March Madness: Le troisième tour NCAA des prospects NBA
Alors que le Sweet Sixteen débute dès ce soir avec un inattendu Dayton-Stanford, petite review de la performance des principaux prospects de la cuvée 2014 au troisième tour. Avec toutes les éliminations lors du second round, c’est même l’occasion de découvrir certains joueurs dont la cote pourrait monter avec l’avancée du tournoi.
Un top 3 déjà dehors
Jabari Parker (Duke, Ailier shooteur, son profil ici) hors course depuis la défaite d’entrée de jeu de Duke face à Mercer, et alors que Joël Embiid (Pivot, Kansas, profil ici, qui devrait bel et bien se présenter à la draft dès cette année) est toujours blessé au dos, beaucoup de scouts avaient les yeux braqués sur le match Kansas-Stanford, afin de pouvoir observer une nouvelle fois Andrew Wiggins (Arrière, Kansas, dont voici le profil). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le canadien est passé à côté de son sujet. Celui qui pourrait bien être le numéro 1 de la prochaine draft s’est montré incapable de trouver les solutions face à la défense de zone bien organisée de Stanford. S’il a au moins eu le mérite de ne pas croquer la feuille (1/6 au shoot et 4 points en 34 minutes), il aurait peut-être dû avoir un peu plus confiance en son shoot et moins forcer ses drives. Mauvais dans le money time, il se fait prendre un rebond sur la tête avant de perdre le ballon sur une pénétration dans la dernière minute (l’un de ses 4 turnovers). Scruté depuis ses 13 ans, l’élimination au troisième tour de Kansas ne devrait pas lui porter préjudice. Néanmoins, Wiggins a montré durant sa saison freshman des difficultés à créer le jeu pour les autres. Nuance quand même, les espaces sont bien plus larges en NBA et l’on retrouve peu de défense de zone dans la grande ligue, ce qui devrait faciliter son adaptation. Son potentiel en défense est énorme et pourrait faire la différence avec Jabari Parker au moment de la draft, bien que celui-ci soit sans doute plus NBA-ready. Le potentiel global est fabuleux.
Le reste du top 10
Marcus Smart (Meneur, Oklahoma State) est le seul joueur éliminé dès son premier match à être attendu dans le top 10. Pour rappel, Noah Vonleh (Ailier Fort, Indiana, profil ici) et Dante Exum (Meneur, Australie), eux aussi attendu top 10, ne participent pas à cette March Madness (Indiana n’a pas été retenu, et Exum jouait en Australie). Pour le reste, on a vu des perfs qui pourraient faire évoluer la cote des joueurs.
Doug McDermott (Ailier Shooteur, Creighton) a terminé sa carrière universitaire sur un match moyen. Si Wiggins est connu des scouts depuis des années, McDermott est devenu une star en NCAA et son incapacité à répondre au moment le plus important de la saison de Creighton pourrait faire retomber un peu la hype qui entoure le nouveau Ryan Anderson. Il faut bien comprendre que la star de Creighton vit et meurt par son shoot, car McDermott est incapable de se créer des opportunités de panier ouvert seul avec régularité, il ne pourra pas défendre efficacement en NBA du fait d’un manque de vitesse latéral et d’un physique trop léger pour le poste 3, et il n’est clairement pas un fantastique dribbleur. Relativisons quand même: McDermott finit à 7/14 au shoot pour 15 points, mais sa moyenne habituelle est de 27, et sa première mi-temps, conclu avec 3 points et un joli -20 pour Creighton, est là pour rappeler qu’il aura raté cette ultime partie. McDermott quitte donc l’université en figurant 5ème sur la liste des scoreurs NCAA All-time, et pourrait retomber un peu au-delà du top 10 suivant les perfs de ses poursuivants. Il serait quand même étonnant de le retrouver après le top 15.
Gary Harris (Arrière, Michigan State) est lui toujours en course avec Michigan State. Il a même offert un match plutôt bon, qui lui a permis de montrer une fois de plus sa maturité. Au final, et alors que c’est cette fois Branden Dawson qui prenait feu du côté des Spartiates (26 points à 12/15 après les 41 points de Payne au match précédent), Harris finit avec un très honorable 18 points 5 assists 3 steals, à 5/11 au shoot et 6/6 aux lancers. Propre, même si les 4 turnovers font tâche pour un arrière que l’on dit capable d’organiser sans problème le jeu. Pour lui, il s’agit surtout durant cette March Madness de prouver qu’il est de retour à 100% après une saison gâchée par un problème à l’épaule qui pourrait inquiéter certaines franchises. Et si les Spartiates, qui font partie des favoris du tournoi, peuvent aller chercher le titre, il ne devrait pas trop en souffrir dans les mocks…
On passe au duo de UCLA, Zach LaVine (Combo Guard, UCLA, son profil) et Kyle Anderson (Ailier shooteur, UCLA). On commence par les choses qui fâchent: Zach LaVine. Le freshman est monté dans les mocks au fur et à mesure de la saison en affichant de belles perfs, un shoot solide et un physique qui n’est pas sans rappeler Russell Westbrook. Aux portes du top 10 avant le début de la March Madness, LaVine n’a donc plus grand chose à gagner (c’est avant tout un potentiel et pas un joueur forcément NBA-ready, contrairement aux prospects devant lui) durant le tournoi. Il a en revanche beaucoup à perdre et était attendu au tournant après un beau premier match à 1/5 au shoot. Résultat, une nouvelle perf insipide, pire que la précédente. 1 rebond, 1 assist, 0/3 au shoot et 4 fautes (!!!) en 15 minutes. UCLA s’est facilement débarrassé de Stephen F. Austin mais attention, les scouts ne seront pas indulgents indéfiniment.
Kyle Anderson de son côté a réalisé un vrai bon match pendant que LaVine souffrait: 15 points à 5/9, 8 rebonds et 5 assists pour un seul turnover. Belle perf donc pour un joueur atypique, qui maîtrise très bien le ballon malgré sa grande taille (2m05), au point d’être comparé à… Magic Johnson! Un peu lent, sa longueur et sa maîtrise technique font de lui un joueur intriguant, et son jump shoot est devenu bien plus régulier en seulement un an (ce qui devrait en faire réfléchir certain sur l’opportunité de passer un an de plus en NCAA. Bref…). Nbadraft le place carrément 5ème dans sa mock draft, et le fait qu’il soit sans doute aujourd’hui l’un des tout meilleurs joueurs de basket universitaire devrait lui permettre de faire monter sa cote. Pour lui comme pour LaVine, le choc de ce soir face à Florida est une occasion grandiose de se mettre en valeur. Mais Anderson n’a plus grand chose à perdre, alors que LaVine lui doit vraiment prouver lors de ce rendez-vous crucial.

Le game: Kentucky-Wichita State
On passe maintenant à l’énorme match Kentucky-Wichita State qui aura vu s’affronter de nombreux prospects. Le plus attendu d’entre eux était sans doute Julius Randle (Ailier-Fort, Kentucky, son profil ici) qui a réalisé un match énorme d’intelligence de jeu et de Q.I. basket (ses highlights sont ici). Dans une jeune équipe de Kentucky parfois indisciplinée, Randle s’est mis au service du collectif et a sorti le genre de match ultra-précieux qui ne se voit pas forcément dans les stats. Il a ainsi responsabilisé immédiatement les jumeaux Harrison (Andrew et Aaron) (leurs highlights sont ici) et James Young en les trouvant après avoir créé un décalage plusieurs fois en début de partie, leur permettant de se mettre dans le match et d’y rester (6/13 pour Andrew, 6/9 pour Aaron, 49 points à eux deux ). Puis, une prise de responsabilités dans les moments chauds, un and-one spectaculaire et une impression de domination étonnante. Au final, un double-double solide, 13 points 10 rebonds 6 assists à 4/9 au shoot mais surtout une maturité qui a sans doute ravi les scouts. Ah oui, et la victoire contre Wichita-State invaincue depuis le début de la saison, of course.
Face à lui, un autre prospect, le senior Cleanthony Early (Ailier, Wichita State). Early sera donc sorti au bout d’un combat immense et d’un match dantesque face aux Wildcats, mais sa saison ne sera pas oubliée par les scouts. Wichita State était en effet invaincue avant ce match face à Kentucky durant lequel Early aura tout fait pour maintenir son équipe à flot. 31 points à 12/17, 7 rebonds et 0 turnover, une performance aussi impressionnante que l’énergie laissée par le joueur sur le parquet. Avec un shoot ultra régulier y compris dans les moments chauds, une intensité de tous les instants, une lecture du jeu intéressante et une capacité à scorer sans tirer la couverture, ni croquer, le senior a convaincu. Early était jusque là considéré comme un futur steal aux alentours de la 20ème place, sa saison lui permet de devenir un lottery pick en puissance. En tout cas, n’hésitez pas à jeter un œil à ce match Kentucky-Wichita State, une partie au finish haletant avec un superbe basket pratiqué de part et d’autre du début à la fin. Un régal.
Les highlights détaillés de Wichita-State/Kentucky pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de voir ce match:
Bonus: Aaron Gordon
On termine avec Aaron Gordon (Arizona, Ailier-fort, son profil ici). L’équipe d’Arizona est une autre grande favorite pour le titre final, et c’est en partie dû à l’excellent Aaron Gordon. Celui-ci s’est encore montré ultra-performant lors du match face à Gonzaga, et a rempli la ligne de stats: 18 points, 6 rebonds, 6 assists et 4 steals à 8/10 au shoot. Plus que propre. Pourtant, les scouts restent sceptiques sur le cas Gordon, la plupart ne le voyant pas au-delà de la quinzième place. Gordon, star des lycées adulée aux USA du fait de sa versatilité, a en fait effectué deux paris en rejoignant Arizona l’été dernier: le premier était de parvenir à s’installer malgré son profil de poste 4 dans une équipe très fournie à l’intérieur. Pour celui-là, pas de souci. Coéquipier modèle, energizer puissant et décisif, Gordon a su trouver sa place dans le collectif de sa fac. Le second consistait à progresser sur son jeu extérieur, notamment son shoot à trois points pour pouvoir devenir un prospect crédible au post d’ailier shooteur. Pari raté cette fois, Gordon n’a pas affiché les progrès attendus dans ce domaine et son léger manque de taille, combiné à cette incapacité de jouer 3, inquiète les scouts qui ne savent pas dans quelle position il pourra évoluer en cas de draft. Aussi longtemps qu’Arizona restera en course, Gordon disposera de matchs supplémentaires pour montrer ses progrès au shoot et l’impact qu’il est susceptible d’avoir. Mais a priori, il ne pourra pas entrer dans les lottery picks de la prochaine draft.

J'aurais aimé voir Embiid à la MM
Merci pour ce bilan plus que complet ^^
Un certain nombre de scouts aussi… Et il aurait fait beaucoup de bien à Kansas contre la zone de Stanford.
Oui ça m'aurait évité la destruction totale de mon Bracket