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Trade Deadline 2015 : le rappel du facteur humain

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Aujourd’hui on vous propose un nouvel article écrit par  publié sur BasketEvolution qui revient sur la trade deadline

 

Dans le monde actuel, l’économie est sans doute l’un des sujets qui divisent le plus. Il faut dire que les affrontements ne datent pas d’hier. Entre les remises en cause de Marx sur l’école classique de Smith et Ricardo au 19ème sicèle en passant par le duel Keynes vs Hayek de la guerre froide et les agitations actuelles des orthodoxes contre les hétérodoxes, les idéologies sont nombreuses et souvent contradictoires. Ainsi, l’économie se complexifie, se rapproche des mathématiques et des algorithmes au même titre que la physique, privant le sujet aux néophytes. On écrit des équations pour réguler le pouvoir des oligopoles, on théorise les risques inhérents des actions sur les marchés, on recherche et développe de nouveaux produits financiers toujours plus sophistiqués. Pour certains, cette modernité délaisse beaucoup trop le caractère humain d’une science qui reste malgré tout sociale. C’est ce que dénonce par exemple Karl Polanyi en déclarant qu’un capitalisme qui transforme l’homme, l’argent et la nature en marchandises est un système qui court à sa perte. L’homme parce qu’il peut se rebeller, la nature parce qu’elle est un écosystème indispensable et la monnaie parce qu’elle peut être sujet à des spéculations coupées de toute réalité. Si le parallèle reste délicat, il n’est pas si incongru dans une NBA de plus en plus dominée par des propriétaires issus du monde de la finance. Et quand de nombreux GM parlent souvent en termes « d’assets », la ligue a vécu son rappel du facteur humain lors de la dernière deadline des transferts. Explications :

 

Quand les Suns vivent le mythe d’Icare

Le transfert de Goran Dragic au Heat restera sans doute comme l’événement majeur de ce 19 février 2015. Ceux qui avaient une oreille attentive dans l’Arizona pouvaient deviner les envies du Slovène de quitter Phoenix au 1er juillet prochain depuis un certain temps. Mais Ryan McDonough avait gardé confiance dans sa capacité à convaincre son meneur de rester au bercail et dans le style up-tempo qu’il l’avait révélé l’an dernier. Une confiance qui a fini par ne pas être réciproque du tout, la faute a un rôle qui avait drastiquement diminué cette année pour Dragic. Une régression assez étrange au vu des performances offensives de très hautes volées qui lui avaient valu d’être nommé 3rd All-NBA Team au poste le plus dense de toute la ligue. Mais comment ne pas prolonger un joueur comme Eric Bledsoe capable d’influer un match des 2 côtés du terrain ? Comment ne pas tenter le pari low-cost d’Isaiah Thomas avec son contrat en or ? Pourquoi ne pas profiter de sa propre équipe de D-League pour peaufiner de jeunes rookies à bas salaire ? Des atouts difficiles à ne pas jouer dans la NBA actuelle et qui se sont pourtant retournés contre la main joueuse.

Pour beaucoup, le problème de riche de Phoenix à la mène allait se traduire par une inefficacité sportive. Cette prédiction fut dans l’ensemble fausse. Si l’on regarde les différentes line-ups contenant au moins 2 des 3 meneurs stars Bledsoe/Dragic/Thomas, on peut s’apercevoir que ces dernières sont meilleures qu’avec seulement un membre du trio. Tant que la défense peut tenir, avoir deux meneurs sur le terrain est un net avantage pour mettre à mal les défenses modernes qui surjouent le côté fort du terrain et qui détestent donc voir la balle passer d’un côté à l’autre de la raquette. On attendait une stagnation du côté des Suns avec le départ de Frye et un effet de surprise dissipé et pourtant, l’équipe était partie pour finir au-dessus des prédictions. Phoenix n’était peut-être pas meilleur que l’an dernier mais pas moins fort non plus et avec quelques atouts en plus dans la manche. Le départ de Dragic soulève ainsi une question très intéressante : dans quelle mesure doit-on sacrifier le rôle individuel de ses cadres pour améliorer l’équipe. En n’utilisant plus le Slovène de manière optimale, en bousculant son confort avec des séquences sur les ailes, en privilégiant son côté « asset » plutôt qu’humain, le joueur s’est révolté en plaçant un ultimatum au-dessus de la franchise et celle-ci a perdu au final très gros malgré un splendide jeu de cartes.

 

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Le cas Dragic a disposé d’un certain écho la semaine dernière avec les situations d’Enes Kanter et Reggie Jackson. Deux joueurs au profil controversédans leurs équipes initiales, deux joueurs avec des envies de rôle plus important, deux joueurs qui comme Dragic auraient demandé leur transfert. Le néo meneur des Pistons avait même refusé une offre de 48 millions sur 4 ans de la part de Sam Presti. Jackson était apparemment résolu à emprunter la même route que celle de Greg Monroe à savoir accepter la Qualifying Offer pour devenir agent libre non-restrictif, quitte à perdre de l’argent. Tous comme les Suns, le Jazz et le Thunder ont sans doute sous-évalué l’importance des caractères de leurs jeunes joueurs et les conséquences de voir ces derniers se braquer contre les plans bien établis de la direction.

 

Les parenthèses Garnett et Miller

Le retour de Kevin Garnett à Minnesota et le renouvellement de l’association George Karl – Andre Miller détonnent un peu dans cet univers très cartésien. Quand on parle de retour sur investissement, de valeur sur le marché, voilà deux transferts qui se distinguent justement par un côté humain assez prononcé. Dans des effectifs jeunes et souvent en manque de repères, la venue de vétérans bien connus par le coaching staff peut avoir un impact insoupçonné dans certains cas. Les franchises ne cessent de parler d’identité, d’état d’esprit avec les modèles du Thunder, des Spurs ou des Bulls. Mais ce ne sont pas des concepts qui se réalisent en claquant des doigts, ils demandent du temps, du personnel et une certaine persistance. Dans une NBA aux contrats volontairement raccourcis, la continuité est une valeur de plus en plus recherchée mais aussi très difficile à atteindre. On peut très bien penser que Flip Saunders a dépensé beaucoup pour offrir aux Wolves de la simple nostalgie, on a la liberté de croire que la venue de Miller est un caprice peu onéreux de Karl mais le prisme du prix, de l’offre et la demande ne doit pas nous faire occulter l’importance des interactions humaines et de l’apport de certaines personnes sur ce point.

 

Le Loup de Wall-Street

Mais s’il une équipe qui a cristallisé le plus de réactions, c’est bien Philadelphia avec les transferts de K.J. McDaniels et Michael Carter-Williams. En soi, le départ de ce dernier des 76ers n’a rien de surprenant tellement les rumeurs ont été insistantes à son sujet, le passage de la Draft 2014 fut assez éloquent. Néanmoins, le public en général n’avait sans doute pas pris au sérieux le fait qu’un simple premier tour de Draft suffirait à régler la transaction. Dans l’absolu, ce transfert n’a rien de scandaleux. Les Bucks ont parié sur le développement de MCW, les Suns sur celui de Knight et les Sixers sur le fameux pick des Lakers. Qui de ce trio se révélera être la meilleure affaire est un débat bien plus idéologique que factuel. Michael Carter-Williams est le leader actuel de la saison en termes de triple-double et dispose de qualités athlétiques très intéressantes. Il est aussi l’un des pires scoreurs de la ligue, a déjà 23 ans et évolue au poste le plus dense. Certains pourront voir en lui un parfait joueur à développer, capable d’imprimer le tempo, de servir ses coéquipiers à la manière d’un Conley et de switcher sur plusieurs postes en défense. D’autres parieront sur un joueur dont on ne respectera jamais le tir et qui demandera un environnement pour s’épanouir trop coûteux pour être rentable. Lâcher un joueur après une saison et demie est un faible échantillon mais la franchise est également celle qui connaît le mieux le joueur.

Le pick des Lakers est top5 protected à la prochaine Draft, top3 protected en 2016 et 2017 avant d’être non-protégé en 2018. Il semble difficile d’imaginer les Lakers finir à une meilleure position que la 27ème place cette saison et donc en dehors du top5 après la loterie. Une histoire assez différente pour la saison prochaine : un top3 protected est une protection très réduite, Kobe Bryant aura 37 ans et ressortira de deux saisons catastrophiques sur le plan de la santé, Mitch Kupchak a multiplié les contrats « one & done » pour avoir le plus de marge sous le cap à l’aube de l’intersaison 2016. En d’autres termes, la probabilité de voir ce pick se concrétiser entre le top3 et le top10 est assez forte. C’est une zone où l’on peut espérer avoir en moyenne un joueur avec 3,9 de « Estimated Wins Added » soit l’apport statistique l’an passé de Reggie Jackson ou de Shaun Livingston. A titre de comparaison, MCW était à 5,5.

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Un mauvais pari des 76ers du coup ? Toujours dans l’absolu, pas forcément dans le sens où Sam Hinkie privilégie le processus du long-terme avant tout. Beaucoup de monde cite les exemples du Thunder comme la stratégie sur laquelle veut se caler le GM de Philadelphia. Mais Hinkie ne fut pas le disciple de Daryl Morey pour rien. Les Rockets ont ouvert une autre voie de construction en passant de l’ère McGrady-Yao à celle de Harden-Howard sans avoir été une seule fois en dessous des 50% de victoires. Houston s’est distingué pendant cette transition en privilégiant le concept des « assets » par rapport à celui du développement classique d’une franchise. Cela lui avait valu de nombreuses critiques devant les incohérences apparentes de ses différents mouvements mais le résultat fut fantastique. En collectionnant les picks, la franchise de Pennsylvanie mise autant sur la Draft en elle-même que sur de potentiels échanges à venir. Car l’équipe ne veut pas seulement récupérer une star mais être immédiatement capable de l’entourer d’un groupe viable et ainsi éviter les échecs classiques de franchises qui ont tiré le gros lot mais ont été incapable de bien l’investir. Dans une NBA où le spacing est fondamental pour aller au bout, on peut comprendre la réticence de Sam Hinkie à croire que MCW (par rapport au pick de Draft) et K.J. McDaniels (par rapport au cap space généré) sont des pièces qui pourront facilement s’intégrer au futur cœur de la franchise.

Mais où est passé l’idée du développement des joueurs, de la confiance inculquée à un groupe ? Jrue Holiday, Evan Turner, Spencer Hawes, Thaddeus Young et maintenant Carter-Williams, tous les cadres des 76ers ces dernières années ont été transférés contre des « assets » futurs. Neuf des quinze joueurs actuels ne sont pas sûrs d’avoir un contrat l’an prochain et plusieurs sont sous contrôle permanent de l’équipe via des sommes non-garanties. L’équipe mesure tout : le degré d’implication en match, le degré d’implication à l’entraînement, l’hydratation du joueur, son sommeil, la liste est sans fin. Marchandisation, instabilité, surveillance, efficacité à tout prix, Philadelphia n’est-elle pas devenue la franchise la plus déshumanisée de toute la ligue ? Si les critiques autour de Hinkie sont très virulentes et compréhensibles, il ne faut pas le prendre pour un savant fou pour autant. Ce dernier a considéré tous les aspects avec un sérieux irréprochable et notamment le cas humain avec le recrutement de Brett Brown (ancien directeur du développement des Spurs) ou d’assistants aux profils plus atypiques : un ancien Navy SEAL pour le « team-building, un diplômé en neurologie, etc… D’autres équipes ont misé énormément sur le développement des « analytics » et le succès fut souvent au rendez-vous.

Mais cette modernité pourrait rattraper la franchise. L’image qu’elle véhicule est depuis quelques temps négative, à la fois pour les fans, pour les sponsors, pour la ligue, pour les agents et les joueurs. Les propriétaires ont failli changer les règles de la loterie principalement pour mettre à mal les plans de Phily. Le risque de voir se reproduire des cas similaires à ceux de Goran Dragic, Greg Monroe, Reggie Jackson, K.J. McDaniels qui ont pris des risques pour quitter le navire n’est plus négligeable. La prise en compte du facteur humain est d’ailleurs autant valable pour les joueurs actuels que pour les picks de Draft. Récupérer un jeune rookie sans avoir de plan bien établi sur son développement, sa capacité à se fondre dans le moule stratégique et identitaire peut s’avérer aussi efficace que de tirer une balle à blanc. Quand les Suns draftent Tyler Ennis, quand le Thunder drafte Josh Huestis, quelle valeur existe dans ces TDD à qui on ne peut offrir la moindre opportunité ? L’approche très scientifique de Sam Hinkie a pour l’instant plutôt tendance à écarter ce côté humain de l’équation générale et tout cela n’est pas sans risque.

« Context is everything » est l’un des credo les plus courants dans le sport et en acceptant une image de plus en plus à l’écart de la ligue, Hinkie est peut être également en train de créer un contexte si particulier que tous ses algorithmes, projections, estimations si sophistiqués deviennent finalement caducs. Combien de temps pourra t-il encore prôner la patience dans son processus avant qu’un milieu intrinsèquement très humain (et donc très impatient) ne reprenne le dessus faute de victoires ? Il est important de garder une certaine humilité face à la responsabilité de ces General Managers de construire des prétendants au titre. Il n’existe pas encore de voie toute tracée et il est difficile de dissocier la part de talent et de chance dans les succès passés. Dayl Morey et les Rockets nous ont montré par exemple que des approches peu conventionnelles peuvent être prises et réussir. Dire de la stratégie des 76ers qu’elle est original est un euphémisme et sur de nombreux aspects, elle est sans doute la franchise la plus intéressante depuis très longtemps car capable de révolutionner la ligue. Cependant, une révolution n’est pas un dîner de gala et si cette deadline des transferts a révélé une vérité, c’est bien celle qu’un basketteur est un humain avec ses désirs, son caractère, ses envies avant d’être un simple « asset ». Un rappel peut être nécessaire pour Sam Hinkie et plus globalement pour la NBA.

Par  sur BasketEvolution

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