plus de Holiday et Turner, qui pourraient donc avoir moins de pression sur leurs épaules, Thaddeus Young réalise une super saison et s’est imposé comme un joueur incontournable cette année. Une versatilité qui pourrait être très complémentaire avec la présence imposante de Bynum dans la raquette.
Tout reste à faire donc, et les dirigeants auront fort à faire dans quelques mois. Les Sixers aborderont pour la seconde année consécutive une intersaison clé dans leur processus de reconstruction déjà bien démarré. Ça serait dommage que le joli travail réalisé jusqu’à maintenant n’aboutisse pas.
Et puis, qui sait, peut-être que ce Andrew Bynum peut devenir aussi bon qu’on l’imagine ? Restera encore à régler cette histoire de coiffure.