Tête à tête avec Mathilde Bernard : Les coulisses du rêve américain
Actuellement en Caroline du Nord, Mathilde Bernard a décidé de tenter l’aventure américaine, il y a deux ans à l’université de Montreat, afin de concilier ses études à sa passion du basket. Et c’est une réussite ! Mathilde a donc chois Basket-infos pour nous faire découvrir l’envers du décor de son rêve américain, à travers une toute nouvelle chronique, intitulée « L’American Dream de Mathilde », qu’elle animera chaque semaine.
Bonjour Mathilde, comment vas-tu ?
Ça va bien, merci.
Quel était ton parcours avant de rejoindre les Etats-Unis ?
Mon parcours n’a pas été des plus simples à suivre. Je vais donc partir du bac : Mes années de lycée je les ai passées à Bourg en Bresse où je jouais également au basket dans le club de la JL Bourg en cadette Elite Région. Ensuite, j’ai effectué un BTS en Commerce International sur Lyon, et j’ai fait un an en N3 avec Caluire. A la suite de mon BTS je me suis exilée huit mois en Australie pour changer d’air, découvrir le monde et réfléchir à ce que je voulais faire ensuite. C’est en Australie que m’est venu l’envie, le rêve, de partir jouer au basket en fac américaine tout en poursuivant mes études grâce à la rencontre d’un américain qui m’a en fait appris que l’on pouvait avoir des aides financières (scholarships) par le biais du basket. C’est donc une fois rentrée que je me suis mise au travail car un an sans jouer se fait assez ressentir! J’ai intégré le club de l’AS Villeurbanne, je m’entraînais tous les jours avec la Nationale 1 et j’ai même fait le banc à plusieurs reprises mais j’évoluais surtout en R1. Durant cette année, je travaillais dans la restauration pour mettre des sous de côtés et financer mon projet. Pendant la saison de basket j’ai monté ma vidéo de highlights, je l’ai envoyée à des centaines de coachs dans différentes facs et j’ai eu une proposition de bourse correspondant à mes capacités financières. Je n’ai pas eu une bourse complète, mais c’est toujours ça de pris! C’est ainsi que l’aventure américaine commençait pour moi en Août 2011…
Comment qualifies-tu l’aventure américaine que tu es en train de vivre ?
C’est vraiment une aventure hors du commun. La place du sport ici est totalement géante par rapport à celle qu’elle a en France. Le vécu au niveau basket est bien plus intense, notre équipe c’est comme notre famille car on se côtoie vraiment au quotidien, que ce soit sur le parquet ou en classe.
Comment s’est déroulé ton arrivée en Caroline du Nord ?
L’arrivée à Montreat, nom de mon école, s’est plutôt bien passée, j’ai été bien accueillie tant par le coach que mes coéquipières et j’ai surtout été reconnue comme la “nouvelle élève venue de France”, ce qui m’a valu le nom de Frenchie, Mathilde étant trop dur à prononcer..!
Quelles difficultés as-tu rencontré ?
La difficulté que j’ai rencontré est celle de l’adaptation dans un milieu où la religion prend place entière à l’éducation, et ce n’est pas un environnement dans lequel j’ai été élevé. Aussi, le campus est très petit et n’ayant pas eu de moyen de locomotion la première année, je m’ennuyais beaucoup quand il n’y avait ni entraînement, ni matchs.
A partir de la semaine prochaine, Basket-infos aura l’honneur de suivre ton quotidien en Caroline du Nord, par le biais d’une toute nouvelle chronique, intitulée « L’American Dream de Mathilde » Cette collaboration te vient vraiment à cœur. Pourquoi ?
J’estime qu’en France, le basket en général que ce soit masculin ou féminin on n’en entend pas assez parler. On voit surtout du foot à la télé, et je trouve ça bien dommage. En ce qui concerne le basket féminin je crois que c’est encore pire. Aussi, partager mon expérience sur les parquets américains pourrait donner une idée de ce qu’est la vie de sportive sur un campus US à celles et ceux qui auraient peut-être le projet de partir vivre cette aventure. Certains pensent peut-être que c’est inaccessible, moi-même je le pensais, mais quand on se donne les moyens, tout est possible, et je veux vraiment partager ce que je vis au quotidien pour donner un aperçu de ce que sont les cours, les entraînements, les matchs, l’ambiance, etc..
Parles-nous de tes conditions de vie aux States ? En quoi est-ce si diffèrent ?
Cette année, je vis dans un grand appartement avec une de mes coéquipières, on a chacune notre chambre avec salle de bain, et vivre hors campus est, d’après moi, bien mieux que sur le campus. Quand je suis arrivée, l’année dernière, j’étais ravie d’être sur le campus, mais après quelques mois, j’en avais déjà marre car je voyais toujours les mêmes personnes, je mangeais tous les jours à la cafétéria (grâce à laquelle j’avais pris ce qu’ils appellent les “Freshmen 15” soit, 15lbs la première année, l’équivalent de 7kgs, la muscu y jouait pour pas mal aussi!)
Encore une fois, la différence avec la France c’est qu’être étudiant et athlète dans une fac US, on n’a pas le temps de souffler, la matinée, c’est cours, l’après midi c’est entraînement de deux heures avec muscu derrière, puis on rentre chez soi, et vient le temps des devoirs.. Et le lendemain c’est reparti. Les américains ne rigolent pas avec la condition physique. La muscu est très importante et empêche beaucoup de blessures.
As-tu été victime du choc des cultures ? Quelles sont les différences avec le basket français ?
Je n’ai pas été victime de choc culturel. Je connaissais déjà les US ayant eu de la famille à Los Angeles pendant 15 ans. La seule chose qui m’ait “choqué” c’est la présence de la religion, en même temps je suis dans une école chrétienne donc peu étonnant!
La préparation physique doit être très intense. Comment se déroulent les entraînements ?
Effectivement, je crois que cette année, je n’ai jamais autant souffert de ma vie! Trois semaines de prépa physique avec de courses, entraînements à 6h du matin + Entraînements individuels à base de shoot et drill de dribbles + entraînements de 2h l’après midi + muscu. Ceci pendant trois semaines. Je crois que je n’ai jamais autant couru de ma vie, mais ça en valait vraiment la peine car on est au top niveau condition physique pour commencer la saison. Les entraînements en eux-mêmes commencent par un échauffement de 20 minutes avec 3 drills différents à base de sortie de balles, sprints, lay ups ouverts, défense 3 contre 2 contre 1, et Tennessee Shooting Drill, à base de shoots. Puis on enchaîne sur l’apprentissage des systèmes, on doit avoir une vingtaines de systèmes en tête, et ils sont infaillibles, si exécutes correctement.
Dans quel championnat évolues-tu ?
Nous évoluons en NAIA division 2.
Tu joues actuellement avec l’équipe réserve. En quoi consiste ce système avec deux équipes ?
L’équipe réserve évolue dans le même championnat NAIA Division 2 mais les matchs ne sont pas vraiment officiels comme le sont ceux équipe première. Nous n’avons pas de matchs de conférence c’est un peu comme des matchs “amicaux” mais loin d’être à la cool comme on dit. On joue de vrais matchs. Le principe de deux équipes, pour Montreat, c’est qu’en fait l’équipe réserve soit formée et remplace, après remise de diplôme des dernières années de l’équipe première, ces filles qui auront fini leurs études. Pour cause de bourse, cette année il y avait deux équipes séparées par leur effectif alors que l’année dernière je faisais la navette entre équipe 1 et équipe 2 et nous nous entraînions absolument tous les jours avec l’équipe première. Cette année, nous sommes plus nombreuses donc il faut que le coach se concentre plus sur l’équipe première mais nous y intègre quand même deux à trois fois par semaine à leurs entraînements Cette année, une fois que le coach avait clôturé ses effectifs, aucun changement ne pouvait être apporté à l’équipe première. Certaines de l’équipe première peuvent venir en renfort à l’équipe réserve, mais le contraire n’est pas possible, malheureusement.
La saison est bientôt terminée pour toi. Quel bilan dresses-tu de cette saison ?
Cette année j’aurai eu la chance d’avoir été élue capitaine de mon équipe. Le bilan au niveau des résultats n’est pas le meilleur que j’aurai connu, puisque certaines joueuses n’évoluant pas en équipe première prenait l’équipe réserve complètement à la légère, et quand un groupe n’est pas solide, le jeu d’équipe est plutôt difficile… Maintenant nous aurons quand même démontré qu’on est capable de tenir des équipes qui étaient annoncées dans les meilleurs Junior College de l’état et de battre à plate couture des équipes tout à fait respectables De plus, depuis mon arrivée ici, mon jeu a énormément progressé, et je ne remercierai jamais assez Coach Jackson de m’avoir donné cette opportunité.
Et quel est ton objectif en 2013 ?
Mon objectif est de continuer de travailler et progresser et pourquoi pas retrouver le chemin des parquets français après ma remise de diplôme en décembre.
Tu as eu récemment l’occasion de rentrer en France pour fêter de fin d’année en Famille As-tu eu le temps de te reposer ?
Pas vraiment ! Entre ma famille, mes amis, à Lyon, et Chartres où se trouve mon copain Alexandre Hergott, je n’ai pas eu le temps de me reposer, mais c’était de la bonne fatigue, beaucoup de bons moments qui rechargent les batteries avant de ne plus les revoir pendant quatre mois.
Parlons scolaire, quel diplôme prépares-tu ? Comment se déroule l’année ?
Je prépare un B.A en Marketing, équivalent d’un Bac+ 4. J’ai choisi cette filière afin d’apporter un complément à ma formation obtenue en France en 2009 de BTS Commerce International.
Et quels sont tes projets à long terme ?
Sur le long terme, j’aimerais être dans le département marketing pour une entreprise de mode, c’est-à-dire m’occuper de la prospection de clients, faire des études de marches, être en contacts avec les clients à l’international afin de pratiquer les langues étrangères.
Rejouer en France, tu y penses ?
Oui complètement. Où? Je ne sais pas encore.
Merci Mathilde de ta disponibilité et à la semaine prochaine ! Un petit mot peut-être pour terminer.
Merci à Basket-infos pour me donner l’opportunité de faire découvrir ce qu’est la vie de basketteuse en fac US à celles et ceux qui envisagent de le devenir un jour.
Mathilde Bernard
Propos recueillis par Patrick Parizot, pour Basket-infos



Super! Bon courage à elle!