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Oppa Lillard Style !

Sam Forencich/Getty Images

Opp. Opp. Oppa Gagnam Style. Des mots aussi absurdes qu’incompréhensibles pour nous tous il n’y a pas si longtemps de ça, mais qui ne sont étrangers à personne aujourd’hui. A l’exercice de la métaphore, le phénomène Damian Lillard s’est abattu sur le microcosme NBA de la mène manière que la danse du cheval a saisi le net en l’espace de quelques mois. Si Psy a réussi à faire chanter le monde entier en coréen, Lillard n’a pas encore réussi à faire arriver Portland à destination : les playoffs. Et reste à savoir si le phénomène sera aussi éphémère que le tube de l’année 2012, ou si Portland peut miser sur le long terme avec sa nouvelle pépite.

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Layne Murdoch/Getty Images

Sur l’ensemble des 30 franchises qui constituent la NBA aujourd’hui, peu en quantité peuvent se vanter d’avoir déjà gagner un titre. A vraie dire, 15 seulement l’on fait en plus de 60 ans d’existence pour la NBA. Et Portland fait partie de celles-ci : ce fut en 1977, lorsque, emmenés par le génial pivot Bill Walton, les Blazers ont donné une leçon de basket collectif à aux individualités des Sixers de Dr J ou Moses Malone. Pourtant, quand on évoque l’histoire de Portland, ce ne sont pas les champions de 1977, ni les doubles Finalistes NBA de Clyde Drexler début 90’s qui nous viennent à l’esprit, mais bien cette fichu malédiction de blessures. A commencer par Bill Walton, puis le malheureusement légendaire Sam Bowie, ou plus récemment Greg Oden et Brandon Roy. Aussi, on retient son souffle dans l’Oregon à chaque fois qu’un nouveau messie débarque.

Mais aujourd’hui, on s’autorise à rêver de nouveau, tout ça grâce à ce p’tit jeune qui fait du bruit cette saison dans la grande ligue : Damian Lillard. S’il n’est pas encore le sauveur d’une ville qui ne demande qu’à briser la malédiction, il semble en tout cas sur le bon chemin, et a de toutes façons déjà surpris tout son petit monde cette saison. Hornets, Bobcats, Wizards, Cavs et Kings ont décidé de le snober le soir de la cérémonie de la draft, ayant déjà de quoi faire sur le poste de meneur de jeu, mais les Blazers ne pouvaient pas se réserver ce luxe après l’échec du cas Raymond Felton. Et pourtant, même eux ont du essuyer quelques critiques à cette époque, en préférant ce jeune meneur de fac de seconde zone plutôt que Kendall Marshall, vu comme le meilleur meneur de cette cuvée par certains, et un playmaker naturel qui aurait mieux convenu à cette équipe. Quelques mois plus tard, les Blazers ne le regrettent pas. Ni d’avoir cédé Gerald Wallace aux Nets pour obtenir ce choix, ni d’avoir sélectionné Lillard, qui va sans doute devenir le premier joueur depuis Chris Paul en 2006 à remporter tous les trophées de Rookie of the Month de sa conférence.

Pour sa première année à la tête des Blazers, Terry Stotts a pu compter sur Damian Lillard comme un des joueurs majeurs de son système de jeu, et l’élément le plus prometteur de son noyau dur de jeunes en devenir. Lillard n’est pas un vrai meneur passeur, plutôt arrière scoreur dans un corps de meneur, mais cela importe peu dans l’attaque du Horn que Stotts aime beaucoup pratiquer avec cette jeune équipe. Un système où le meneur est plus souvent utilisé dans un rôle de scoreur ou de shooteur que dans celui de passeur. Beaucoup de shoots extérieurs, du tir à longue distance, du dribble, de la capacité à éliminer son défenseur direct en un contre un, il fait partie de cette nouvelle génération de petit meneur scoreur qui est en train de débarquer en NBA (Derrick Rose, Kyrie Irving, Ty Lawson, etc). Plus encore, en étudiant d’un peu plus près le garçon, on se rend compte qu’il possède encore une grande marge de progression.

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Sam Forencich/NBAE via Getty Images

A commencer par sa répartition de tirs. Si le shoot extérieur est définitivement le plus grand atout de sa palette offensive, on peut arriver en le décortiquant à définir ses bons et ses mauvais penchants. Tout d’abord, il convient de remarquer que la zone dans laquelle il prend le plus de tirs (presque le tiers de son total de shoots) est celle située à 6-7 mètres du panier, soit juste devant la ligne des trois points. Communément, c’est ce qu’on appelle le pire shoot possible au basket, parce que ça ne compte que pour deux points mais avec la distance et la difficulté d’un tir à longue distance. Et il tourne d’ailleurs à un moyen 39% de réussite depuis cette zone. De même, le plus on se rapproche du panier, le moins Lillard prend de shoot, et le moins il en rentre. Le tout avec une réussite pas des plus spectaculaires. Concrètement, Lillard est mis dans ce genre de situation lorsqu’il est appelé à créer son shoot de lui-même, ou lorsqu’il décide de shooter en sortie d’écran, pour une efficacité qui laisse donc encore à désirer.

L’exception à cette règle, c’est la zone en dessous du panier, qui représente là aussi presque un tiers du total de ses tirs. Mais encore une fois, il ne tourne qu’à 51% de réussite dans ce qui est considéré à l’inverse comme la zone où il est le plus facile de marquer. Le garçon possède quelques moves, et ses capacités au dribble lui permettent d’avoir un bon impact sur une défense, mais il n’est clairement pas encore un excellent finisseur autour du panier comparé aux meilleurs dans l’exercice. On pourrait lui reprocher notamment le fait de manquer de floater correct, aujourd’hui considérée comme l’arme ultime des meneurs. Même si ce n’est pas son jeu, et que ça n’est pas encore naturel chez lui pour le moment, il faudra sans doute s’améliorer au lay up, où il rencontre une réussite on ne peut plus moyenne et se fait contrer assez souvent, dans l’idée de passer un palier. Améliorer son jeu en pénétration pourrait se révéler plus rentable que d’améliorer son jump shot : dans une mauvaise nuit, un tir extérieur ne rentre pas, quand un tir au panier à quand même plus de chance de faire mouche. Également, on peut remarquer en le voyant jouer une nette tendance à beaucoup plus réussir en partant sur la droite que sur la gauche. La faute à son « elbow jumper » de droitier, qui le fait se sentir plus à l’aise à droite qu’à gauche. Chaque joueur à évidement un côté préféré, mais parmi la liste des choses à perfectionner, « connaître une meilleure réussite sur le côté gauche du terrain » y trouvera sans doute sa place.

Noah Graham/Getty Images

Évidemment, on ne devient pas Rookie of the Year sans avoir déjà quelques certitudes dans son jeu. Après 4 ans passés en NCAA à porter son jeu à maturation, on peut observer chez Damian Lillard une qualité exceptionnelle de scoring en sortie de dribble. Le garçon n’est pas un fantastique spot up ou catch & shoot shooteurs, mais fait sans doute partie de l’élite de la ligue en ce qui concerne dégainer dans le rythme, après un dribble. Quelques stats significatives viennent d’ailleurs appuyer cette impression : 64% de réussite en pull up, et 52% sur step back ! A n’en pas douter, sa bonne mécanique de tir, sa grande mobilité et sa capacité à toujours rester en équilibre même sur un jump shoot sont à la base de cette très grande réussite. Conséquence directe de ça : le tir à trois points. Lillard n’aime pas les corners, mais brille en ce qui concerne dégainer en pull up (après un dribble) ou step back à longue distance dans le reste du périmètre. Il vient d’ailleurs de battre le record de tirs primés inscrit dans une saison pour un rookie, et Portland a souvent pu compter sur Lillard pour ce genre de tir, même dans les moments chauds.

Autre chiffre également significatif de cette tendance à briller après du dribble : seulement 33% de ses paniers inscrit sont survenus sur passe décisive (techniquement, il faut 2 dribbles ou moins pour compter une passe comme décisive), un pourcentage vraiment (très) bas pour la normale. Même s’il excelle pour le moment dans cette configuration, il serait avisé de la part de Terry Stotts de lui offrir plus de tirs ouverts et de tirs faciles dans l’idée de le ménager. C’est en ce sens que l’arrivée d’Eric Maynor a aussi fait beaucoup de bien : elle enlève déjà de la pression des épaules de Lillard, seul réel meneur des Blazers jusqu’à l’arrivée de Maynor, et permet aussi de lui enlever la balle des mains. Alors qu’il était appelé à justement remonter la balle sur chaque possession qu’il joue, la présence d’un vrai playmaker en Maynor lui permet d’évoluer sur certaines séquences sans ballon (on l’oublie sans doute un peu trop, mais Lillard n’est qu’un rookie), et on l’a vu très à l’aise dans cette nouvelle configuration. Qui n’est d’ailleurs pas sans nous faire penser à l’association identique de Stephen Curry et Jarrett Jack en sortie de banc à Golden State. Reste à savoir si Portland voudra garder l’ancien meneur d’OKC (en fin de contrat l’été prochain), mais l’intéressé a déjà déclaré vouloir s’impliquer sur le long terme chez les Blazers, de quoi peut-être former une paire intéressante avec Lillard donc. D’autant que Lillard n’est pas, tout comme Curry, un fantastique passeur, ni même un très bon, et que les qualités de playmaking de Maynor faciliteront sans doute aussi les choses dans l’Oregon, Pour Lillard comme pour les autres.

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Sam Forencich/Getty Images)

Alors, quel avenir pour la petit pépite des Blazers ? On a malheureusement déjà vu bon nombre de rookies se heurter plus ou moins rapidement au Rookie Wall. Voir leur bulle d’insouciance éclater et perdre ce brin de magie, et de surprise, qui les caractérisaient à leurs débuts et faisaient tout leur succès. La confirmation est toujours bien plus difficile que la révélation, parce que le joueur perd justement cet élément de surprise avec le temps, et les équipes sont de plus en plus conscientes et préparées à le jouer. C’est d’ailleurs l’amère expérience qu’en est train de vivre Kyrie Irving cette année après avoir éclaboussé la ligue de son talent l’an passé, chez des Cavs qui n’ont pas encore réussi à l’entourer correctement. Mais les fans de Portland ont tout de même plusieurs raisons de rester confiant. Tout d’abord, Lillard a passé 4 ans en fac, un détail non négligeable, et en le voyant jouer on le sent très souvent sous contrôle, jamais à paniquer. Le garçon est mûr, dans sa tête comme dans son jeu, et ce sont des gros fondamentaux plutôt que des fulgurances qui lui ont permis de réaliser cette saison. En conséquence, les chances de le voir complètement déjouer à l’avenir demeurent assez minces.

De plus, à l’inverse de Kyrie Irving, Lillard est tombé dans une franchise dont le niveau au moment de la draft était bien au-dessus de ce qu’une équipe qui choisit 6e ne l’est en général (merci les Nets). Là où Irving débarque littéralement sur un champ de ruine, Lillard arrive chez des Blazers qui ne sont pas en totale reconstruction. Jouer avec des LaMarcus Aldridge, Nicolas Batum, Wes Mathhews ou JJ Hickson dès sa saison rookie, c’est vraiment pas mal. Tout n’est évidemment pas parfait, notamment ce déséquilibre, que dis-je, ce gouffre de niveau entre les titulaires et un banc inexistant, mais la base est là. Les cas de Matthews et Hickson sont sans doute un peu moins clairs, mais Portland sait déjà que la construction s’effectuera autour du trio Aldridge/Batum/Lillard. Le one-two punch Lillard & Aldridge n’est pas encore fantastique, mais propose une belle complémentarité entre menace extérieure et intérieure. Le tout avec un Nico Batum en homme à tout faire et passe partout défensif, et une grande marge de progression, Portland peut pourquoi pas rêver de playoffs…voire plus si tout se passe comme prévu.

Mais si OKC a été capable de le faire, pourquoi les Blazers n’y arriveraient-ils pas eux aussi à faire grandir leurs jeunes pousses ? En espérant évidement, pour Lillard et Portland, que la force supérieure responsable de cette fichue malédiction décide d’enfin passer l’éponge sur on ne sait quelle offense les Blazers ont-ils bien pu lui faire pour mériter un tel sort. Alors,  le « Lillard Style » en tête des charts pour encore 10 ans ? Tout ce qu’on demande, en regardant le top 50 dans quelques années, c’est de ne pas s’en souvenir comme « le fameux titre de l’année 2013 » de cet artiste à un seul tube. Mais plutôt comme le disque d’or à l’origine d’une longue et brillante carrière.

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Une réflexion sur “Oppa Lillard Style !

  • Melomareshump

    Lui il vas être rookie de l'année tranquillement
    t

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