Dossier : Gerald Green, un parcours semé d’embûches
C’est en 2007, à 21 ans, que Gerald Green est apparu à la face du monde lors du Slam Dunk Contest du All-Star Weekend de Las Vegas. Vainqueur du concours haut la main, le joueur défendit ensuite son titre l’an suivant, et même s’il dut s’incliner en finale face à la puissance de Dwight Howard, son cupcake dunk est resté dans les mémoires de ceux qui avaient suivi ce All-Star Weekend à la Nouvelle-Orléans. La réaction de Kenny Smith aux commentaires appartient même désormais à la légende : « He blew it out, Chuck, he blew it out !!! ». Pourtant peu connu pour ses qualités basketballistiques à ce moment là (Green n’était qu’un bencher aux Timberwolves), le joueur est désormais devenu un joueur important de la rotation des Phoenix Suns cette année. Comment en est-il arrivé là ? Retour sur un parcours semé d’embûches…
D’abord reconnu pour ses qualités athlétiques hors du commun, Green qui a commencé le basket sur le tard, est sorti de high school en étant considéré comme un joueur avec une détente hallucinante, mais très naïf et bien trop frêle. Sorti des playgrounds texans de Houston, beaucoup ne le voyaient alors pas supporter la pression qu’engendre la NBA en terme de résultats et d’efficacité. Surtout que le joueur considérait alors le basket comme un loisir, plus que comme un métier :
« Quand j’étais jeune j’ai toujours d’abord considéré le basket comme un hobby, un truc que j’aimais faire, quelque chose qui m’éloignait des mauvaises choses et des délits que j’aurais pu commettre à ce moment-là. »
Néanmoins drafté en 18e position de la draft 2005 par les Celtics, sans passer par la case NCAA, le super dunkeur eut l’occasion de montrer des choses prometteuses sous le maillot vert (10,7 points de moyenne lors de sa saison sophomore). Ceci ne lui empêcha pas d’être transféré la saison suivante vers Minnesota, dans le transfert qui fit venir Kevin Garnett aux Celtics. N’arrivant pas à obtenir la confiance de Randy Wittman, Green fut rapidement transféré aux Rockets contre Kirk Snyder à quelques heures de la clôture du marché des transferts 2008.
La suite est catastrophique. Coupé par Houston après seulement une rencontre disputée dans le Texas, Green dut attendre le mois de juillet suivant, afin de signer en tant que free agent chez les Mavericks de Dallas, après cinq mois d’absence sur les parquets NBA. Cette expérience là, ne fut pas plus concluante, et après une saison 2008-09 ratée (5,2 points de moyenne), son contrat ne fut pas renouvelé. Mark Cuban qui commençait alors à s’intéresser aux statistiques avancées eut même une phrase qui résumait bien le début de carrière de Gerald Green :
« Il fait de belles choses athlétiquement parlant qui vous font dire ‘Oh My God!’, mais il ne comprend simplement pas le jeu qu’est le basketball ».
Cette réputation lui colla longuement à la peau ensuite et la poursuite de sa carrière NBA s’avérait alors compliquée. N’ayant reçu aucune offre aux Etats-Unis lors de l’été 2009, le joueur choisit alors de s’exiler en Europe. C’est donc à Krasnodar sous les couleurs du Lokomotiv Kuban, en Russie, que l’arrière décidait de relancer sa carrière, malgré l’inconnue que représentait pour lui l’Europe de l’Est à ce moment-là.
« Le basket n’a pas de langage. Quand je rentrais sur le terrain, c’était le seul moment où j’arrivais réellement à communiquer avec mes coéquipiers russes. Le basket m’a rendu la vie facile, c’était la seule chose de facile pour moi dans ce que je vivais là-bas.. Le reste du temps, quand vous vivez seul dans une maison, que vous essayez d’acheter de la nourriture et que vous ne comprenez rien de ce que l’on vous propose, c’est très difficile. Je n’arrivais même pas a aller d’un point A à un point B sans me tromper. Mais je savais que je pourrais surmonter ça, que je pourrais tout surmonter… »
Après une saison à 16,3 points avec le Lokomotiv Kuban, puis une autre à 11,4 points à Samara au BC Krasnye Krylya, Green dut se faire à l’idée qu’il n’intéressait plus les scouts NBA. Expatrié en Europe pour se refaire une bonne image dans la grande ligue, force était de constater que cette expérience fut un échec. Essayant ensuite de partir en Chine pour remplir un peu les caisses au niveau financier, le joueur qui avait alors 25 ans fut coupé à peine un mois après sa signature, malgré des moyennes de 26,5 points par match, en raison de son manque de motivation flagrant et de sa trop grande nonchalance lors des entraînements.
« C’était le moment où j’étais au plus mal, depuis la date à laquelle j’avais commencer à jouer au basketball. »
Mais la roue était peut-être prête à tourner… Ou pas… Ayant reçu une invitation par les Lakers au début de la saison 2011-12, Gerald Green était prêt à tout donner pour faire sa place lors des camps d’entraînement. Après cinq jours à Los Angeles durant lesquels il n’avait pas pu s’entraîner en raison d’exigences administratives créés par la FIBA, les dirigeants des Lakers impatients, décidèrent de le couper, sans même l’avoir testé. L’horreur… Cela dit, tout n’était pas si noir, car à ce moment-là, le joueur fit la rencontre de Eric Musselman, alors coach des Los Angeles D-Fenders, en D-League. C’est peut-être grâce à cet homme que Green en est là où il en est aujourd’hui.
Effectivement, après avoir encaissé l’échec Lakers, Musselman lui proposa de jouer pour les D-Fenders, en lui expliquant à quel point ceci pourrait être un tremplin pour retourner en NBA. D’abord peu enclin à prendre ce virage en carrière, au vu du faible salaire qu’il aurait reçu comparé à l’Europe ou à la Chine, Green, qui n’arrivait pas à abandonner son rêve de NBA, fut finalement séduit par les mots de Musselman.
« Je remercie Dieu d’avoir fait la rencontre d’Eric Musselman. Il a su me montrer une confiance énorme qui m’a réappris à faire confiance au monde extérieur. Il m’a permis d’être dans une situation de réussite. En plus d’avoir été un super coach pour moi, il a aussi été un gars super humainement parlant. Un gars avec lequel je serai toujours ami. »
Musselman n’en crut pas ses yeux quand Gerald Green lui appris qu’il ne voulait pas participer au concours de dunks de D-League quelques mois après, un moyen d’exposition non négligeable quand l’on veut revenir en NBA. Le coach en parle :
« Je me rappelle. Nous étions là-bas, assis avec mon staff et ne pouvions pas croire que ce gars-là était ailleurs, dans sa chambre d’hôtel, pendant que le Slam Dunk Contest avait lieu devant bon nombre de représentants NBA. Mais j’ai compris qu’il ne voulait plus être considéré comme un joueur seulement athlétique. »
Ceci n’empêcha pas Gerald Green d’être élu MVP du All-Star Game de D-League le lendemain. Ce fut peut-être le début de sa belle histoire. Ayant poussé plusieurs tonnes au cours de la saison en salle de muscu, le joueur avait changé physiquement, et montré une belle progression dans le jeu et dans le shoot. Il termina même la saison MVP de la D-League, avec une moyenne de 19,1 points par match. Cette distinction poussa les New Jersey Nets à lui passer un coup de fil pour la fin de saison 2011-12.
Après deux contrats de 10 jours, consécutifs, quelques dunks assez hallucinants et une moyenne de 12,9 points par rencontre, les dirigeants de Newark décidèrent alors de signer Green pour le reste de la saison. En plus d’avoir joué à cette période, l’un des meilleurs basket de sa carrière, le point d’orgue de ce passage dans le New Jersey, restera ce dunk hallucinant face aux Rockets qui fut appelé par certains « le windmill alley-oop le plus fou de l’histoire de la NBA ». Il est vrai que la hauteur à laquelle monte Gerald Green sur cette action est juste irréelle.
Recruté par les Pacers pour trois saisons l’été suivant, Green continue alors son retour en NBA, profitant de chaque minute de temps de jeu qui lui est offerte. Cependant son irrégularité au shoot refit surface et Green dût subir les critiques de son coach Frank Vogel, qui attendait clairement plus de lui. Green se fit alors un petit plaisir en participant au Slam Dunk Contest, mais échoua face à Terrence Ross en raison d’une quantité de dunks manqués trop importante lors de son second essai. Le début de la fin… ? Dur à dire, mais le temps de jeu de Green s’amenuisait peu à peu après le All-Star Game, et malgré ses 7 points de moyenne par match à la fin de la saison régulière 2012-13, l’avenir du joueur en NBA recommençait alors à s’inscrire en pointillés. Ses neuf apparitions en playoffs furent plutôt catastrophiques : 6,1 points par match à 39,1% au shoot. Personne ne savait alors de quoi serait fait le futur du joueur à qui il restait deux ans de contrat dans l’Indiana. Après la défaite face au Heat en finale de conférence, Green était abattu :
« Les Pacers m’ont donné une chance, et je ne l’ai pas saisie. Je n’ai pas joué au niveau auquel j’aurais voulu jouer. »
C’est à la fin de cette saison 2012-13 que le destin décida enfin de faire un clin d’œil plutôt sympathique dans l’histoire du vainqueur du concours de dunks 2007. En effet, cet été, Ryan McDonough, general manager des Suns, eut l’idée de transférer Luis Scola aux Pacers afin de récupérer Gerald Green aux Suns dans un deal impliquant aussi Miles Plumlee. Ce qu’il faut savoir, c’est que McDonough était scout aux Celtics en 2005, et c’est lui qui avait convaincu les dirigeants des Celtics de choisir Green à la draft huit ans auparavant. Un retour sur investissement mérité donc, au vu de la confiance qu’il avait su placer au jeune joueur en 2005. Le GM en parle :
« Nous voulions, avec le coach Jeff Hornacek rendre l’équipe plus jeune, plus athlétique et plus adroite à 3-points. Gerald Green correspondait à tous ces critères. Je pense qu’il a désormais vraiment prouvé qu’il avait tous les moyens pour avoir du succès. C’est juste que ça lui a pris du temps pour arriver à les articuler tous ensemble. »
Bien sûr, Green n’est toujours pas sur le terrain, le joueur qui a le QI basket le plus impressionnant. Il présente encore certaines lacunes qui le desservaient en début de carrière. Effectivement, sa sélection de shoots laisse souvent à désirer, et le joueur peut parfois rendre des feuilles de match assez horribles (2 sur 16 lundi dernier dans la défaite face à New York). Cela dit, il est quand même un joueur capable de se ressaisir, et le parcours qu’il a connu lui a permis d’apprendre à surmonter des étapes bien plus compliquées.
Mercredi, ses 28 points à 12 sur 18 au tir accompagnés de 7 rebonds, ont en effet été largement remarqués dans le microcosme qu’est la NBA. Désormais troisième meilleur scoreur de l’équipe des Suns (13,5 points par match) derrière Goran Dragic et Eric Bledsoe, Green fait maintenant partie des chouchous des fans de l’Arizona, malgré une certaine irrégularité affichée. La blessure récente de l’ancien Clipper a d’ailleurs permis à Green de voir ses responsabilités offensives augmenter significativement ces dernières semaines, et même s’il ne mettra pas 28 points tous les jours, il est désormais un véritable joueur NBA.
Gerald Green a donc connu un parcours qui lui a permis de mûrir au fil des années. Ses passages en Russie, en Chine et en D-League l’ont obligé à se poser les bonnes questions. Moins exubérant qu’avant et surtout moins nonchalant, le joueur connait désormais une vie de famille posée aux côtés de sa fiancée Doris et de son fils de deux ans Geremiah. Cette sérénité trouvée en famille transparaît ainsi sur le parquet et a aidé Green à envisager les choses de manière plus adaptée. McDonough en parle :
« Je pense que la maturité est la clé de l’évolution de Gerald Green et vous pouvez le voir dans son jeu. Il est désormais d’avantage sous contrôle, sa sélection de shoots s’améliore, sa défense aussi, et il fait de plus en plus de petites choses que les coaches lui demandent de faire, et qu’il ne faisait pas forcément avant. »
Ce parcours atypique souligne bien les difficultés qu’ont connus nombre de joueurs passant directement du lycée à la NBA sans passer par la case NCAA. Ces joueurs ont besoin de temps pour se développer, et malgré toutes les capacités athlétiques qu’ils peuvent avoir, les franchises américaines n’ont pas forcément le temps d’être patientes. Sans parler du manque de maturité que présentent la plupart de ces gamins… Beaucoup en on fait les frais… Gerald Green le premier, et il est plutôt fier de la façon dont il a su se relever :
« Je n’avais jamais pensé que j’aurais pu avoir une carrière NBA. C’est à nouveau le cas maintenant, mais j’avoue que je n’ai jamais compris et jamais appris comment jouer ou comprendre le business de cette ligue. Je jouais parce que j’aimais jouer. Je ne comprenais pas vraiment tous les sacrifices que cela demandait d’être professionnel. Je pense que mes expériences à l’étranger et en D-League m’ont permis de voir des choses très variées et cela m’a inculqué une certaine éthique de travail. J’ai mis longtemps à comprendre tout ce qu’il fallait investir pour avoir du succès. Je sais maintenant que mon job est de jouer et de donner tout ce que j’ai tous les soirs. »
Désormais considéré comme un joueur à part entière, et non seulement comme un dunkeur, Green a maintenant une revanche à prendre sur Terrence Ross, et il sait désormais que participer au Slam Dunk Contest ne devrait plus desservir son image, c’est donc sans hésitation qu’il a dit qu’il y participerait cette année encore. Du beau spectacle en perspective !
Pour terminer cet article et vous donner un avant-goût de ce que l’on verra peut-être en février, voici un petit mix des highlights de Gerald Green depuis son arrivée aux Suns en début de saison. Ça décoiffe !
Source : NBA.com
Super article! J'avais complètement oublié qu'il avait été aux Wolves dis donc.
La même mais toi tu n'as pas d'excuse ^^
Super article ! Je ne connaissais pas bien ce joueur en dehors de sa victoire au Slam Dunk Contest, et c'est vrai qu'il a eu un parcours atypique.
Par contre, vu que Phoenix est quand même un cas particulier cette saison, j'espère pour lui et tous les autres joueurs de Phoenix (Goodwin et Christmas mis à part ^^) que ce n'est pas un épiphénomène et qu'ils sauront garder ce niveau s'ils changent d'équipe (vu le nombre de tours de draft de Phoenix faudra bien faire de la place).